L’Almanach, Tradizione viva di Bastia e di u so circondu, Prix du Livre corse en 2006

L’Almanach de Bastia, qui avait obtenu le Prix du livre corse en 2006, avait été bien reçu par le public. Il était devenu pratiquement introuvable, malgré une réédition en 2007. A tel point que Pierre-Louis Alessandri et Ghjermana de Zerbi, membres du comité de rédaction, sous l’impulsion de Jean-Baptiste (Battì) Raffalli, ont eu La bonne idée d’en promouvoir une troisième édition. On pourrait donc écrire, pour reprendre l’expression rituelle qu’utilisait le grand-père de Battì Raffalli au moment où il s’apprêtait à dire un conte, et qui ouvre le livre, « Voca per una, voca per duie, voca per trè ». Le titre et le sous-titre nous donnent déjà une indication : Almanach, tradizione viva di Bastia è di u so circondu.

Un nouvel almanach de Bastia, révisé et commenté

Ce nouveau tirage est révisé et augmenté. L’ouvrage a été édité par le Comité des fêtes et du Patrimoine de Bastia avec comme responsable de la publication Battì Raffalli. 

On connaît la ligne éditoriale de l’Almanach. Les sujets les plus divers y sont abordés : histoire, religion, littérature, arts et architecture, vieux métiers, jardins, maisons historiques, tradition orale, musique… L’ambition des amoureux de la ville et qui sont à l’origine de cette aventure,  est joliment expliquée par Pierre-Louis Alessandri : « Faire éclore la tradition nourrie au quotidien que le peuple colporte et enrichi et que les études savantes laissent en général sur le bord de leur mémoire, montrer ce qu’est Bastia dans ses aspects les plus nobles et les plus humbles, redonner corps à cette identité bastiaise solidifiée d’iode toscane, génoise ou napolitaine, embaumée des parfums du maquis tout proche et charpentée par son entière insularité. » 

Illustrations, notices, une œuvre dense !

L’ouvrage est abondamment illustré, les pages sont rythmées par de courtes notices. On peut le feuilleter au hasard ou selon sa fantaisie, l’attention accrochée par telle ou telle photo, évoquant des personnalités, depuis les plus populaires, telles les joueuses de china, ou les marchandes de panizze, aux plus illustres : le chanoine Letteron, qui fonda la Société des sciences historiques et naturelles de la Corse, Michele Viale Prelà, le cardinal archevêque de Bologne, neveu du médecin Tommaso Prelà premier médecin du pape Pie VII, qui légua à Bastia sa ville natale une magnifique bibliothèque, le sénateur Raphaël de Casabianca, en passant par des figures pittoresques,celle de Pedrito Maestracci, qui se proclamait «  Imperator Vinorum Corsicae » quand, sur la place Saint Nicolas,  il haranguait un public ravi, ou Dominique Vecchini, bibliothécaire et poète, auteur des quatre rimes bien connues des bastiais :

«  La lune monte et fait honneur 
A la maison du gouverneur
Un pêcheur dit je reconnais
Ce paysage japonais »

Le plus de cette nouvelle édition

Cette nouvelle édition de L’Almanach de Bastia apporte beaucoup :- la correction de coquilles qui se trouvaient dans les éditions précédentes, – une évocation bilingue de l’histoire de Terra Nova, par Ghjermana de Zerbi, – la traduction en corse d’un article de Jean-Pierre Girolami sur le coup d’Etat contre Napoléon en 1814. 

– et le petit monde de Battì Rafalli

Dans ses douze courts récits inédits Battì Raffalli redonne vie à quelques femmes ou à quelques hommes, oubliés, des « gens sans importance », par exemple :« Nannituccia », ou Zia Vittorina, cette conteuse à l’accent marseillais du « Panier » qui rassemblait les enfants au bas du chemin de la Filippina. A la fin de sa prestation, et c’était le moment le plus attendu, elle saluait à sa façon : en guise de baisser de rideau, elle relevait ses jupes comme dans le deuxième vers irrévérencieux de la chanson enfantine « Quand j’étais petit je n’étais pas grand … » « Monsieur Nonza » le représentant du savon « La Pomme », qui prononçait « Passate, passate », d’une si voix nasillarde que l’on croyait entendre : « Pensate, pensate ! »

Madame Passalacqua, dite « Vittò » parce que pendant la procession en l’honneur de Saint Joseph, elle faisait le signe churchillien de la Victoire. C’était son jour de gloire à elle.

Un autre temps pas si lointain

C’était le temps où les téléphones privés étaient rares, où beaucoup de gens du quartier parlaient un français approximatif, où le spectacle était dans la rue ;   le temps où Terra Nova n’était encore qu’un gros bourg délaissé, à deux pas des vignes qui l’entouraient. C’était le temps de « l’innocence heureuse » de l’enfance.

On connaissait Battì Raffalli dans son rôle officiel d’élu, pour sa jovialité aussi , son dynamisme ; un homme entreprenant auquel la nouvelle version de L’Almanach de Bastia doit beaucoup. Il nous révèle ici, dans cette dizaine de sketches, une autre facette de sa personnalité,en chroniqueur bienveillant, qui a su croquer des personnages hauts en couleurs, rapportant des mots et des anecdotes pittoresques, bien observées et restituées dans un mélange de burlesque et de grande tendresse.

                                                                             Francis Beretti 


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