Dans cet article, Denis Pernot, professeur à l’Université Sorbonne Paris Nord, revient sur la dispute entre Dominique Vecchini, combattant de la Grande Guerre, auteur de Blessure et belle humeur, et Henri Barbusse, lui aussi soldat de la Première Guerre mondiale, et auteur de l’un des plus grands romans des tranchées, Le Feu. Par cette petite confrontation, Dominique Vecchini cherchait à attirer l’attention sur son ouvrage à une époque où les publications sur le conflit saturent l’édition.
Denis Pernot (USPN ; PLÉIADE UR 7338)
Dans une revue bibliographique donnée à l’heure du premier anniversaire de l’armistice, Fernand Vanderem, critique littéraire écouté, fait remarquer que, pour ce qu’il en est de la littérature de guerre, l’année 1919 est caractérisée par un évident paradoxe : elle voit la parution de nombreux volumes consacrés au conflit et, dans le même temps, est marquée par un évident désintérêt du public, désormais informé de première main et désireux d’autres discours, pour tout ce qui a trait aux conditions dans lesquelles les poilus ont vécu et combattu. Aussi Vanderem parle-t-il d’un « amoncellement » et d’un « encombrement » de « livres de guerre » et évoque-t-il « un embarras sérieux […] dans l’ordre des choix littéraires » qui amène à laisser passer « presque inaperçus [des volumes] qui eussent mérité un meilleur sort1». Publié en 1918, quelques mois avant l’armistice, Blessure et belle humeur se heurte à une telle difficulté de visibilité, difficulté d’autant plus grande que son auteur ne dispose pas d’une légitimité littéraire établie. Âgé de vingt ans au moment de la déclaration de guerre, aussitôt mobilisé, Dominique Vecchini (1894-1978) a peu publié, toujours à Bastia2, et ne peut se prévaloir que de la rédaction de brèves études critiques parues dans des quotidiens locaux3 ainsi que de la publication dans des organes parisiens4 de pièces poétiques, reprises de L’Étui, recueil paru en 1912. Il est alors entré en relation avec plusieurs figures reconnues du monde des lettres (Frédéric Mistral, Henri de Régnier, Jehan Rictus, Édouard Estaunié, Albert t’Serstevens, Fernand Gregh, etc.) et a correspondu avec certaines d’entre elles durant le conflit5. Les pages qui suivent s’intéressent à la manière dont a été reçu Blessure et belle humeur, témoignage, rédigé à la première personne sur la vie des blessés dans les hôpitaux durant la Grande Guerre, qui ne fait guère parler de lui qu’à l’occasion d’une « petite dispute6 » qui l’oppose au Feu, et son auteur à Barbusse, dans Le Petit Bastiais au début de 1919. Elles s’efforcent de contextualiser cette « petite dispute » et de comprendre pour quelles raisons celle-ci a échoué à attirer l’attention sur le livre de Vecchini.
