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Poldark

ARTICLE – Les séries TV comme Poldark témoignent de la façon dont une époque définit les femmes. C’est pourquoi, dans chaque numéro, Nathalie Nadaud-Albertini, sociologue des médias, s’intéresse à une série et décrypte la manière dont les femmes y sont représentées.



Revisiter la fiction historique 

Une série en costumes qui ne corsette pas ses héroïnes, cela vous tente ? Parfait ! Poldark revisite la fiction historique pour vous ! Combat social et sentiments échevelés par les bourrasques de Cornouailles à la fin du XVIIIème siècle, tous les ingrédients romanesques sont là. Et en prime, les femmes décident de leur destin !

Le récit commence avec le ténébreux Ross Poldark de retour de la guerre d’indépendance américaine. Son domaine est en ruines, la femme qu’il aime est fiancée à un autre. Sa vie entière est à reconstruire. 

Des femmes fortes et une réflexion sur les rapports hommes-femmes 

Mais Poldark n’est pas que l’histoire d’un homme, c’est surtout l’histoire de femmes. De femmes fortes, chacune à leur manière. 

Demelza la première. Fille de mineur, elle ne connaît au début de l’intrigue que la faim, la misère et les coups de son père. Ross la recueille comme domestique.   Volontaire et tenace, elle apprend les codes d’un monde qui n’est pas la sien. Bientôt, l’amour et le mariage sont au rendez-vous, loin des clichés de la domestique amoureuse ou de l’intrigante prête à tout. Demelza est bel et bien une femme que les carcans n’étouffent pas. Indépendante, elle sait travailler la terre, danser au bal ou diriger une mine et un domaine. Si Ross est un héros, Demelza est une héroïne. Qui n’hésite pas à se jeter dans la bataille. Défendre une juste cause. Déjouer les complots contre son pays ou sauver la vie de son époux.

La série montre également d’autres façons d’être femme et sonde la condition féminine au XVIIIème siècle. Elle la questionne largement, du viol conjugal au mariage forcé, en passant par la difficulté à s’imaginer un destin différent de celui d’épouse et de mère. Elle interroge également le statut difficile et ambigu que la société confère à certaines : celui de femme-trophée. 

À travers les différents personnages féminins, la série prend alors la mesure de la difficulté de vivre dans une société où les femmes sont soumises à leur père puis à leur mari. Même si elles souffrent de cette condition, elles se révoltent et conquièrent leur part de liberté et de bonheur. Certaines refusent de se marier, d’autres s’enfuient avec l’élu de leur cœur. Et aucune ne se cantonne à l’univers domestique, qu’il s’agisse de créer une école, lutter contre l’esclavage, l’exploitation des mineurs ou la domination des femmes.  

Une société cherchant l’égalité 

Si la série questionne la féminité, elle interroge tout autant la masculinité. La partition entre les « méchants » et les « gentils » se fait en effet sur la définition du masculin. 

Les premiers revendiquent la virilité en tant qu’expression collective et individuelle de la domination des hommes sur les femmes et des riches sur les pauvres. Par cupidité et ambition, ils arborent un pouvoir décrit comme une violence brute et arbitraire en totale violation du respect de la dignité humaine.

Le comportement des seconds repose sur le sens de l’honneur. Ce dernier apparaît comme la pierre angulaire d’une société régie par libre-arbitre, la bienveillance, le respect, la compassion, et le sacrifice de soi.  Autrement dit, Poldark explore une société cherchant l’égalité aussi bien entre les classes sociales qu’entre les femmes et les hommes, avec son lot de difficultés, d’écueils, de remises en question et de combats, mais aussi de joies, de bonheurs, d’amitiés, et d’amours. Elle allie ainsi questionnement sociétal et thématiques intimistes de façon harmonieuse. 

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Le temps du doute Gilles Santucci Éditions Maïa

Par Nathalie Nadaud-Albertini

Un bruit sourd au sol, le léger frémissement d’un buisson par une nuit sans lune lors d’un parachutage d’armes en 1943 dans les montagnes corses et le destin prend un autre tour. Un homme, Ange-Mathieu, a cru voir son ami, Étienne, jeter une sacoche dans le maquis. Incrédule, incertain de ce qu’il va vu, il préfère garder le silence, mais le doute a des doigts de velours. Il ne se fait pas serre, il frôle les consciences, effleure les destins, leur donne une pichenette et les change à jamais.

Tout d’abord parce que l’amitié entre les deux hommes ne sera plus la même. Elle se fera défiance d’un côté, incompréhension de l’autre. Plus tard, ce seront leurs enfants, Stella et Dominique, qui en feront les frais. Sans le doute, ils seraient déjà mariés. Cependant le doute est là, il ouvre le destin de Dominique sur les tentations d’ailleurs que représente Chantal, une jeune femme rencontrée en Algérie partie vivre au Canada. Et voilà Dominique qui envisage une autre vie, celle d’un autre, celui qu’il aurait pu être si… autant que celui qu’il pourrait être si… Autrement dit, le doute encage et libère les destinées dans le même mouvement.  

Le temps du doute de Gilles Santucci, c’est également l’histoire de la guerre, pas une guerre en particulier, la guerre en général, avec son cortège de malheurs et de misères humaines, d’exactions et de cruautés. La guerre comme une face monstrueuse et déformante de l’être humain qui explore sa version sombre. L’action se déroule dans les tranchées de Verdun et dans le djebel algérien, mais peu importe en réalité. Quels que soient l’année, l’endroit et les clans en présence, l’histoire est la même. Celle des êtres qui souffrent et se perdent dans l’horreur. Qui tant bien que mal survivent à la destruction justement parce qu’ils sont humains. Alors, sur la toile sombre et sanglante de l’Histoire éclatent des tâches de lumière, jetées là par un peintre qui veut éblouir le lecteur de la beauté de ce qui fait aussi l’être humain. La force de l’amitié, l’amour, la famille, les petits bonheurs quotidiens, le charme d’une rencontre, le bonheur d’un lieu à l’atmosphère chaleureuse et envoutante. La vie plus forte que tout.

Le temps du doute, c’est donc avant tout un récit qui travaille sur le clair-obscur de l’être humain, où tel un équilibriste, chaque personnage marche sur son fil, oscillant entre ombre et clarté.