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« Le bel Antonio » de Vitaliano Brancati (1949)

par Marc Giannesini


L’île Brancati en Sicile.

Comme certains écrivains italiens éminents, dont Alberto Moravia et Leonardo Sciascia, j’ai l’intime conviction que Vitaliano Brancati est un romancier passionnant, d’une imagination folle, bref un génie. Le lecteur qui ouvre Le Bel Antonio ou Don Juan en Sicile est saisi d’un vertige halluciné, dévorant, que l’on ne trouve que dans les grandes œuvres tragicomiques. Par ce préambule aussi tonitruant que subjectif, j’entends exprimer ma passion pour le roman comme seul moyen de mettre en lumière et en scène les mœurs d’une société ; ici, la petite société de Catane dans les années trente du siècle dernier, sous le régime fasciste de Mussolini.
Brancati, dans la plupart des ses œuvres, s’en tient à l’examen scrupuleux des relations hommes–femmes : les hommes, donc, au contact des femmes, ou plus exactement des femelles siciliennes prises comme objets de fantasmes par les mâles siciliens, condamnés à vivre leur sensualité comme un perpétuel tourment, une malédiction atavique.Pour préciser, les hommes sont jeunes ou d’âge mur, ils sont célibataires, ont quitté quelque temps cette Sicile maternelle, étriquée, pour vivre à Rome ou ailleurs, puis sont revenus à Catane afin d’y passer le restant de leurs jours. Les femmes, dans ce monde ancestral, se divisent en deux catégories : les mères, qui sont les pires ennemies de leur fils en les étouffant de leur amour hystérique ; et les jeunes filles, vouées au mariage. Comparée à la première, la seconde
catégorie n’a qu’une existence fantasmagorique. Les filles ne vivent
que dans l’esprit et la libido des hommes machos. Voilà pour l’essentiel les enjeux dramaturgiques ; restent  les vicissitudes des existences que Brancati arrive à pousser à bout sous forme de questions.Questions : Pourquoi vit-on ? Eh bien, on vit pour tuer le temps, et une fois le temps tué, on appellera cette vie du nom de l’un des romans de Brancati, Les Années perdues.

 Dans ce livre, justement, revient une autre question comme un leitmotiv : « Sais-tu pourquoi Marconi s’est suicidé ? … « Parce qu’il n’a pas réussi à inventer le yo-yo sans fil. »Traduction prosaïque : les hommes sont des pantins condamnés par leur époque. Brancati substitue à toute analyse de la situation politique une analyse comique. Paradoxalement, le monde est tellement vrai qu’il est faux, le désir est partout mais le plaisir nulle part ; le monde continue bien son petit bonhomme de chemin quotidien, mais force est de constater qu’il tourne à vide. L’homme Brancati, enfin : il est né à Pachino, dans la province de Syracuse, le 24 juillet 1907, d’une mère sévère et d’un père avocat. Il écrit très tôt, il collabore à des revues littéraires en même temps qu’il adhère aux idées fascistes. Il éprouve une grande admiration pour Stendhal, Gogol, Pirandello. A la fin des années trente, il quitte le parti de Mussolini et commence la rédaction de ses plus grandes
œuvres, dans un style distancié et sec, Don Juan en Sicile (1942), Le
Vieux avec les bottes (nouvelles, 1946), Le Bel Antonio (1946).

Il collabore à de nombreux scénarios, et Le Bel Antonio sera adapté au
cinéma par Mauro Bolognini, avec Marcello Mastroianni et Claudia
Cardinale dans le rôle du couple Antonio/Barbara. Les personnes qui
côtoient Brancati parlent d’un homme peu affable, d’une timidité
presque maladive, souffrant d’un profond désespoir. A Leonardo
Sciascia, qu’il rencontre en 1954, il annonce : « Nous ne nous verrons
peut-être plus. Je pars à Turin pour me faire opérer. » En effet,
Brancati mourra cette même année, au cours de cette opération jugée
bénigne.La critique se souviendra de l’œuvre : Sciascia dira que
Brancati « a trouvé les instruments d’exploration, de la « manière
d’être » des Siciliens, dans la déclinaison érotique qui se transforme
en contemplation de la mort ». Angelo Rinaldi évoque Les Années
perdues en ces termes : « Un livre pour tous les temps où il y aura
des garçons au-dessous de leurs rêves, des mères qui sont à tuer et
des îles qui réservent l’amour et le soleil aux seuls étrangers. »


  Texte paru dans l’informateur Corse de la semaine du 20 au 27 mars
2011.



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Confiteor, J.Cabre traduction de Ed. Railland, Actes Sud.

par Javier Linbon

C’est avec plaisir que je prends place sur ce beau site, avec fierté . Mon choix : je conseille encore à mes amis de Musanostra la lecture de « jo confesso » roman catalan en France devenu Confiteor  dans la bonne traduction de Ed. Railland, chez Actes Sud.
J’ai pris franchement plaisir à le lire après les 60 premières pages (je vous le fais à la louche, peut-être 62 ou 59 ) avant d’apprécier . Avant dur dur ! A la manière du Cosmoz de Claro, ce Confiteor de Jaume Cabré nous force à penser plus vite qu’à l’habitude, à huiler des mécanismes cérébraux parfois rouillés et à traverser le temps, les conventions stylistiques, les valeurs. Et je ne fais pas souvent ce type de sport ! Ca vous donne pas envie dit comme ça,  alors je vous raconte : c’est l’histoire d’un homme prêt à sauter le pas, à mourir,
Adrià Ardevol pense et se souvient. Depuis sa naissance à Barcelone, sa jeunesse et la nécessité de fuir un destin parental (père qui le rend collectionneur, mère qui le rêve célèbre musicien virtuose sa vie entière défile, avec cohorte de traces des êtres, préoccupations et des lieux connus. Réminiscences dans ce qui paraît être une longue missive adressée à Sarah qui n’est plus là et qui devrait reconnaître quelques épisodes alors que le lecteur, pantelant, s’accroche dans ce kaléïdoscope où tout foisonne et se téléscope. Des ancrages pour Adrià, une médaille, un bout de tissu blanc et bleu, et un violon, par dessus tout, un Storioni, fait au moyen âge dans un bon et bel épicea, passé dans tant de mains au fil du temps. Mais qu’est-ce que le temps, cet arbitraire découpage ?
Au fil des phrases on passe d’une époque à une autre, la narration emprunte d’autres voix, les âges de la vie et des vies se superposent.
Oui, lecteur, tu vas parfois t’inquiéter ! Mais Cabré te guide, c’est un chef ! Respect, j’admire son érudition, sa force : riant il parle d’un certain nombre d’années pris pour l’écrire, je l’ai lu vite, son roman, en version originale en 2011, puis en français. Il faut dire que j’ai le temps et qu’à la fin quand tout se met en place j’ai eu un orgasme de lecteur. Quelqu’un a dit que ce roman met en place peu à peu ce qui deviendra à la fin une cathédrale, j’aime assez l’image. Un bémol , le titre français qui donne une impression de religiosité, de savoir suranné. Peut-être à cause du latin…Jo confesso, c’est direct, comme le livre,à la première personne souvent même si de temps en temps ça passe à d’autres pronoms.Se sentir seul comme on respire, d’autant qu’on sait qu’il n’existe pas, le Dieu des autres, « sans prêtre », attendant « la dame à la faux » supporter un ami perfide et fidèle, le Bernat auquel il confie son manuscrit, c’est lourd, sans doute ! Mais non, la dimension prise ici par cette intrigue et le plaisir qui en découle est hallucinante. Je conseille à ceux qui sont accrocheurs quand un livre ne se donne pas immédiatement, à ceux qui ont le temps, aux oisifs, aux égoïstes qui n’ont pas quelqu’un de proche à écouter. Autrement difficile à caser, attendez les vacances , parce que j’ai oublié de vous dire que ce bouquin là fait près de 800 pages ! Sur Jaume Cabré on doit savoir que c’est un écrivain énormissime, géantissime , avec tout plein de romans à son actif et qu’il faut le lire.


Réédition, première publication Musanostra novembre 2013

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Où vivre. Carole Zalberg, Grasset, 2018

par Janine Vittori
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Où vivre. Le roman de Carole Zalberg fait pénétrer dans notre cœur une nostalgie. Ce sentiment mêlé, joie et tristesse, que l’on ressent en tournant les pages d’un album de famille. Les ombres des disparus couvrent d’un voile de mélancolie la figure des vivants. Les lieux, sur les images, font naître un indéfinissable mal du pays.
Marie, la narratrice, ouvre pour nous le livre de son histoire familiale. Elle dévoile les visages de deux sœurs, Anna et Léna, nées en Pologne dans les années 30. Le nazisme oblige leurs parents à quitter le pays natal, à fuir vers la France. Mais nul répit en ce temps là pour les juifs d’Europe et les petites filles deviennent très vite des enfants cachées. Le nazisme vaincu, la paix revenue, la vie sépare les deux sœurs et les conduit à vivre dans des pays différents. Anna, adolescente, demeure en France tandis que son aînée, Léna, part en 1948 accomplir son destin de pionnière et construire le jeune état d’Israël.
La distance, le temps, ne desserrent pas le cordon qui attache les sœurs l’une à l’autre. Leurs vies s’entrelacent malgré tout. Et l’histoire familiale se raconte en polyphonie.
La part belle est offerte au couple qui se forme à la fin des années 40 dans le Kibboutz. Léna s’unit à Joachim, un « colosse » qui préfère garder pour lui le tragique destin des siens.
Ce qui compte, maintenant, c’est la vie qu’il crée. La naissance de ses enfants dans un pays sûr, à l’abri des perpétuelles persécutions; la croissance des plantes et des arbres sur cette terre aride qu’il laboure et sème avec ferveur.
L’album de la famille israélienne nous révèle les portraits des trois enfants du couple. Élie, Dov et Noam. Souvenirs de moments heureux, d’une enfance libre dans un pays neuf où l’espoir est encore permis. Le kibboutz de leur enfance est un lieu de félicité; ils y grandissent, entre eux, sans contrainte. Leurs grands parents maternels les ont rejoints avec, collées à leur peau, la douleur des persécutés mais aussi cette sensation si nouvelle de pouvoir être juif. Sans crainte. Mais l’Histoire, nous le savons, se charge de convoquer les drames, les conflits, la guerre et l’espoir des fondateurs se teinte souvent de la couleur de la désillusion, du désespoir même de devenir des colons.
La famille française d’Anna a une vie plus paisible. « Rejoindre Léna a longtemps été une obsession » mais la jeune femme a donné naissance à ses deux filles. Elle vit en France depuis l’âge de six ans et elle a « pris goût à la vie parisienne ». La voix de cette famille l’auteur nous la fait entendre par les mots de Marie. C’est elle qui intervient dès les premières pages du roman.
Elle décrit le retour à la vie de son cousin Noam après l’accident de la route qui lui a laissé le corps en miettes. Marie n’est pas présente dans cette chambre d’hôpital israélien. Mais par une étrange communion – elle qui décrit la résurrection de son cousin avec un vocabulaire christiqueelle perçoit les sons et les images d’une scène qui se déroule à plusieurs milliers de kilomètres.
« Où vivre » c’est cela . Vivre ici mais ressentir profondément ce qui se passe là-bas. Le bonheur, les chagrins. Et c’est aussi répondre ici à toutes les questions qui se posent sur ce qui se passe là-bas.
En 2015 , Carole Zalberg a passé un mois à Tel Aviv dans le cadre d’une mission Stendhal de l’Institut Français. Elle est partie à la rencontre de sa famille maternelle pour un projet de fiction qui s’inspirerait de la vie de ses cousins germains nés en Israël entre 1955 et 1963.
La destinée de cette famille, son histoire intime, s’incarnent dans le roman Où vivre. À la trace, paru en 2016 aux Éditions Intervalles était le journal du séjour à Tel Aviv. Le journal de l’émotion des retrouvailles après trente ans d’éloignement, des liens qui résistent mais aussi, parfois, des malentendus, des incompréhensions, des doutes.
Où vivre est sans doute le roman que ce séjour a nourri. Les cousins de Marie empruntent de nombreux traits à ceux de Carole Zalberg. Nous reconnaissons, selon toute apparence, les êtres réels que sont Ido, Itaï et Nadav dont la présence lumineuse éclairait déjà À la trace. Mais Où vivre est une fiction et nous aurions tort de nous livrer trop longtemps au jeu de la vérité et de la ressemblance.
Ce roman a une portée bien plus universelle que la simple histoire d’une destinée familiale. Les personnages donnent chair à des êtres qui dépassent le banal destin individuel. Ils sont les héros lucides d’un état qui se construit en s’éloignant petit à petit de ses idéaux originels. Sans fauxfuyant, avec une franchise et une honnêteté remarquables l’auteur interroge tous les paradoxes de l’Etat d’Israël d’aujourd’hui. Elle consacre des pages émouvantes à la soirée du 4 novembre 1995. Yitzhak Rabin est assassiné par un extrémiste religieux israélien. Sa mort qui anéantit l’espoir de paix entre les palestiniens et les israéliens est un événement tragique, déterminant le sort de tous les individus qui peuplent cette Terre promise. Les voix d’Anna et de Léna et ses enfants se posent la question: Où étais-je quand Rabin a été assassiné ?

