par Stephane D. 

Du confinement, si vous n’y preniez pas garde, tout vous contraignait à faire comme il fallait, 
au mieux, toujours au mieux.  Quel temps précieux où tout se régulerait !
Et sans comprendre les injonctions, Je vais à contre temps, 
de ce qui nous est conté, compté, filtré et décompté, 
Magie de la torsion du temps. 
Je compte les moutons, dans les coins de ma maison, et sur les étagères, et dans le ciel bleu, ceux qui filent sous le vent et je souffle sur la poussière des meubles, et je la fais voler dans la lumière et partout, dans mes cheveux. 
Pas de corps qui s’étire, ni se plie à la rigueur, 
je compte les battements du cœur, je prends mon poul, je peins mes cils. 
Pas de clause alimentaire, ni de recettes de sorcières, 
je bois les secondes échouées, comme les gouttes de pluie sur la joue tendre des  trèfles, que je vois de ma fenêtre ouverte, ouverte par tous les temps, simples, composés, présents, jamais futurs, ouverte jour et nuit. 
Le jour me donne le jour, la nuit me rend la nuit. 

Et déchaînés les orages des yeux qui s’engouffrent  dans la gorge
et plient la bouche en deux, 
sans savoir pourquoi, ni comment, 
comme des adieux brutaux, irraisonnables.
Quels adieux, pour quelles histoires de pluie? 
Roulez, roulez orages dans les yeux!
Pas de lecture appliquée, ni dictée, ni commandée, 
tous mes livres sont ouverts, 
au sol sur les tapis froissés, 
et d’une phrase à l’autre, jouer sur les mots, partition et clé d’introduction. 
Jamais de Fin. 
Et volent les mots qui se posent sur mes mains, papillons à l’encre de Chine,
Marché aux puces des Révolutions, 
les mots silencieux comme les lucioles.
Pas de cours de chant virtuel sur réseaux
ni violon, ni clarinette;
Les merles jouent à me réveiller 
et roucoulent les colombes sur le figuier, à me malmener du désir distancié ;
et au soir tombé les chauves souris me donnent l’heure et le La,  
la belle heure, celle entre chien et loup,
l’heure de sortir,  chanter pour un voisin, 
de l’autre côté, 
interlude et broderie de joie, par dessus le chemin,
avec un autre humain fait de la même joie 
et de la même boue. 
Musique des ondes  FM, en Soul et sous la douche, 
gouaches fraîches sur la toile cirée 
où le doigt dessine dans la farine et le sucre éclaté ,
les recettes d’un boléro et d’une biguine et du pied frappé sur les aiguilles des talons.

Valse lente du temps se déroule, m’enroule et m’enlève.

Temps du confinement, pour chacun le sien,
le mien se multiplie et s’arrange d’un rien. 
Réveil annoncé, bruit, flux rapide 
et le temps recadré, dans les cadrans du 11 mai. Fin du sortilège. 


3 commentaires

  1. Belle et dense traduction d’un ressenti via toutes ces petites choses du quotidien
    tellement machinales qu’elles en deviennent invisibles.
    L’importance donnée par les uns et les autres à des futilités devenues nécessaires.
    Et pourtant … que d’émotions quand l’adversité vient troubler notre liberté chérie.
    Se révèle alors cette quête si convoitée d’un bonheur tranquille .
    C’est ce que ce texte évoque en moi ;
    Merci Stéphane pour ce moment de partage dans notre  » humanitude  »

    Pat de Belgique

  2. Très très joli texte ! Plein d’envolées à la fois lyrique et poétiques avec une manière toute particulière de décrire les choses et de les sublimer…

    On se retrouve embarquer en deux temps trois mouvements, sans comprendre comment ni pourquoi, dans votre univers… et il est bien riche !

    Bravo, je vous souhaite vraiment une carrière littéraire, vous avez une patte certaine. Bravo

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