Une journaliste assassinée, des terrains agricoles qui partent en fumée et des panoramas époustouflants, le tout avec un humour féministe caractéristique. Avec « La patience de l’immortelle », la détective niçoise Ghjulia Boccanera est de retour, mais en Corse cette fois-ci. Un polar aux effluves de maquis, signé Michèle Pedinielli.

Par : Jean-Michel Pedinielli

Diou est revenue au village…

À l’entendre, elle aurait perdu tout lien avec sa terre. Mais en la lisant, je n’y crois pas vraiment. Et même pas une seconde… Parce qu’elle en sait des choses, la petite. Elle y comprend. Elle le ressent bien ce pays, et en comprend même tous ses problèmes. Comme la louche connait le fond de la marmite, et ce qui s’y rattache. Et elle nous le dit toujours avec sa même manière, mais en marchant dans le maquis cette fois. Que ce soit le maquis, dans la nature, autour de la bergerie ou que cela soit celui des gens, et surtout de notre société actuelle.

Elle se retrouve de nouveau chez elle, au milieu de ceux qui étaient sa famille avant la séparation. Ce sont eux qui l’ont faite revenir. Et elle nous raconte la nasse dans laquelle elle est tombée, comme un retour obligé qu’il fallait faire, qu’il fallait donner…

Sur une terre de la Rocca Sartenaise

Il faudrait aussi demander à Jérôme, son voisin, qui lui aussi connait bien ces lieux, ce qu’il pense de ce cheminement. Puisque Fozzano n’est pas très loin, et dont elle parle aussi d’ailleurs. Si son ressenti n’est pas le même, comme son vécu… Cette Rocca et ses environs entremêlés qui nous amènent vers cette vie arrimée à un passé qui ne veut pas mourir. Et dans cet abandon mortifère qui nous taraude et nous rend fous.

« Preti Andria » et « U Tango di Rosetta » – écrit par un certain Jean-Paul – n’en sont pas loin non plus. Mais peut-être ont-ils déjà disparus, car le temps passe vite sur cette terre retirée de la Rocca sartenaise. Et même si ces moments paraissent toujours vivants, puisque nous les croisons encore de temps en temps.

Les pas de Diou sont là, même si elle ne pensait pas les trouver ainsi. Elle les retrouve tout de suite. Et surtout, tous ceux qui y sont restés, la retrouvent elle ; même si cela la surprend. Vous l’avez bien compris, dans « La patience de l’immortelle« , il y a aussi ce lien avec la terre ; ce qu’elle nous porte, ou ce qu’elle fait de nous. Souviens-toi o Diou que « les lieux d’ici te ressemblent », et que tu ne dois donc pas être surprise. Et elle s’en rend compte peu à peu, pas après pas, et avec les moments se succédant.

D’habitude Diou est plutôt une citadine attachée au Vieux Nice, à qui ne plaisent pas trop la campagne et la nature. Même si elle venait souvent sur la terre de ses ancêtres quand elle était jeune. Ainsi que l’ont fait beaucoup de corses de plusieurs générations, jusqu’à il y a peu.

La jeune femme assassinée

Diou fait donc un voyage autant dans l’espace qu’à travers le temps, passant d’hier à aujourd’hui. Et ces allers et retours si présents, ne se font pas sans nostalgie, doutes ni troubles.

L’histoire racontée débute avec la mort de sa nièce. Enfin pour dire la vérité, la mort de la nièce de son ancien fiancé ; de qui elle est séparée depuis plusieurs années maintenant. Mais elle avait tenu ce bébé dans ses bras quand elle est née et elle était donc restée sa tante…

Cette histoire lui tombe dessus, puisque la jeune femme a été assassinée, mais ce qu’elle découvre est pourtant bien actuel. Avec d’ailleurs, la difficulté de trouver sa route à travers ce maquis de faits incompréhensibles. Le chemin de Diou est fait maintenant de tourments, et la petite les rencontre presque tous… Il parait, comme le dit une autre écrivaine* des environs, que « ce qui est écrit dans le ciel, se produit alors sur terre ». J’en profite aussi pour le mentionner parce que, si nous cherchions au départ un autre destin, aujourd’hui nous sommes finalement tombés dans ce piège.

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La folle fuite en avant

Ce que trouve Diou, nous le savons tous, si nous voulons le voir. Elle nous montre avec des paroles simples, comment le mal, dans tous les sens du mot, peut devenir (presque) une normalité, même chez nous.

Comment en sortir ? quelle est la règle finalement ? Où est le devoir ? Où est la route de ce qui est juste ? Toutes ces questions seraient…vaines ? Et comment faire, puisque ce sont les nôtres aujourd’hui…qui sont impliqués dans cette folle fuite en avant.

Le personnage de l’homme qui tient les cartes avec sa main morte, pour les distribuer avec sa main valide, n’est-il pas une métaphore de ce qu’il nous reste pour avancer ?

Ce personnage ressemble-t-il à ces menhirs sculptés « gardiens pétrifiés perpétuant la trace de l’Humanité des hommes » ? Eux qui gardent ces lieux qui disparaissent. Eux qui sont en même temps tout ce qui reste de ce qui était cette culture. Une culture capable d’aller vers l’avenir avec régénérescence.

Nous serions arrivés aujourd’hui à ce….Disacquistu° (« Désacquisition ») ? En vendant tout, pensant ainsi rester vivants ? Pour attendre quoi ?

C’est autant de questions que « La patience de l’immortelle » amène peu à peu. Incompréhension de ce qui n’est possible, et même incroyable ; même si c’est ce que nous voyons tous les jours.

Alors peut-être que la réponse apportée par Diou se trouve dans le titre du livre «La patience de l’immortelle»… Mais cela suffira-t-il ? Et la croyance, la foi, dans ce qui est juste et dans l’être de cette terre suffiront-ils (à la sauver) ? c’est à vous de lire maintenant…


Les « » : sont des références à des chansons connues de Jean-Paul Poletti et de Canta u Populu Corsu (de Cecce Lanfranchi et Natale Luciani)

*Francesca Weber-Zucconi de Serra di Scopamene

°le Riacquistu (réappropriation) est le mouvement culturel large des années 70, accompagnant – et pendant sociétal de – la revendication politique corse

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