Présenté lors de la sélection officielle de Cannes 2020, le film ADN, écrit et réalisé par Maïwenn témoigne avec force d’une quête identitaire. Un retour aux sources filmé avec délicatesse.

Par : Audrey Acquaviva

ADN, sortie en 2020, a fait partie de la sélection officielle de Cannes. Il est de nouveau sur nos écrans après une longue période de fermeture des salles obscures. Un film de Maïwenn est un événement. On aime son cinéma ou on le rejette.

L’histoire est centrée sur Neige (interprétée par la réalisatrice), divorcée et mère de trois garçons. Elle est très attachée à son grand-père algérien. Dépendant, ce dernier vit dans une maison de retraite où elle lui rend visite très régulièrement.

Au début du film, le vieil homme qui ne semble plus vraiment être là, est entouré de ses filles, de ses petits-enfants et arrière-petits-enfants à l’occasion de la toute première lecture du livre sur sa vie. Tout un périple, dont Neige est l’instigatrice mais qui est écrit par une de ses amies. Cette séquence est une concentration du film à travers le mélange des registres et les différents thèmes abordés (famille, filiation, racines, affranchissement, quête de soi).

Un trombinoscope haut en couleurs

À leur manière, tous les membres de la famille semblent s’accrocher à l’aïeul dans un joyeux brouhaha, perlé de-ci de-là de disputes. Très vite, les contours de cette tribu se dessinent ; tout comme les liens entremêlés d’attachements sincères et de rancœur. La mort du vieil homme va non seulement rompre cet équilibre bancal mais va provoquer une crise familiale, voire identitaire.

maiwenn adn

En effet, ce trombinoscope haut en couleurs et fort en cris a comme point d’ancrage le désormais silencieux Emir. Il a été aussi le tuteur de résilience de Neige notamment. C’est lui qui l’a aidée à survivre à des parents toxiques. Sa mère, jouée par une surprenante et puissante Fanny Ardant, apparaît brutale. La colère qui gronde en elle, nourrie par une vie faite de durs combats âprement gagnés, fait briller son regard. Son père, lui, semble détaché de la société, de ses racines et même de la famille. Ce détachement le rend cruel. Quant à la fratrie, elle ne se comprend pas toujours. Maïwenn la saisit à un moment de bascule : le pilier qui les réunissait n’est plus. L’enfance qu’ils partagent a laissé place à l’âge adulte (c’est aussi un thème qu’explore le dernier roman de Yasmina Reza, Serge, paru aux éditions Flammarion).

Désormais chacun porte ses propres valeurs qui les éloignent les uns des autres. On les voit à l’écran, tiraillés. Le frère aîné Ali, le plus stable, le plus sage, a une raideur qui paraît comme une protection à la folie ambiante. La petite sœur Lilah (interprétée par Marine Vacth) veut jouer sa propre partition, quitte à décevoir.  Mais il est encore trop tôt, alors elle revient dans le sillage de la fratrie. Quant à Mattheo, le petit dernier, il semble sensible et se réfugie dans les mots caustiques. La rencontre des quatre est souvent pesante du fait de la colère et de la tristesse retenues ou pas.

En quête de ses origines

Et, soudain, contre toute attente, elle se mue en une complicité qui surgit à travers une vanne, un fou-rire, un câlin. De nouveau, la fratrie semble unie. En fait, c’est la vie que Maïwenn filme. Neige apparaît aussi rapidement comme étant une mère dévouée. Mais le sujet n’est pas là, car il faut aussi voir le film comme sa libération salvatrice sous la forme d’une pseudo-crise identitaire. En effet, la mort de son grand-père l’anéantit. La quête de ses origines à travers un test ADN lui donnera dans un premier temps, un but.

Son père ne lui facilite pas la tâche (ici, il apparaît comme un miroir inversé : il ne se préoccupe pas de ses origines asiatiques, il se sent Français et c’est tout). Mais le spectateur sait déjà que le cœur de Neige et une partie de ses racines appartiennent à l’Algérie, le pays de son grand-père. Le fait d’obtenir la nationalité algérienne semble être une nouvelle naissance. Mais avant cela, il lui a fallu rompre avec sa mère. La séquence est dure et bouleversante.

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Dans cette famille nombreuse,  il y a aussi la tante qui offre au film deux scènes improbables (le choix du cercueil et la scène des funérailles). Et surtout le cousin Kévin, personnage bouleversant (interprété par Dylan Robert dont la caméra semble captive). L’ex de Neige, François (interprété par le très juste Louis Garrel) offre au film des perles d’humour, de tendresse et de grâce parfois. Il semble assez solide pour calmer le jeu de l’effervescence ambiante. 

Toutes les séquences mènent l’une après l’autre à la libération finale. Et ADN est porté par un souffle, une énergie qui passe tout d’abord par la force des mots. Ce souffle est aussi un tourbillon maîtrisé de tons à travers des séquences marquées qui permettent d’explorer toute une palette d’émotions, de zones d’ombres, de moments de rancœur, petits ou grands ; sans oublier de belles complicités, signes d’un amour profond et sincère.

Ainsi le film glisse-t-il du tragique (la mort) au pathétique (le déménagement de la chambre). Du registre burlesque (la chanson lors de la cérémonie funéraire) à la brutalité, et du fantastique au réalisme. Des instants d’humour saupoudrent l’ensemble et le rendent savoureux. De plus, la caméra suit au plus près les personnages avec ses nombreux gros plans, plans serrés ou travelling. Elle fait corps avec eux. Et parfois elle les dépasse avec des plans panoramiques (Neige au milieu de la foule algérienne, au milieu des siens).

ADN, film intimiste, mêle fiction et réalité à travers des thématiques qui hantent notre société et la réalisatrice :  la famille à travers la filiation et la fratrie ; l’identité à travers l’affirmation de soi et les racines ; le multiculturalisme.

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