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Festivals littéraires

Thierry de Peretti, la Corse au cinéma

INVITE – Thierry de Peretti est sans doute le réalisateur corse le plus brillant de sa génération. Les Apaches étaient en lice pour La Caméra d’or au Festival de Cannes. Une Vie violente, pour La Semaine internationale de la Critique en 2017. Son dernier film, L’Infiltré, a été monté durant le confinement avec Roschdy Zem et Vincent Lindon. Le film retrace l’histoire d’Hubert Avoine. Ce dernier, informateur pour les stups, a traqué le narcotrafiquant El Chapo et a dénoncé les méthodes utilisées par les stups. Attendu sur les écrans en 2021.

Le réalisateur Thierry de Peretti s’apprête à adapter le roman de Jérôme Ferrari, A son image. Le 23 août, il nous fera l’amitié de venir à Lumio évoquer ce projet.

Articles

Solaris

CINEMA – Gerard Guerrieri, réalisateur, propose une analyse des films de Steven Soderbergh et d’Andreï Tarkovski, Solaris.

Il fut un temps où lorsque je me couchais, après le JT du soir, je me disais d’une manière presque non-sérieuse que autant demain les Russes allaient nous envahir…

Faut dire qu’à l’époque les soviétiques envahissaient subtilement jusqu’aux séries télés américaines (elles même envahissant les télés françaises), mais heureusement David Vincent était là pour lutter contre les Envahisseurs (venus d’on ne sait où, et vu leur accoutrement il devait y faire froid). Et lorsque les envahisseurs débarquaient, c’était tel une sortie d’usine de l’est ; à la mode de l’ouvrier du mérite du quinquennal caucasien, un véritable délit au faciès slave. Ils devenaient tout rouges-drapeau au mourant. Et le vide spatial était en fait la métaphore des pays de l’est. Et un rideau de fer en guise de stratosphère. Oui, étant enfants nous subissions des œuvres anti-soviétiques sans le savoir… Mais revenons en 1961. Sorti alors un livre polonais qui a cela d’intéressant qu’il fut adapté aux normes filmiques soviétiques puis réadapté aux normes hollywoodiennes : Solaris, de Stanislas Lem de Andreï Tarkovski, de Steven Soderbergh.


Le docteur Kris Kelvin est appelé à l’aide dans la station orbitale Prométhée qui est en orbite autour de la planète Solaris. Les quelques membres survivants de l’expédition chargé d’étudier Solaris ont plus ou moins pété un câble, sont en plein stress et crise de paranoïa entre prozac et xanax. La tentative de communication avec Solaris n’y est peut être pas étrangère… Stanislas Lem, écrivain polonais de science fiction, écrit un livre en Pologne pendant la guerre froide (mais un peu chaude quand même), narrant l’histoire d’une tentative de communication entre une pensée humaine et une entité extraterrestre.

Et comment communique l’étranger ? Il ressuscite la personne décédée qui a le plus compté dans la vie de l’humain en question. Ah ? Alors Kelvin arrive dans le vaisseau, s’aperçoit que ça ne sent pas la rose, et puis le voilà confronté à Harey, la femme qu’il a aimé et qui s’est donc suicidée voilà dix ans (par la faute de leur amour, apparemment compliqué), de quoi bien plomber le week-end. Si encore il ne s’agissait que d’une simple apparence, mais non ! Elle dispose de toute sa personnalité et en plus elle se marre. La conne.

En fait on peut se demander si au lieu de communiquer, l’intelligence extraterrestre ne chercherai pas plutôt à nous mettre dedans. Communiquer par la hantise… N’être encore de ce monde qui n’est pourtant pas ce monde. Pourquoi raviver l’ex-flamme ? Pourquoi tout ce re-temps ? Toutes ces re-caresses ?… Ça sent le re-sucé. A moins qu’elle ne re-meurt… Le climax du livre, et des films. Que cherche à nous dire un être qui nous met en face de notre défaite ? Qui expérimente notre néant ?

Lorsque les extraterrestres sont méchants c’est plus simple, à ce compte je préfère encore affronter l’Alien, le rire du Prédator ou les vilains insectes de Starship troopers, y a qu’à tirer dessus… Mais s’il faut établir une communication, là ça se complique. Pas tout le monde dispose du Téléphone maison. Mais dans le cas qui nous intéresse, le truc c’est que l’extraterrestre en question n’est autre que l’océan qui recouvre la planète Solaris. Ou comment parler-vous à votre océan ??…


L’été, alors que je me rend à la plage de Griggione, c’est vrai que j’y pense pas de prime abord. Quand bien même j’aurais ce don, ce serait pour juste faire scapper les méduses. Je vois pas ce que je pourrais demander d’autre à la mer Tyrrhénienne.


A moins que l’océan en question ne soit qu’une vague représentativité composite d’une réalité donnée. Par exemple la Pologne en 1961. Recouverte par un océan idéologique, l’océan d’URSS (USSR pour les intimes) qui en 1945 a tsunamisé une bonne partie de l’Europe, depuis la demi-Prusse jusqu’à Byzance.

Et ton océan te ramène des gens morts en plusieurs exemplaires par vagues scélérates. Et on est dedans jusqu’au cou… Un peu comme le docteur Kris Kelvin, ou Stanislas lui même ; écrivain d’est ballotté d’interdictions en exclusions (de l’union des écrivains). Oui Stanislas, faut que tu trouves le moyen de dire les choses sans les dire. La science fiction est ce qu’il y a de mieux pour ça. Tu leur dis que ton récit se situe loin dans le temps et l’espace, que l’océan devient un kamarade du Komintern qui n’y verra aucun rapport avec leur macédoine soviétique. Histoire d’éviter que le parti en fasse tout un pataquès et tout impact de Varsovie.

Le principe est posé. l’Océan de Solaris recrée des êtres de chair et de sang, exhumés de la nostalgie des habitants de la station. Et si de fait Kelvin (re)tue la revenante ; elle revient ! Pour sa santé mentale, Kelvin n’aura d’autre choix que de tuer successivement chaque revenante. T’auras beau planquer les assiettes et le rouleau à pâtisserie. T’iras d’hécatombes en hécatombes, jusqu’à te retrouver ? Te perdre ? Te reperdre ? Oui, ton océan met en abîme la femme de ta vie, ton trop plein de sentiments, trop profonds, t’as plus pied, abîmes d’abysses… C’est à une véritable remise en question de l’identité humaine que nous convie Stanislas Lem. Une réflexion intrinsèque sur l’usage et les errements du devenir humain.

Le livre n’a pas été interdit par la censure du soviet, le symposium du parti n’y a vu que du feu. Au delà du contenu, je pense de même que l’astuce du récit, c’est l’absence de dénouement, un manque de fin qui donne un sentiment d’ouverture à toutes les possibilités d’un socialisme en devenir, d’une identité neuve, renouvelée et en totale évolution -mais dans la réalité en totale déflagration- car toutes communications entre Kelvin et sa(ses) revenante(s) s’avèrent successivement vouées à l’échec. Sur ce coup t’as été le plus malin, Stanislas ; les bolcheviques avec le poignard entre les dents n’y ont vu qu’une histoire d’eau.