Et nous? Nous savons tous ce que nous faisions le 11 Septembre 2001. Mais où étions nous le 4 novembre 1995?

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Le cirque de la solitude, Nadia Galy, Albin Michel , 2018

par Michèle Corrotti

Notre Belle de l’étoile a frappé fort. Uppercut ! Crochet du droit ! Ou du gauche ? Indéterminable. Comment cette Saint-Pierraise, Algérienne de surcroît, Parisienne évidemment, a osé s’emparer non seulement de la Corse mais de son paysage politique ? C’est à ne pas y croire. Quoi, les derniers staliniens, les néo-natios, les historiques arpentant avec elle allègrement tous les chemins de notre pays ! De quoi perdre ses repères. Pire encore, cette géographie sociologico-politico-locale s’inscrit dans un temps vaguement indéterminé, mais au futur assurément. Incursion dans la politique fiction, genre fort prisé actuellement, version opéra space comme Le Parrain autour d’une histoire familiale digne de la tragédie grecque. Rembobinons. Nous sommes à la veille d’élections cruciales, le référendum sur l’indépendance de la Corse, et un leader nationaliste charismatique, intelligent et beau garçon s’apprête à relever les défis d’une victoire annoncée. Le pauvre, ce qui l’attend, c’est un chemin de croix.
Mais pas pour le lecteur qui lui, s’étonne, s’indigne, s’amuse de reconnaître ou pas, se passionne pour ce héros sous les pas duquel il voudrait jeter des pétales de rose quand l’auteur lui impose une couronne d’épines. Ce personnage christique et sa solitude. Ils sont avec lui, à côté de lui et devant et derrière lui, mais le soulagent bien peu. Jacques est grand. Il est le plus grand de tous, si grand qu’il doit se courber pour leur concéder une part du fardeau.
Heureux lecteur devant qui s’ouvre le roman comme un chemin de randonnée, à la découverte de la Corse. Car Nadia Galy le dit volontiers, « la Corse est une personne. Elle s’invite à votre table, pénètre votre assemblée, votre langue, votre vie et vous donne beaucoup en échange. »
La terre corse, elle est là, omniprésente. Inégale ou inéquitable même avec les morts. Il y a ceux pour qui elle se fait légère même si à l’heure du grand départ, la notoriété impose son poids de discours, de gerbes et de marbre – Le peuple est venu de Mausoleu, de Bastia, de tous les villages du Cap, de toute l’île, de tout le continent et presque du monde entier l’exalter (le Diu vi salvi Regina) d’une voix ancestrale… (Toussainte)… elle avait beau être communiste invétérée, elle n’en était pas moins d’ici et, ici, on part avec la bénédiction de la Vierge ou bien on ne part pas.- et ceux sur qui elle pèse pour enfouir, pour effacer les souvenirs et les identités comme celle du travailleur clandestin, victime d’un accident dans les vignes et enterré comme un chien, où ? Mais n’importe où, dans le maquis, c’est tout !
Cette chronique de la Corse de demain est furieusement contemporaine. Elle est servie par une langue qui chante et qui cogne, forgée patiemment, élaborée, fignolée où chaque mot doit peser son poids de chair, de sensations. Une langue de l’incarnation. Happé dès la première phrase, portant sur son dos au fur et à mesure de l’avancée du récit cette histoire d’amour, de trahison et de haine, le lecteur ne s’en sortira pas indemne. S’il connaît la Corse, il entamera in petto un dialogue animé avec l’auteur, s’il la découvre, il lui viendra peut-être la curiosité d’aller sur place se faire une idée de cette île qui défend si farouchement son identité.
Sa planche de salut avait été la Corse de son père. Il en était imprégné. Elle et lui indivis, comme chaque maison, comme la dernière des maisons du dernier lieu-dit avant la fin de la route. Comme elle, il appartenait à une foule, à trois cent mille habitants qui se chamaillaient, se bloquaient, s’empêchaient de vivre en changeant d’avis, en se contrariant, en s’invectivant et en créant, paradoxalement, le feu ardent qui les motivait et les tenait en vie, en famille. Architecte comme son héros, écrivaine telle qu’en elle-même, Corse du destin partagé comme l’eau et le pain, et peut-être Mazzera, Nadia Galy fort heureusement n’a pas écrit son dernier mot.

Les ouvrages de Nadia Galy, tous publiés chez Albin Michel
Alger, Lavoir Galant (2007) – Le cimetière de Saint Eugène (2010) –La belle de l’étoile (2014) Le cirque de la solitude (2018)

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Corsican way of life, ed. Colonna , Joseph Antonetti, 2018

Par Marianne Laliman

Corsican Way of life ne ménage pas le lecteur.
Le recueil de Joseph Antonetti, récemment publié chez Colonna Edition, propose une trentaine de textes en corse, accompagnés de leur traduction en français. Des nouvelles, des “instantanés” bruts et certains passages qui ressemblent à une mise au point.
Le style est incisif et renforce le sentiment d’éléments livrés tels qu’ils sont, dans l’évidence de leur âpreté, de leur absurdité parfois. L’expression colle au sujet et à la manière de l’aborder. Pas de fil conducteur évident entre les textes, pas de choix narratif constant, le lecteur doit se laisser porter par l’alternance des angles de vue : ici un Je qui le fait pénétrer dans l’intime de la perversion ou de la souffrance, ailleurs une expression à la troisième personne, un regard froid et cru sur la tristesse comme sur l’horreur.

Le recueil ne ménage pas non plus les conventions.
Mort, violence, sexe, bestialité mais aussi désespoir, dégoût, regard critique porté sur l’homme et sur la société le placent aux antipodes de l’idéalisation ou encore de la nostalgie. Morceaux choisis, dans Perchè scrivu : « u passeisimu mi face cacà. U mudernisimu dinù mi face cacà », « ùn scrivu micca da discità e cuscenze (…) mancu da fà sunnià a ghjente (…) scrivu da stuzzicà a vostra mente, scrivu da favvi vede u mondu cum’ellu hè (…) da stumacavvi, da favvi rende e fegate ». On peut faire plus consensuel comme programme, mais c’est une considération qui n’entre visiblement pas dans le projet d’Antonetti, sans doute plus porté vers ce qui secoue que ce qui berce.
Une mention spéciale, toute subjective, à Settimana di Sangue et Corsican way of life, pour les confrontations inattendues que ces deux nouvelles opèrent entre Ici et Ailleurs et, peut-être, entre ce qui est et ce qui aurait pu (ou dû ?) être.
Certes, l’ensemble ne peut pas plaire à tout le monde mais il recèle une certaine variété. Pour savoir si on l’aime ou si on le déteste totalement, il faut le découvrir et, comme le souligne Marc Biancarelli qui signe la préface, on est prévenu…

Agenda

PASCAL MARCHETTI , présentation du 30 mai 2018, Musanostra, Salon du livre de Bastia

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Portrait photographique: Getty images. Gilles Saussier
 
par Francis Beretti

Pascal Marchetti , qui vient de décéder (le 17 mai),était né en 1925 à San Nicolao, d’une mère enseignante, d’un père journaliste.

Il fit ses études primaires à Paris, ses études secondaires au lycée de Bastia. Reçu à l’agrégation d’italien, il obtint son premier poste à Lille, puis il passa deux ans au Lycée de Bastia.

Il enseigna à l’Université de Bologne, puis, pendant neuf ans à l’Institut universitaire de Naples. A la fin des années 60, il revint à Paris.

Au début des années 70, il fut l’un des grands acteurs du bouillonnement culturel qui agita l’île. Auprès de Fernand Ettori, entre autres, il siégeait régulièrement aux Università d’estate à Corte. Quand Radio Corsica Internaziunale fut créée, il s’en prit aux
« tontons brouilleurs » qui essayaient de la museler.

En 1971, Pascal Marchetti participa à un ouvrage qui fit date, Main basse sur une île, défini par Aimé Pietri comme « la bible des contestataires ».

La même année 1971, parut son premier ouvrage marquant, Intricciate e cambiarine, manuel de grammaire corse, édité en collaboration avec Dumenic’Antone Geronimi.1

Ce manuel expose des trouvailles lumineuses, d’un point de vue de la pédagogie du corse : les « intricciate » CHJ ou GHJ, des lettres composées qui rendent bien l’originalité phonétique de la langue. Les « cambiarine » sont les consonnes mutantes, qui se prononcent différemment, selon leur place dans la phrase. Le manuel assure la cohérence de la graphie du corse, et propose une terminologie linguistique qui se démarque du français ou de l’italien, ainsi, par exemple « u santacroce », pour l’alphabet, et « l’incalcu », pour l’accent tonique.

Pascal Marchetti publie dans la célèbre collection Assimil Le corse sans peine.

