Louis Schiavo vient de publier un ouvrage intitulé: U mercà. Clameurs du marché. A tout acheteur d’une peinture nous offrons une morue! (Atelier Christophe Canioni, Bastia, 2016).

D’emblée, le peintre annonce la couleur: “Je ne suis pas écrivain. C’est la raison pour laquelle je parle. Et en parlant, je radote. Le livre comporte des phrases et des moments répétitifs.” Une façon de désarmer les critiques tentés de souligner les défauts. U mercà est un recueil de souvenirs, jetés en vrac. Des listes alternent avec des commentaires personnels, des récits romancés, des sketches burlesques et des jugements d’observateurs extérieurs. Le décor est planté dans le titre: le marché de Bastia des années d’après-guerre, avec ses surnoms dont certains mettent en cause des particularités physiques peu reluisantes, ses activités, des personnages, très variés, que l’auteur a cotoyés. Le tout est conté avec la vivacité et le décousu d’une conversation, la partie la plus touchante étant sans doute l’évocation sur un mode onirique, de ses parents.

Mais qui est Louis Schiavo? Comment un marchand de poissons, issus d’un milieu  modeste, a-t-il pu se hisser au niveau d’un artiste reconnu? Il a beaucoup roulé sa bosse, rencontré beaucoup de célébrités, au cours de ses voyages, et en Corse. Loulou ne se livre pas à une auto-analyse, il se contente de nous démontrer qu’il a un inextinguible “appétit de vie” (René Caumer). Ce sont des spécialistes de l’art qui nous aident à le comprendre: “Dans le fourmillement de sa curiosité pétillante, l’artiste donne généreusement de la vie à la vie” (Anne-Xavier Albertini). Jean-Charles Nerenmercault nous éclaire sur les deux axes fondamentaux qui, selon lui, l’ont structuré: la musique, et l’empreinte que lui a laissé la présence de son père. La musique: Loulou “totalement possédé par Ravel, Brahms, Charlie Parker, Bill Evans, cherche à fixer picturalement les correspondances des couleurs et des sons, et finit par trouver sur sa toile comme sur un clavier un doigté, un tempo intérieur, un toucher, un inlassable approfondissement harmonique rimbaldien”. Son père : les signes cabalistiques que Loulou inscrit sur la toile, sa passion pour le décryptage des hiéroglyphes, ne remonteraient-ils pas des profondeurs de l’enfance, quand son père établissait des bons de livraison avec des sortes d’idéogrammes personnels?

Ceci dit, n’est-il pas présomptueux de vouloir cerner la personnalité insaisissable de cet artiste aux multiples facettes, cet autodidacte, ce self made man qui s’est admirablement imposé au-delà de l’humble décor de son enfance?

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Louis Schiavo,  U mercà. Clameurs du marché. A tout acheteur d’une peinture nous offrons une morue, Bastia, Atelier Christophe Canioni, 2016.                                                                                                             

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