Chouette ! Faut donc en faire un film… Et c’est Tarkovski qui s’y colle en 1972 (un autre abonné de la censure d’Etat). Ce Solaris là nous embarque tel une longue rêverie oisive, en suspension, Tarkovski kiff la lenteur. Et puis il rajoute ses trucs à lui. Il s’intéresse à l’enfance de Kelvin (la mémoire). Il expose les revenants des autres membres d’équipage du vaisseau (l’autre de l’autre). Mais c’est surtout sa fin qui est pertinente. Kelvin se retrouve dans sa maison d’enfance. Celle-ci est au milieu d’un petit îlot, au milieu de l’océan de Solaris, qui a donc restructuré et recrée le passé de Kelvin. En a-t-il fait un homme libre ? Un captif ? Reclus de son passé dont il n’a pu s’affranchir, victime d’un passé pérenne…

Mais ça c’est trop compliqué pour Hollywood, qui en 2002 s’en tiendra juste à l’histoire d’amour entre Kelvin et sa morte-vivante et point barre. Même si dans le fond c’est logique, vu que la guerre froide n’est plus, peu importe les métaphores du pouvoir océanique-soviétique. Le film est très bien mené, cette version a ceci de subtil qu’elle introduit les flash-back inhérent à la vie du couple. Steven Soderbergh, le réalisateur, oppose la notion de mémoire avec celle de réalité, reprend la problématique de la perpétuation du souvenir de la personne défunte vivant dans la mémoire de celui qui reste vivant. Encore de la mise à l’épreuve existentielle pour Georges Clooney qui se retrouve à tourner en rond dans sa propre mémoire. Tant qu’il aura du café, anything else ?…

Le marc d’océan… Oui au fait, quelle est donc la vrai nature de cet océan pensant ? Tout dépend de la position de l’observateur : Depuis la Pologne soviétisée, Stanislas Lem invoque le concept du  »dieu imparfait » ; tel un alchimiste qui expérimenterait diverses formules, sans savoir où il va, et qui s’en fout en fait ! (Comme l’était le pouvoir suprême envers les pays satellites)

Tarkovski, situé au cœur de la mère patrie, y voit une science sans conscience (comme dirais Rabelais), tel un mécanisme de reproduction automatique, voire bureaucratique. Mécanisme aussi bien reproducteur que destructeur, une  »ruine de l’âme » en quelque sorte (comme redirait Rabelais).

Depuis Hollywood, avec son recul géographique et temporel, Soderbergh perçoit une espèce de professeur, ou plutôt un maître initiatique, mais qui se serait trompé de chemin. Sans boussole. Sans Das Kapital. Un alchimiste, un bureaucrate, un prof, mais qui ont tout faux ;  » Il n’y a pas de réponses, il n’y a que des choix « . Choix de l’enfermement. De la noyade… L’océan aurait pu s’appeler Charles Quint ou Staline, les polonais n’en sont plus à un Saint-Empire-Romain-Germanique-teutonique-soviétique près !

Et à présent, complètement autre chose. Dès que Saroumane passe à l’ennemi et pactise avec le noir pays du Mordor, sa belle vallée verdoyante de l’Isengard passe du vert au gris (au vert-de-gris !), transformée en un immense club de genèse hitlérienne. Les arbres sont remplacés par des forges. Le sous-sol devient un salmigondis de bas hauts fourneaux servis par des orques quinquennaux stakhanovistes. Ils tapent sur des épées rougeoyantes pour envahir la Terre du Milieu occidental. Oui, l’ouest a aussi fabriqué ses allégories d’est, ou nord-est, ou sud-est…

Ce qui nous permet de conclure au choix, selon son idéologie : JRR Tolkien s’était aussi risqué à la chose dans le Seigneur des anneaux, avec sa représentation des régimes totalitaires du Mordor et sa deuxième tour surmontée d’un œil (de Moscou). JRR Tolkien s’était aussi risqué à la chose dans le Seigneur des anneaux, avec sa représentation des régimes totalitaires du Mordor et sa deuxième tour surmontée d’un œil (de chat du Cheshire).

Articles

Et ils ont fait peuple !, Da e stelle a e stelle : le documentaire de Catherine Sorba sur la lutte nationale corse

Sophie Demichel évoque, dans cet article consacré au dernier film de Catherine Sorba, primé par le le Sundance Institute Documentary Fond Program, Da e stelle a e stelle, le récit de la lutte nationale corse.

Et ils ont fait Peuple !  L’évidence est là, dès la dernière image, dès le dernier mot de Da e stelle a e stelle. Cette évidence s’impose à nous comme l’issue d’une lutte qui vient de très loin, qui nous touche d’autant plus qu’elle éveille en nous des traces qui la dépassent. 

Documentaire de création, primé en 2018 par le Sundance Institute Documentary Fond Program, le fim de Catherine Sorba, est le récit d’un processus de libération, qui se raconte et s’inscrit dans l’histoire d’un peuple : Histoire d’une lutte, d’un combat autant ancien, sans doute, que la Corse elle-même.

Ce film porte le récit de la naissance d’un peuple, du peuple corse, des « événements » d’Aleria en 1975 aux traversées politiques actuelles des héritiers d’Edmond Simeoni : « témoignage d’un petit peuple de méditerranée qui depuis le 18ème siècle se bat pour exister ». Pour autant, Da e stelle a e stelle est tout sauf un documentaire historiographique ou « régionaliste » sur la Corse et pour les Corses.

S’il se présente comme documentaire,  Da e stelle a e stelle va au-delà du documentaire, contraint la forme même à être processus de création ; parce qu’il interroge le réel en ce qu’il fait trace.

La question fondamentale que nous devons nous poser est : Qu’est-ce que dire : « Ceci est mon peuple ? ».

Nous entrons en un voyage, voyage initiatique qui traverse le devenir propre de l’île, sans le figer, sans s’y limiter : Da e stelle a e stelle retrouve ce que l’on a voulu occulter de l’âme d’un peuple en le cachant derrière le paysage, présente une Corse contemporaine depuis un angle singulier : La Corse n’est pas une île de bergers, mais une île d’expérimentation politique, un lieu de confluences et de transmissions, où la vision d’un homme seul peut influer sur le devenir du monde entier. 

Ce voyage naît de l’histoire corse, de ce moment où un homme, Edmond Simeoni, a fait que le destin de l’île a changé, est rentré dans l’Histoire, et fait que cette Histoire, aujourd’hui, à la fois dépasse la simple historiographie et nous submerge, au présent. 

La puissance de cette vision s’entend, physiquement, dans la puissance du « dire » de ce verbe, porté par une comédienne exceptionnelle, traversée d’un souffle,  au-delà de la femme, au-delà de l’actrice, qui touche à l’universel, où la parole transmise, entendue, devient verbe fondateur, parole « pythique ». 

Aventure inouïe, ce film est né d’une rencontre personnelle et d’une amitié magnifique ; il est né aussi du désir, ou du besoin de dire une histoire qui devait être dite ici et maintenant. Cette œuvre a uni les mots d’Edmond Simeoni et le regard, la voix de Catherine Sorba, par un lien qui les a traversés et nous laisse en trace précieuse ce film comme la rencontre perceptuelle d’une vérité : Celle que l’histoire Corse, leur histoire, notre histoire, est l’occasion singulière d’une expérimentation universelle de la « libération », de cet instant où un individu – qu’il soit femme, homme, ou ce peuple qui détermine tout homme et toute femme – parvient à se donner un nom… Ce nom qui lui était refusé ! 