En 1980, il restitue, chez Flammarion, Une mémoire pour la Corse, où il déploie tous ses talents d’historien, de linguiste, et de polémiste, et que Marie-Jean Vinciguerra juge « incisif dans l’analyse, avec « le regard froid d’un scientifique et d’un moraliste
sans concession ni complaisance »2

Autre ouvrage important, La corsophonie. Un idiome à la mer, qui clarifie considérablement le sempiternel débat sur la double appartenance du corse : langue/ ou dialecte. Comme l’explique Marie-Jean Vinciguerra, « on identifie abusivement le binôme langue italienne/ dialecte corse, et un binôme langue française/ dialecte corse. Or, la transposition dans un contexte où la langue dominante n’appartient pas à la même famille [linguistique] conduit nécessairement à la folklorisation du dialecte ».3

En 2001 paraît chez Alain Piazzola la deuxième édition, revue et augmentée de L’usu corsu, dictionnaire des mots d’usage et des locutions du Nord et du Centre de la Corse avec les équivalences dans les langues italienne et française.

Entre temps, Pascal Marchetti avait publié, aux éditions Cismonte e Pumonte, une sélection des billets intitulée Impinnatelle qu’il avait écrits pour Kyrn, sous le titre de « In quattr’e trè sette »

En 2004, Alain Piazzola publie les « chroniques d’identité » de Marchetti sous le titre de Le corse dans tous les sens.

La même année, dans la revue Commentaire, Marchetti fait une recension de l’ouvrage d’Olivier Durand La lingua còrsa, publié à Brescia en 2003, sous le titre de « La lingua corsa à l’heure de vérité ».4 Une fois de plus, il a ainsi l’occasion de fustiger les « manipulations idéologiques visant à éloigner le corse de l’italien ». Il déplore que dans la préparation au CAPES de corse, ni l’étude de l’italien, ni celle de la linguistique romane et du latin ne fassent partie du cursus.

En 2011, Alain Piazzola publie son dernier ouvrage : San Nicolao, notes et documents, la première monographie de cette commune du Murianincu.

Pascal Marchetti, un « grand dérangeur », un maître à penser qui a marqué son temps dans le domaine de la linguistique corse, et même de la pédagogie, un intellectuel dont l’engagement passionné n’altérait pas la lucidité. En un mot, un « maestru » dont on se doit de relire, de méditer, et de retenir les leçons.

 

1 Intricciate e cambiarine, manuel pratique d’orthographe corse, Les éditions Beaulieu, 94 Nogent sur Marne, 1971
2 Kyrn magazine, 4 août 1989
3 Marie-Jean Vinciguerra,« Lingua corsa:avatars ou métamorphose», in Kyrn Magazine, 4 août 1989, p. 54-55.
4 Commentaire, 2004, numéro 108, p. 1140-1141

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SIMON LIBERATI, CALIFORNIA GIRLS EMMA CLINE, GIRL

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Dans la nuit du 8 au 9 août 1969, une chaleur entêtante pèse sur les hauteurs de Beverly Hills. De façon furtive, quatre silhouettes s’extirpent d’une villa située au 10050 Cielo Drive : trois filles Susan, Patricia, Linda et un garçon Tex. Ils font partie de la secte de Manson sorte de gourou illuminé vouant une haine insensée à la totalité de l’humanité. Manson leur avait demandé d’aller « tuer les porcs ». L’expédition visait le manager des Beach Boys. Le hasard, les événements en décideront autrement. Ce seront Sharon Tate, l’épouse de Roman Polanski, alors enceinte de huit mois et ses amis Wojciech Frykowski, Abigail Folger, Jay Sebring et Stevent Parent. Tout ça pour rien… Un massacre né de la volonté d’un fou qui avait imaginé une guerre apocalyptique entre les blancs et les noirs, le Helter Skelter. Les images et témoignages de l’époque traduisent le choc que fut cet événement. Quelque chose s’était brisée. Le temps des Flower Power était définitivement résolu. La fin d’un monde, la fin de l’insouciance.

Quatre décennies plus tard, deux auteurs s’emparent du sujet. Le hasard des publications fait que leur ouvrage paraisse en même temps. Simon Liberati est dit-il fasciné par le sujet. Dans son roman California Girls, il a choisi d’éclairer les fameuses dernières trente six heures qui ont vu le déchaînement de cette équipée sauvage. Dans une écriture factuelle, l’auteur raconte la folie, le déchaînement, la sauvagerie sans filtre, sans pathos, sans voyeurisme. L’efficacité narrative ne fait qu’accentuer le trouble du lecteur qui mesure non seulement la gratuité de l’acte mais aussi la dimension démoniaque des personnages. Car que sont ces filles si ce n’est des démones avides de plaire et complaire au maître. On trouvera des portraits saisissants dans ce livre : ces filles sales, puant la pisse et le liquide séminale. On rencontrera la folie et la démesure qui mènent forcément au tragique le plus horrible qui soit. On comprendra d’autant mieux l’atrocité des dernières minutes de Sharon Tate face à la cruauté de Susan qui est dénuée de compassion.
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Dans Girl, Emma Cline, cette jeune auteure d’Outre-Atlantique s’est quant à elle davantage éloignée de la réalité comme pour mieux nous faire saisir la déréliction de cette bande de filles paumées et désoeuvrées des années soixante. Sa narratrice fictive, Evie Boyd la cinquantaine bien tapée se remémore son adolescence. Elle a quatorze ans. Elle est malheureuse à côté d’une mère qui a totalement pété les plombs après son divorce. Plus de repères, moins d’amour bref une espèce de vie triste et monotone sans perspective aucune. Alors il en fallait peu à la petite Evie pour basculer de l’autre côté. L’autre côté ce seront ces filles qui vident un containeur. Une, en particulier : Susan qui va subjuguer Evie, qui va l’initier. Evie suivra et fera ce qu’on lui dira. Il faudra plaire à Russel (comprenez Manson) quitte à en perdre son âme.
Ces deux romans au titre quasiment similaire ont pour parti pris de s’intéresser cette fois-ci non pas à Manson mais à ses filles. Celles-là même qui le jour du procès sont arrivées en chantonnant. Liberati s’interroge sur la dimension diabolique des personnages. Il donne à voir cette sorte d’hystérie collective qui saisit cette bande se transformant sous nos yeux en d’étranges dégénérés. L’humain n’a pas de limite dans la cruauté et Liberati nous le prouve sans pour autant apporter de réponses à la folie de cette clique. Emma Cline est plus psychologisante et son propos porte plus sur la violence de l’adolescence, moment transitionnel pour une jeune fille. L’auteure interroge la condition féminine de l’époque et le désarroi dans lequel sont plongées ces filles au moment de leur construction. Avec finesse et dans une écriture racée pleine de promesses, elle offre un portrait de femme cabossé par la vie extrêmement abouti.
Au-delà des considérations esthétiques à propos de ces deux romans, on peut être sensible à la capacité de la littérature à s’emparer de fait divers et à les transcender. Le fait, la cruauté, la folie deviennent des motifs littéraires propres à susciter chez tout un chacun un questionnement sur l’existence et le comportement humain. Ce dernier dans ces deux romans ne peut que nous interpeller et nous donner à réfléchir sur la nature humaine, sur ce qu’elle est capable de faire et c’est d’autant plus frappant que l’horreur se matérialise à travers ces trois filles à peine sorties de l’enfance. La perte, la vacuité, l’errance et le désespoir sont sans doute les clefs de ces romans.
 
 
                                                                                                              Nathalie Malpelli

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ERI & DUMANE, puesia di Philippe Grimaldi

ERI & DUMANE
 
Oghje hà dettu à Dumane
Teni forte, ùn sò luntanu
Eri diventatu stranu
Si ne ride di sta marana
Senti mi un pocu, o Dumane
Eu sò statu so ch’è tù seria
È mai e nostre campane
Inseme ùn sunnerai
Oghje porta e sperenze
Chì sò nate in u mio sangue
Tù Dumane veni sempre
Dopu, sensa sti lindumane
Quelli chì cantanu in memoria
Di tutti st’omi sbrenbati
Per e notte di sti giorni
O tù Dumane, ùn veni mai
Solu quellu chì si dice
Oghje feremu dumane
Di stu tempu chì sculisce
Face un amicu fratenu
È di Eri chì ti capisce
Un amicu eternu
 
 

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U pastore Puesia di Mimi Corteggiani

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Ùn hà ancu l’età
Ma viaghja cum’è lu so babbu
Và appressu à l’agnellu
Pasturellu pasturellu
 
Sì ribellu sì ribellu
Ùn hè ancu pisatu lu sole
Chì si ne và per ste fiure
Monti piaghje è fureste
À curà le so pecure
Pasturellu pasturellu
 
Ùn conta le so ore
Ci vole à andà ancu senza voglia
Borse biote
A so vita hè di natura
Pasturellu pasturellu
 
Tante stonde
Passate à corre
À tonde è munghje
È un ghjornu truverà moglie
Pasturellu pasturellu
 
U focu t’hà ruvinatu
Scimizia assassina
Ma a sulidarità hè quì
Incù i valori riaquisti
Pasturellu pasturellu
 
E avanzi per ssa strada
Chè ti face omu
Petra anticha per un avvene
Spechju di ssu populu
Pasturellu pasturellu
Fratellu fratellu
enfant berger
 
                                                                     Mimi Corteggiani

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UNA QUESTIONE PRIVATA, livre et film, une proposition signée Mia Benedetto

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A l’occasion du trentième Festival du film italien, sera projeté le film des frères Taviani, Una questione privata, adaptation du roman éponyme de l’écrivain et ex partigiano Beppe Fenoglio. Je m’étais intéressée dans mon précédent article à la transposition au cinéma de deux romans de la récente littérature transalpine (Les deux films étaient La tenerezza qui sera présenté d’ailleurs durant le Festival et à La ragazza nella nebbia). N’ayant pas encore vu le film qui s’annonce particulièrement intéressant, je me suis penchée sur le roman de Fenoglio qui constitue une œuvre majeure de la littérature italienne de l’après guerre

 
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BEPPE FENOGLIO
Beppe Fenoglio, né Giuseppe Fenoglio originaire de la région Langhes, qui sera le théâtre fascinant de ses œuvres, est un écrivain, issu d’une famille modeste, son père étant boucher dans la petite ville de Alba. Sa formation intellectuelle débute durant ses années de lycée auprès de ses professeurs dont certains seront pour lui de véritables maitres à penser et deviendront par la suite des compagnons de Résistance. Parallèlement le jeune adolescent se passionne pour la littérature anglaise et américaine, influences qui imprégnent son tissu narratif. Ses études universitaires sont perturbées par la situation politique et la guerre, en 1943 il suit un cours d’officier puis s’engage dans la résistance d’abord aux côté des brigades garibaldines puis au sein des troupes de Badoglio. Aux lendemains de la guerre il aspire à écrire mais il est obligé de subvenir à ses besoins, en travaillant dans une entreprise oeonologique qui l’engage au vu de ses compétences en anglais . Il mène de front son emploi de traducteur et son activité d’écrivain . Quelques nouvelles sont publiées qui témoignent de son expérience de partisan. A l’aube de la quarantaine, c’est un auteur à la rénommée circonscrite uniquement aux cercles culturels exclusifs de la littérature piémontaise, il est proche cependant d écrivains déjà connus comme Italo Calvino. C’est aussi le moment pour Fenoglio d’une crise existentielle, l’auteur refuse une œuvre monothématique qui serait vampirisée par son expérience de la guerre civile dans les Langhes. Il veut écrire « un libro grosso » qui lui permettrait de s’affranchir de son expérience d’ex partigiano, mais aussi de sa condition d’écrivain de la mémoire partisane. « Basta coi partigiani ». Se pose alors le problème de la forme pour Fenoglio et pour d’autres auteurs. Retranscrire ce moment exceptionnel de l’histoire italienne apparaît comme un défi inédit pour les auteurs transalpins.

