Elle a enquêté durant six ans. La grande reporter au Monde Florence Aubenas livre dans « L’inconnu de la poste », le récit documenté d’un crime survenu en 2008 dans le bureau de poste d’un petit village de l’Ain. Un récit à la fois littéraire et journalistique, qui se lit comme un polar.

Par : Antoine Giudicelli

Florence Aubenas, grand reporter au Monde parvient à créer un univers romanesque avec des milliers de petits détails réalistes, présentés de façon objective. Elle organise l’aspect de la scène du crime et fait vivre les personnages principaux par leurs faits et gestes. De plus, elle propose les motifs et envisage avec plusieurs voix qui s’expriment dans leurs déclarations, les coupables possibles. Elle mène une enquête pas à pas

Nous sommes en province. Dans un village de montagne, à Montréal-la-Cluse près du lac de Nantua, là où ont fleuri des usines de plastique. L’endroit a ses touristes, ceux qui passent encore par là pour se rendre en Suisse ou en Italie. Mais on le découvre au quotidien dans ce récit, avec ses habitants et leur vie plus ou moins facile, ses marginaux et ses notables. 

En fait, rien de particulier dans cet endroit calme. Si ce n’est que la petite poste a été le lieu d’un crime en décembre 2008.

Catherine Burgod, la postière, âgée de 40 ans, a été sauvagement frappée à coups de couteau (28 !). Et a été retrouvée morte dans une pièce de repos, derrière la salle d’accueil du public.

Une enfant du pays

C’est un choc pour tous. La jolie Catherine, mère d’une petite fille était une enfant du pays ; la fille d’un homme estimé, l’ancien adjoint au maire. Elle se faisait toujours remarquer pour son élégance tranquille, tant elle était toujours accueillante et populaire. Elle venait de refaire sa vie, était enceinte. Son emploi dans la petite poste lui allait très bien. Ses nombreuses amies qui papotaient chaque matin avec elles autour d’une tasse de café, ses proches et moins proches, chacun se demande qui a bien pu lui vouloir du mal, qui a bien pu être capable de tuer une femme tranquille. De tuer tout court. 

Et pourquoi ? Pour la recette du bureau de poste ? Pour d’autres motifs, comme la jalousie de son ex, le ressentiment de client de la poste mal reçu ? 

L’auteure nous présente d’emblée la situation et propose de s’arrêter sur le mystère que constitue la disparition de Gérald Thomassin. Car il est le personnage principal de ce livre. Il vit dans ce village depuis un an. D’ailleurs, il s’y est installé sans pouvoir vraiment expliquer pourquoi il habite en face de la poste et retire chaque jour un peu d’argent. En bref, quelques euros pour vivre.

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En résumé, ce marginal qui carbure à la bière et au Subutex fréquente deux amis pas plus avantagés que lui sur le plan social. Mais sa particularité, c’est qu’il a évolué dans le monde du cinéma et qu’il y connait des réalisateurs et acteurs. De fait, on peut l’appeler pour un petit rôle et selon son humeur, il va accepter ou pas, pour toucher un beau chèque. Il répète qu’il est acteur, qu’il a eu un César et c’est vrai. 

Qui a tué Catherine ? Pourquoi Gérald Thomassin s’est-il volatilisé ? Des questions sans réponse et un excellent roman vrai ; où à la façon d’un Simenon, Florence Aubenas nous passionne avec sa mise en récit et son agencement de la vérité.

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