La plus précieuse des marchandises de Jean-Claude Grumberg, scénariste, écrivain et dramaturge, est paru aux Editions du Seuil, en janvier 2019. Il a obtenu le Prix spécial du jury du prix des Libraires. Avec ce conte, l’auteur propose un véritable message d’espoir et d’amour.

Par : Nadia Saadi

Par ce titre, le lecteur est interpellé dès le départ et peut tout imaginer. L’ouvrage en lui-même est un petit format très agréable de 11 cm x 18 cm.
Mais de quelle “ marchandise” est-il question ? 

D’emblée, la première phrase indique qu’il s’agit d’un conte :

“Il était une fois, dans un grand bois, une pauvre bûcheronne et un pauvre bûcheron.”

 Mais pas n’importe quel conte. Un conte qui raconte avec beaucoup d’émotions et de simplicité un sujet historique au combien dramatique : l’extermination des juifs en Europe.

Jean-Claude Grumberg


Il marque par son contenu et par sa forme, pour raconter la Shoah et plonger dans son horreur. 

La formule initiale des contes, « Il était une fois » résonne comme une phrase magique ; l’histoire commence comme tant d’autres agréables.
Et, non, non, non, Grumberg nous met en garde : il n’est pas question ici de l’histoire du Petit Poucet. Le choix du récit a certes des points communs avec ce genre d’histoire que l’on raconte aux enfants. Le sujet du conte fait écho avec d’autres contes bien connus de tous. L’enfant abandonné par ses parents trop pauvres, la misère, la dureté de la vie, le décor aussi est là dans « le grand bois », espace où le drame a lieu. 

Ce train qui nourrit son imagination

Jean-Claude Grumberg construit ce petit ouvrage en plusieurs temps :

D’un côté il décrit un couple « pauvre petit bûcheron et pauvre petite bûcheronne » qui vit la guerre, la misère, rongé par la faim et l’effort physique au quotidien pour ne récolter que de maigres résultats. C’est la Guerre Mondiale, leur vie est figée et condamnée à cette misère qu’ils supportent tous les deux ensemble nuit et jour. 

Apparaît dans leur paysage, une voie de chemin de fer puis un train qui va et qui vient … Que transporte-t-il ? 

D’un autre côté, il est question d’un autre couple parents, qui eux ont deux bébés jumeaux et qui sont passagers de ce train qui a pour destination les camps de déportation.
Mais, notre petite bûcheronne ne sait ni ce que transporte ce train ni sa destination ; il y a juste ce passage qui se répète sous ses yeux ébahis, des allers et des retours incessants. Elle rêve d’une vie meilleure en secret.

En parallèle de cette vie morose de deux bûcherons, le destin d’un autre couple dont on en sait que très peu, mis à part leur destinée tragique. Celle d’être nés juifs et à cette époque, et qui les poussera à commettre cet abandon d’un de leurs enfants pour le sauver de la mort qui l’attend s’il reste dans ce train.

Petite bûcheronne, faute de nourriture terrestre ; elle qui ne ramasse que quelques brindilles à longueur de journée s’extasie devant ce train qui nourrit son imagination…

Ce train, elle va le vénérer et l’attendre, jour après jour. Il va lui offrir à travers ses lucarnes « la plus précieuse des marchandises ».

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Un conte ou une histoire vraie ?

Jean-Claude Grumberg ne s’arrête pas là. Après avoir parfaitement respecté la trame traditionnelle du conte (comme il en existe tant d’autres), il va en quelque sorte, le déconstruire.

Et c’est précisément en s’adressant directement à son lecteur qu’il fait ce travail. En l’interrogeant sur l’intérêt même de son travail d’écrivain. Il suppose les questions que le lecteur pourrait se poser ? Il confronte habilement le lecteur à la réalité, à sa conscience Est-ce un conte ? Est-ce une histoire vraie ? 

La réponse à tant de questions que pourrait se poser « les amateurs d’histoires en vrai » ; Grumberg la donne dans un épilogue, faisant de cette œuvre de mémoire, un seul grand et unique message. Celui de l’amour puissant, pur et infini. Seule véritable réponse face à la barbarie et à l’horreur dont l’Histoire témoin implacable ne peut nier l’existence. Et, le lecteur ne pourra que se souvenir ! 

Puis, l’auteur conclut par un appendice qui raconte, lui une histoire vraie : celle de son père déporté. Cette fois en très peu de lignes, il donne des détails historiques précis. En citant notamment une liste établie en 1978 par le grand défenseur de la cause des déportés juifs, Serge Klarsfeld. Un conte sur l’amour du prochain. 

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