L’important n’est pas ce qu’on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-mêmes de ce qu’on a fait de nous.

Jean-Paul Sartre, Saint Genet, comédien et martyr


C’est cet événement qui fait de ce récit une œuvre d’art comme acte politique. Il ne s’agit pas de commenter ni de communiquer, mais de capturer un réel qui raconte une histoire au-delà de l’instant-même ! Film qui s’entend tout autant qu’il se voit, Da e stelle a e stelle  fait éclater les fausses images de « carte postale », déploie la Corse comme lieu tragique et originel d’une naissance à venir. 

Et la musique de Vivaldi, lien intensément dramatique, fait grandir ces images, comme espace du Temps, ce temps qui a compté, qui a porté d’une génération à l’autre d’une étoile à  l’autre un espoir impossible, incroyable, et qui dont l’événement a pourtant eu lieu.

Ce film est acte de création comme « processus de vérité », au sens où Alain Badiou le signale comme fidélité en acte à un événement peut-être méconnu, ou même à venir.  L’acte esthétique est ici une fidélité à l’événement politique d’un « désir de faire peuple », à cet événement qui fut ce manque dont la recherche est ici retracée : nous pressentons que nous faisons destin commun, ici et maintenant, mais nous n’en avons pas la parole !

Ce processus de vérité est aussi  processus de filiation : Il y a partage, héritage, transmission de générations en générations, comme un cadeau ou une malédiction, puisqu’on transmet aussi ses propres combats. Mais  la force visionnaire de cette traversée raconte une histoire qui dépasse les hommes qui la portent, qui sera reprise infiniment. 

Da e stelle a e stelle restera cet événement artistique fondamental qui fait entendre aux Corses leur parole : Nous faisons peuple ! 

C’est cette parole que Catherine Sorba, par les mots d’Edmond Simeoni, nous restitue, et par là prolonge une histoire universelle : Qu’est-ce que c’est que la libération d’un peuple ? Comment traverse-t-on une volonté de libération ?  

Un « commun  singulier »,  tout d’un coup prend la parole et  se nomme. Et, par une mise en miroir avec d’autre formes de libération – notamment les exemples américains-, on entend une volonté de la redécouverte d’une mémoire et d’une dignité universelles. 

La question fondamentale que les femmes et les hommes du XXIème siècle, où qu’ils se trouvent physiquement sur cette planète, doivent aujourd’hui se poser, n’est plus : « Qu’est-ce qu’un peuple ? ». La question fondamentale que nous devons nous poser est : Qu’est-ce que dire : « Ceci est mon peuple ? ». 

Le film de Catherine Sorba, ainsi,  en montre l’événement, dans la mise en jeu de sa nudité, de sa radicalité, dans ce surgissement où la puissance du Verbe se fait puissance politique. Que se passe-t-il, alors ?  Alors, il arrive que des hommes affirment  qu’il y a  un peuple parce qu’ils affirment que ceci est Leur peuple ! 

Da e stelle a e stelle restera cette trace irréversible, cet événement artistique fondamental, qui fait entendre aux Corses – et espérer à d’autres ayant le même désir – leur parole espérée, oubliée, mais, en cet acte-là, présente : Nous faisons peuple ! 

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Corsi-Americani. de Jean-Dominique Bertoni

une proposition de Janine Vittori

Le cinéma Le Fogata de Lisula (Ile Rousse) vient de présenter en avant-première, Corsi-Americani, l’excellent documentaire d’un jeune calvais très prometteur, Jean Dominique Bertoni.

Le film suit le parcours de trois insulaires qui ont décidé de partir, d’abandonner pour un temps leurs attaches familiales, afin de vivre leur rêve américain. Julie et Cédric sont des enfants de Balagne comme le réalisateur. Ghjuvan Micaelu , originaire du Cap-Corse, est lié lui aussi à Calvi ,et donc tourné vers la mer et  le voyage. Leur formation, leur profession, contenaient en germe le désir de découverte, l’envie de liberté et le goût du défi. Une pâtissière, un musicien, un scientifique. Dans ces métiers il faut fuir la routine, quitter les chemins trop balisés et inventer chaque jour. 

Le documentaire nous les présente dans ce nouveau monde américain. La joie de Julie éclaire l’écran. Jean-Dominique Bertoni fait éclater son sourire sur l’image. Il nous la montre dans le restaurant de Palm Beach, tout en concentration, penchée sur les gâteaux qu’elle réalise comme des oeuvres d’art, et il s’attarde sur son visage que la  passion de la création illumine. 

Même bonheur chez Cédric, même si la maturité lui permet de ressentir les difficultés de l’exil. Il mesure les empêchements que présente la nouvelle vie : l’impossibilité de se faire vraiment des amis dans ce pays tourné exclusivement vers le travail, les façons de vivre si différentes de l’ancien monde. Mais pour lui l’expérience est passionnante . Dans le domaine de la musique, qui est le sien, ce qui prime, c’est la possibilité d’apprendre et de se renouveler.

Ghjuvan Micaelu est aussi ouvert à la nouveauté. Il est à la fois  explorateur des sciences et du grand pays qu’il sillonne. Nous le voyons tenter, essayer. Quand il monte sur la scène pour présenter, en anglais, son projet, le jeune cinéaste le filme de dos. Il s’attarde sur ce blouson en cuir qui le fait ressembler à un pionnier prêt à vaincre tous les obstacles. Une vraie image de cinéma.

Le documentaire inscrit la réflexion dans le déroulement du film. Il donne la parole au Directeur du Musée de Bastia , Sylvain Gregori , ainsi qu’au descendant de Pierre-Marie Nicrosi, Paul Saladini.

Le cinéaste enregistre ainsi l’itinéraire des jeunes gens d’aujourd’hui dans la tradition séculaire des migrations qu’a connues la Corse. Le chemin de ces jeunes corses dépasse leur destin individuel et rejoint l’Histoire. Tout le talent de Jean-Dominique Bertoni réside dans la capacité de relier ses héros à l’histoire de leur île sans faire de grands discours. Ainsi tout est subtil dans son film. 

 Jean-Dominique Bertoni sait aussi magnifier les espaces dans lesquels se déroule le documentaire . Il capture les images somptueuses des paysages urbains américains et leur associe celles, grandioses, des côtes tourmentées du Cap-Corse. Il embarque alors le spectateur dans un voyage féerique.

Corsi-Americani sera programmé très bientôt sur Via -Stella. Il faut le regarder.

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Le cinéma en Corse

La Corse, les Corses et le cinéma , livre de Jean-Pierre Mattei

par Anne Xavier Albertini

Jean-Pierre Mattei a écrit en 1983 La Corse et le cinéma  puis a été à l’origine de la cinémathèque de Corse, inaugurée le 17 juin 2000. Casa di lume , installée au cœur de Porto Vecchio, qui offre des salles de projection, un centre d’archives, un espace d’expositions, des réserves et un personnel motivé.

On y trouve plus de 30.000 bobines de films en relation avec la Corse, plus de 4.000 ouvrages, plusieurs milliers d’affiches, des documents d’archives.

Certains films conservés là sont uniques au monde. Marie-Josée Nat, Michel Landi, Daniel Auteuil, Henri Graziani sont ou ont été des amis de Casa di lume. Le regretté José Giovanni l’était aussi. La musique et les chanteurs ont eu leur place dans les films : Tino Rossi a chanté son île, Henri Tomasi a fait de la musique de film, trois ténors corses : César Vezzani, George Micheletti, José Luccioni, ont chanté dans certains films.


