Alain Franchi nous présente l’ouvrage Bogomila Welsh-Ovcharov, Vincent Van Gogh. Le brouillard d’Arles, publié aux éditions du Seuil.  

« L’art c’est un combat – dans l’art il faut y mettre sa peau. » Cette citation, que Vincent Van Gogh, note dans une des lettres qu’il adresse à son frère Théo, il emprunte au peintre Millet.

Celui qui de son vivant aimait à fréquenter les marges (quel est l’artiste qui ne le fait pas ?) nous livre ici l’énergie du dehors, cette énergie issue du « grand-champ », celle à laquelle il s’est frotté sa vie durant. C’est à un vrai jeu de piste que BOGOMILA WELSH-OVCHAROV s’est livrée, dans cet ouvrage. Elle suit à la trace le palimpseste. Afin d’authentifier le précieux document, elle recoupe les informations les analyse et les interprète. Van Gogh a dessiné sur un livre de compte que les époux Ginoux, propriétaire du Café de la Gare, lui ont donné. C’est ce registre appelé aussi « brouillard » à l’époque qu’elle a retrouvé.

On ne peut qu’écarquiller les yeux à la vue de 65 images rares et qui libèrent leur pouvoir de séduction en nous replongeant, comme après avoir ouvert un vieux grimoire, dans l’univers solaire du peintre Vincent Van Gogh. Les dessins inédits, réalisés à l’encre brune ou noire, avec parfois pour exprimer la chaleur qui se dégage du motif, de l’encre rouge, affutent le regard du « lecteur ».

C’est avec un calame, coupé dans une roseraie de la région, et taillé par ses soins que l’auteur s’ingénie à dessiner. Les dessins dépossédés de l’attirail de la couleur, nous sont transmis avec force et émotion. Les gestes de l’artiste nous parviennent avec une énergie primesautière car ils se jouent des exercices imposés et de tout académisme. Cent fois, mille fois répétés, ces gestes deviennent le siège des obsessions de l’artiste en même temps qu’il nous recentre, nous autres spectateurs, au cœur de la nébuleuse Van Gogh.

Du trait méticuleux, aux mouvements exécutés d’une inflexion rapide du poignet, ou bien d’une crispation prolongée de la main, ces gestes par-delà « le brouillard » sont plus parlant que les mots. « J’aimerais mieux ne rien dire, que de m’exprimer faiblement », écrivait Vincent à son frère Théo dans une lettre datée du 7 janvier 1882. Le lecteur, à mesure qu’il tourne les pages de ce livre, en découvrant ces dessins, devient lui aussi un contemplatif. Derrière chaque trait, il perçoit la détermination farouche de l’artiste à vouloir dompter la force incantatoire qu’il nous communique au travers de ses œuvres, cette même force qui lui sert de raison. 

Informations utiles

Bogomila Welsh-Ovcharov, Vincent Van Gogh. Le brouillard d’Arles, Paris, Éditions du Seuil, 2016, 288 p., 69 euros.