ECRIRE LA RESISTANCE
De nombreux témoignages apparaissent très vite en Italie mais sur le plan romanesque le bât blesse et à partir de 1949 s’ouvre dans la péninsule une querelle littéraire, dont le chef de file est Italo Calvino, auteur du très beau Sentieri dei nidi di ragno, dans lequel l’écrivain montre le conflit à travers les yeux d’un enfant Pin et tente à travers la microhistoire de livrer un roman libéré de la mémoire individuelle et de l’autobiographie, aspirant ainsi à l’universalité. Calvino appelle de ses voeux le roman qui sera la Résistance, « il poema » chantant la lutte entre fascistes et anti-fascistes et le spectre de « l’Italia senza » affleure, la polémique rappelle celle des intellectuels du XXVIIIème qui se lamentaient de l’absence en Italie de tragédiens. Avec son « libro grosso » Fenoglio voudrait résoudre cette équation de la représentation de la lutte fratricide des années quarante, mais l’écrivain considère finalement cette tentative comme un échec qui provoque la scission de sa maxioeuvre en deux : naissent de cet ébauche du « libro grosso », qui suit les vicissitudes du résistant Johnny, deux livres Primavera di bellezza et Il partigiano Johnny, volume qui paraitra posthume en 1968. Fenoglio résume cette expérience comme la création d’une œuvre aromanesque, qui se noie selon lui sous la multitude des personnages et des évènements, le cycle de Johnny échoue et de ses ruines naissent toute une série de microrécits comme si Fenoglio se rendait compte de l’impossibité de résumer, de représenter en une seule fois la Résistance.Le jugement de Fenoflio apparaît particulièrement sévère à propos ces deux œuvres qui sont considérées aujourd’hui comme des œuvres essentielles de la littérature de la Résistance. On assiste à une diminution notable des œuvres sur la lutte à la fin des années cinquante, et l’absence du Roman qui sera la Résistance est toujours d’actualité,cependant au début des années soixante resurgissent des romans intéressants sur ce moment de l’histoire sous l’impulsion peut-être d’une crise politique avec l ‘autorisation de rassemblements néofascistes qui éveillent les mémoires de la Résistance. Fenoglio reprend sa quête du Roman de la Résistance.

UN « VERO » ROMANZO
Pour son nouveau roman sur la guerre civile, Fenoglio cherche à se concentrer sur un unique épisode, situé pendant l’été 44 et dans lequel l’auteur essaie de faire converger tous les éléments et les aspects de la guerre civile. Les espoirs du « libro grosso », une fois évanouis, l’auteur piémontais s’attaque à un « vero » roman partisan. Qu’ est-ce Fenoglio entend par roman ? Pour lui un « vrai » roman ne se contente pas de suivre les péripéties d’un personnage du début à la fin de la guerre, selon le projet originel du « libro grosso », le roman se concentrera sur un nombre réduit de personnages et d’évènements. L’histoire de Johnny semblait être modelée surtout à partir de la mémoire partisane et c’est sans doute pourquoi Fenoglio parlait de roman « aromanesque », car le parcours de Johnny ressemble à tant d’autres parcours de jeunes partisans.Le point de départ pour Una questione privata est l’intrigue romanesque et le rapport entre la petite histoire du protagoniste et la grande Histoire collective revêt une configuration inédite. Le personnage principal est Milton, résistant et aussi amoureux malheureux, victime d’un système triangulaire formé également par Fulvia, la femme désirée par le protagoniste mais aussi par Giorgio, ami de Milton et compagnon de lutte antifasciste. Giorgio sera capturé par les fascistes et Milton essaiera de sauver son ami mais aussi de comprendre la nature de la relation entre Fulvia et celui-ci. « Amori » et « armi » s’entremèlent, et cest pour cela que Calvino rapprochera le roman fenogliano à l’Orlando Furioso.Les critiques seront mitigées, beaucoup reprocheront à l’auteur d’oberver la guerre civile par le prisme de l’histoire d’amour mais le jugement de Calvino est plus qu’enthousiaste : « Il libro che la nostra generazione voleva fare adesso c’è, e il nostro lavoro ha un coronamento e un senso, e solo ora grazie a Fenoglio possiamo dire che una stagione è compiuta, solo ora siamo certi che è veramente esistita… », « Una questione privata rappresenta la Resistenza ». Donc maintenant le « vrai » Roman de Résistance existe et à travers lui Fenoglio livre une oeuvre inspirée qui reflète la péculiarité et l’ambiguité de cet épisode, de cet arc temporel de vingt mois, où les hommes peuvent être tour à tour victimes et bourreaux. La disparition prématurée de l’écrivain emporté par un cancer des poumons signe la fin d’une œuvre majeure .
LE FILM
Nous aurons donc la chance de voir l ‘adaptation de ce roman clé de la littérature contemporaine transalpine par les frères Taviani , maitres du cinéma italien qui reviennent pour la seconde fois sur cet épisode emblématique de l’histoire italienne, après « La notte di San Lorenzo », sorti en 1982. A noter l’interprétation de Luca Marinelli, nouvelle coqueluche du cinéma italien qui laisse présager une incarnation fièvreuse et inspirée du personnage de Milton

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Mia BENEDETTO
 
 

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Je voulais leur dire mon amour de Jean-Noël Pancrazi, Gallimard, une lecture de Sophie Demichel-Borghetti, janvier 2018

je voulais...
« Si tu bois de mon eau, tu y reviendras un jour »

Il commence plutôt bien, ce voyage, pour la lectrice que je suis. Il avait l’air de commencer aussi bien pour le narrateur, venu, comme par accident, se mettre en règle avec un passé qu’il n’aurait jamais dû retrouver.
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Pour le narrateur, cela commence comme une re-traversée initiatique à l’envers : retraverser la méditerranée , cinquante ans après être parti de son « au-delà ». Il est invité, comme « auteur reconnu », donc entouré, protégé, à un Festival dans le pays dont il partit contraint, cinquante ans plus tôt.
On sait les circonstances du départ, les circonstances du retour sont particulières, inopinées, comme un peu étranges.
Et c’est cette étrangeté qui va traverser ce texte, qui va nous montrer un miroir d’une âme en errance kaléidoscopique, dans une joie imprévue, porteuse de tous les espoirs, de toutes les interprétations possibles.
Revenir, contraint par une profession et une occasion, là où l’on a envie et peur en même temps. En fait, il semble qu’au-delà du contexte, ce soit aussi la question du retour à soi par le voyage qui soit en question.
Le simple fait d’être là où on fût mais qu’on a laissé derrière soi, doit peut-être être contraint ou nécessaire, sinon, on ne revient jamais nulle part. Et c’est en étranger que l’on revient toujours.
Ce sont ainsi des regards particuliers qui se trouvent, pour le lecteur, posés au milieu d’un Festival, un œil qui voit justement ce qui échappe à ce qui relève du « festival », du tourisme, de l’ »image d’épinal ».
Ce qui nous prend au cœur dans ces mots, c’est qu’ils nous montrent ce que nous ne devrions pas voir si nous, nous étions à sa place.
Et les sons, les images, toutes ces mémoires de la ville tournent et se retrouvent en ce voyageur naïf, tout d’un coup, comme le sang d’une terre dont l’arbre n’a jamais pu arracher ses racines. En distorsion avec les méandres de l’histoire.
Le sentiment omniprésent est celui d’être devant ce mur du destin qu’est le devoir de revenir habiter, provisoirement, mais intensément, une ville unique, où le diable sous toutes ses formes, est partout.
Et puis, bien sûr, il y a le pouvoir du cinéma, cet amour du cinéma, qui passait même au travers de la guerre, « ce nom de Cannes qui effaçait tous les autres ».
L’écrivain, alors, se souvient de sa mère, « oubliant sa vie sans entracte», devant cet écran, dans ce milieu où il pourrait se croire aujourd’hui à sa place. Sa mère qui lui avait demandé, ne serait-ce que dans son rêve, puisqu’il revenait, de retrouver un minuscule objet, une minuscule trace qui serait la preuve qu’ils ont bien été là-bas, de là-bas, qu’ils n’avaient pas rêvé toute leur vie.
Et le kaléidoscope commence, commence et continue comme tous ceux des artistes, des nomades, par des noms et des images, cela seul que l’on peut toujours emmener avec soi.
Il commence par la litanie des films, des stars, des bonheurs de celui qu’il est aujourd’hui, ici, enfin ; il continue par l’évocation de l’ailleurs, des autres à retrouver possibles, des noms qui reviennent d’une autre vie et qui sont peut-être, là, dehors, à aimer de nouveau.
Et on lui fait raconter sa vie, son enfance, ses aïeux : la Corse, la Catalogne, Cerdane, la Kabylie, et puis Sétif… Sétif, 1949.
Comment les mots peuvent épuiser une vie , quand elle est partie… Ses mots ne sont pas les mots d’un retour, ce sont des mots d’enfance : « Ce que j’avais été, ce que je restais : un enfant qui courait sans fin, tête nue au soleil pendant des heures, autour de la fontaine et de sa devise « Si tu bois de mon eau, tu y reviendras un jour », où il se trempait exprès, comme ça, pour rien.. »
Passer des cinémas fermés – ou ouverts de manière privée, secrète- de la guerre, aux fastes du Festival, à l’ancien hôpital des blessés de cette guerre, dont le lecteur, à certains moment ne sait plus quelle elle est… La guerre d’Algérie, mais dans laquelle de ses récurrences… ?
Avec comme permanence la trace de ceux qu’on a laissé mourir, qu’on a laissé passer, sans rien pouvoir faire, parce que l’on était enfant, et en perdant son enfance, parce que cela était là, à jamais… « maintenant, c’était des guerres pour avant-hier, restaurer ces califats, ces royaumes de mort où ils finiraient par s’éliminer les uns les autres et où ils retourneraient à la poussière ».
Avancer dans la vie, le croit-on, c’est un jour se promettre de faire « silence avec ses souvenirs d’enfance »… Là, non ! Il faut s’assurer que sa vie laissée là n’a pas été altérée par le temps. « comme si la vieille promesse avait résisté et traversé la mer ».
De quelle guerre parle-t-il ? De la sienne, sans doute, de celle peut-être de toute une existence. Tous les hommes, les femmes qu’il croise renvoient dans l’imaginaire réellement fabuleux -qui fabrique une fable-, du narrateur, à ceux qu’il a connus. Il tente d’en retrouver une trace apaisée.
Et puis, il y a le festival, ses fastes, ses personnages illusoires. Eux sont dans un autre temps que celui de cette Algérie où il est revenu, de l’Algérie de 2014. Dans un temps qui n’est pas le temps, où l’on ne parle à personne et ne rencontre rien.
Mais cet étranger revenu se retrouve des frères … auxquels il ne veut pas parler de ce qui pourrait être sa souffrance, mais qu’il met à distance, dans ce retour…« Le sursis des larmes, il ne faudrait pas, on ne comprendrait pas ».
On ne sait pas à quel point il rêve ce Festival, il mêle ces lieux où il le rencontre avec ses lieux de souvenirs, mêle les noms.
Ce qui marque dans ces transcriptions reste toujours ce mélange des éclats de joie des amis et de souvenirs d’horreur, comme s’il ne s’agissait que d’une seule et même histoire, d’une seule et même image impossible à penser, donc d’un récit qui ne peut se succéder qu’en images. Un récit pour cinéaste seulement, pour dire une fois ce qui a été vécu une fois.