On a beaucoup tourné des vendettas en Corse, y compris les américains.
On peut rapprocher les vendetta des westerns qui sont tous issus d’une
vengeance. André Cayatte a tourné un film dans lequel un corse est
condamné à mort pour avoir commis une vendetta. Le sujet a été repris
maintes fois.

André Versini, comédien, passe à la mise en scène avec Horace 62, un
projet ambitieux qui consistait à donner à la vendetta un souffle
cornélien en adaptant librement Horace. Francis Carco était corse, mais le milieu qu’il a décrit était parisien. Trois réalisateurs : Jacques Becker, Pierre Melville et Claude Sautet ont puisé leurs scénarii dans les romans de José
Giovanni.

Dans les années 50 , Daniel Vigne signe son premier film sur
une scénario de Léo Carrier : l’affaire du Combinatie et la collusion
entre Américains, milieu Corse et truands marseillais. Les Etats-Unis,
l’Allemagne, l’Italie, l’Angleterre, l’Espagne, la Russie, la Pologne,
ont fait appel à de grands comédiens pour interpréter Napoléon
Bonaparte, vedette la plus demandée. Daryl Zanuck a tourné en Corse
une partie du « jour le plus long ». Il est venu en personne tourner
la journée du 6 Juin sur la plage de Salice. Il fut ébloui par la beauté de la Corse.

José Giovanni disait «  Le western m’inspire et me passionne parce qu’on y trouve les grands espaces et les gens confrontés avec la nature. Nous pourrions avoir en Corse nos propres westerns »

La liste est encore très longue, des chanteurs populaires ou lyriques, des musiciens, de tous ces hommes et femmes de nos petits villages de Corse qui ont participé à cette grande aventure du cinéma, de 1930 à 1980 et aujourd’hui encore. Un film est lui-même une aventure. C’est un jeu fabuleux qui demande talent et sérieux car il coûte cher. C’est souvent aussi un JE pour les acteurs. Hercule Mucchielli faisait partie de ces êtres à part, d’une intelligence au-dessus de la moyenne et d’une modestie toute naturelle. Hercule est né à Ghisoni en 1903 comme son père marié à Rosalinda Pozzo di Borgo, née à Poggio di Nazza qui lui donnera onze
enfants.
Hercule Mucchieli toujours étonné que l’on s’intéresse à son
parcours, disait «  C’est le hasard qui m’a amené au cinéma. Je n’ai aucun diplôme, même pas le brevet. » Pourtant, Directeur des ventes chez Universal, on lui propose la direction de la MGM Agence de Marseille. Il va créer une maison de distribution et de création : la société Cyrnos. Il ne s’arrêtera pas là. Hercule Mucchieli est allé de sa Corse natale, à Marseille, à Lyon et à Paris. Son engagement dans l’économie du cinéma a été bénéfique.

Vous retrouverez tous ces personnages, tous les détails, dans un gros livre : La Corse, les Corses et le cinéma de Jean-Pierre Mattei, Editions Alain Piazzola. Pour 30 E. vous irez de découvertes en découvertes et quand vous le fermerez, vous aurez une pensée reconnaissante pour ces compatriotes qui ont osé, qui sont partis, revenus, qui ont galèré souvent, pour affirmer leur passion et nous émouvoir ou nous faire rire.

Article réédité , première publication : Musanostra octobre 2010

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Martin Scorsese, Silence, adapté du roman de Shusaku Endo

Par François Rusjan

Martin Scorsese a adapté à l’écran le roman de Shusaku Endo  Silence .

En 1633, deux jeunes prêtres jésuites portugais réussissent à convaincre leur supérieur de les envoyer au Japon afin de retrouver leur maitre et mentor disparu et surtout de rétablir son honneur.

Tous les thèmes chers au réalisateur sont présents : fidélité, trahison, violence, mal, culpabilité, rédemption.
Devant la beauté des images portées par une bande son discrète mêlant musique et bruits de la nature, nous restons bouleversés. Assistons-nous à une projection d’un film de Scorsese ou de Kurosawa ? L’influence du réalisateur Japonais est indéniable et à aucun moment il n’est trahi ou plagié .
Les plans magnifiques se succèdent avec une lenteur envoutante qui sera interrompue par des moments de violence absolue ( n’oublions pas que ce film traite de la persécution des chrétiens au Japon) avec des scènes de torture et de supplice visant à obtenir l’apostasie des missionnaires et des convertis.

La nature est omniprésente comme opposant la croyance en Dieu des chrétiens et la spiritualité nippone plaçant le divin en elle . Telle cette mer montante qui vient frapper les corps des suppliciés comme pour défendre l’archipel de l’invasion d’une foi inconnue.

Les deux jeunes frères vont assister à cette violence jusqu’à la subir . Comment sauver ces croyants, se sauver eux-mêmes ? Doivent-ils renier leur foi ? Sont-ils en train de vivre le martyre sur terre pour mieux atteindre le paradis ?
Un autre personnage central , Kichijiro, apporte par son comportement, ses trahisons, ses prétendues rédemptions, une pulsion de vie. Il est peut-être celui qui est le plus humain de tous avec ses forces et ses faiblesses, ses doutes et ses croyances, sa fidélité et sa trahison. Il est Judas. Il est homme.
Silence est le meilleur de film de Scorsese . A la fois bouleversant et douloureux, magnifique et terrible. A travers ce pan d’histoire du Japon, Martin Scorsese s’interroge sur son rapport à la foi et par la même occasion,  nous oblige, nous, les  spectateurs, à partager ces moments d’interrogation et de réflexion. Et Dieu , dans tout ça ?

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Cinéma : WOODY ALLEN : L’HOMME IRRATIONNEL (2015)

Il est prof de philo, désabusé, dépressif et vraisemblablement alcoolique. Il s’appelle Abe, sa réputation le précède et il est attendu avec enthousiasme dans la nouvelle université de Newport-Providence où il va désormais enseigner.
Les étudiantes et les professeures sont toutes excitées par sa venue mais hélas, il n’est dit-il « qu’un intello à bite molle ».
Parmi ces étudiantes, il en est une, Jill, qui va s’amouracher de lui. Elle, qui se décrit comme pragmatique, est fascinée par son intelligence. Tous deux partagent la même passion pour la littérature russe mais il la repousse, préférant l’amitié à l’amour.
Jusqu’à ce qu’une simple discussion entendue dans un café vienne redonner goût et vigueur à ce professeur. Désormais, il a un projet qui va tout changer dans sa  vie et pourquoi pas le monde : un meurtre.
Woody Allen utilise un procédé littéraire « le fusil de Tchekhov » (dont la définition avait été donnée lors d’un café Musanostra), un simple objet anodin que l’on va oublier peut  devenir d’une extrême importance. Comme le personnage principal qui évolue radicalement passant de l’alcoolique bedonnant au joyeux luron, le film est en perpétuel changement. Il débute comme une bluette dans un charmant décor provincial, puis s’oriente vers un suspense teinté d’humour légèrement british et, enfin, vers un drame plus noir à l’étonnant dénouement.
Avec des prises de vue magnifiques soutenues par la musique de Ramsey Lewis Trio (the « in » crowd), le jeu .des acteurs Joachin Phoenix et Emma Stone est sublimé. Le réalisateur sous couvert de fantaisie, de légèreté,  mais avec un cynisme jubilatoire,  pose la question de la « banalité du mal » et de la morale

