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Battement d'ailes, roman de Milena Agus ; Ed. Liana Levi

par Marie Anne Perfettini

J’ai beaucoup aimé ce livre et je le préfère peut-être même à Mal de pierres.

J’ai aimé les personnages pour leur originalité, leur soif de vivre malgré tout, leur résistance à la facilité de l’argent …

J’ai bien aimé aussi l’expression « la vie a un goût d’épouvante » qui revient comme un leitmotiv dans le texte.
Le récit nous révèle les éléments importants progressivement et le regard de la jeune fille est bien rendu.


J’aime aussi les passages où la magie entre en jeu (les cailloux lumineux de Pietrino, les battements d’ailes) ; cela m’a fait penser à l’univers d’Isabelle Allende ( La maison aux esprits …)

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HHhH de Laurent Binet

par Marie Anne Perfettini


Voici un livre surprenant !

D’abord par son titre : HHhH était le nom donné par les SS à Heydrich «Himmlers Hirn heiβt Heydrich » ce qui signifie : le cerveau d’Hitler s’appelle Heydrich. Cet homme (si on peut lui donner ce nom) fut un des chefs de la Gestapo et des services secrets nazis, le planificateur de la Solution finale et « le bourreau de Prague ».

Laurent Binet s’attache à nous raconter l’attentat qui lui coûta la vie, à Prague, en 1942. Pour cela, pendant de longues années, il a réuni une impressionnante documentation historique, romanesque, filmographique…  et il s’est rendu sur place de nombreuses fois. Cependant, l’auteur n’aspire pas seulement à produire un document historique : il veut, aussi (surtout ?),  raconter l’histoire de son livre. Il se met alors en scène et explique comment, perdu dans une foule de détails, il doit faire des choix. Il nous fait partager son angoisse quand, alors qu’il voudrait citer tous ceux qui ont pris des risques et donné leur vie pour qu’ait lieu cet attentat, il se rend compte que beaucoup sont restés anonymes et que, ne les connaissant pas, il ne pourra leur rendre l’hommage qu’ils méritent.


Il nous fait part de ses dilemmes quand,  alors qu’il ne doit rien inventer, il veut donner vie à son récit. Ainsi, quand, parfois, il se laisse aller à de grandes envolées lyriques ou donne libre cours à son imagination, il se reprend en disant qu’il a tort d’écrire cela et qu’il ne le gardera pas dans son livre ! Bref, tout en nous racontant ce vrai moment d’Histoire où héroïsme, horreur, grandeur et lâcheté se mêlent, il nous fait part de la difficulté d’écrire ce genre d’ouvrage.Tout au long du livre, nous avons envie de savoir comment les héros vont réussir à tuer Heydrich et comment l’auteur va réussir à écrire son roman. C’est un double suspens et c’est fort bien fait !

Article réédité , première publication Musanostra octobre 2011

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« Après le tremblement de terre »de Haruki Murakami

par Marie Anne Perfettini

Un petit recueil de nouvelles qui ont toutes pour toile de fond et fil conducteur le tremblement de terre de Kobé. Au début on se sent frustré car les personnages sont très forts et un peu à l’étroit dans l’espace d’une
nouvelle.

On voudrait connaître la suite, rester plus longtemps en leur compagnie, les suivre plus longtemps sur le chemin tracé par l’auteur. Mais non, nous assistons à des moments de leur vie, des moments souvent fondamentaux, et on les quitte. La vie est souvent ainsi, on croise des gens on vit des événements avec eux, on a une conversation plus ou moins forte et parfois d’autant plus forte qu’onsent qu’on ne les reverra plus et que nos propos seront sans conséquence et puis ils disparaissent…Ces six récits sont tendres, surprenants, déroutants, mais toujours profonds.

L’écriture de Murakami est toujours un délice, elle semble évidente et pourtant est envoutante. A lire, à la suite ou en laissant un peu de temps entre chaque récit, légère mélancolie et grand plaisir assurés !