Henri BarbusseDominique Vecchini
UN LIVRE QUI PASSE INAPERÇU
Après que, de retour en Corse, il y a publié un poème célébrant l’héroïsme des combattants engagés à Verdun7, Vecchini donne au Petit Bastiais le récit de l’année d’hospitalisation, dans des établissements de Dunkerque puis de Dreux, qu’il a connue suite à une grave blessure au genou dont il a été victime sur l’Yser le 7 mars 1915. Son témoignage y est annoncé le 6 janvier et pré-publié sous le titre de « Souvenirs d’hôpital » en une suite de douze livraisons entre le 17 janvier et le 26 avril 1917. La parution en volume de Blessure et belle humeur, nouveau titre donné à ce même écrit,est annoncée par un encart publicitaire qui invite à souscrire à son édition « chez l’auteur, 2 rue Miot, Bastia » dans Le Colombo du 19 août 1917 où il est repris dans les jours qui suivent puis, à nouveau, début septembre. Annoncée ensuite pour « début 19188 », la mise dans le commerce du volume intervient quelques semaines plus tard, au moment où Vecchini, alors présenté comme « l’auteur de Blessure et belle humeur », donne à Bastia une conférence où il évoque la vie des blessés9. De son ouvrage, L’Intransigeant fait état le 18 septembre 1918 (« Des souvenirs d’hôpital : infirmières, opérés, convalescents ; les heures cruelles et les heures lourdes ; la joie du premier jour de sortie, celle du grand départ… Chacun goûtera ici la belle humeur qui fait oublier blessures, souffrances, jusqu’à l’avenir incertain10. ») puis L’Action française le 24 novembre (« un sûr patriotisme, esprit et émotion, le ton le plus réconfortant dans l’observation sincère[5]11 »), Le Petit Bastiais reprenant ensuite une recension parue dans La Bataille :
C’est la description détaillée de la vie d’hôpital, avec ses déboires et ses gaietés, ses souffrances et ses dévouements, puis ce sont les transformations successives du blessé en opéré, en convalescent, pour en arriver enfin à la guérison complète et à la liberté. Les faits et gestes des infirmières, heureuses d’aider si efficacement à la renaissance morale et matérielle des malades et blessés, les brutalités et les bontés des toubibs, la langue poilue des soldats, toute leur vie de misères, tout cela est noté avec bonne humeur, conté consciencieusement par un blessé – l’auteur lui-même – qui a vu et compris ces lamentables existences12.
Dans ce contexte, seul prend une certaine ampleur l’article qu’Eugène Grimaldi, ami de Vecchini, de quatre ans plus âgé que lui, consacre à Blessure et belle humeur dans les livraisons des 31 janvier et 7 février 1919 du Petit Bastiais, organe ne disposant pas de rubrique critique de sorte qu’il est exceptionnel en ses colonnes. Pour autant, son auteur ne le fait valoir qu’en multipliant les formules convenues. Aussi sa présentation diffère-t-elle peu des signalements dont le livre a déjà fait l’objet :
Voici, enfin, de la création véritable, une très belle œuvre, admirablement observée et toujours écrite en un style alerte et savoureux13.
M. Vecchini […] excelle à peindre d’une touche délicate et pourtant précise toutes les nuances de l’âme14.
Plus que les traits d’une recension, un tel propos prend ceux d’une paraphrase que viennent ponctuer des éléments donnant le sentiment d’être empruntés aux publicités de librairie du temps :
M. Vecchini, aimé jusqu’ici d’une élite, vient d’atteindre le grand public avec Blessure et belle humeur, dont le succès a été prodigieux15.
Blessure et belle humeur. Comme ces mots sont bien accouplés16 !
Blessure et belle humeur est le livre d’un penseur, une sorte de bible secourable où s’apaisent nos inquiétudes, une œuvre vibrante de sincérité où l’art le plus érudit est mis sans effort au service d’une belle humeur héroïque17.
Alors que, à la différence de ses prédécesseurs, il dispose de l’espace pour le faire, Grimaldi ne procède à nul rapprochement entre Blessure et belle humeur et d’autres écrits de guerre, phénomène d’autant plus étonnant que Vecchini n’est pas le premier à s’arrêter aux conditions dans lesquelles bien des blessés ont vécu des mois de soins entre hôpitaux militaires et dépôts de convalescents. Qu’il suffise ici de songer à Vie des martyrs (1917) et à Civilisation (1918) de Georges Duhamel, écrits de l’hôpital qui, comme le livre de Vecchini, montrent que « le rire n’[y] était pas complètement éteint18 ». Que Grimaldi ne mentionne pas ces œuvres surprend d’autant plus que Civilisation vient d’obtenir le Goncourt et suscite alors un nombre conséquent de comptes rendus19. Il est donc inexact d’indiquer, comme il le fait, que, « nouveau par la forme et par le fond », le livre de Vecchini serait un des premiers à évoquer des scènes d’hôpital :
Depuis quatre ans on a beaucoup écrit sur le soldat en campagne, mais il était intéressant de connaître l’existence qu’il mène après le combat, la pensée qui l’anime au moment où le plomb en a fait un martyr20.