Où finit la morale ? Où commence le Mal ? Qui est responsable ?
Une allusion sans aucun doute à Hannah Arendt.
François Rusjan

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UNA QUESTIONE PRIVATA, livre et film, une proposition signée Mia Benedetto

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A l’occasion du trentième Festival du film italien, sera projeté le film des frères Taviani, Una questione privata, adaptation du roman éponyme de l’écrivain et ex partigiano Beppe Fenoglio. Je m’étais intéressée dans mon précédent article à la transposition au cinéma de deux romans de la récente littérature transalpine (Les deux films étaient La tenerezza qui sera présenté d’ailleurs durant le Festival et à La ragazza nella nebbia). N’ayant pas encore vu le film qui s’annonce particulièrement intéressant, je me suis penchée sur le roman de Fenoglio qui constitue une œuvre majeure de la littérature italienne de l’après guerre

 
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BEPPE FENOGLIO
Beppe Fenoglio, né Giuseppe Fenoglio originaire de la région Langhes, qui sera le théâtre fascinant de ses œuvres, est un écrivain, issu d’une famille modeste, son père étant boucher dans la petite ville de Alba. Sa formation intellectuelle débute durant ses années de lycée auprès de ses professeurs dont certains seront pour lui de véritables maitres à penser et deviendront par la suite des compagnons de Résistance. Parallèlement le jeune adolescent se passionne pour la littérature anglaise et américaine, influences qui imprégnent son tissu narratif. Ses études universitaires sont perturbées par la situation politique et la guerre, en 1943 il suit un cours d’officier puis s’engage dans la résistance d’abord aux côté des brigades garibaldines puis au sein des troupes de Badoglio. Aux lendemains de la guerre il aspire à écrire mais il est obligé de subvenir à ses besoins, en travaillant dans une entreprise oeonologique qui l’engage au vu de ses compétences en anglais . Il mène de front son emploi de traducteur et son activité d’écrivain . Quelques nouvelles sont publiées qui témoignent de son expérience de partisan. A l’aube de la quarantaine, c’est un auteur à la rénommée circonscrite uniquement aux cercles culturels exclusifs de la littérature piémontaise, il est proche cependant d écrivains déjà connus comme Italo Calvino. C’est aussi le moment pour Fenoglio d’une crise existentielle, l’auteur refuse une œuvre monothématique qui serait vampirisée par son expérience de la guerre civile dans les Langhes. Il veut écrire « un libro grosso » qui lui permettrait de s’affranchir de son expérience d’ex partigiano, mais aussi de sa condition d’écrivain de la mémoire partisane. « Basta coi partigiani ». Se pose alors le problème de la forme pour Fenoglio et pour d’autres auteurs. Retranscrire ce moment exceptionnel de l’histoire italienne apparaît comme un défi inédit pour les auteurs transalpins.

ECRIRE LA RESISTANCE
De nombreux témoignages apparaissent très vite en Italie mais sur le plan romanesque le bât blesse et à partir de 1949 s’ouvre dans la péninsule une querelle littéraire, dont le chef de file est Italo Calvino, auteur du très beau Sentieri dei nidi di ragno, dans lequel l’écrivain montre le conflit à travers les yeux d’un enfant Pin et tente à travers la microhistoire de livrer un roman libéré de la mémoire individuelle et de l’autobiographie, aspirant ainsi à l’universalité. Calvino appelle de ses voeux le roman qui sera la Résistance, « il poema » chantant la lutte entre fascistes et anti-fascistes et le spectre de « l’Italia senza » affleure, la polémique rappelle celle des intellectuels du XXVIIIème qui se lamentaient de l’absence en Italie de tragédiens. Avec son « libro grosso » Fenoglio voudrait résoudre cette équation de la représentation de la lutte fratricide des années quarante, mais l’écrivain considère finalement cette tentative comme un échec qui provoque la scission de sa maxioeuvre en deux : naissent de cet ébauche du « libro grosso », qui suit les vicissitudes du résistant Johnny, deux livres Primavera di bellezza et Il partigiano Johnny, volume qui paraitra posthume en 1968. Fenoglio résume cette expérience comme la création d’une œuvre aromanesque, qui se noie selon lui sous la multitude des personnages et des évènements, le cycle de Johnny échoue et de ses ruines naissent toute une série de microrécits comme si Fenoglio se rendait compte de l’impossibité de résumer, de représenter en une seule fois la Résistance.Le jugement de Fenoflio apparaît particulièrement sévère à propos ces deux œuvres qui sont considérées aujourd’hui comme des œuvres essentielles de la littérature de la Résistance. On assiste à une diminution notable des œuvres sur la lutte à la fin des années cinquante, et l’absence du Roman qui sera la Résistance est toujours d’actualité,cependant au début des années soixante resurgissent des romans intéressants sur ce moment de l’histoire sous l’impulsion peut-être d’une crise politique avec l ‘autorisation de rassemblements néofascistes qui éveillent les mémoires de la Résistance. Fenoglio reprend sa quête du Roman de la Résistance.

UN « VERO » ROMANZO
Pour son nouveau roman sur la guerre civile, Fenoglio cherche à se concentrer sur un unique épisode, situé pendant l’été 44 et dans lequel l’auteur essaie de faire converger tous les éléments et les aspects de la guerre civile. Les espoirs du « libro grosso », une fois évanouis, l’auteur piémontais s’attaque à un « vero » roman partisan. Qu’ est-ce Fenoglio entend par roman ? Pour lui un « vrai » roman ne se contente pas de suivre les péripéties d’un personnage du début à la fin de la guerre, selon le projet originel du « libro grosso », le roman se concentrera sur un nombre réduit de personnages et d’évènements. L’histoire de Johnny semblait être modelée surtout à partir de la mémoire partisane et c’est sans doute pourquoi Fenoglio parlait de roman « aromanesque », car le parcours de Johnny ressemble à tant d’autres parcours de jeunes partisans.Le point de départ pour Una questione privata est l’intrigue romanesque et le rapport entre la petite histoire du protagoniste et la grande Histoire collective revêt une configuration inédite. Le personnage principal est Milton, résistant et aussi amoureux malheureux, victime d’un système triangulaire formé également par Fulvia, la femme désirée par le protagoniste mais aussi par Giorgio, ami de Milton et compagnon de lutte antifasciste. Giorgio sera capturé par les fascistes et Milton essaiera de sauver son ami mais aussi de comprendre la nature de la relation entre Fulvia et celui-ci. « Amori » et « armi » s’entremèlent, et cest pour cela que Calvino rapprochera le roman fenogliano à l’Orlando Furioso.Les critiques seront mitigées, beaucoup reprocheront à l’auteur d’oberver la guerre civile par le prisme de l’histoire d’amour mais le jugement de Calvino est plus qu’enthousiaste : « Il libro che la nostra generazione voleva fare adesso c’è, e il nostro lavoro ha un coronamento e un senso, e solo ora grazie a Fenoglio possiamo dire che una stagione è compiuta, solo ora siamo certi che è veramente esistita… », « Una questione privata rappresenta la Resistenza ». Donc maintenant le « vrai » Roman de Résistance existe et à travers lui Fenoglio livre une oeuvre inspirée qui reflète la péculiarité et l’ambiguité de cet épisode, de cet arc temporel de vingt mois, où les hommes peuvent être tour à tour victimes et bourreaux. La disparition prématurée de l’écrivain emporté par un cancer des poumons signe la fin d’une œuvre majeure .
LE FILM
Nous aurons donc la chance de voir l ‘adaptation de ce roman clé de la littérature contemporaine transalpine par les frères Taviani , maitres du cinéma italien qui reviennent pour la seconde fois sur cet épisode emblématique de l’histoire italienne, après « La notte di San Lorenzo », sorti en 1982. A noter l’interprétation de Luca Marinelli, nouvelle coqueluche du cinéma italien qui laisse présager une incarnation fièvreuse et inspirée du personnage de Milton