Article réédité , première publication Musanostra 2011



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Robert Badinter, Idiss (Fayard)


Par Marie Anne Perfettini

Tout le monde connait l’homme public, ex-ministre de la Justice qui atant fait pour les droits de l’Homme et surtout pour l’abolitionde la peine de mort en France. Grand humaniste, homme de droit, ilfait partie de ces hommes reconnus et appréciés qui ont accomplileur tâche avec sérieux et courage. Cet homme, c’est RobertBadinter.

Dans le livre Idiss, c’est l’enfant et le jeune homme que l’on entrevoit à peine, mais cela permet, tout de même, de mieux comprendre l’homme qu’il est devenu. Idiss, c’est sa grand-mère et c’est le sujet principal du livre. Cette femme courageuse a eu une vie riche de joies et de chagrins intenses.

Née en 1863 en Bessarabie, « à la frontière occidentale de l’Empire russe », elle doit fuir les pogroms et les persécutions car elle est juive. Elle s’exile donc en France avec son mari et ses trois enfants. Pourquoi la France ? Parce qu’au début du siècle, pour tous les malheureux, c’est le pays de la Révolution Française, des droits de l’Homme et de Voltaire.

C’est à Paris, où elle a trouvé refuge, que la famille, à force de travail, de sérieux, mais aussi de débrouille, gravit les échelons de la société. Partant du plus bas – chiffonniers retapant de vieux vêtements pour les revendre – ils deviennent patrons de boutiques de prêt-à-porter ou, comme les parents de Robert, passent de revendeurs de fourrures à négociants en gros. Les années 20, les années folles, leur permettant de faire fortune, ils vécurent des années de bonheur.

Pour Idiss, le bonheur était simple : il consistait à voir ses enfants réussir et ses petits-enfants grandir en dévorant ses délicieux gâteaux. Elle était fière de leurs bonnes notes et des prix reçus en fin d’année, alors que, totalement analphabète, elle souffrait tant de ne pouvoir partager leurs lectures et leurs activités scolaires. Ce bonheur fut cependant entaché par la mort prématurée de son mari tant aimé, et par les haines qui montaient progressivement et qu’elle ressentait bien car elle les avait déjà connues et déjà fuies.

En effet, dans ce livre qui n’est pas tout à fait une biographie, Robert Badinter raconte la montée de l’antisémitisme et de la haine des étrangers qui se met à gangrener la France à partir des années 30. Les discours d’Hitler, retransmis à la radio, au cinéma et dans les journaux, libèrent une parole haineuse et malveillante qui conduira progressivement aux persécutions contre les Juifs et aux déportations qui suivront la défaite française. Bien que déçus et surpris que le pays des Lumières et de Victor Hugo enlève, à ceux qui l’ont rejoint et servi, la nationalité qu’ils avaient acquise avec joie et fierté, ils ne peuvent croire que cette situation durera.

Mais bientôt, il faut fuir de nouveau. Cette fois, Idiss est trop faible,trop malade et il faudra se résoudre à la laisser à la garde d’unde ses fils qui, n’ayant pas d’enfants, n’aura pas les mêmesimpératifs de sauvegarde.

L’histoire de Robert Badinter rejoint par sa cruauté – son père et d’autres membres de sa famille déportés ne reviendront pas des camps – celle de millions d’autres êtres humains.

 Ce livre, comme il le dit, estun témoignage d’amour d’un petit-fils à une grand-mère chaleureuse, courageuse et aimante, mais est aussi un signal d’alarmequand on voit comment notre monde est en train de laisser s’installerla haine et la méfiance de l’autre !