Blessure et belle humeur est ainsi mal servi par son recenseur qui ne le situe pas dans le cadre de la production textuelle de guerre et échoue à convaincre de ses qualités d’écriture, faute sans doute d’une solide pratique de la critique et d’une connaissance informée de la littérature de guerre…
Du livre de Vecchini, il est ainsi peu fait mention au cours des derniers mois de 1918 et des premiers de 1919. Les grands titres de la presse nationale ne l’évoquent pas et aucune voix critique autorisée ne l’analyse : il n’est l’objet que d’annonces publicitaires, comme c’est encore le cas dans Paris-Corse du 9 décembre 1919, et de signalements bibliographiques, comme dans Le Mercure de France du 1er mars 1919. Pour quelles raisons passe-t-il à ce point inaperçu et est-il évoqué de manière aussi cavalière ou complaisante ?
UN LIVRE NÉ DATÉ
Le titre que Vecchini retient pour la publication en volume de ses « souvenirs » les inscrit dans une veine qui, au moment où il a ce geste, prend le risque d’en écarter un large lectorat à qui le bourrage de crâne est devenu insupportable21. Le thème de la « belle humeur » est en effet de ceux qui ont été les plus exploités par les journalistes et les écrivains au cours des premières années du conflit ainsi qu’en témoigne un article resté célèbre d’Henri Lavedan (dont il arrive au Petit Bastiais de reproduire des interventions) :
Que ce soit dans les tranchées, au fond du val ou sur la crête, dans le bois ou par les sillons, en plein jour ou la nuit, à la belle étoile ou au cantonnement, si vous allez là où sont les soldats, VOUS ENTENDEZ RIRE…
[…] Toute épreuve n’est pour [le soldat français] qu’une récréation. Au combat comme à la fête, il faut qu’il aille à gorge déployée, comptant sur son humeur, qui, d’une boutade, d’un mot, fait chavirer le tragique, l’émiette, et le disperse en un vol de joie.
Et l’homme de lettres d’ajouter, envisageant la situation des blessés :
Quand nous vous voyons vous esclaffer […] sur la civière où l’on vous emporte à la salle d’opération sous l’acier du major, nous vous admirons de toute notre âme – car votre rire a la force souveraine d’un sacrement22.
La « belle humeur » est alors également mise en avant par les autorités militaires, qui l’associent volontiers aux termes « entrain » et « courage », dans le texte de nombre de citations, que la presse du temps reproduit à loisir, certaines d’entre elles évoquant des blessés :
Series, sergent au 3e rég. de zouaves ; blessé dans une tranchée s’est obstiné à y rester, entretenant le courage de tous par sa vaillance et sa belle humeur23.
Lurie Félix, soldat à la 1ère compagnie du 75e rég. d’infanterie, mle 6066, : […] Blessé grièvement d’un éclat d’obus à la jambe a fait preuve de courage et d’énergie en conservant sa belle humeur devant ses camarades. A été amputé de la jambe droite24.
Kail (Jacques-François-Alexis-Paul), mle 2131, capitaine au 331e rég. d’infanterie […] a tué plusieurs Allemands de sa main et a fait l’admiration de tous par sa belle attitude, sa témérité et son réel mépris du danger. S’est distingué […] par son entrain et sa belle humeur. Blessé fortement à l’épaule le 3 octobre 1914 a refusé de se laisser évacuer25.
Dans ce contexte, ont paru avant Blessure et belle humeur plusieurs œuvres qui ont placé la guerre sous un jour « gai » et lié l’ardeur combative des poilus à la « belle humeur »26 – à commencer par Gaspard de René Benjamin, prix Goncourt 1915, dont le héros, deux fois hospitalisé et amputé d’une jambe, ne perd rien de sa joie de vivre et de son esprit. Se « born[ant] à en dégager l’idée principale », Grimaldi, qui invite quelques mois tôt à poursuivre l’effort de guerre « jusqu’au bout » et à « vaincre à n’importe quel prix27 », attire l’attention sur les éléments de Blessure et belle humeurqui confortent l’esprit d’union sacrée (dévouement des infirmières, compétence du corps médical, etc.) et le rattachent à cette veine de représentation des combattants devenue familière :
Le troupier français est gai par atavisme, railleur par tempérament, et cet optimisme « volontaire » lui fait accomplir de grandes choses au moment où tout semble perdu… Nous admirons sa gaieté, « cette défense suprême, originaire de la Gaule28 ! »
Un peuple qui possède un fonds pareil d’héroïsme et de saine gaieté ne peut pas mourir. Son âme vibre à travers ses souffrances, elle plane, rayonnante, au-dessus des ruines. Là voilà donc la force morale indestructible, supérieure à tous les canons Krupp et à toutes les stratégies Hindenburg29.
