Philosopher au fil des saisons
Philippe Granarolo
Guy Trédaniel Editeur, décembre 2024

Philippe Granarolo-Musanostra
Philippe Granarolo - Musanostra

Une lecture de Francis Beretti

Philosopher au fil des saisons, ou la philo à portée de main.

Les citations d’auteurs célèbres font florès sur la toile. Souvent inspirantes ou spirituelles. Elles  sont brèves, elles ont l’avantage d’éviter  la plongée dans d’interminables traités indigestes.

Dans son récent ouvrage Philosopher au fil des saisons (Guy Trédaniel Editeur, décembre 2024), Philippe Granarolo suit la mode, mais il améliore ce concept éditorial. Il l’utilise scientifiquement, car il donne à chaque fois les références  des textes philosophiques proposés ; et pratiquement, parce qu’il opte pour  une mise en page simple et efficace. 

Le mode d’emploi est on ne peut plus simple : vous ouvrez le livre, à n’importe quelle double page., en suivant les dates ou saisons ou sans les suivre, librement.  A gauche, une citation, en gros caractères. A droite un commentaire de la citation, un développement, en caractères usuels qui ne déborde pas. 

Granarolo a choisi 70 citations, parmi lesquelles celles de son auteur de prédilection, Friedrich Nietzsche dont l’austérité redoutée est parfois piquée d’une pointe d’humour : ainsi on peut lire « La femme parfaite est un type d’humanité supérieur à l’homme parfait : quelque chose de beaucoup plus rare aussi ». Remarque sournoisement phallocrate ? Non, Granarolo l’adresse à Antoinette Fouque,  co-fondatrice du MLF  qui a écrit Il y a deux sexes, ouvrage qui  « peut servir de manifeste contre les délires des théories du genre ». Le philosophe allemand a un lien inattendu avec la Corse : son admiration envers l’orgueil des insulaires, qu’il érige en critère moral. Par trois fois il a caressé le rêve de se rendre en Corse , et en cette année du tricentenaire, son admiration envers le chef corse se manifeste par un éloge dithyrambique ; en effet selon Nietzsche, Pascal Paoli « est l’homme le plus accompli du XVIIIe siècle ».
Un trait d’humour peut avoir l’impact d’un tract politique ; lisons Winston Churchill : « La vertu inhérente au socialisme consiste en une égale répartition de la misère »,qui fait penser à l’affirmation célèbre de George Orwell : « Tous étaient égaux, mais certains étaient plus égaux que d’autres » . La maîtrise du style de Stendhal ne manque pas de profondeur psychologique: « La bonne musique ne se trompe pas, et va droit au fond de l’âme chercher le chagrin qui nous dévore » . Un mot peut avoir une portée onirique, tel celui de Zuangzi : «  Zhuangzi rêva qu’il était un papillon, voletant, heureux. Il se réveilla soudain. Il ne savait plus s’il était Zuangzi qui venait de rêver qu’il était un papillon, ou s’il était un papillon qui rêvait qu’il était Zhuangzi ». 

Ce ne sont là que quelques exemples, mais Granarolo nous laisse dans l’embarras du choix.

L’auteur de ce recueil lui-même nous présente des commentaires qui ne manquent pas d’intérêt. Ainsi, à propos de la musique : « Sans doute la musique est-elle sans équivalent en tant qu’expression de la souffrance ineffaçable de l’être humain, souffrance liée à sa conscience de la mort. Mais existe au fond de nous un autre sentiment majeur, tout aussi indéracinable : la joie, la puissance d’adhésion à la réalité, y compris dans ce qu’elle a de plus terrible. » 

autres articles de Francis Beretti :

Matisse et la lumière d’Ajaccio
Tito Francescheni Pietri 

et nombreux autres de ce chroniqueur sur notre site musanostra 

Liens vers des articles sur le philosophe Philippe Granarolo sur Musanostra 

Sur les traces de Nietzsche avec Philippe Granarolo
Philippe Granarolo au musée de la Corse
E statinate Patrimoniu 2018 Moments 2 : rencontre avec Philippe Granaloro

 

 

 


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