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Le roi disait que j’étais diable, Clara Dupont-Monot, Grasset

par Marie Anne Perfettini

Aliénor d’Aquitaine fait partie de ces femmes de pouvoir, qui surprennent dans ces sociétés et ces époques où les hommes dominent tout.
Ce livre nous invite à la découvrir dans sa jeunesse pendant la période où elle fut l’épouse du roi Louis VII. Mariée à 13 ans, elle vivra 15 ans avec son mari dans un conflit permanent.
Certes l’auteure (et elle le reconnaît elle-même à la fin) se joue un peu de l’Histoire ou plutôt comble les vides de l’Histoire en romançant son récit. Mais sa manière d’écrire est originale car elle nous fait entrer directement dans l’esprit d’Aliénor et de Louis VII.
Chaque événement est ainsi vu par l’un puis par l’autre ce que marque l’alternance entre l’écriture droite et les italiques ; nous savons donc toujours qui est le « je » qui parle.
Ce procédé rend le récit plus vivant et met en relief la violence et l’exigence de cette femme forte, élevée dans le Sud de la France, bercée par les chants des troubadours, aimant le luxe, le pouvoir et la fête, confrontée à un homme du Nord qui n’était pas fait pour être roi et aurait préféré être moine.
De plus, l’auteure nous transporte dans le Paris médiéval et ses ruelles tortueuses, puis jusqu’en Terre Sainte, avec ces hommes portés par la foi ou l’ambition, pour une croisade qui se soldera par un échec retentissant.
Un petit voyage dans le temps et l’espace donc, agréablement écrit et qui se lit avec curiosité !

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Le gang des rêves, Luca di Fulvio ! 2016 L'Amérique c'était aussi …

par Marie Anne Perfettini

« Le rêve américain » : cette expression cache tant de misère, d’exploitation, de cruauté, de désillusions et d’espérances ! Qu’ils soient Polonais, Italiens, Noirs, Juifs, ils veulent tous leur place au soleil mais le rêve américain n’est pas pour tout le monde et vire le plus souvent au cauchemar. Racisme, inégalité, mafia, injustices, vols, viols, meurtres et contrats sont le lot de cette époque.
Le prologue se déroule en Italie entre 1906 et 1909, puis le livre se poursuit en Amérique dans les années 1920 à 1929 ; construit sur des allers-retours temporels, il nous permet de suivre la vie des personnages dans les différentes étapes de leur cheminement.
Des quartiers pauvres de New-York à Los Angeles, où se développe ce nouvel Eldorado qu’est le monde du cinéma, nous découvrons la violence des rapports humains (ou plutôt inhumains) entre ceux qui réussissent et ceux qui échouent, ceux qui méprisent et ceux qui envient, ceux qui aiment et ceux qui ne peuvent que haïr. Pas de pitié pour les faibles et les perdants.
Trois personnages se détachent, trois personnages en quête d’une nouvelle vie. Trois personnages différents et semblables qui vont se croiser pour le pire et le meilleur. Trois personnages différents et intimement liés car, en Amérique, tout est possible. Deux sont terriblement attachants, le troisième est un monstre sanguinaire qui, dans ce monde cruel de l’Amérique des années 20, va se livrer aux pires atrocités. Mais, malgré toutes les difficultés, nos personnages gravissent peu à peu les échelons de ce monde où il faut être inventif, roublard, opportuniste et surtout … chanceux.
Un livre dur, violent et tendre à la fois, une belle histoire d’amour qui malgré ses 700 pages se lit d’une traite.

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Louis-Philippe Dalembert, Avant que les ombres s’effacent

par Marie Anne Perfettini
 

Il est des livres qui vous arrivent par hasard et on se dit :« Mais quelle coïncidence ! ».