Ce faisant, bien qu’il indique que la « belle humeur » ne caractérise pas l’ouvrage de Vecchini tout entier, il en dénature le propos.
La « belle humeur » dont entend parler Vecchini n’est en effet pas celle que célèbrent les bourreurs de crânes ainsi qu’il le précise dans une page où il évoque la guérison d’un blessé :
La belle humeur le gagne – non pas cette belle humeur forcée et héroïque des heures mauvaises – mais une bonne humeur naturelle, spontanée, jaillissante. Il est tout disposé au rire et au chant. […] Et il rit ! Et il chante30 !
La « belle humeur » à laquelle il s’intéresse n’est que « bonne humeur », goût de vivre que, en certaines heures de leur « vie d’hôpital », manifestent des blessés par des blagues, des plaisanteries ou des jeux au cours desquels ils tentent d’oublier leurs souffrances et la guerre – quitte à y jouer :
Sept heures du matin, réveil. Les dormeurs sont conspués et reçoivent, sur « le coin de la gueule », toutes sortes d’objets – mégots, boîtes d’allumettes vides, écorces d’orange, et caetera pantoufle. Et le cri légendaire : « Debout, les Morts ! » part comme un coup de canon31.
Mais le beau, c’est après l’extinction des feux. Un délire guerrier s’empare des ex-combattants : toutes sortes de projectiles volent par la salle ; il n’y manque même pas l’artillerie lourde, les polochons représentant les 420… Un rire homérique insulte les vaincus32.
Aussi « la belle humeur » ne surgit-elle qu’à certains moments du récit, lesquels peuvent être introduits par des adversatifs :
Mais lorsque la chienne de souffrance a lâché son étreinte (sauf les opérations qui sont un vrai « chiendent » et les pansements qui ne font pas jouir), la vie est supportable, très supportable, souvent illuminée de joie33.
L’utilisation en position titulaire de la notion de « belle humeur » n’en laisse pas moins entendre aux lecteurs du temps qu’ils se trouvent en présence d’un écrit qui, après d’autres, vante l’esprit de sacrifice des poilus et qui, tendant à dédramatiser la guerre, les montre rire, comme le fait le poème de Vecchini consacré « aux héros de Verdun » : « À chaque jour nouveau vous étonnez le monde / Et bientôt triomphants, / Vous pourrez égrener vos rires pleins de calme / Dans l’air pur du matin / […]34 ».
Près de dix-huit mois s’écoulent entre le moment où le texte de Vecchini est donné dans Le Petit-Bastiais et celui de sa parution en volume, ce qui en fait une nouveauté de librairie frappée d’obsolescence immédiate : un livre écrit par un auteur qui dit la guerre en des moments où il s’agit encore de la faire, qui n’est accessible qu’à l’heure où elle est sur le point d’être gagnée et dont il a pu sembler être inutile de rendre compte après qu’elle l’a été. Une « note » que Vecchini adjoint pour sa parution en volume en fait explicitement l’œuvre d’un temps révolu puisqu’il indique l’avoir rédigé sous l’œil de la « Censure35 » et avoir tu certains de ses souvenirs :
J’ai escamoté un chapitre. Un sentiment fraternel et pitoyable m’a fermé la bouche. Je n’ai pas osé, je n’ai pas voulu, je n’ai pas eu la force d’écrire une page sur des copains de sensibilité frémissante que d’épouvantables blessures ou les horreurs de la guerre avaient rendus fous36.