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Il ne faut pas dire la fin de cette histoire, ce dernier tiers du livre, qui ne laisse même plus ce sursis, que l’on croyait pourtant possible, ce sursis de pouvoir encore un peu essayer de retrouver l’innocence et l’amour. On la lit, cette fin, en comprenant qu’elle était attendue, déjà, dans cet espoir de retour, attendue comme la catastrophe de l’aube.
Ces pages renvoient dans ma mémoire, moi qui ne suis que méditerranéenne, à ces mots de Guy Bedos, un artiste aussi, donc un nomade, à la pensée de ses amis de l’autre côté de cette mer, à cette même époque : « clandestins à Alger, clandestins à Paris. En danger, partout ! »
Et, lectrice, lointaine, étrangère si je le veux à l’histoire, je ne peux plus m’en détacher. Je suis bouleversée, en colère. Là, arrivent les larmes de saisissement des corps, d’étouffement.
Car c’est l’enfant que nous avions entrevu heureux, enfin, c’est l’enfant qui souffre, c’est l’enfant qu’on enlève, à qui l’on arrache son cahier d’images, ses vieilles cartes postales signées d’un être cher perdu et où se levait un soleil timide.
Car c’est l’adulte que redevient cet enfant qui se retrouve sans place en ce monde. Et nous sommes aimés de cette promesse interrompue, de cet amour qu’il n’a pas pu dire jusqu’au bout.
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Il commençait plutôt bien, ce voyage, pour la lectrice que j’étais. Il ne finira pas impunément, et, parce que je ne regretterai jamais d’avoir lu ce livre, il retentira encore longtemps en moi.
                                                                                                       Sophie Demichel-Borghetti
Mieux connaitre Sophie Demichel Borghetti
 
Quatrième de couverture
«Cela faisait plus de cinquante ans que je n’étais pas revenu en Algérie où j’étais né, d’où nous étions partis sans rien. J’avais si souvent répété que je n’y retournerais jamais. Et puis une occasion s’est présentée : un festival de cinéma méditerranéen auquel j’étais invité comme juré à Annaba, une ville de l’Est algérien, ma région d’origine. J’ai pris en décembre l’avion pour Annaba, j’ai participé au festival, je m’y suis senti bien, j’ai eu l’impression d’une fraternité nouvelle avec eux tous. Mais au moment où, le festival fini, je m’apprêtais à prendre comme convenu la route des Aurès pour revoir la ville et la maison de mon enfance, un événement est survenu, qui a tout arrêté, tout bouleversé. C’est le récit de ce retour cassé que je fais ici.»
Jean-Noël Pancrazi.
Feuilleter le livre
https://flipbook.cantook.net/?d=%2F%2Fwww.edenlivres.fr%2Fflipbook%2Fpublications%2F344302.js&oid=3&c=&m=&l=&r=&f=pdf
 
 
 

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Bilan d'action littérature et cinéma : festival de cinéma "du texte à l'image" décembre 2017

Littérature et cinéma, festival avec Musanostra /Lycée Paul Vincensini/ Cinéma Le Studio/Ville de Bastia s’est achevé jeudi 21 -12 avec une conférence de K Petroni sur Conrad /Coppola (autour d’Apocalypse now).
C’était la 8e édition, 5 films ont été à l’honneur, 1300 élèves en ont profité ! RV en déc. 2018 ! Merci à tous ceux qui y ont contribué, les professeurs, l’administration des établissements scolaires, l’équipe du studio, les animateurs, les intervenants, Nathalie Malpelli qui a assuré la promotion de ce bel événement…Toute l’équipe de Musanostra,  fatiguée mais ravie de ces belles rencontres, vous remercie de votre bienveillante implication ! A tous, Bon Natale ! A l’an prochain !
10,5 x 14,8 cm
 
Du lundi 18 décembre au jeudi 21, des rendez-vous ont été donnés aux collégiens, lycéens et à certains moments à tous les publics.
Le lundi une séance de Au revoir là haut, de Albert Dupontel, 2017, non prévue initialement, a dû être ajoutée face à l’afflux des demandes car trop de classes sinon auraient été privées de ce film.
Le mardi matin c’est avec Elle s’appelait Sarah de Gilles Paquet-Brenner, 2010, que les deux salles combles du Studio ont accueilli les élèves et les accompagnateurs ; le mardi après-midi Au revoir là haut faisait aussi encore salle comble
Une table ronde était organisée, ce qui est rare, et les jeunes ont pu entendre Pierre Gambini, musicien spécialisé dans la production et la sonorisation de films qui aux côtés de Gérard Guerrieri (acteur et réalisateur ) et de Dominique Birraldacci (réalisatrice) a expliqué le  travail sur le son et son importance à chaque instant des films.
Mercredi matin la projection de HHhH de Cédric Jimenez, 2017, d’après le roman HHhH, Laurent Binet, a réussi à laisser le public sous le choc, sans voix ! Un film qui a beaucoup marqué ! La table ronde qui a suivi avait pour thème le traitement de l’histoire au ciné, loufoque ou sérieux , et les élèves ont écouté avec attention Janine Vittori (conseillère pédagogique en arts plastiques) et Gérard Guerrieri échanger entre eux et avec la salle où des enseignantes de cinéma ainsi que messieurs Bertoncini et Marchetti, enseignants d’histoire,  ont apporté leur point de vue sur la question. Gageons que ce type de rencontre d’une trentaine de minutes favorisera la réflexion des jeunes esprits, prêts à reconsidérer ce qu’ils ont vu
Jeudi 21 Décembre :
9H 12H : Le crime de l’Orient Express de Kenneth Branagh, 2017, suivi d’une table ronde sur l’adaptation de quelques romans policiers et de science-fiction, en présence de Gérard Guerrieri, avec la participation de Bénédicte Giusti Savelli, et JM Graziani
 14h-17h : American Pastoral de Ewan Mc Gregor, 2016, d’après le célèbre roman de P Roth
 
Dernière proposition de ce festival, jeudi 21  à 18h30 : Communication de Kévin Petroni, agrégatif de Lettres modernes, diplômé de l’ENS, de l’EHESS et de Paris-Sorbonne (Spécialité : Théorie de la littérature, promotion 2017), membre du bureau de Musanostra.
En comparant l’oeuvre de Joseph Conrad, Au coeur des Ténèbres, et de Francis Ford Coppola, Apocalypse Now, il a évoqué la manière dont le récit de Marlow à propos du système d’oppression colonial mis en oeuvre au Congo a servi de structure narrative essentielle dans la formulation de la dénonciation de la guerre du Vietnam que propose Coppola. Cela ayant été abordé, il fut question de différentes entrées dans l œuvre. Un grand moment !
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Des avis après la conférence :
« D’une sombre nouvelle de Robert Conrad, FF Coppola en a fait une apothéose, walkiries, sex drogue et rock’n roll en plus (le sexe c’est dans la version Redux). C’est pour moi un film complet, plus qu’un simple film de guerre. Cinq marine’s remontent un fleuve, remontent vers la mort, vers un mythe : le Colonel Kurtz.

c’est un film initiatique , comme dans un jeu vidéo, on passe les obstacles jusqu’à arriver au monstre final… dans un enfer vert humide en guise de jungle de béton, en guise d’USA bis. C’est l’Amérique depuis le Styx. J’ai été agréablement surpris par l’exposé de Kevin ; j’ai appris des choses notamment sur le Congo, sa situation , c’est plus ou pire qu’une colonie, propriété du roi des belges Léopold. J’ai lu Au coeur des ténèbres quand j’ai eu 30 ans, juste parce que j’avais appris que le film s’en inspirait, le fleuve du livre continuant son cheminement dans l’apocalypse, d’inspirations en inspirations… » Gérard Guerrieri
« Dans le cadre du festival   « Du texte à l’image », organisé par Musanostra, Kevin Petroni a fait une communication au cinéma « Le Studio », le jeudi 21 décembre. Il avait choisi d’étudier Apocalypse now, de Francis Ford Coppola.
Coppola a déclaré au sujet de son œuvre : «  J’ai voulu faire le film le plus vulgaire, le plus divertissant, le plus palpitant, et le plus racoleur ; avec du sexe, de la violence, et de l’humour. Je voulais à tout prix qu’on voie ce film ».
Effectivement, le film a attiré un nombre record de spectateurs.  Mais il vaut beaucoup plus qu’un simple « block-buster », car le réalisateur voulait faire passer un message par ce canal. Il aborde les problématiques favorites  de Joseph Conrad : la lutte entre  le bien et le mal,  le face à face entre l’homme et  la nature, les méfaits du  colonialisme, et de  l’impérialisme. Kévin Petroni a relevé  avec méthode et maestria les échos que l’on retrouve dans le film  de l’envoûtant roman de Conrad, Au cœur des ténèbres. Il souligne,  par exemple,  que  les « playmates » sexy dont la mission est de meubler les loisirs des G.I.’s sont une transposition des sirènes homériques, – d’ailleurs filles du fleuve-, incarnations des âmes qui ont succombé à un monde de corruption. L’enquête de Marlowe à la recherche de Kurtz est une véritable « odyssée métaphysique », selon l’expression d’un journaliste de   « France-Inter ». Chez Conrad et chez Coppola, le fleuve est la métaphore d’un serpent maléfique. La remontée du fleuve est une expérience métaphysique. Comme nous le disions à l’occasion d’un café littéraire organisé par Musanostra au CCU de Corte, dans Le coeur des ténèbres, de Conrad,  le voyage accompli par Marlowe en remontant le  Congo est explicitement comparé à la descente de Dante dans les cercles de l’Enfer. La frontière entre les hommes civilisés et les sauvages n’est pas celle que l’homme blanc  croit  complaisamment, puisque les occidentaux, qui ont déchaîné « l’apocalypse », sont capables des pires actes de barbarie. L’impressionnante puissance visuelle d’Apocalypse now est au service d’un message humaniste.
Somme toute, dans cet exposé,  Kévin Petroni a brillamment illustré la qualité qui donne de la profondeur au chef-d’œuvre de Coppola : l’intelligente utilisation de la technique de l’intertextualité. Ce que nous avions déjà évoqué à Corte, à propos de l’Ulysse, de James Joyce, qui, selon le commentaire de T.S. Eliot « joue constamment du parallèle entre contemporanéité et antiquité », technique passionnante qui représente « un progrès dans l’effort fait pour rendre le monde moderne susceptible d’être objet de l’art ».
Le mot de la fin, laconique et  énigmatique énoncé par un Marlon Brando parfait dans sa posture de bouddha, « l’horreur ! l’horreur ! » ne serait-il pas un reflet de la confession du  narrateur de la nouvelle  de Conrad The shadow line (la ligne d’ombre), qui se tient solide comme un roc au milieu d’une troupe d’hommes épuisés devenus les fantômes d’eux-mêmes, et qui attend, «ne sentant  que la maladie de son âme,   luttant contre le poids de ses péchés, contre le sentiment de son indignité » ?  »
                                                                                                                            Francis Beretti
« C était passionnant. Il a fait fi des aléas de la technique et a enthousiasmé son auditoire. Quelle clarté dans la démonstration! »                                                         Janine Vittori
« Quand une fiction prend prétexte de son évocation pour chambouler le réel, figer une clef USB, transformer le conférencier en marathonien, et faire résonner toute chose à l’écho de son apocalypse, c’est qu’on est tout proche d’énoncer quelque vérité. »
JM Graziani 