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Mia BENEDETTO
 
 

Agenda

Festival de cinéma Musanostra 2017 Dates, horaires, lieu, Films, tables rondes…

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Depuis 8 ans l’équipe de Musanostra vous invite à assister au mois de décembre à un Festival Littérature/Cinéma intitulé « Du texte à l’image »,  fruit d’un partenariat entre le Cinéma Le Studio, l’association Musanostra, l’Education Nationale avec  le lycée Paul Vincensini et la Ville de Bastia.
Il s’agit pendant 3 journées (cette année les 19, 20 et 21 décembre )  d’accueillir le public scolaire et autre à des projections de films inspirés de romans du patrimoine littéraire mondial.

 
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Cette manifestation a lieu au Cinéma Le Studio, à Bastia
En 2017, 5 films sont proposés, voici la grille programme : ils sont parfois suivis de tables rondes ( entrée aux tables rondes gratuite, tout public )
Soyez  sur place un quart d’heure avant ! donc 8h45 et 13h45 !
LUNDI 18 ,  14H : Séance supplémentaire,  Au revoir là haut
 
MARDI 19 Décembre

9h-12h : Elle s’appelait Sarah de Gilles Paquet-Brenner, 2010, 1h51.
14h-17h : Au revoir là-haut de Albert Dupontel, 2017, 1h53.
suivi d’une table ronde  avec Pierre Gambini sur « le son , la musique au cinéma
MERCREDI 20 DÉCEMBRE
9H-12H : HHhh de Cédric Jimenez, 2017, 2h .
A 11 heures, table ronde : la place de l’histoire au cinéma, son traitement (sérieux ou loufoque ) avec Gérard Guerrieri
 
JEUDI 21 DÉCEMBRE
9H 12H : Le crime de l’Orient Express de Kenneth Branagh, 2017,1h54 , suivi d’une table ronde sur l’adaptation de quelques romans policiers et de science fiction, en présence de Gérard Guerrieri

14h-17h : American Pastoral de Ewan Mc Gregor, 2016, 1h48. daprès le célèbre roman de P Roth
18h30 : communication de Kévin Petroni : Apocalypse now : Coppola lecteur de Conrad. (Tout public, entrée gratuite )
 
 
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Des rencontres tout public liées aux problématiques du cinéma sont organisées après les projections :
La première (selon les thèmes choisis en amont )  aura   lieu au cinéma Le Studio  à la fin de la projection du mardi après-midi et pourrait  porter sur quelques adaptations filmiques en particulier, sur les choix des réalisateurs , particulièrement en Corse, sur le rôle de la musique et du son au cinéma…(le film commence à 14h et dure 1h52, les tables rondes sont limitées à 30 minutes chacune ; selon les thèmes choisis, il pourra y en avoir 2 )
La seconde rencontre aura lieu à 18h30 jeudi 21 décembre au cinéma et soulignera par petites études précises (extraits de film et lectures) la façon dont FF Coppola a adapté le roman de Joseph Conrad Au coeur des ténèbres pour son film Apocalypse now.(cette réflexion est inscrite au programme de l’agrégation de lettres !)

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Nous espérons votre présence en tant que spectateur ou enseignant avec classe et votre participation éventuelle aux tables rondes qui dureront 30 minutes  et sont l’occasion de réfléchir, prendre la parole et  débattre. Ainsi qu’à la conférence …
Pour vous inscrire si vous souhaitez accompagner une classe ou pour avoir plus amples informations, contactez nous au 0610931511 (mf Bereni Canazzi) ou au 0618083878 (Nathalie Malpelli) ; vous pouvez aussi écrire à amusanostra@gmail.com
Cordialement
mf bereni canazzi

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Un théâtre de la réconciliation Sylvain Diaz, Avec Wadji Mouawad, Tout est écriture (Léméac et la collection Papiers des éditions Actes sud)

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Dans cette chronique, Marc Montagni s’intéresse à l’ouvrage de Sylvain Diaz, Avec Wadji Mouawad, Tout est écriture, publié par Léméac et la collection Papiers des éditions Actes sud. 

L’ouvrage de Sylvain Diaz, maître de conférence à l’université de Strasbourg, directeur du service culturel de cette même université, pourrait être qualifié avant tout d’ouvrage de circonstance. En effet, tel que le présente l’auteur, il s’agit de la réorganisation d’un ensemble de « disputes » (P.8), c’est-à-dire de dialogues, ayant eu lieu « du 6 au 16 mars 2016 », entre l’universitaire et le dramaturge Wajdi Mouawad, à propos de « l’acte même de création » (P.8) de ses pièces et de ses romans.

Il faut noter que cette série de dialogues a pour but de questionner la vie du dramaturge, ses goûts, sa sensibilité, afin de mieux comprendre « la poéthique » (P.8 et 71) qui est la sienne et que l’on pourrait résumer de la manière que voici : le désir de faire du théâtre le lieu de la réconciliation, le lieu où toutes ces vies, celles de Nawal et de Nazira dans Incendies, ou encore d’Harwan dans Seuls, ces vies brisées, fragmentées, par l’exil aussi bien figuré que littéral, sont reconnues et pardonnées par le spectateur. Le théâtre de Mouawad aurait alors pour but de réparer la vie, cette même vie que le quotidien, dans sa banalité, dans sa cruauté, aurait tendance à fracturer et à taire, à séparer et à dissoudre.

C’est pourquoi l’ouvrage prétend imposer un autre projet plus scientifique, celui d’un « lexique de la poéthique mouawadienne » (P.8) qui aurait ce but paradoxal de théoriser, soit d’abstraire et de discerner en plusieurs entrées jugées pourtant « aléatoire[s] et informel[les] » l’esthétique de Mouawad. Il convient alors de faire de ce lexique présenté sous une forme qui ne veut pas réellement s’assumer comme académique, un témoignage, un bilan de Mouawad sur sa propre esthétique, l’écriture par l’auteur de sa propre figure à un moment où celui-ci souhaite défendre et justifier sa position.

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Tiens ferme ta couronne de Yannick Haenel, L’homme qui fait du cinéma avec des mots, par Christine Siméone

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              Dans Tiens ferme ta couronne, l’écrivain Yannick Haenel rend hommage au grand cinéma américain, de Cimino à Coppola. Le narrateur de ce roman est un fou, fou de cinéma, type en marge, persuadé du génie d’Herman Melville. Depuis qu’il a lu sous la plume de Melville qu’ « « en ce monde de mensonges, la vérité est comme un daim effarouché qui court au fond des bois », Jean, le héros de Haenel cherche des daims/cerfs, fuyant au fond des bois, et essaie de capter les instants de vérité , ceux-là même qui donneraient un sens à la vie. Jean écrit donc le scénario d’un film en hommage à l’auteur de Moby Dick, et va essayer de convaincre Michael Cimino de le réaliser. Au passage, il aura gardé le dalmatien de son voisin, sera tombé amoureux lors d’une folle nuit au musée de la Chasse, aura rencontré Isabelle Huppert, et se sera remémoré le mythe de Diane chasseresse.