Il y a dans ces notes d’hôpital quelques lacunes, quelques points volontairement laissés dans l’ombre, d’autres qui auraient pu être poussés, plus incisifs, plus virulants [sic], car le service de santé est loin d’être parfait37…
Né daté, le livre de Vecchini se condamne par son titre et se trouve condamné par les circonstances de sa publication à sembler pratiquer le bourrage de crâne quand celui-ci n’a plus raison d’être : Blessure et belle humeur ne peut espérer échapper au silence qui l’accueille qu’en se voyant offrir une inscription dans l’actualité qui, d’évidence, lui fait défaut.
BLESSURE ET BELLE HUMEUR COMME CONTRE FEU
Vecchini a adressé son livre à diverses autorités du monde des lettres, à commencer par les écrivains avec lesquels il est entré en relation à la veille de la guerre. C’est dans le cadre de son service de presse qu’il en fait parvenir un exemplaire, porteur d’un « hommage » manuscrit, à Barbusse devenu depuis la parution du Feu et la consécration du Goncourt (décembre 1916) le plus lu des écrivains ayant dépeint le conflit, mais aussi le plus discuté d’entre eux. Qu’il lui adresse son ouvrage paraît, à première lecture, d’autant mieux venu que celui-ci présente des traits d’écriture susceptibles de retenir son attention. À commencer par la place qu’il y accorde au parler des poilus que ce soit par la mise entre guillemets de termes d’argot dans des moments qu’il prend en charge (« Tous […] devaient faire […] la connaissance du “billard” (table d’opération). Mais l’espoir en la vie brillait dans les prunelles de ces “attigés”38. ») ou dans des pages où il transcrit la parole de soldats de modeste extraction sociale, soldats auxquels, comme son confrère, il prête attention :
– À preusent qu’ t’es comm’ qui dirait r’tapé, te vl’à d’venu tout d’un coup louf ? C’est-y qu’ t’es piqué par la tarentule ? T’ vas casse le cou avec ta gymanastique… Qué pétulance, mes aïeux !- T’occup’ pas du pot… Laiss les fess’s faire… T’es jaloux, clampin ! crevé ! pass’ que l’ major m’a dit : « Mon garçon, demain dimanche, tu pourras te cavaler en ville ? » Pendant qu’ mézig fera l’ zigoteau, toi, mon pauv’ vieux, tu resteras ben sage dans ton pajot à te tourner les pouces, à regarder voler les mouches39…
Ayant connu la vie des hôpitaux, Barbusse pouvait également être intéressé par la peinture qu’en donne Vecchini qui, dans les premières pages de son livre, en dit le « tragique » en des termes rappelant, avec moins de force, ceux qu’il a employés pour décrire des blessés ou des cadavres :
Un « cabot » criblé d’éclats d’obus et qui était longtemps resté sur le champ de bataille s’en allait, lentement, rongé par la gangrène. […] [Une infirmière] était en train de rouler ce corps en décomposition dans un drap humide, et ne cessait de raconter à cette chose, qui fut un beau jeune homme des riens gentils, qui avaient le don d’éclairer, par moments, son visage de fièvre et de mort40.
Sans doute l’écrivain a-t-il en outre été d’autant plus attentif à l’ouvrage de Vecchini qu’il le lit quand commence la prépublication de Clarté41, dont le héros est blessé, sa période d’hospitalisation lui révélant les causes de la guerre et l’amenant à en dénoncer les responsables – éléments absents de Blessure et belle humeur qui s’achève sur l’évocation du retour en Corse de son auteur. Datée du 28 janvier 1919, la lettre que Barbusse adresse à son confrère pour le remercier de l’envoi de son livre se développe sur deux plans. Dans un premier temps, des compliments de « camarade » à « camarade » et d’écrivain à écrivain :
C’est dans ce coin méridional de la France, situé entre l’île adorable d’où vous venez et l’enfer dont vous êtes sorti, et où je me retape lentement de la guerre, que j’ai lu votre livre si pittoresque et si vivant, parce que magnifiquement et sincèrement vécu42.
