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La Justification de la Révolution de Corse

En 2010, les éditions Albiana publiait La Justification de la Révolution de Corse écrit par Don Gregorio Salvini. Le texte met en évidence la brutalité de Gênes vis-à-vis des Corses. Elle légitime le droit des Corses à disposer de leur destin, en remettant en cause l’arbitraire. Jean-Guy Talamoni présente pour Musanostra ce texte majeur.

Par : Jean-Guy Talamoni

Le 17 décembre 2015, la première Assemblée de Corse nationaliste prête serment sur la Justification

Cette traduction, dont on a peu parlé en 2010 au moment de sa publication, constitue cependant une initiative extrêmement importante.
La Giustificazione est un livre mythique, dont l’édition originale (1758) et celles qui suivirent sont très recherchées par les bibliophiles. Rares sont les Corses d’aujourd’hui qui l’ont lu.

Une arme de lutte au service des Corses

Pourtant, ce livre est le plus important du XVIIIe siècle insulaire. Ouvrage politique et diplomatique, il constitue à la fois une arme de guerre au service de la propagande paolienne, un texte d’une modernité étonnante, ainsi qu’une bible des valeurs et de l’imaginaire national corse.

À lire aussi : Le Républicanisme corse, présenté par Sophie Demichel

Certes, l’introduction du traducteur peut susciter quelques réserves, procédant à notre sens d’une vision réductrice quant à la portée de la Giustificazione. Sans doute, l’auteur de la traduction a-t-il pris, à travers cette publication, une initiative bien plus importante qu’il ne semble le penser lui-même ! D’autant que le passé évoqué dans ce livre n’est pas sans lien avec le présent…


En savoir plus

Don Gregorio Salvini, Justification de la Révolution de Corse, Ajaccio, Albiana, ed. Évelyne Luciani, 2013

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Matisse et la lumière par Francis Beretti

ARTS – Francis Beretti nous présente le livre de Jacques Poncin, Matisse à Ajaccio, publié aux éditions Alain Piazzola. 

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A priori, l’affirmation selon laquelle Henri Matisse, l’un des grands maîtres de la peinture du 20e siècle, aurait découvert lumière et couleur à Ajaccio pourrait paraître désinvolte et complaisante. Mais pourtant, Jacques Poncin, dans son ouvrage qui vient de paraître, Matisse à Ajaccio. 1898. Lumière et couleur révélées, démontre méthodiquement, et de façon irréfutable, que c’est la stricte vérité.
D’emblée, on remarque l’équilibre de la composition de l’ouvrage, en trois parties : –  un texte de présentation  bien  documenté  détaillant le séjour d’Henri Matisse à Ajaccio en 1898, –  une série d’une trentaine de  photographies, cartes postales, gravures,  anciennes représentant Ajaccio à la fin du dix-neuvième siècle, – et cinquante-trois reproductions des oeuvres de Matisse inspirées par sa villégiature.
L’ouvrage est bilingue (français-anglais), et même trilingue, en ce qui concerne la postface (version corse en plus).
En janvier 1898, Matisse épouse une belle toulousaine, Amélie Parayre, et part en voyage de noces à Londres, où il est fasciné par les tableaux de Turner. Ensuite, probablement influencé par un ami corse et par sa jeune épouse, il décide de  voyager vers le sud.
Les premières impressions qu’il exprime  sont celles de l’émerveillement devant le vert des arbres fruitiers, le bleu de la mer, le blanc des sommets montagneux, et l’éclat du soleil du midi, à tel point qu’il prévoit  de s’installer à Ajaccio pendant deux ans.
En fait, il y restera un peu moins de six mois, de février au mois de juillet 1898. Un séjour court, mais particulièrement fertile. En Corse, Matisse découvre l’éclatante beauté de la nature, mais aussi la liberté artistique, loin de tout encadrement contraignant, loin de toute entrave.
« Personne n’a encore vu la Corse comme il l’a exprimée », écrit Jacques Poncin, à la suite de deux autres spécialistes du peintre.

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De l’aveu même de Matisse, c’est en Corse qu’il subit « ce premier choc qui va déterminer le fauvisme ». C’est à Ajaccio que « l’incendie qui marque le passage de la lumière à la couleur se déclare », écrit l’historien  d’art Pierre Schneider. La couleur conçue comme une force, et non plus comme  c’était le cas dans la mode impressionniste, une imitation de la nature. « L’impressionnisme, dont on sent la présence dans certaines toiles [de Matisse] se transforme avec intensité et liberté, et c’est déjà le fauvisme » (Sarah Whitfield).
Dans ce beau livre, Jacques Poncin a rassemblé des tableaux – dont beaucoup étaient inconnus-  déposés dans des fonds de France (Paris, Bordeaux, Nice, Saint Tropez), mais aussi d’Allemagne, de Russie et des Etats-Unis d’Amérique, et dans des collections privées.

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L’auteur a  reconstitué avec patience  un séjour initiatique,  une étape capitale dans la carrière individuelle d’un «  géant de l’art du 20e siècle, qui a maîtrisé la couleur avec transcendance », et il prouve par conséquent que ce premier  semestre de 1898 est aussi, désormais, à retenir comme étant une période marquante dans l’histoire artistique du modernisme européen.