L'interview d'Amélie Nothomb par S. Rossi

Amélie Nothomb s’exprime avec naturel et liberté, ne cherchant jamais à paraitre intelligente. Elle l’est furieusement, mais considère que l’intelligence n’est pas le débat. Elle exprime au contraire avec précision son ressenti, quitte à dérouter le lecteur ou le spectateur.

L’intelligence comme préséance est une tradition chez les auteurs interviewés. Et peu importe que certains d’entre eux soient sales comme des peignes, la profondeur, telle qu’ils la conçoivent, est suprémaciste, au détriment parfois d’une tenue convenable ou de l’extranéité nue.

Pas pour Amélie Nothomb.

Ses entretiens sont savoureux, au même titre que l’étaient ceux de Nabokov et de Warhol, chacun dans un style très différent. Avec ces derniers, c’était un art en soi, et on se précipitait sur leurs interviews dans Play-Boy. Les propos de Nabokov étaient préparés, très écrits à l’avance, ceux de Warhol semblaient à l’emporte-pièce, mais probablement étaient-ils le fruit de sa réflexion au quotidien.

Amélie Nothomb s’apparente un peu à du Warhol qui aurait eu l’immense culture de Nabokov.

Dans sa dernière interview, elle nous apprend qu’elle déteste être addict aux séries TV, surtout si elle les adore. “Aucune différence entre vivre et regarder la télévision” nous dit Warhol. Il faut oser, n’est-ce pas, balancer une saillie pareille ? Mais c’est l’expression de ses goûts, et je respecte ça. Amélie Nothomb est de la même trempe, et ce depuis son apparition sur la scène littéraire.

Son appétence pour les poires blettes en a décontenancé plus d’un.

C’est un personnage à facettes, et ses dons sont multiples, peut-être même ne les connait-elle pas encore tous. Nul n’est à l’abri d’une illumination tardive. Il en ressort quand même que les deux disciplines qu’elle affectionne le plus sont le roman et l’interview.

Elle me fait penser à Sei Shônagon, auteure du « Livre de l’oreiller » et dame de compagnie de l’impératrice Fujiwara no Teishi. Voilà ce que dit d’elle Marasaki Shibuku, sa contemporaine aux accents saint-simoniens :

« Quiconque s’efforce à ce point de se singulariser ne peut que perdre l’estime d’autrui, et je prédis à Sei Shônagon des jours difficiles. Elle est douée, j’en conviens. Pourtant, si l’on donne libre cours à ses émotions même dans les circonstances les moins appropriées, si l’on veut goûter à toutes choses intéressantes qui se présentent, alors on vous taxera de frivolité. Comment l’avenir pourrait-il sourire à une telle femme ? »

Ce que Marasaki Shibuku n’a pas saisi, c’est que Sei Shônagon ne cherche pas le moins du monde à se singulariser. Elle exprime avec exactitude ce qu’elle ressent en maintes circonstances, sans frauder. Par exemple, elle estime qu’un couple idéal est composé d’une dame de plus grande taille que son compagnon. Elle trouve cela plus esthétique, davantage gracieux, et elle le dit simplement, même si cela va à l’encontre de ce que pense la plupart des gens.

D’Andy Warhol encore : “Un jour, chacun pensera exactement ce qu’il a envie de penser, et alors tout le monde aura probablement les mêmes opinions”. J’ajoute que ce n’est pas demain la veille qu’on assistera à ça. Exceptionnelles sont les personnes qui pensent ce qu’elles ont envie de penser. Amélie Nothomb fait partie du peu d’élues.

 

NDLR : Libre propos de l’auteur


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