Dans un second temps, amené par un adversatif renforcé, une prise de distance relativement à la tonalité de l’ouvrage :
Et pourtant, j’ai pensé bien des fois que si l’enjouement, la belle humeur ont quelque chose de crâne et de précieux, il n’en faut point trop mêler aux évocations de la grande tragédie. Elles empêchent d’approfondir le mal jusqu’à ses causes et par conséquent d’en voir la guérison43.
De cette lettre, dont Barbusse rappellera ensuite qu’elle était tout à fait « cordiale44 », Vecchini se saisit comme d’une occasion d’attirer l’attention sur son livre, ce qui explique qu’au terme de la réponse qu’il lui adresse, il somme l’auteur du Feu de répliquer (« Qu’en pensez-vous, mon cher Barbusse45 ? ») mais aussi comme d’une occasion de le faire lire autrement qu’il l’a jusqu’alors été, ce que signalent les deux citations qui forment l’essentiel de son propos :
M. Jehan Rictus, notre plus grand poète actuel […] disait de mon livre : « Voilà qui est contre tous les cafards humanitaires et bêlants ; de ceux-là “qui plaignent le poilu” et qui s’en font des rentes. » Et M. Sébastien-Charles Lecomte : « Si l’on en eût écrit que de pareils sur la tristesse de la guerre et les horreurs des hôpitaux, l’on ne se fut pas exposé à démoraliser le civil à l’arrière, comme l’ont fait certains, qui ont bien mal employé leur talent46. »
S’en prenant à l’auteur du Feu sous le couvert d’allusions transparentes, Vecchini oppose sa vision de la guerre à la sienne. De fait, par le biais des autorités auxquelles il donne la parole, il érige son livre en contre-Feu et l’entraîne sur le terrain du politique, loin de la littérature. En témoigne la prise en charge de la dispute ainsi engagée par André Dardy, qui n’a pas plus d’expérience de la critique que Grimaldi et qui affiche à côté de sa signature dans Le Petit Bastiais sa qualité de membre de la Ligue française47, puis par J.-B. Olagnier, le directeur du quotidien. À la différence de Vecchini, Dardy s’attaque frontalement à Barbusse en reprenant les plus violentes des critiques dont il a fait et fait l’objet dans la presse nationaliste, notamment dans L’Action française, qui l’accuse d’avoir été un défaitiste, d’être devenu un pacifiste internationaliste, et son roman, « sirop de cafard48 », d’avoir joué le rôle d’un agent de démoralisation des combattants. Se repèrent ainsi sous sa plume les principaux éléments constitutifs des attaques qui y visent l’engagement de l’écrivain, notamment quand il lui reproche de parler au nom des embusqués tandis que « l’auteur de Blessure et belle humeur, intellectuel peu fait au métier des armes, est […] parti gaiement, dès le premier jour, à l’appel de la patrie en danger49 ». Et de reproduire, pour preuve, la citation que Vecchini a obtenue tout en indiquant que Barbusse n’en aurait aucune à faire valoir :
La citation de ce soldat improvisé [Vecchini], totalement inapte au métier militaire, combattant parce qu’il comprenait clairement que le devoir de tout homme est de protéger la vie et les biens de ses frères, ne saurait être plus élogieuse : « Grièvement blessé au genou, le 7 mars 1915, n’a cessé de montrer la plus grande énergie et n’a trouvé pour se plaindre, que ces mots : “Je ne regrette qu’une chose, c’est d’être obligé de partir. » Je ne crois pas que l’auteur du Feu puisse montrer pareille citation50. »
Au livre de Vecchini, Dardy donne ainsi le positionnement dans l’actualité qui lui faisait défaut et pouvait le rendre plus visible qu’il l’avait été : Blessure et belle humeur n’est plus envisagé comme un écrit daté reconduisant des segments du discours du bourrage de crâne, mais comme une œuvre venant mettre à mal et contredire la vision politique et sociale du conflit portée par Barbusse en de très nombreuses occasions (appels, articles, préfaces, etc.) À un roman « chagrin » est opposé un livre de « gaieté » ; à un auteur « Jérémie » est opposé un auteur « Rabelais », image de lui que Vecchini revendique en se présentant et se faisant présenter comme le Président d’une association d’anciens combattants, qu’il a fondée : « Les Poilus rabelaisiens »51.
