Trois est l’histoire d’un trio d’amitié indéfectible et un voyage entre le passé et le présent. Un roman solaire et puissant.

Par : Julie Gravini

Trois, titre énigmatique, chiffre symbolique, qui pourtant signifie quatre. 

Vous voilà perdus, comme vous le serez assez souvent avec ce roman choral dans lequel alternent passé et présent. 

Des amis d’enfance sont suivis depuis la fin des années 80 à aujourd’hui et leur évolution est ancrée dans l’histoire. Dans tous les petits et grands moments qui sont fondateurs, qu’il s’agisse de la résistance inattendue et violente à un maître injuste aux premiers émois du cœur, puis au lycée et aux péripéties de leur vie d’adultes, les Trois se cherchent

Assez courant en littérature, comme au cinéma, les récits des années qui défilent, l’évolution marquée par les initiations, la première cigarette, le premier baiser. Une amitié aussi fusionnelle peut-elle résister à la vie, à l’éloignement, aux amours, aux autres ? Que vaut-elle face au temps, aux études, au mariage, aux succès et aux échecs ?  Le parcours émotionnel n’est cependant pas banal ici car certains propos retiennent l’attention du lecteur et rendent cette histoire addictive

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Qui est Virginie qui sait tout ? Elle voit et revoit, pour expliquer peu à peu pourquoi elle s’attache tant à elle. Tout d’abord Nina à qui elle livre anonymement et régulièrement des croquettes. Elle prend en charge le récit. Elle les a vus grandir, elle les a étudiés dirait-on. Et connait si bien les trois amis qu’on imagine sa vie de frustration à les épier, par amour ou par amitié, envie aussi, depuis la petite école jusqu’à leurs retrouvailles. Elle a leur âge, elle est solitaire et semble avoir besoin de les côtoyer. Quelles histoires, quels conflits ont pu séparer les trois qui s’aimaient, à la vie à la mort, pensaient-ils, pensait-on ? Et que savent-ils de Virginie, qui est-elle pour eux ?

Les trois B

Nina, devenue adulte, travaille dans un refuge pour animaux. Elle gère les abandons, la misère. Adrien a réussi à devenir un écrivain reconnu. Étienne travaille dans la police, ce qui était son rêve, et a un fils merveilleux. Mais il est malade, et refuse de se faire soigner car son mal s’est trop répandu et que tout traitement lui parait désormais vain. Il passe les fêtes de Noël à La Comelle, chez ses parents, où il retrouve sa sœur Louise, amie des Trois depuis le CM2. Reverra-t-il, sans doute pour la dernière fois, ceux qu’il a tant aimés, Nina, Adrien ? 

Les trois B, Bobin, Beau et Baulieu, 2 garçons et une fille, de classe sociale différente, grandissent unis, solidaires, tous trois bien singuliers. Chacune de ces vies est marquée par un ou des drames. L’abandon de la mère, la mort du grand-père pour Nina, l’abandon du père, le souci de l’identité pour Adrien, le manque de reconnaissance de son père et la mort d’une petite amie enceinte pour Étienne. Ces événements vont influer et conduire à en faire les adultes qu’ils sont lorsqu’ils se retrouveront sur les lieux de leur jeunesse.

Le roman d’une génération

Valérie Perrin livre un récit qui, dense et parfois en apparence vain, finit par tenir, de détail en détail, le lecteur en haleine. Parce qu’elle sait créer un certain suspense et parce que son regard est empli d’humanité.

C’est aussi à lire comme le roman d’une génération, qui a passé à l’adolescence un siècle, avec des clins d’œil à la musique, souvent celle d’Indochine. Ou à la mode et au monde des livres. En somme, les problématiques actuelles comme éternelles et universelles sont abordées avec finesse. Comme la relation aux parents, qui est fondatrice, l’attitude face aux succès, ou à l’échec. Mais aussi, la définition et la reconnaissance de son identité surtout. Puis, la tolérance à la différence, notamment sexuelle, et l’évolution des sentiments, amour ou amitié. La place de l’actualité, de l’histoire, dans la formation d’un enfant ou d’un adolescent. La maladie, la foi ou pas en la science, la maltraitante des êtres et des animaux. Et enfin, le milieu de la littérature, les codes de la mondanité, les apparences et la réalité.

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