 
 
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https://www.corsenetinfos.corsica/Du-texte-a-l-image-se-projette-au-Studio-de-Bastia_a30904.html
 

Festivals littéraires

Bastia Festa di a lingua è di a literatura Ghjugnu 2017

 
 
 
 
 
 
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Ouverture à 16 heures, il faisait encore très chaud ! Avec Kévin Petroni et Carla Spinelli
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Jean-Michel Neri
Auteur très demandé, très lu qui est venu de Ghisonaccia pour retrouver son lectorat ! l’occasion pour nous de rappeler le succès de La peau de l’olivier, de Minoru et d’évoquer sa dernière publication :
 
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Stand des éditions A fior di carta avec JeanPierre Santini et Dominique Piferini. Qui est-elle ? Présentation en quelques lignes

D Piferini : Je ne peux ni ne veux décliner une biographie comme un long curriculum vitae. Avoir fait quelques études de Lettres, de Sociologie et de Management n’est pas déterminant dans mon parcours d’écriture car mes premiers écrits furent des cahiers d’écolière noircis lorsque j’avais dix ans à peine, du très loin d’un internat où j’apprivoisais ma solitude et cherchais à occuper un espace où ma place ne semblait pas naturelle.
C’est donc en sortant du cadre un peu rigide de l’histoire officielle, en l’abordant par la marge, que je pourrai peut-être vous dire pourquoi j’écris, comment j’écris, ce que j’écris et qui sont, hors mes propres douleurs de vivre, les éléments fondateurs de cette écriture-là.
J’ai l’habitude de dire « J’écris comme je vis et je vis comme j’éprouve ». Ce n’est pas une ligne de conduite, encore moins une phrase à clefs. Cela résume simplement le besoin absolu d’écrire car c’est ma respiration, la liberté de le faire et le lien indéfectible entre ce besoin, cette liberté et les sentiments qui me guident et m’attachent aux autres.
Mon écriture est l’expression du sentiment amoureux toujours revisité, réinterrogé, réinvesti au fil des années qui n’épargnent rien ni personne. C’est ma place dans cette vie, jamais acquise, toujours à défendre car elle ne va pas de soi, que je questionne dans mes écrits.
Amour de l’Autre, des autres, de tout ce qui vit et ressent, des valeurs humanistes, des luttes pour les préserver, de ma terre, de mon enracinement. Amour des mots, des musiques qu’ils composent, du souvenir de l’amour parfois, ou de la quête du prochain, du meilleur à venir.
Ce qui m’intéresse, c’est comment se tissent et se dénouent les liens, comment ils durent ou se vivent dans l’instant, pourquoi on aime et pourquoi on sait si mal le vivre.
Comment j’écris ? Comme j’aime, de façon impulsive et souvent douloureuse. Une image, un son, une voix, une nuit ou un petit matin, peuvent déclencher l’écriture toujours manuscrite. J’accumule, comme à dix ans, des prises de notes, des humeurs, des émotions, dans un gros cahier puis je réécris à l’ordinateur en corrigeant, organisant, restructurant le récit.
Ce que j’espère des lecteurs ? Qu’ils se laissent porter par mes petites musiques, qu’ils ne cherchent rien d’autre que leur propre émotion en oubliant qu’il y a un auteur derrière cette émotion. Et s’ils ont l’impression qu’ils auraient pu écrire ce texte, s’ils sont en terre connue dans mes histoires, c’est alors le bonheur assuré !

Mes auteurs de référence se nomment Duras, Camus, Kafka, Tournier…. Et tant d’autres moins connus, contemporains et/ou proches de mon quotidien.
Je ne lis pas quand j’écris et j’écris souvent à présent que le temps m’est donné de le faire. Entre deux romans, je lis les productions des auteurs et souvent amis insulaires.
S’il faut enfin pécher par manque d’humilité en rapportant des citations à propos de mes textes, je les emprunterai à ceux qui ont préfacé mes deux derniers ouvrages.

Alain Giuseppelli pour La Vie En Négatif : « …Style charnel, impudique parfois. Phrases qui s’étirent en de longues mélopées, bercent le lecteur, se retirent comme l’amour donné et puis soudain repris. Ici, une phrase se termine en vers alexandrin et fait chavirer l’âme, là le rythme s’accélère dans le tumulte assourdissant des sentiments. La Vie… est une œuvre douloureuse, elle nous questionne sur les termes du rapport amoureux ainsi que sur le lien dialectique entre l’amour et l’écriture. »
Xavier Casanova pour L’Intemporelle (à paraître début octobre aux Editions A Fior Di Carta) : « Jusqu’où et comment conserver la force primordiale surgie jadis, à des âges où se vivent dans toute leur intensité les révélations brutales, prégnantes et décisives ? Les deux facettes du « don absolu » dont parle Breton dans L’amour Fou. Don de soi. A un autre. A une cause. Avec la force de l’élan mystique, tant ce don semble porté par des puissances qui nous dépassent : le désir et le destin. Pas le désir tiède accoutumé à tout positiver en destin fade. L’incandescence. Ce qui porte les pas et propulse la voix au loin, à bonne distance des conventions ordinaires. Don de soi corps et âme, dit-on. Mais le corps soupèse les corps et l’âme les âmes. Comment alors apaiser la chair sans blesser l’esprit ? Sans dissonance entre pulsions et convictions … »
Bibliographie :
A paraître en octobre :L’Intemporelle. suivi de L’Oubli. (A Fior Di Carta Editions, 2017.)
La Vie en Négatif. (Roman) (A Fior Di Carta, Avril 2016)
La Photo Couleur Sépia. (Roman) (Les Editions du Net, Mai 2016)
Le Portrait Blanc. (Roman) (Mon Petit Editeur, 2014)
Participation à des ouvrages collectifs :
« La vie en négatif » (extrait) in Tarra d’Accolta , a corsican bookmob. A Fior Di Carta, 2015.
« La Photo Couleur Sépia. » (Nouvelle) in Renaissances, Souffle Court Editions, 2015. (sélectionnée au concours de nouvelles 2014 de Souffle Court Editions).
« Fragments » (nouvelle) in Il Faisait Presque Noir, Souffle Court Editions, 2016.
(sélectionnée au concours de nouvelles 2015 de Souffle Court Editions.)

Ci-dessous, Jean Dominique Beretti, Jacques Fusina et Francis Beretti
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Gilles Santucci, auteur de Le rideau
Gilles Santucci actuellement retraité de l’enseignement supérieur, est originaire de Corscia.
Le livre Le rideau est le récit d’un rideau qui, par un moyen inédit va pouvoir visiter la terre et transcendant sa condition va devenir au fil de ses aventures de plus en plus humain?
Il va faire un périple qui le mènera à constater l’état de la planète.
Sa révolte sera accompagnée d’une enquête policière.
Il ne manquera pas de critiquer notre société qu’il voudrait plus responsable.
Cette histoire peut intéresser les enfants âgés de plus de 10 ans.
On peut le joindre sur Facebook ou par mail à l’adresse suivante : santuccigilles49@gmail.com.
 
 
et Dumè Antoni
Dumè Antoni
BIO SOMMAIRE
Dumè ANTONI est né en 1953, en Corse, où il vit à l’année. Il a commencé par exercer la profession de musicien, jusqu’à l’âge de 29 ans. Après quoi, marié et père de famille, il a changé d’orientation professionnelle, repris ses études et est devenu ingénieur.
Aujourd’hui à la retraite, il partage son temps entre des missions d’ingénierie et l’écriture. Il est l’auteur de deux romans de SF (le premier – Le Sarcophage des Dieux – paru aux éditions Atria(1), en mars 2015, et le second – Le Chaos sans visage – aux éditions Rivière Blanche (2), en février 2017). Un troisième roman, de type fantastique, sortira, en 2018, aux éditions Rivière Blanche sous le titre « L’univers de Cheyanne ». Il est également l’auteur d’un essai autobiographique sur le Zen, qu’il pratique depuis de nombreuses années, qui paraîtra en 2018 aux éditions Almora (3 )sous le titre « Expérience zen ».
1 Cette maison d’édition a aujourd’hui disparu (dépôt de bilan en septembre 2015)
2 http://www.riviereblanche.com/
3 http://www.almora.fr/accueil.php
 
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La parole aux lecteurs, relativement à ce roman :
« Avec ce second roman, Dumè Antoni se surpasse encore et ne cesse de m’étonner, comment peut-il établir de tels scénarios ? le livre est complexe, déroutant pour une pLa parole aux lecteurs :rofane, mais il est captivant et très bien écrit. »

« Dumè est sans doute bien barré, pour écrire ça ; mais c’est sans doute la marque des véritables écrivains (que j’oppose aux écriveurs)…) En conclusion, c’est un excellent bouquin, qui vous donne une extraordinaire/originale définition de ce qu’on peut sans doute appeler… « l’âme humaine » »

 
 
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avec Marianghjula Antonetti Orsoni, poète,  Ghjuvan Santu Bartoli
qui travaille au secteur langue corse de la Mairie de Bastia
L’animation musicale était assurée par l’association Jazz Equinoxe

Pour l’occasion Régis Mannarini , jeune artiste compositeur, nous a proposé des airs traditionnels ou plus contemporains ainsi que certaines de ses créations. Beaucoup de talent !

