Dans son autobiographie intitulée Les Perséides, Jean-Paul Marcheschi revient sur son enfance bastiaise et sur son étrange alliance avec le feu, devenue la marque de fabrique de cet artiste peintre et sculpteur de renommée mondiale.

Par : Francis Beretti

Le peintre plasticien Jean-Paul Marcheschi vient de publier aux « Impressions nouvelles » un ouvrage intitulé Les Perséides. Esquisse pour une autobiographie.

Le titre pourrait laisser présager un récit trop sophistiqué, mais ce n’est pas le cas. Le sous-titre est plus explicite.

Les Perséides sont le nom que les astronomes ont donné à l’une des merveilles de la nature. Une pluie d’étoiles filantes, que l’auteur a eu le bonheur de contempler une nuit du 9 août à Porticciolo.

Le feu pleure sans toi

Il y a plusieurs entrées possibles dans ce livre. L’une d’entre elles est la thématique du feu, pertinente, puisque Marcheschi est parvenu à la notoriété en domptant cet élément. Le feu sous ses diverses formes est partout. Délibérément ou fortuitement : comme dans « u fucarè di San Ghjuvà » le 24 juin, mais aussi dans les cendres des écobuages. Puis, dans les ravages des incendies, dans la profession de son grand-père, charbonnier ; autant que dans la contemplation du Stromboli en éruption qui a déclenché son style caractéristique.

Et dans la Divine comédie, où un serpent à six pieds colle ses membres autour de la victime

« comme s’ils avaient été de cire chaude, en mêlant leurs couleurs ; ni l’un ni l’autre ne semblait plus ce qu’il était : tout comme s’avance poussée par la chaleur, sur le bord du papier une couleur brune, qui n’est pas encore noire, et où le blanc meurt ».

Dans le mot de sa mère, appelant son fils à se réchauffer auprès de la cheminée qu’elle vient de garnir, avec cette trouvaille poétique :

« Viens, le feu pleure sans toi ».
 u fucarè di San Ghjuvà 

Sa passion pour l’Italie

Le feu et ses traces, dans ce passage au cœur de son autobiographie, qui désigne Erca, (Marie Arcangèle Clorinde Alessandri), sa grand-tante adorée à laquelle il dédicace son ouvrage :

« Elle qui après avoir élevé seule mon père et ses frères et sœurs, dans le plus extrême dénuement, m’a élevé à mon tour : il n’est pas un seul de mes tableaux qui me la rappelle : elle dort à jamais dans la cendre dont j’ai fait la matière essentielle de ma peinture ».

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Autre entrée : Dante, dont deux citations ouvrent et referment Les Perséides. La première :

« J’ai vu parfois au lever du jour la partie orientale toute rose et le reste du ciel orné de bel azur ; et la face du soleil naître ombreuse »

correspond à la motivation profonde qui a poussé Marcheschi à écrire son livre : la recherche poignante d’une enfance perdue, puisque Jean-Paul est né à Bastia au n° 12 de la rue Spinola ; d’où il n’avait que quelques pas à faire pour voir l’aube. Même s’il n’avait pas encore les mots pour en exprimer la splendeur. À vrai dire, le goût de Dante, de Pétrarque, de l’Arioste, lui a été inspiré par un jeune professeur, Emile Pucci qui a su lui transmettre sa passion pour l’Italie.

Une autobiographie fragmentaire

Dans cette « autobiographie fragmentaire », la culture de Marcheschi, auteur d’une Histoire de la beauté en six volumes côtoie sans heurts des flashes personnels : comme le tournage de Cela s’appelle l’aurore, de Bunuel. Ou les échos de chansons populaires d’Adriano Celentano, de Dario Moreno le spectacle de Phèdre, donné au cinéma le Régent. Des flashes parfois pittoresques, souvent douloureux ; la disparition d’êtres chers, et la prise de conscience de l’inéluctable passage du temps, illustrée par la réflexion de Colette qui se parle devant son miroir : 

« Déjà tu commences à t’éloigner de ta vie, ne l’oublie pas, il faut vieillir ».

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