ARTICLEMarie-France Bereni Canazzi présente le roman de Sylvain Prudhomme, Par les routes, Prix Femina, publié aux éditions Gallimard.

Sylvain Prudhomme, avec ce titre évocateur de l’errance, redéfinit la liberté, spatiale, sociale, mentale en croisant les destins ainsi que les voies de communication.



Amitiés, amour, ailleurs

Sacha veut retrouver un peu de sérénité pour enfin faire progresser son livre en cours. Pour cela, il s’installe à V, petite ville de province. Un petit appartement, un bon coup de ménage, quelques courses, le cadre est idéal pour un homme de la quarantaine décidé à travailler régulièrement son texte. 

Or lui qui ne connaissait presque personne, si ce n’est un cousin bien installé qui l’invite à une soirée, rencontre une jeune femme agréable, Jeanne, avec qui il passe du temps. Il se retrouve plongé dans ses souvenirs de 2O ans en arrière quand il comprend que son ami l’auto stoppeur vit là, dans la ville.

L’ami auto stoppeur retrouvé

L’auto stoppeur, sans nom ou prénom clairement exprimés et sans véritable profession. Ce touche à tout de talent, et lui, ont été très unis. Ils ont sillonné la France à leurs vingt ans, mus par la même passion des routes et des ailleurs hexagonaux. Deux vrais amis que l’absence, l’éloignement n’ont pas désunis et qui se reconnaissent d’un mot, d’un regard, d’une promenade.

Tous deux ont aujourd’hui mûri. Si Sacha, après quelques déboires sentimentaux, est seul, l’auto stoppeur vit avec Marie, sa compagne traductrice d’italien et Agustin, leur fils. Sacha sera reçu en ami et frère dans cette demeure agréable où l’on sait voir et entendre, lire et aimer aussi. 

Il retrouve là des traces de leur passé, la chaleur d’un foyer, découvre la région à la façon originale de l’auto stoppeur pour qui tout le territoire est toujours fait de veinules, artères et échangeurs…Et constate que son hôte a un souci… C’est que la maladie de s’en aller au hasard sur les routes de France n’a pas quitté cet ami retrouvé et si Sacha a évolué, lui ne peut y renoncer.

Inextinguible soif d’ailleurs

Etrange récit d’un délitement et d’une fidélité à ce que nous avons été que nous offre là Sylvain Prudhomme !
La France est visitée selon des axes routiers et des visages, les nouvelles de celui qui cherche à se perdre dans la géographie sont importantes puis deviennent rares et presqu’importunes, comme autant de rappels du vide qu’il n’a plus laissé au fil du temps. On veut l’oublier puisqu’il se veut toujours libre.

Ce livre peut surprendre. Par l’écriture déjà. Car on a souvent l’impression de lire des détails. Cependant, cela nous emporte. Du nettoyage d’un évier à des considérations très justes sur les écueils et fortunes de la traduction des textes littéraires. On appréciera le style, les phrases simples et claires…puis l’intertextualité, textes et musiques, cette façon de raconter. On comprend le personnage narrateur. On assiste avec lui à la naissance et disparition progressive de sentiments, de désirs. A la défaite d’un couple, à la déception d’un enfant qui se construit quand même… Sylvain Prudhomme continue à nous séduire…

Originale et assez fascinante cette balade en France, sur fond d’addiction l’errance. Galerie de portraits aussi…

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