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Première Table ronde
animée par Anne-Marie Sammarcelli, enseignante, chroniqueuse Musanostra
animatrice langue corse

Le sujet en a été Bastia ! In lingua corsa

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avec 3 auteurs :
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Loulou Schiavo
Jean-Raphael Cervoni
Joseph Turchini
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et la visite d’Hubert Lenziani

Ghjiseppu Turchini, Jean Raphaël Cervoni è Loulou Schiavo éranu i nostri trè invitati intornu à u tavulinu nanta u tèma di a Cità di Bastia . In stu spaziu simbolicu di u Licéu Jean Nicoli , Musanostra ha vulsutu rende un’ ummagiu à i nostri lochi, induv’ ellu éra natu l’associu , à qualchi passi , piazza d’ u mercà .Per vantà u « spiritu bastiacciu » ,  a famosa  « macagna », Ghjiseppu è Louis annu contu stalvatoghjii, ricordi persunnali ; è Jean Raphaël, per contu soiu, ci hà parlatu di i carughji, di i so nommi, di l’architettura ; in fine fù una stonda simpatica  , prova chi a questionne di l’uralità è di a memoria só sempre è forse piu che mai d’attualità indè i nostri appuntamenti culturali .
AM Sammarcelli
 
 
 
 
 
 

Deuxième table ronde

 
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Table ronde animée par M. Kévin Petroni

 
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Table ronde « Un art de la guerre corse ?   » et « L’histoire n’avoue rien  »

 

 

 
 
Marie-Paule Dolovici Simonetti
Je suis née en 1969, mariée, deux enfants, professeur des écoles et colleuse professionnelle de gommettes. Quelques lubies, la danse et la procrastination agrémentent mon temps libre. En dehors de ces quelques activités, l’histoire et les histoires s’enchevêtrent dans mon cerveau régulièrement en surchauffe.
J’ai ainsi commis deux œuvres :
  Ribella, aux éditions Fior di Carta, petit recueil de nouvelles éclectiques, mais dont le fond reflète la crainte de la solitude, la peur de l’abandon et l’éternelle recherche de l’autre et son corollaire, la recherche de soi-même. (2012)
Pasquale Paoli et la fille de l’aube : premier volet d’un roman historique qui en comportera trois, il mêle l’Histoire (enfin de ce qui est connu) et le fictionnel (du moins, je réinvente l’inconnu). J’ai voulu donner un peu d’humanité à Paoli, à qui l’on a si longtemps dénié toute faiblesse humaine, toute passion hormis celui de son sacrifice à l’État. Sa vie intime nous paraît inexistante ou totalement ignorée, peut être cachée. Je l’ai donc affublé d’une jeune femme, parfaitement incontrôlable, qui le soutiendra et l’aimera. Nous suivrons ainsi la période héroïque du Généralat de Paoli à travers le regard d’Anna, de son avènement jusqu’à sa chute…
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Marie-Paule Dolovici Simonetti et Hervé Cheuzeville
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Jacques Fusina 

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Jean-Claude Rogliano

 

Stand des éditions Eolienne
Éolienne
La maison d’édition bastiaise s’est appelée dans un premier temps éditions À hélice et, sous forme associative et grâce à une large souscription auprès des amis et de la famille des fondateurs, parvint à (presque) réunir les fonds nécessaires à la publication d’un premier ouvrage : Janus, une nouvelle de Nathalie Kuperman, début 1993. Avec une grande attention à la forme, puisque chacun des 999 exemplaires était doté, en couverture, d’une illustration originale réalisée par trois sœurs : Isabelle, Claire et Anne Duval.
Les ventes du premier ouvrage, dopées par le rapide succès d’estime de Nathalie Kuperman avec Janus et d’autres livres qui suivirent (des romans notamment) permirent de publier un second, puis un troisième livre,… ainsi de suite jusqu’à aujourd’hui, avec un catalogue de bientôt 120 titres publiés depuis.
Même si les interventions manuelles (sérigraphies, découpes, rehauts de gouache ou d’aquarelle) ont progressivement disparu, une attention particulière à l’adéquation entre le fonds et la présentation du livre est restée. Avec quasiment toujours un papier de création comme couverture, des cahiers cousus, des rabats. La maison gardant à l’esprit une certaine expérimentation de l’objet livre, avec divers livres avant-gardistes, notamment sur la ponctuation ou la poésie visuelle (Xavier Dandoy de Casabianca).
Progressivement, un travail de fond sur quelques auteurs majeurs du XXe siècle se met en place : René Daumal, Luc Dietrich, Lanza del Vasto ou Norge voient nombre de livres épuisés ou inédits (re)paraître. Ou encore l’iconoclaste Charles Duits, dont Éolienne publie son inédit et inclassable expérimentation : La Seule Femme vraiment noire.
Une nouvelle collection, « La Bibliothèque de l’homme rusé », propose un éveil à l’enseignement spirituel du maître caucasien G.I. Gurdjieff (Michel de Salzmann, Tcheslaw Tchechovitch, Didier Mouturat), en complément du travail déjà effectué sur le sujet, avec la réédition du livre de René Zuber, puis l’édition de celui de Henri Tracol (La vraie question demeure).
Par ailleurs, les éditions Éoliennes sont présentes dans le domaine de l’art contemporain, avec des livres de La Monte Young et d’autres sur Marcel Duchamp (John Cage, Marc Dachy) ou Giuseppe Penone (Jean-Louis Vincendeau).
Plus récemment, des écrivains tels que Hubert Haddad, Gao Xingjian (prix Nobel de littérature 2000) ou Frédéric Richaud nous confient des textes.

Enfin, les éditions Éoliennes sont installées à Bastia depuis 2009. Après la réédition de Intornu à l’essezza et d’un Abécédaire / A santacroci de Rinatu Coti, elles ont publié cinq livres pour enfants en langue corse, le sixième, A Scola di i casi addisperati (Michèle Corrotti) paraissant cet hiver. Sans oublier le très bon départ de l’œuvre de Sylvana Perigot, avec son 3 balles perdues.

Art (et photographie), sciences humaines, spiritualités, poésie… les livres ont pris leur chemin.
Les projets se développent désormais avec d’autres institutions (l’université de Corse, l’ADECEC, les éditions allemandes Solivagus ou slovènes Lud Literatura…). Et un coup de main est volontiers donné pour soutenir des artistes insulaires, comme Céline Lorenzi, Lætitia Carlotti ou Maddalena Rodriguez-Antoniotti.

La revue Kôan
Après un certain nombre de tentatives, les éditions ont lancé une nouvelle revue : Kôan. Initialement annuelle et transdisciplinaire, elle s’articule désormais autour de l’attitude poétique, en relation, ou non, avec une expérience spirituelle, sur des thèmes comme l’inifini, la métamorphose, la grâce ou l’île/l’insularité. Les chevilles ouvrières se nommant Marianne Costa, Thierry Fournier, Cécile Belleyme, Jean-Louis vincendeau, Constance Chlore et Stefanu Cesari. Confirmant l’axe fondateur d’Éolienne, dite aussi éditions éoliennes, une maison animée par le vent (l’esprit). La revue Kôan et la revue Fabula, dirigée par Claire Cecchini, fusionnent leurs aspirations et publient prochainement un numéro 5 commun.
Un travail de fond avec Augustin Berque
Après Le Lien au lieu, présentant le résultat des deux années de la chaire de mésologie à l’Université de Corse, Éolienne a poursuivi un travail éditorial sur cet auteur, en rééditant tout d’abord La Pensée paysagère, qui connaît une belle renaissance, et tout récemment en publiant son nouveau livre destiné particulièrement à une nouvelle génération de lecteurs : Là, sur les bords de l’Yvette, sous-titré Dialogues mésologiques. Un quatrième titre, Glossaire de mésologie, se prépare.

https://assomusanostra.wordpress.com/2017/08/20/de-ce-que-les-hommes-batissent-et-de-ce-quils-habitent/

Un site web
Rendez-vous sur le site des éditions : http://www.editionseoliennes.fr. On peut commander dans toute bonne librairie l’ensemble du catalogue (même si beaucoup de titres sont épuisés) et les obtenir en quelques jours seulement s’ils ne sont pas en rayon. Il est également possible de passer au local de la maison d’édition, à la Citadelle de Bastia (téléphoner avant au 04 95 31 74 66).

 
Présentation des livres de  Ghjacumina Geronimi  illustrés par  Antea Perquis Ferrandi
 
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et le joli livre de Jacqueline Guerrini qui donne à réfléchir aussi et aide à grandir
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Parmi les auteurs signalons la présence de Lucia Santucci, de Marianghjula Orsoni Antonetti, de Xavier Casanova qui apporte quelques informations sur lui ci dessous
ADDENDUM
Ce qui est attendu, ce n’esP1180879t pas que j’étale mes états de services. Préfère-t-on mes états d’âme ? Ah ! Dans quel projet ou quelle fiction cherche-t-on donc à me projeter ? Une fois de plus, me voilà dans l’obligation de puiser moi-même dans les conventions sociales flottant dans l’air du temps, celles qui me semblent avoir de bonnes chances de s’assortir à la demande vague qui m’est faite. Désormais, je sais tout juste – ou, plutôt, je subodore – que l’on attend un texte plutôt qu’une liste, une histoire plutôt qu’un inventaire, une inspiration plutôt qu’une inspection, des émotions vivantes plutôt que des théories glacées… En somme, un héros plutôt qu’un candidat. Pas de souci, j’en ai un : Sumerucciu di Corsica, le pivot central de mon « Esquisse d’une théorie de l’interprétation des socioglyphes de Corse », précédé de ce « Codex Corsicæ » où je livre, à ma façon, les clefs de l’exégèse. C’est depuis 2005 au catalogue d’Albiana.
Socioglyphes. – Dans l’Occident baroque de la Contre Réforme, des précurseurs du crowdfunding, d’obédience franciscaine, écument les paroisses, lèvent des fonds destinés au rachat des captifs, dressent le catalogue des belles âmes rendues par leurs œuvres à la chrétienté, et en font des ouvrages de librairie. Un jeune Corse, destiné à servir dans la garde papale, entrera dans ce catalogue. – Le texte ne donne nulle part la définition de « socioglyphe », laissant le lecteur se former la sienne, s’il lui plaît d’expliciter ce néologisme. – Peut-être est-il bon de le faire lorsqu’il est question de dresser d’autres catalogues…
J’espérais quelques retours de cet ouvrage – « chronique d’une Corse “surréelle“ », selon Véronique Emmanuelli – qui m’eussent permis de poursuivre par d’autres publications. Dans cette éventualité, je me suis mis à imaginer un catalogue d’œuvres inexistantes. Pour certaines, j’ai conçu leur couverture. Pour d’autre, leur critique, ou quelques bonnes feuilles, jusqu’à l’inclusion d’extraits dans un recueil de morceaux choisis, accompagné de commentaires raisonnés. C’est cet ensemble de bouts d’essais assez disparates qui a été réuni, dix ans après le « Codex Corsicæ », dans les « Analecta Corsicæ », cette fois publiés par À Fior di Carta.
Analecta. – Parmi les synonymes de « morceaux choisis », j’ai retenu le plus désuet et en même temps le plus parlant. Plutôt que des morceaux choisis, les analectes réunissent des chutes, des oublis, des restes… Des bribes qui sont à la littérature ce que sont au commerce de détail les « tombés du camion ». Des détournements. Un véritable auteur concentre toute son énergie à faire tenir debout un texte d’une ampleur significative. Suis-je un véritable auteur ? Pas vraiment. Je me perçois davantage en spécialiste de la mise en livre, un art que j’ai exercé en mettant en livre, en codex, mes propres textes épars, faute d’être suffisamment sollicité pour mettre en livre les œuvres des autres, à quelques rares exceptions près, toutes publiées par À Fior di Carta, le plus rural des éditeurs corses :
– Collectif, Tarra d’Accolta : a corsican bookmob
– Marie-Paule Dolovici, Ribella (nouvelle édition)
– Antoine Ciosi, A stella di Musè Namani : l’étoile de Moïse Namani.
– Dominique Piferini, L’intemporelle suivi de L’oubli (à paraître)
Mais, sait-on jamais… La littérature s’anime par les deux bouts, d’un côté l’inclusion des textes dans des formes éditoriales aussi parlantes ou surprenantes que possible ; d’autre part, l’inclusion des œuvres et de leurs auteurs dans un discours social où se cultive inlassablement la multiplicité des raisons de lire. Deux opiniâtretés nécessaires.
Xavier Casanova, Ghisonaccia, 4 oct. 2017