La semaine où un bateau chargé d’hommes, de femmes et d’enfants fuyant la misère ou la persécution (souvent les deux) est balloté de port en port, refusé par tout le monde, le livre de Louis-Philippe Dalembert me tombe dans les mains ! L’Aquarius d’aujourd’hui rappelle le Saint-Louis qui voguait vers Cuba, c’est-à-dire vers le salut avec à son bord de nombreux Juifs fuyant l’Allemagne nazie.
Cette fois, quelques pays (et là encore pas les plus proches) ont offert l’asile sous la pression de l’opinion publique et ces pauvres gens ont retraversé l’Atlantique pour rejoindre l’Angleterre, la Belgique, les Pays-Bas et la France (mais oui !). Nous sommes en 1939… beaucoup se jettent de nouveau dans la gueule du loup mais personne ne le sait !
L’essentiel du livre n’est pas là bien sûr. Il retrace, en fait, l’épopée du docteur Schwarzberg et de sa famille qui ont fui la Pologne en 1918 puis l’Allemagne en 1938. Et là, on découvre le rôle d’une terre misérable et – je dirais- évidemment généreuse : Haïti. Ainsi dès 1939, ce petit territoire a promulgué un décret-loi octroyant la naturalisation immédiate aux Juifs qui le souhaitaient. C’est, donc, là que Ruben Schwarzberg va être accueilli après avoir été sauvé par un membre de l’ambassade d’Haïti lors de la nuit de Cristal à Berlin, puis à Paris, après l’entrée en guerre de la France et sa rapide défaite.
L’histoire de ce docteur est une fiction mais elle repose sur des faits réels. Elle nous permet donc de vivre un pan de l’histoire européenne et de voyager dans un petit pays – Haïti – grand de générosité et de culture, où les gens mettaient leur fierté dans le fait de « connaître et déclamer des poèmes par cœur…» et qui a produit de nombreux poètes comme Roussan Camille et son superbe texte : « Nedje ».
Par Roussan Camille
Tu n’avais pas seize ans,
toi qui disais venir du Danakil,
et que des blancs pervers
gavaient d’anis et de whisky,
en ce dancing fumeux
de Casablanca.
Le soir coulait du sang
par la fenêtre étroite,
jusqu’aux burnous des Spahis
affalés contre le bar,
et dessinait là-bas,
au-dessus du désert proche,
d’épiques visions
de chocs et de poursuites,
de revers et de gloire.
Un soir sanglant
qui n’était qu’une minute
de l’éternel soir sanglant de l’Afrique.
Et si triste,
que ta danse s’en imprégna
et me fit mal au cœur,
comme ta chanson,
comme ton regard
plongé dans mon regard
et mêlé à mon âme.
Tes yeux étaient pleins de pays,
de tant de pays,
qu’en te regardant
je voyais ressurgir
à leurs fauves lumières
les faubourgs noirs de Londres,
les bordels de Tripoli,
Montmartre, Harlem,
tous les faux paradis
où les nègres dansent et chantent
pour les autres.
L’appel proche
de ton Danakil mutilé,
l’appel des mains noires fraternelles
apportaient à ta danse d’amour
une pureté de premier jour
et labouraient ton cœur
de grands accents familiers.
Tes frêles bras,
élevés dans la fumée,
voulaient étreindre
des siècles d’orgueil
et des kilomètres de paysages,
tandis que tes pas,
sur la mosaïque cirée,
cherchaient les aspérités
et les détours des routes de ton enfance.
La fenêtre donnait sur l’Est inapaisé,
Cent fois ton cœur y passa.
Cent fois la rose rouge brandie
au bout de tes doigts fins
orna le mirage
des portes de ton village.
Ta souffrance et ta nostalgie
étaient connues
de tous les débauchés.
Les marins en manœuvre,
les soldats en congé,
les touristes désœuvrés
qui ont broyé ta poitrine brune
de tout leur vaste ennui de voyageurs,
les missionnaires et la foule lâche
ont parfois essayé de te consoler.
Mais toi seule sais,
petite fille du Danakil
perdue aux dancings fumeux
de Casablanca
que ton cœur
se rouvrira au bonheur
lorsqu’aux aurores nouvelles
baignant le désert natal,
tu retourneras danser
pour tes héros morts,
pour tes héros vivants,
pour tes héros à naître.
Chacun de tes pas,
tes gestes,
tes regards,
ta chanson
diront au soleil que la terre t’appartient.
 