          Ce ne sont là que quelques unes des aventures de ce livre extraordinaire. Il y a foison de scènes truculentes ou mystiques. Haenel écrit comme il filmerait. Il interroge la vie avec un esprit profondément philosophique et gai. Yannick Haenel, après avoir écrit ce roman, a tourné son premier moyen-métrage, La Reine de Némi, en lien direct avec le livre. C’est son premier film. Entretien avec un écrivain qui pense que le cinéma est une pure affaire de littérature.

João César Monteiro & Godard
« Je suis un ex-cinéphile ; le grand geste cinéphilique est de passer ses journées à la Cinémathèque comme du temps de la Nouvelle Vague. La cinéphilie, c’est vouer sa vie au cinéma en tant que spectateur. Mais la cinéphilie est morte avec Serge Daney, en fait.
J’ai été un cinéphile méthodique : quand j’aimais un cinéaste, je regardais toute son œuvre. J’ai aimé le cinéaste portugais João César Monteiro, c’est mon cinéaste préféré. Sinon j’aime Godard, celui des années 80 et du début des années 2000 : je suis très précis sur les « crus » Godard. J’aime autant Godard, Jean-Marie Straub et Danièle Huillet ou João César Monteiro que les grands espaces de John Ford, Tarkovski et Cimino. »

WESTERNS
« J’aime le western, car ça met en jeu le rapport avec les étrangers, les Indiens, la dépossession, comme dans Homère, comme dans la Bible, on pique une terre et c’est la guerre. Pour utiliser encore un autre poncif, je dirais que le dernier grand western pourrait être La Porte du paradis, ou bien Impitoyable de Clint Eastwood ou encore l’un des films d’Alain Guiraudie en France. Cimino est le dernier grand aventurier du cinéma. Pour moi, c’est un cinéaste marxiste. Il n’aurait pas été d’accord mais il se trouve que son film La Porte du paradis met en jeu la lutte des classes et l’extermination d’une partie de la population par les possédants. »

LA PORTE DU PARADIS, un grand roman européen
« C’est le film le plus abouti de Cimino et je m’en sens plus proche littérairement. Cimino cite sans arrêt des auteurs comme Dostoïevski, Proust, James, il est très européen dans ses choix. La Porte du paradis tient aussi du grand roman européen avec quelque chose de la saga, ce grand format mégalomaniaque. Thomas Mann aurait pu raconter cela : ces jeunes d’une grand école et le désastre qui va s’abattre sur eux. Les idéaux vont être bafoués, alors qu’on leur apprend de manière quasi religieuse à construire quelque chose pour le pays et les autres. En fait, c’est un vœu pieux, la démocratie s’empêtre face aux inégalités. C’est pour tout cela que j’aime ce film et pour la beauté sidérante du visage d’Isabelle Huppert, pour l’innocence bafouée mise en œuvre, pour les scènes où elle se baigne. Là, on dirait du Renoir, les deux Renoir, avec le miroitement de la lumière. C’est très sensuel, et c’est une fresque sur les rapports de force, sur la trahison des idéaux. Le placement de caméra face aux Rocheuses est stupéfiant, et c’est un cinéma de la restitution du monde. Avec Cimino, il y a toujours cette dimension de l’affirmation du monde, comme pour un peintre. C’est un cinéaste qui ne croit pas en la dépression des images. Les images, il y croit ; les images et le monde doivent coïncider… c’est de la foi. »

CHERCHER LE DAIM
« Herman Melville dit qu’« en ce monde de mensonges, la vérité est comme un daim effarouché qui court au fond des bois ». C’est ce que cherche mon narrateur. J’ai essayé d’appliquer cela à tous les films que le narrateur voit ou cite, comme si tous ces films étaient des portes qui s’ouvrent vers cette vérité.
Il se trouve que le film de Cimino « Voyage au bout de l’enfer » s’appelle The Deer Hunter (Le chasseur de daim), c’est le premier film américain sur le traumatisme de la guerre du Viêt Nam.
Ensuite j’étais obsédé par Apocalypse Now, et un jour, j’ai été stupéfait de constater la présence d’un cerf empaillé dans un plan : celui où le capitaine Willard reçoit sa mission. Je me suis demandé « que fiche donc ce cerf/ daim, là ? » En fait, il fait signe comme emblème de la chasse spirituelle ou de la chasse tout court, or ce film est une chasse à l’homme.
J’ai tiré le fil de Melville à Cimino : ils ont tous deux des destins malheureux, et le même souci pour les rapports de force. Il y a une flamboyance chez les deux. »

APOCALYPSE NOW, un récit sacré
« Le narrateur dans le roman, Jean, passe son temps a visionné Apocalypse Now de Francis Ford Coppola. Il est persuadé que dans chaque film se cache un instant de vérité, telle que la décrit Herman Melville.
Apocalypse Now raconte la mission donnée à Willard d’éliminer un colonel américain engagé au Vietnam. Or c’est aussi un récit sacré avec un adepte qui est là pour retrouver un roi, ce colonel Kurt, et cet adepte au moment où il tue le roi, devient le roi.
Dans le film, on tue un buffle et on le coupe avec une machette. On fait de même avec Marlon Brando, dont la silhouette est aussi massive que celle d’un buffle, et là toutes les lignes du film prennent une autre dimension.
Il se trouve que Coppola n’arrivait pas à finir son film. Quand Brando est arrivé sur le tournage, il n’avait pas lu le scénario, il faisait la fête, et Coppola était à deux doigts d’abandonner. Finalement, il s’est inspiré du livre de James Frazer, Le Rameau d’or. C’est un mythe sur la souveraineté. Diane a un époux mystique, bandit et prêtre servant. Elle est la protectrice des réfugiés, et celui qui tue le roi du bois, devient le roi du bois. La souveraineté ne vient pas de l’élection ou de l’hérédité, mais de l’exposition à la mort ! Coppola trouve là une solution et conclut que Willard va tuer Kurtz.

La scène chez Bofinger
Dans le roman Tiens ferme ta couronne, une scène réunit quasiment tous les personnages chez Bofinger, grande brasserie parisienne.