Nous avons également rencontré ce jour là Nicolas JB Pinelli : il est installé à Ajaccio et travaille comme chercheur scientifique indépendant, artiste auteur et peintre-sculpteur. Ce livre qui est un recueil de photographies nous montre que l’art est omniprésent, en particulier en Corse et qu’il n’existe pas seulement dans les galeries, les musées ou les festivals. Pour cela il suffit de s’arrêter en chemin et de s’imprégner de l’environnement rural ou urbain pour y découvrir de nombreuses œuvres d’art parmi les rochers, sur les monuments, dans les forêts, les rivières ou les nuages, etc. Entre 2015 et 2016, l’auteur a sélectionné plus de 200 clichés photographiques de visages presque réels et d’animaux étranges qui semblent nous raconter leur histoire ou celle d’un passé immuable. Au cours de ses explorations naturalistes l’auteur a rencontré quelques personnes qui lui ont relatées des faits et des légendes en rapport avec les lieux visités. Curieusement ses observations et ses ressentis correspondaient à ces témoignages, ce qui a motivé certains des titres pour les photographies. C’est son premier ouvrage comme auto-éditeur indépendant, entièrement financé et diffusé par ses propres économies, l’auteur n’a pas d’activité salariée complémentaire et n’est soutenu par aucune institution ou organisation scientifique, artistique ou littéraire. C’est la raison pour laquelle la vente de ce livre permettrait au chercheur indépendant d’envisager de nouveaux projets de recherche scientifique. Il s’agirait de démontrer prochainement l’utilité d’une méthode innovante en sciences cognitives qu’il a créée et développée depuis 2013 pour aider les personnes souffrant d’obésité et de la maladie d’Alzheimer. Affaire à suivre… »

© Nicolas J.B. PINELLI 2017

 
Suite à un problème technique, nous avons perdu tout un pan des images et interviews liés aux auteurs et éditeurs présents ; heureusement que Télé Paese était là et que vous pouvez découvrir les divers stands non évoqués
avec stand de U cursinu, la librairie Papi…
http://www.telepaese.corsica/breves/article/primu-salone-di-u-libru-bastia-au-lycee-jean-nicoli

Cafés littéraires Festivals littéraires

Compte rendu de la rencontre avec Laurent Gaudé : avec photos, films…du 30 septembre à Ville !

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Un auteur voyageur qui reviendra !
Nous avons rencontré Laurent Gaudé dont nous lisions les livres avec émotion depuis le choc que furent ses premiers romans,  à Lumio, au Clos Suzzoni où la mairie de Lumio et le maire, Etienne Suzzoni,  nous avaient accueillis de façon inoubliable, comme toujours.
Ce jour-là, il y avait  deux prix Goncourt réunis puisque Jérôme Ferrari, parrain de ce rapprochement, était des nôtres ! C’e n’est pas si fréquent  ; c’était en 2015 et plus de 200 personnes avaient fait le déplacement pour voir ces favori de bien des lecteurs !
Nous l’avons reçu ensuite  avec la mairie de Bonifacio,  en 2016, invité d’honneur  avec Marco Biancarelli (Jérôme Ferrari était dans le public ) : magnifique rencontre à l’Espace Saint-Jacques, avec Alain di Meglio pour tout orchestrer !
Et aujourd’hui on s’était donné rendez-vous à Ville de Pietrabugno  et avec la mairie et l’association Cultura è animazione, on a pensé un café littéraire comme on est nombreux à les aimer : simplicité, sens du partage, chaleur humaine et beaux livres ! L’auteur nous a embarqués, avec lui on a franchi des continents et pourtant, partout, c’est l’homme qu’on a vu !
Michel Rossi, maire de la commune , artiste et lecteur de Laurent Gaudé, avait souhaité  ce moment et a été très heureux de cette rencontre qui nous a tous enrichis !
Merci à tous ceux qui étaient là, qui suivent, soutiennent, aident …Inseme, ci campemu !
Laurent Gaudé à Erbalonga le 29 septembre 2017
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Salle des fêtes de Ville de Pietrabugno, hameau de Guaitella, le 30 septembre 2017 :

Des voitures garées un peu anarchiquement, des gens pressés, des amis qui se retrouvent, des personnes affairées qui déplacent des chaises, un panneau jaune sur lequel quelques lettres au feutre donnent le nom de l’invité du jour, Laurent Gaudé ; un grand parking dessous, du monde sur une immense terrasse vers la mer  on sait alors qu’on y est, que c’est la même passion de la lecture, le même sens du partage, la même admiration pour l’écrivain qui guident ceux qui cherchent le lieu pour s’installer

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Une 2 chevaux à mi chemin confirme qu’on ne s’est pas trompé !
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La salle,  grande, à la vue remarquable,  est vite pleine avec près de 130 personnes assises et on s’inquiète de savoir s’il faudra encore quelques chaises.
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Panneau créé pour l’occasion qui deviendra un élément important dans cet endroit car il traduit la volonté affirmée de promouvoir la culture au sens le plus large à Ville de Pietrabugno.
Laurent Gaudé, un peu à l’écart, répond aux questions de Michel Maestracci, journaliste (Corse Matin).
article paru le 1er octobre 2017 dans Corse matin
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Son œuvre, publiée chez Actes Sud,  est déjà très importante : 9 romans, 15 pièces de théâtre, 2 recueils de nouvelles, un recueil poétique



si vous avez des commentaires à faire ou même  des photos de ce moment à nous adresser , nous les recevrons très volontiers à amusanostra@gmail.com et s’ils  conviennent, nous les posterons dans ce compte rendu avec votre nom (ou non, comme vous le souhaiterez)

 

Ici  4 vidéos de la rencontre :

 
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 Mais déjà l’article du Corse Matin, notre quotidien, que nous remercions pour l’éclairage apporté à cet événement ; 2 octobre, compte rendu de ce moment exceptionnel par Michel Maestracci :

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Commentaires de participants sur les réseaux sociaux :

Janine Vittori

Hier soir à E Ville di Pietrabugnu nous avons vécu un grand moment. Michel Rossi , le maire, et toute son équipe avaient intelligemment disposé la salle pour que la rencontre organisée par la commune en partenariat avec Asso Musanostra se déroule dans les meilleures conditions.
Car nous recevions Laurent Gaudé.
De rencontre en rencontre, de Lumiu au Clos Culombu en 2015 à Bonifaziu en 2016, à Ville cette année , sa présence ne finit pas de nous enchanter.
Chaque année nous sommes sûrs d’avoir touché un sommet et pourtant chaque année ses mots nous émeuvent un peu plus et enthousiasment le public.
Hier j’avais très mal à la tête mais jamais je n’ai pensé « Pourvu que ça finisse vite! » .( Lucia Memmi m’avait fait l’ochju ancu di grazia)
J’ai aimé le recueil poétique De sang et de lumière.
Dans une langue simple , pure et musicale l’auteur nous parle du « monde d’aujourd’hui « . Il nous fait toucher  » la sueur » et sentir  » l’effroi » mais il éclaire notre monde et nous préserve du désespoir.
Je n’ai pu m’empêcher en lisant son recueil de penser à la voix de Nicolás Guillén
Sombras que sólo yo veo,
me escoltan mi dos abuelos.

África de selvas húmedas
y de gordos gongos sordos …
-¡ Me muero !
( Dice mi abuelo negro).
Agua prieta dé caimanes,
-¡Me canso!
( Dice mi abuelo blanco)

Petra Alta très beau moment et très bel auteur. un pur plaisir!
 
Retweeted AnneMarie Sam (@annemarie_sam):
Musanostra : Rencontre avec Laurent Gaudé double Prix Goncourt et proche de ses lecteurs 👏👏👏. Merci à lui et au public si nombreux ! https://t.co/Mgb0hx4OO
 
 
Marie-Do Bacchini a partagé la publication de Raymond Mei.
Une très belle soirée en présence d’un écrivain dont le talent et les qualités humaines ne peuvent laisser indifférent. Nous retiendrons également le bel hommage qu’il a rendu à l’Asso Musanostra(bien mérité )💘💘💘
+5
Raymond Mei CAFÉ LITTÉRAIRE MUSANOSTRA
Il y avait foule hier soir (plus de cent personnes) pour ce nouveau Café Littéraire Musanostra qu’on ne présente plus puisqu’il est la référence littéraire corse depuis une décennie.
Il a fallu prendre de la hauteur pour assister à un grand moment de détente littéraire car, en effet, l’Association recevait un grand écrivain français Laurent Gaudé à Ville-di-Pietrabugno, au-dessus de Bastia.
Cette commune est d’ailleurs un haut-lieu (dans tous les sens du terme) de la littérature. Outre le poète et écrivain Ghjuseppu-Lisandro Mattei, elle est le berceau de Sébastien Nicolaï plus connu sous le nom de Sebastianu Dalzeto, auteur de « Pesciu Anguilla », premier roman en langue corse.
Laurent Gaudé, écrivain, romancier, dramaturge, poète, nouvelliste…présentait entre autre sa dernière œuvre: un recueil de poésies « De sang et de lumière », poèmes engagés à l’humanisme ardent, à la sincérité poignante, nourris de ses nombreux voyages.
Chantre de la liberté, L. Gaudé en est déjà à 45 ans, à son 9ème roman, dont « Le Soleil des Scorta », prix Goncourt 2004. Il n’a de cesse d’explorer le vaste territoire de l’imaginaire et de l’écriture.
« Les hommes ne sont beaux que des décisions qu’ils prennent ! » (Eldorado, 2006).
J’ai eu grand plaisir à me replonger dans cette atmosphère unique que la présidente Marie-France Bereni Canazzi sait si bien traduire et à retrouver des visages connus.
Victime de son succès, Musanostra possède à présent une revue littéraire corse numérique et papier dans l’esprit convivial et ludique, et à la portée du public le plus large.
Sous le flot des questions pertinentes après deux heures d’échanges, l’auteur-invité L. Gaudé aura le mot de la fin en louant l’Association Musanostra en ces termes:  » non seulement vous organisez des rencontres mais en plus vous formez les esprits ! ».
Quel plus bel hommage pouvait-on espérer pour Musanostra
AnneMarie Sam‏ @annemarie_sam 30 sept. Musanostra :
Rencontre avec Laurent Gaudé double Prix Goncourt et proche de ses lecteurs . Merci à lui et au public si nombreux !
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A la fin de la rencontre, la voix de Jacky Micaelli, chanteuse décédée  il y a peu, s’est élevée avec la chanson de L Ferré traduite par Jacques Fusina « Quellu affissu ziffratu »
Une magnifique interprètation