Un Beckett vieilli et esseulé, dont l’existence ne tient plus qu’a un fil, mais qui se souvient encore. Dans Le Tiers Temps, Maylis Besserie aborde le génie de l’absurde sous un jour nouveau et saisissant d’émotion.

Par : Marie-France Bereni Canazzi

« Au cours de mon existence, il me semble que peu d’êtres sont parvenus à me supporter. Je veux dire : à me supporter d’une manière qui me soit supportable. Il faut dire que je ne supporte pas grand-chose. »

Un écrivain complet

Samuel Beckett, né en 1906 en Irlande et mort à Paris, à Sainte Anne en 1989 ; prix Nobel de littérature en 1969, restera attaché dans nos esprits à des pièces de théâtre comme En attendant Godot, O les beaux jours ou encore Fin de partie. L’étrangeté des situations, mises en scène, des propos, des personnages, amène à le qualifier de dramaturge de l’absurde.

On le connait assez mal. On le limite un peu car il écrivait de la poésie, des romans et s’il est célèbre surtout pour son théâtre, c’est parce que sa pièce En attendant Godot lui fait connaitre la célébrité. Et on le lit sans véritablement se demander pourquoi il avait quitté son pays pour la France, mais aussi qui il avait aimé ou craint, pourquoi à partir de 1945 il écrit si souvent en français, pourquoi il finit sa vie seul et étranger à ce qui l’entoure, à l’instar de bien de ses personnages.

Seul, vieilli, malade

Ce grand vieillard maigre souffre de plusieurs pathologies et doit être entouré car sinon, il ne s’alimente plus. Au Tiers Temps, on ne l’embête pas, on le surveille. La malnutrition, les tremblements, tout l’empêche de continuer à vivre chez lui depuis la mort de sa femme Suzanne.

Le Tiers temps est le premier roman de Maylis Besserie

Il continue à écrire quand il le peut, quand il y pense, quand ses mains le suivent.

Besserie dans la tête de Beckett

Au Tiers temps, maison de retraite parisienne où il est placé en 1989 parce qu’il est en mauvaise santé, des fiches nous donnent accès à des observations objectives sur ses capacités à s’habiller ou à lacer ses chaussures. Entre ces observations médicales, l’auteur lui donne la parole. Dans l’essentiel du livre,  on est dans la tête du patient à l’air souvent bien absent.

L’auteur réussit à nous replonger dans son enfance et sa jeunesse. On voit l’importance de la maman dans la formation de la personnalité de Samuel. On le suit quand il part, on traîne avec Joyce, l’ami, le maître, on regarde sa fille, on rencontre Suzanne, celle dont il ne peut plus se passer, l’un de ses remparts, son principal lien aux autres, à la société. Maylis Besserie développe son rapport à la lecture, à l’écriture et au théâtre.

Née en 1982 à Bordeaux, Maylis Besserie est productrice de documentaires sur France Culture

Besserie a donc su nous faire penser et voir par le Beckett qu’elle connait, qui n’est sans doute pas très différent de celui qu’il a été. Il faut avoir lu et relu son œuvre, étudié sa biographie pour donner une telle densité au personnage dont elle raconte, sans pathos, les derniers moments.

On comprend alors que ses personnages ne sont pas des fictions créées ex nihilo mais des déclinaisons de lui-même, sidéré par l’absurdité de la vie.

En savoir plus

Maylis Besserie, Le Tiers Temps, Paris, Gallimard, coll. Blanche, 2020.

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