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Lettres à Nelson Algren Simone de Beauvoir Un amour transatlantique 1947-1964

Par Marie Anne Perfettini 
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Sartre et Simone de Beauvoir couple mythique ! Je savais qu’il y avait eu beaucoup de coups de canif dans le contrat mais j’ignorais qu’il y avait eu un tel amour dans sa vie pour quelqu’un d’autre que Sartre.

J’ai donc découvert que cette femme avait vécu une relation passionnée pendant plus de 15 ans avec Nelson Algren (Romancier américain, mort dans la misère et l’indifférence totale au point que personne n’a réclamé son cadavre. Son intérêt pour la face sombre de la société américaine lui aurait valu de la part du FBI un dossier de 500 pages bien qu’aucun élément précis n’atteste du caractère subversif de ses écrits.
En France, il avait été introduit dans le milieu existentialiste par Simone de Beauvoir rencontrée vers 1947.
Les lettres de Simone de Beauvoir (plus de 300) ont été publiées par Sylvie Le Bon de Beauvoir mais elle n’a pas eu l’autorisation de traduire et de publier celles de Nelson Algren.

Les lettres sont passionnantes pour plusieurs raisons :
D’abord elles nous font entrer dans l’intimité, dans l’esprit, les espoirs, les angoisses d’une femme qui nous semble en général très forte, très libre.
Or on découvre une femme déchirée entre sa fidélité à un homme qu’elle admire, Sartre, et un homme qu’elle aime et qu’elle appelle « mon crocodile adoré » mais surtout « mon mari », Nelson. En effet, malgré son amour, elle n’acceptera jamais d’abandonner Sartre disant qu’il a besoin d’elle : en 1948 elle écrit :
« Mais ce que vous devez savoir aussi prétentieux que cela puisse paraître de ma part, c’est à quel point Sartre a besoin de moi. Extérieurement il est très isolé, intérieurement très tourmenté, très troublé, et je suis sa seule véritable amie, la seule qui le comprenne vraiment, l’aide vraiment, travaille avec lui, lui apporte paix et équilibre. Depuis presque vingt ans il a tout fait pour moi, il m’a aidée à vivre, à me trouver moi-même ; il a sacrifié dans mon intérêt des tas de choses. A présent, depuis quatre ou cinq ans, est venu le moment où je suis en mesure de lui rendre la réciproque de ce qu’il a fait pour moi, où à mon tour je peux l’aider, lui qui m’a tellement aidée. Jamais je ne pourrais l’abandonner. Le quitter pendant des périodes plus ou moins longues, oui, mais pas engager ma vie entière avec quelqu’un d’autre. Vous devez comprendre, Nelson… »

En1951 dans une de ses lettres elle réexplique à Nelson
« Depuis le tout premier jour je me suis sentie coupable envers vous parce que je pouvais si peu vous donner, alors que j’avais pour vous tant d’amour. Je sais que vous m’avez crue, que vous avez compris mes explications. (..) Je ne veux pas plaider à nouveau ce point : je ne pouvais pas abandonner Sartre, l’écriture, la France. »

Ensuite comme ces lettres s’adressent (et moi c’est ce qui m’intéresse le plus) à un Américain qui ignore tout de la France et des « grands noms » français, elle va brosser des portraits (souvent savoureux) des auteurs, acteurs de l’époque … Ainsi elle décrit Boris Vian, Colette, Gide, Genet etc…

