Philippe Alessandri propose un extrait de l’un de ses auteurs préférés, Somerset Maugham, auteur britannique qui fut un grand voyageur.

Son roman Gentleman en Asie (Editions 10/18) raconte notamment un cheminement de Rangoon à Haiphong. On partage ce regard sur les voyages d’alors, sur des paquebots qui partaient au bout du Monde et dans de mythiques trains de luxe à vapeur. De l’automne 1922 au printemps 1923, l’auteur va traverser la Birmanie à dos de poney, puis poursuivre sa route en voiture, train ou bateau à travers le Siam, la Cochinchine et l’Annam, jusqu’à Haiphong.            

 » Une fois bien installé sur le bateau qui me faisait remonter l’Irrawaddy jusqu’à Pagan, je sortis de mon sac le petit livre vert pour m’occuper en route. Le bateau était bondé d’indigènes.

Etendus sur des lits, entourés d’une multitude de petits bagages, ils mangeaient et papotaient à longueur de journée. Il y avait parmi eux nombre de moines au crâne rasé, vêtus d’une robe jaune, qui fumaient en silence des cigares à bouts coupés. Parfois, on croisait un radeau en troncs de teck, surmonté d’une petite maison au toit de chaume, qui descendait le fleuve en direction de Rangoon, et on entrevoyait la famille qui l’habitait, s’affairant à préparer un repas ou confortablement installé pour le manger.

Ces gens semblaient mener une vie sereine avec de longues heures de repos et d’amples loisirs pour l’exercice d’une curiosité oisive. Le fleuve était large et bourbeux et ses berges étaient plates. De loin en loin, on apercevait une pagode, parfois d’une blancheur impeccable, mais, plus souvent, tombant en ruine. Et, de loin en loin, on atteignait un village au bord de l’eau, aimablement niché dans la verdure des arbres.

Sur l’embarcadère se pressait une cohue bruyante et gesticulante de personnes habillées de couleurs vives, qui ressemblaient à des fleurs sur un étalage de marché. Une foule confuse s’agitait, criait, se bousculait, faite de deux multitudes de petites personnes qui, chargées de leurs bagages, débarquaient ou montaient à bord. 

Les voyages fluviaux sont monotones et apaisants. Partout dans le monde, il en va de même. Aucune responsabilité ne pèse sur vos épaules. La vie et facile. « 

Gentleman en Asie
Gentleman en Asie

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