Si le geste est beau publié aux éditions La Manufacture de Livres est le second roman de Benjamin Franceschetti. Un roman d’espionnage, historique et sociétal, dense et parfaitement bien documenté de ce jeune professeur de philosophie né à Bastia en 1990 qui est l’un de nos invités lors du Festival E Statinate .

Par : Francis Beretti

L’action se déroule en 1914, et met en jeu trois catégories de personnages. Un commissaire en fin de carrière, dépassé par les événements, et qui n’aspire qu’à se concentrer sur la pêche à la ligne. Puis un jeune journaliste ambitieux qui joue au détective dans l’espoir de parvenir à un scoop qui le rendrait célèbre. Et enfin, des anarchistes auxquels dont l’idéologie est sur le déclin. L’une des problématiques récurrentes est la légitimité de la violence politique.

L’auteur se complait à nous immerger dans des bas-fonds où grouillent des « cafards », synonymes ici de mouchards. Des agents doubles et triples, ainsi que des manipulateurs, des pervers spécialisés dans les coups tordus, des agents provocateurs. Tandis que la police elle-même est minée par des luttes intestines. La lutte des classes est illustrée, en passant, par le contraste entre des belles dames qui se pavanent en Delaunay-Belleville et les prolétaires qui se contentent de rouler dans des automobiles fabriquées en grandes séries comme la Ford T.

La promesse d’un nouveau monde

Par ailleurs, les lieux de plaisir sont morbides. Tel le cabaret « Le Néant » où le décor est composé de cercueils éclairés à la lueur des cierges. Paradoxalement, le métro apparaît aux yeux de ce type de clients au cerveau malade, comme la promesse d’un monde nouveau.

«  L’anarchie, c’est l’Âge d’or retrouvé, Isis dévoilée. Lorsque tu transformes le charbon en poudre, lorsque tu fais exploser le soufre, n’oublie pas que tu prépares le futur ; un jour, par quelques causalités mystérieuses, nos actions feront advenir le Nouveau Monde ».

À lire aussi : Lettres à mes fantômes de Gilles Zerlini

Le titre s’explique par le mot d’un poète en mal de provocation :

« Qu’importe la mort de vagues humanités, si le geste est beau ».

Mais l’accumulation de turpitudes et d’actes inutiles de violences suscite en fin de compte ce qui ressemble à la morale de cette histoire :

« Aucun beau geste ne se terminait par une bombe allumée ou un fusil chargé ».
L’ironie amère qui se dégage de ce roman est la contradiction entre l’expression de « la Belle Époque », et « ce monde peuplé de somnambules qui courent vers l’abîme ».

En savoir plus sur Musanostra

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

En savoir plus sur Musanostra

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Continue reading