Aux Éditions Le Bord de l’eau, Jean-Guy Talamoni publie un essai L’Enracinement, où son parcours universitaire et politique s’entremêlent au service de la défense de l’indépendance culturelle et intellectuelle de la Corse. Ainsi cet essai sur la manière d’être corse se présente-t-il également comme une autobiographie du militant culturel et politique.

L’ouvrage repose sur deux parties. La première se veut une défense de la culture et de la spécificité insulaire contre les stéréotypes et les clichés qui cherchent à l’affaiblir. La seconde est une synthèse sur la situation politique de l’île sur la façon dont la Corse peut incarner son émancipation politique.
Un essai et une autobiographie
Dans sa construction, ce livre se présente avant tout comme un essai sur l’imaginaire corse. Comme l’indique l’auteur, il s’agit du « filtre » par lequel un individu et une collectivité interprètent le réel. Ainsi s’agit-il d’un livre qui cherche à réfléchir « croyances, mémoires, mythes, illusions » à l’origine de la spécificité d’une manière d’être, celle de la communauté corse.
Toutefois, bien plus qu’un essai universitaire, Jean-Guy Talamoni semble nous livrer une autobiographie intellectuelle. Il s’agit de « sa manière d’être corse », ce qui dans le cas d’une personnalité publique, un universitaire et un responsable politique, s’accompagne d’un retour sur ses différents engagement.
Les pages sur la Justification de Salvini ou celles sur la vendetta remémorent sa thèse Littérature et politique en Corse. Le texte de Salvini est à rapprocher de la déclaration de serment des nationalistes lors de l’élection à la Collectivité de Corse en 2015. La thèse sur la vendetta réfère à ses interrogations quant à l’usage de la violence en île à travers les époques antérieures, ainsi que sur l’importance du culte de l’honneur dans la représentation des Corses.
Celles sur le droit au bonheur et sur la laïcité sont liées à la fondation de la Revue Lumi, au sein de l’UMR LISA, mais aussi à la mise en œuvre, durant les années de présidence, de certains projets. D’un côté, « territoire zéro chômeur » ou l’idéal du revenu universel en ce qui concerne la lutte pour la dignité humaine. De l’autre, le vote d’une motion rejetant le racisme et dénonçant le fondamentalisme religieux en ce qui concerne la défense d’une laïcité ouverte et respectueuse des cultes.
Enfin, le dernier chapitre sur la littérature post-coloniale remémore la préface d’Albert Memmi à son essai Ce que nous sommes. Il témoigne de l’inspiration des luttes décoloniales dans l’élaboration du nationalisme corse des années soixante-dix et quatre-vingt.
Un message : indépendance !
La défense de l’être Corse défendue par l’auteur est résumée dès la page de couverture. Que ce soit au sujet de la religion, de l’éducation, de la justice, de la politique, de l’usage mémoriel, Jean-Guy Talamoni revendique « une indépendance culturelle et intellectuelle » tirant son origine d’un texte sacré, la « Bible » des Nationaux au XVIIIe siècle, la Justification.
C’est une conception de l’indépendantisme qui semble tout à fait singulière parce qu’elle repose sur l’hégémonie culturelle comme condition essentielle de « la souveraineté politique ». En d’autres termes fidèle à l’enseignement de Gramsci, l’auteur cherche à diffuser des idées qui en s’imposant dans l’opinion publique deviendront suffisamment majoritaire pour devenir dominante et entraîner l’émancipation politique.
Dans cet ouvrage, l’auteur réutilise une image de Cornelius Castoriadis qu’il apprécie et qui illustre parfaitement son combat mémoriel, soit le développement d’un « imaginaire social instituant » et son résultat la fondation d’un nouvel « imaginaire social institué ».
Cet imaginaire social institué se veut polyphonique, inspiré de la pensée en rhizome d’Édouard Glissant. De cette manière, Jean-Guy Talamoni souhaite écarter toute filiation ethniciste de ce projet. Né de la rencontre entre les peuples, de la diversité des cultures de l’ensemble des micro-régions qui composent le territoire, enfin, respectueux des différentes parties de notre histoire et de nos héros, cette indépendantisme politique se revendique de l’émancipation au sens fort, c’est-à-dire de l’idéal de liberté et de dignité des hommes.
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