S’il situe Blessure et belle humeur vis-à-vis des engagements de Barbusse, Dardy ne s’attache toutefois pas à le lire dans cette perspective. N’en produisant pas la moindre citation, il l’évoque, comme ses prédécesseurs, en des termes qui paraissent relever du discours publicitaire ou du signalement bibliographique : à peine a-t-il porté le livre de Vecchini sur le terrain du politique qu’il le délaisse. Pour quelles raisons la lecture de Blessure et belle humeur en contre-Feu fait-elle ainsi long feu ?
INSTRUMENTALISATION ÉLECTORALE
Au lendemain de la publication de l’article de Dardy, il n’est plus question que de Barbusse dans le cadre de la « petite dispute » qu’a provoquée Vecchini, de sorte que son livre en est l’oublié majeur. Après que Le Petit Bastiais a publié une seconde lettre de l’écrivain dans laquelle, évoquant peu Blessure et belle humeur, celui-ci rétablit la vérité des faits quant à sa conduite au feu et aux lectures que son livre a reçues, son directeur prend la parole pour rejeter la polémique qui s’y est ouverte à l’extérieur de ses colonnes en reprochant à Dardy d’avoir puisé dans L’Action française les accusations qu’il a portées à l’encontre de Barbusse et en y renvoyant ses lecteurs :
Le Petit Bastiais n’a pas coutume d’engager des polémiques. D’ailleurs tout le monde ayant tellement écrit sur M. Barbusse ; des articles lui ayant été consacrés dans l’Action française et ailleurs, nous aurions trouvé superflu et même déplacé de faire chorus avec eux dans notre modeste quotidien.
L’article incriminé [celui de Dardy] n’aurait jamais paru s’il n’avait été provoqué par la protestation de notre collaborateur Vecchini52.
Olagnier se tient par ailleurs à distance des « opinions » et de la « cause » que Vecchini défend, « opinions » et « cause » qu’il se garde de situer et de nommer :
quoique notre collaborateur ne partage pas du tout les opinions de cet éminent écrivain, nous savons, d’une façon certaine, qu’il se plaît, cependant à rendre hommage au soldat valeureux ayant consenti librement le sacrifice de sa vie ; nous savons, d’une façon certaine, qu’il admire cette valeur tout autant que le talent de l’habile écrivain et que cette admiration ne provoque chez lui que de plus vifs regrets, car il eut [sic] aimé voir ce style incomparable, manié de main de maître par un soldat sans reproche, être mis au service d’une cause plus efficace au plus grand bien de la France et de l’Humanité […]53.
Bien qu’aucun des passages de Blessure et belle humeur où il affirme des « opinions » n’ait été relevé par ses recenseurs, Vecchini y fait montre de méfiance à l’égard de la « démocratie » :
Avant cette guerre, chacun était à la place qui lui était assignée par les conventions sociales. Il fallait un extraordinaire concours de circonstances, de chance, d’heureux événements pour en sortir. La morgue était chez les uns, la haine chez les autres (Ô Démocratie !) Peut-être la rude leçon que nous sommes en train d’apprendre portera-t-elle des fruits ?54…
Il insiste par ailleurs sur tout ce qui séparait avant la guerre les classes laborieuses et intellectuelles et montre le conflit faire naître entre elles des solidarités inédites :
Un portefaix et un étudiant, (même grade… 2e classe) :
– J’ai la clavicule fracturée, par balle, répondit le rouquin, d’une voix fluette et distinguée.
– La cla… vi… quoi, qu’tu dis ? Connais pas ! T’es un Aristo, toi ! Ça s’voit.
– Non, je suis soldat comme vous.
– Mon vieux, c’qu’t’es rigolo avec ton “vous”. Moi, j’tutoie tous les copains55.
