Après la Révolution française, les femmes acquièrent quelques libertés civiles mais restent totalement exclues de la vie politique. Ce fragile équilibre bascule avec la création du Code civil par Napoléon en 1804 : le statut juridique des femmes régresse alors pour retourner à un âge archaïque, faisant de l’épouse une mineure soumise à l’autorité paternelle puis maritale. Pourtant, face à ce blocus légal, les romans du XIXe siècle témoignent d’un élan de révolte et de liberté sans précédent de la part d’héroïnes prêtes à briser les lois des hommes.

La fatigue de l’éternité : le cas d’Emma Bovary
Emma Bovary rêve d’une vie pleine de passions et d’aventures, mais elle se heurte quotidiennement à un ennui domestique étouffant. Une formule du philosophe Arthur Schopenhauer dans Le Monde comme volonté et comme représentation (1818) résume à elle seule l’existence d’Emma : la vie y est décrite comme un pendule qui oscille perpétuellement entre la souffrance et l’ennui. À travers ce destin tragique, Flaubert n’écrit pas seulement le roman du désenchantement, il livre une critique féroce de la condition féminine au sein de la petite bourgeoisie, où les femmes, privées d’action, sont condamnées à la passivité et à la névrose.
La femme comme produit de consommation à l’ère de la révolution industrielle
Avec la révolution industrielle, le monde consomme plus et plus vite. La figure du bourgeois triomphant s’impose comme le modèle absolu d’une société capitaliste naissante. Émile Zola explore cette réalité dans Nana, neuvième volume de la fresque des Rougon-Macquart. Issue des milieux populaires les plus misérables, Nana devient une courtisane, une « femme fatale » qui utilise sa beauté comme une arme. En ruinant les hommes de la haute société, elle se présente comme la vengeresse inconsciente de sa classe sociale sous le Second Empire. Dans ce roman, la sexualité féminine se complexifie, se libère et se détache des normes morales traditionnelles pour devenir un outil de pouvoir et de subversion.
Aurore Dupin, ou plutôt George Sand, une femme qui se comporte en homme
« Qu’on s’en prenne à la société pour ses inégalités, à la destinée pour ses caprices ! » Préface de Indiana
Les histoires romanesques semblent tragiques, cependant une auteure montre que l’émancipation est possible. Aurore Dupin brave les interdits : sous un nom de plume masculin, George Sand s’habille en homme et fume le cigare en public. Libérée, elle entretient des relations extra-conjugales ; ces libertés sont essentielles à sa création. Elle s’impose par son génie littéraire qui sera reconnu par plusieurs auteurs, dont Victor Hugo qui dira à son propos qu’elle « a dans notre temps une place unique ».
Dans son roman Indiana, George Sand transpose ses propres combats et offre à la littérature du XIXe siècle des héroïnes fortes, capables de contester l’autorité masculine.

Hortense Allart, la voix des femmes
Femme de lettres, elle défend l’amour livre et combat en faveur de la condition féminine. Tout comme George Sand, avec qui elle entretient une relation, elle a plusieurs liaisons, notamment avec Chateaubriand.
Femme libre et féministe avant-gardiste, elle écrit La Femme et la démocratie de nos temps dans lequel elle examine les femmes et la façon dont elles ont été représentées à travers l’histoire. Cet ouvrage explore les réflexions sur l’éducation et propose une vision rafraîchissante de la femme en la plaçant au cœur du progrès social.
La Femme et la démocratie de nos temps
« La justice crée les droits : si la femme a su faire le commerce, dominer sa famille ; si elle a été reine et guerrière, peut-on lui contester le droit de faire le commerce, de dominer sa famille, d’être reine et guerrière ? Nous demanderons d’abord pour les femmes une éducation plus forte, proportionnée à l’intelligence qu’elles annoncent, et l’étude de la morale telle que la civilisation l’enseigne. »
Enfin, si la place de la femme est largement rediscutée au XXe siècle, ces héroïnes de romans ainsi que ces romancières ont largement contribué à l’amélioration de la condition féminine. Le XIXe siècle littéraire se dresse comme un miroir tendu aux paradoxes de son temps : alors que les lois enferment les femmes dans une minorité juridique stricte, la plume leur offre un espace d’insoumission et de conquête
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