« Je l’ai pensé comme un film. Je voulais que ce soit grandiose. Chez Bofinger, il y a une verrière et ses effets de lumières et je voyais ce que je pouvais en faire, car dans le roman il est question de la lumière des ténèbres. Je suis allé écrire sur le motif, sous cette lumière blanchâtre et nauséeuse, avec ce décor mignard. Comme chez Proust ou Visconti, je voulais des miroitements de verre, je voulais du luxuriant.
Le roman est une méditation sur la vérité, la femme, la déesse Diane, les grandes interrogations de la vie. Chez Bofinger arrivent enfin les personnages féminins, Huppert et la future amoureuse de Jean. J’ai pris un tel plaisir à écrire cette scène que ça n’en finissait plus.
C’est donc à la Jacques Tati, une farce totale, avec le dalmatien, les espions moustachus ou le serveur qui a la tête de Macron. Il fallait que ça tienne, que chaque personnage arrive à exister. Je voulais que cette nuit soit la nuit d’amour, alors que, dans le même temps, c’est la nuit tragique des attentats à Paris.
C’est donc cette nuit-là que Jean rencontre sa « Diane » qui va lui donner accès à la forme sacrée de la chasse, celle où il n’est pas besoin d’aller jusqu’à la mise à mort. »

Un film rien qu’avec des mots
« Mon idée est que derrière le cinéma, il y a de l’écriture. J’ai imaginé que Cimino continuait à faire du cinéma à l’oral, comme quand on raconte une histoire. Il réalise sa soif de cinéma en une heure, en prenant la place de chaque personnage et en racontant un film intégralement. Je pense qu’on peut raconter une chose intégralement, je suis très attaché à cette idée. J’ai imaginé qu’au cœur du cinéma, il y avait cette chose très primitive qui consistait à monter sur une marche, et à raconter une histoire de manière si minutieuse qu’à la fin les gens aient l’impression d’avoir vu le film. Je pense que les films sont de la littérature puisqu’on se les approprie en se les racontant. Je ne sais pas si l’on peut se passer de caméra. J’ai peur que cela nous pende au nez.
Le cinéma est là, chacun de nous est un metteur en scène de ses propres images. C’est devenu ma manière de vivre : je ne me souviens pas des films en entier, mais il y a dans mon esprit des tas de scènes que s’imbriquent. C’est de l’amour, et ça revient à porter avec soi ce que l’on aime. »

LA REINE DE NÉMI
« C’est le titre de mon film. Je suis écrivain, mais quand on est prof à l’école du Fresnois comme je l’ai été ces derniers mois, on peut faire un film produit par l’école, avec un budget.
Donc comme je venais d’écrire ce film, (lapsus) ce livre, je voulais faire quelque chose sur le lac de Némi, sanctuaire de Diane durant l’Antiquité.
La première idée, c’était de tourner un documentaire, mais finalement ma pulsion narrative m’a poussé à faire une fiction. Ça commence chez moi comme dans un film d’Alain Cavalier, un home movie, avec Akteon et Diane (ma femme et moi). Le couple joue et finalement on va à Némi, on filme le lac, la forêt. C’est tellement beau. Deux jeunes actrices jouent les nymphes. C’est un moyen-métrage qui complète le roman. J’ai beaucoup aimé continuer ainsi ces noces étranges entre la lettre et l’image. »

Tiens ferme ta couronne de Yannick Haenel est publié chez Gallimard.

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Blade Runner 2049 Avant première par JM Graziani

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Blade Runner 2049
Quelques mots rapides sans rien dévoiler de l’intrigue…
Laïus sur fond noir, introduction façon Word qui fleure bon les années 80…. Puis l’écran s’ouvre sur une vaste paupière s’ouvrant elle-même sur le vert-océan d’une prunelle qui vous fixe. Oui, vous! Spectateur lambda du siège numéro 8 de la trentième rangée. Ceci peut-être pour signifier une fois encore, une fois de plus, une fois pour toutes, que c’est vous ici que l’on scrute et que cet écran-là n’est jamais qu’un miroir…
Explorer les univers, forer le sol rougi des montagnes de Mars, bâtir des citadelles au-delà du brouillard, vastes labyrinthes de lithium, créer des fils prodiges, des fils prodigues à notre image: tout ici n’est que prétexte. Partir très loin et revenir, user de toutes les ressources de notre imagination pour concevoir l’autre et définir en quoi nous serions différents, singuliers. Uniques même! chuchote un type au rang 42 avec son écusson Star Trek.
L’Humanité. C’est elle le véritable enjeu de la traque du Blade Runner de 1982. Deckard sous la pluie pourpre (depuis quelque temps toutes les pluies le sont) file les réplicants comme des métaphores de lui-même. Ces êtres, créés par l’intellect humain, et qui semblent soudainement doués de conscience, sont-ils humains pour autant? Sont-ils déjà plus que cela? Et, de toute façon, de quoi procède notre humanité? De nos sensations? De nos émotions? De notre empathie? De nos souvenirs?
Les souvenirs… personnels, collectifs, inventés, modifiés, effacés, empruntés, ils sont la clef des deux films. Le climax du premier opus (affrontement final sur le toit du Bradbury Building) s’achève avec l’agonie pré-programmée de Roy (l’Alpha des réplicants) qui, en martyr, témoigne, ses mots d’agonisant résumant à eux seuls le tropisme du film quand (avec la tirade des Tears in rain) il semble nous dire que nous sommes avant tout mémoires, avant tout expériences, consciences d’un drame, parcelles volées au temps qui passe, avant tout nostalgie.
« Tous ces moments se perdront dans l’oubli comme… les larmes… dans la pluie.»
Trente ans après, en 2049, cette clef est d’autant plus fondamentale qu’un énorme black-out a pourfendu le Cloud, un Alzheimer informatique qui a tout effacé. Énorme mal de crâne  quand on se rend compte que toutes les choses « sauvegardées » ne l’étaient pas vraiment et que tout a disparu (archives, savoir, et même données bancaires…). Perdues à jamais les vieilles photos JPEG (celles-là même que vous tardez à imprimer), la mémoire de ces instants disparaissant déjà, avec les photographes et les derniers poseurs. L’ultime génération avant l’oubli. Joli clin d’oeil toutefois quand on nous fait comprendre qu’au-delà du trou noir, seul le papier demeure.
2017-2049, notre époque déjà rattrapée par les thèmes de K. Dick, Villeneuve, dans ce nouvel opus, va plus loin encore dans l’introspection. Hélas, ici, je ne peux rien en dire. Je m’en voudrais de vous gâcher le plaisir…

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Humanité réelle, humanité feinte, empathie de pacotille, il décrit un monde où tout devient complexe. Un instant T qui appelle à une brutale simplification (un affrontement). C’est d’ailleurs, à mon sens, le principal défaut du film: ce besoin impérieux d’une suite qui fait qu’il demeure un objet magnifique mais non-fini (avec aussi pour autre défaut les 30 à 60 min d’avance qu’on peut avoir sur l’intrigue). Trop de lièvres sont levés, et le méchant n’a pas encore donné sa pleine mesure, d’où ce sentiment doux-amer en quittant la salle que le scénario du prochain film dort déjà dans un tiroir.
Hormis cela, quel pied! Plein d’images dans la tête, et pour longtemps. Une fantastique transposition de l’univers du premier (à T+30 ans). Des scènes d’exposition qui frôlent la perfection. Beaucoup de références aussi (voulues ou non). Comme cette sphère mémoire qui, dans mon esprit retors, a pris l’apparence de la boule à neige de Charles Forster Kane (Citizen Kane). Et que dire du refuge de Deckard, avec son intérieur qui ressemble à l’Overlook Hotel de The Shining qu’on aurait déplacé sur le central de Rolland Garros un jour de grand vent : une terre ocre qui colle aux habits et pique les yeux quand Harrison Ford apparait. Non…ce n’est rien! Juste une poussière dans l’oeil… Je pourrais aussi vous parler de la citation de L’île au trésor (le livre de Stevenson), du moment précis où celle-ci survient pour souligner (surligner?) le drama. Des fantômes qui traversent parfois l’écran comme ceux de Daryl Hannah ou de Sean Young. Mais déjà, j’en dirais trop.

 
  Jean-Marc Graziani