De Colette, elle dit qu’elle « est en France le seul grand écrivain femme (…) » et résume sa vie et son œuvre avec beaucoup de tendresse.
De Gide, elle dit qu’il est « le plus vieil écrivain français vivant, je pense (il a eu le prix Nobel, vous savez, pour avoir écrit sa vie durant qu’il était bien d’être pédé) (…) ». A sa mort elle écrit : « Le vieux Gide est mort (…) Deux catholiques [le] haïssaient : le romancier Mauriac et le poète Claudel. La petite « cassoulet » a fait une excellente plaisanterie : le lendemain de la mort de Gide elle a télégraphié à Mauriac : ENFER N’EXISTE PAS. POUVEZ VOUS MARRER. PREVENEZ CLAUDEL. Signé : André GIDE. Mauriac a piqué une colère rouge (il ignore l’identité de l’expéditeur) »
Elle évoque Boris Vian : « Sartre et Queneau se sont attristés sur Vian, qui leur a donné le manuscrit de son prochain livre pour avoir leur avis. Or ils pensent que c’est très mauvais et ne savent comment lui dire, sans le désespérer (…) »
Elle parle de ses livres, de ceux de Nelson ou de Sartre. Des difficultés rencontrées lorsqu’ils veulent monter les pièces de Sartre (Les Mains Sales etc…) car les acteurs, metteurs en scène, se disputent, etc (C’est très cocasse)
Elle lui parle du prix Goncourt, des hauts lieux de la bohème parisienne, le café de Flore, les Deux Magots où on se rencontre, on travaille, on refait le monde. Les caves où l’on écoute de la musique et où l’on boit beaucoup…. Mais aussi les problèmes d’argent, de logement ou d’approvisionnement au sortir de la guerre. Enfin, elle évoque ses nombreux voyages, la politique, le colonialisme, l’avortement, tous les problèmes de la France, de l’Amérique aussi, car elle sera en butte aux tracasseries administratives pour aller le voir du fait du maccartisme…
Bref, un livre à l’image de la vie : drôle, triste, émouvant, profond. Avec en plus l’impression que dans les lettres on triche moins que dans l’autobiographie. Si dans Mémoires d’une Jeune Fille rangée on peut avoir parfois l’impression qu’elle se reconstruit un peu, là on la sent plus sincère, plus nue. Même si on ne s’intéresse pasfondamentalement à Simone de Beauvoir ce livre est avant tout
l’histoire d’une femme et d’une époque passionnante !

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Haruki Murakami Après le tremblement de terre Marie-Anne Perfettini

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Un petit recueil de nouvelles qui ont toutes pour toile de fond et fil conducteur le tremblement de terre de Kobé. Au début on se sent frustré car les personnages sont très forts et un peu à l’étroit dans l’espace d’une nouvelle. On voudrait connaître la suite, rester plus longtemps en leur compagnie, les suivre plus longtemps sur le chemin tracé par l’auteur. Mais non, nous assistons à des moments de leur vie, des moments souvent fondamentaux, et on les quitte. La vie est souvent ainsi, on croise des gens on vit des événements avec eux, on a une conversation plus ou moins forte et parfois d’autant plus forte qu’on sent qu’on ne les reverra plus et que nos propos seront sans conséquence et puis ils disparaissent…
Ces six récits sont tendres, surprenants, déroutants, mais toujours profonds. L’écriture de Murakami est toujours un délice, elle semble évidente et pourtant est envoutante. A lire, à la suite ou en laissant un peu de temps entre chaque récit, légère mélancolie et grand plaisir assurés !

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Haruki Murakami Après le tremblement de terre , lu par M. A. Perfettini

MURA
Un petit recueil de nouvelles qui ont toutes pour toile de fond et fil conducteur le tremblement de terre de Kobé.
Au début on se sent frustré car les personnages sont très forts et un peu à l’étroit dans l’espace d’une nouvelle. On voudrait connaître la suite, rester plus longtemps en leur compagnie, les suivre plus longtemps sur le chemin tracé par l’auteur. Mais non, nous assistons à des moments de leur vie, des moments souvent fondamentaux, et on les quitte.
La vie est souvent ainsi, on croise des gens on vit des événements avec eux, on a une conversation plus ou moins forte et parfois d’autant plus forte qu’on sent qu’on ne les reverra plus et que nos propos seront sans conséquence et puis ils disparaissent…
Ces six récits sont tendres, surprenants, déroutants, mais toujours profonds. L’écriture de Murakami est toujours un délice, elle semble évidente et pourtant est envoutante. A lire, à la suite ou en laissant un peu de temps entre chaque récit, légère mélancolie et grand plaisir assurés !