EXTRAITS – Voici un extrait du chapitre des six rois déchus de Candide. Alors que le héros se rend à Venise pour retrouver son fidèle ami Cacambo, il fait la connaissance de six rois déchus présents dans la cité des Doges pour profiter du carnaval. Parmi ces rois burlesques, il y a Théodore de Neuhoff, célèbre incarnation du personnage picaresque. Voltaire utilise entre autres ce personnage, mi-roi, mi-bluffeur, pour critiquer la légitimité du pouvoir royal fondé sur la Providence divine.

Il restait au sixième monarque à parler. « Messieurs, dit-il, je ne suis pas si grand seigneur que vous ; mais enfin j’ai été roi tout comme un autre. Je suis Théodore ; on m’a élu roi en Corse ; on m’a appelé Votre Majesté, et à présent à peine m’appelle-t-on Monsieur. J’ai fait frapper de la monnaie, et je ne possède pas un denier ; j’ai eu deux secrétaires d’État, et j’ai à peine un valet ; je me suis vu sur un trône, et j’ai longtemps été à Londres en prison sur la paille. J’ai bien peur d’être traité de même ici, quoique je sois venu, comme Vos Majestés, passer le carnaval à Venise. » Les cinq autres rois écoutèrent ce discours avec une noble compassion. Chacun d’eux donna vingt sequins au roi Théodore pour avoir des habits et des chemises ; Candide lui fit présent d’un diamant de deux mille sequins. « Quel est donc, disaient les cinq rois, ce simple particulier qui est en état de donner cent fois autant que chacun de nous, et qui le donne ? »

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