Dans ce contexte, la « belle humeur », qui naît du côtoiement d’êtres que tout, jusqu’à leur langue, séparait et de l’entraide qu’ils s’apportent désormais, prend une signification nouvelle, éloignée de celle que lui a fixée le bourrage de crâne. Elle est en effet envisagée comme le produit, éphémère et fragile, d’instants de solidarité sociale au sein de la « marmelade actuelle » où « chaque individu cherche son ou ses pareils56 ». À ce titre, Blessure et belle humeur prend les aspects d’une fable politique. Sur ces fondements, se comprend l’hommage que, dans la page qu’il a adjointe à la version prépubliée de son texte, Vecchini adresse à Clemenceau dont il indique, lui en tenant gré, qu’il a « fait table rase des mille et une couillonnades de ses prédécesseurs57. »
C’est, après la signature de l’armistice et à l’approche des élections législatives, à l’occasion de la reprise d’une dépêche de Vecchini adressée au Tigre que ses « opinions » sont révélées dans Le Petit Bastiais lequel, manifestant ainsi une évidente réserve, le présente non plus comme un « collaborateur » mais comme un simple « concitoyen »:
Notre concitoyen, M. Dominique Vecchini, Président des Poilus Rabelaisiens, qui entoure d’un culte aussi ardent qu’éclairé tout ce qui touche à l’Épopée Impériale, vient d’adresser la dépêche suivante à
M. CLEMENCEAU
Président de la Conférence de la Paix
Paris
Je crois exprimer un vœu du peuple français en vous priant d’insérer au traité de Saint-Germain un article réclamant les cendres du Fils du Vainqueur d’Austerlitz58.
La publication de cette dépêche précède de quelques semaines l’annonce de la candidature de Vecchini au scrutin du 16 novembre 1919 : « M. Dominique Vecchini, homme de lettres, glorieux blessé, Président des Poilus Rabelaisiens sera le candidat Bonapartiste aux prochaines élections législatives59. » Dans ce contexte, la publication, dans L’Aspic, de certains des commentaires que lui a valu son livre, au nombre desquels celui de Jehan Rictus qu’il a utilisé contre Barbusse, sert désormais à attester des qualités de Corse, de patriote, de blessé et d’écrivain auxquelles Vecchini veut, à des fins de propagande électorale, que son nom soit associé :
Mme Juliette Adam : – Aux bonds du style, j’aurais deviné le Corse.
Général Lyautey, de l’Académie française : – Avec quel charme et quelle chaude sympathie j’ai lu Blessure et belle humeur.
Henri de Régnier, de l’Académie française : – Pages sincères, nettement et fermement écrites et de si héroïque et vibrante « belle humeur ».
Paul Brulat : – C’est alerte, vivant, pittoresque, plein de tact et de cœur ; c’est une œuvre d’écrivain et d’artiste60.
Dans le premier numéro du Journal des Poilus, périodique qu’il fonde à la veille du scrutin pour relayer sa campagne, il signe un appel « aux électeurs corses », « Dominique Vecchini, Grand Blessé61 », son nom figurant sous de celui du colonel Virgitti avec qui il fait désormais « Liste Indépendante » commune62.
Blessure et belle humeur et la « petite dispute » qu’il a nourrie servent ainsi de vecteur électoral à Vecchini ainsi que de marqueur de positionnement politique : Grimaldi s’engage derrière sa candidature63 quand Olagnier et Dardy, élu peu après conseiller municipal de Bastia, et avec eux, Le Petit Bastiais prennent fait et cause pour les candidatures d’Adophe Landry et de Vincent de Moro-Gaffieri déposées au nom du Parti républicain démocratique corse. Dans ce contexte, quelques semaines après le scrutin, où Vecchini n’emporte que quelques centaines de voix et sa liste aucun siège, se referme sur Blessure et belle humeur un silence définitif64.
Si le témoignage de Vecchini n’a jamais gagné qu’une éphémère visibilité locale, qu’il doit moins à lui-même qu’à Barbusse, s’il n’a jamais été réédité à la différence de Touché ! Souvenirs d’un blessé de guerre (1920) de Célestin Freinet65, paru peu après lui chez le même éditeur, il n’en mérite pas moins un certain intérêt. Celui-ci tient à la manière dont Vecchini laisse entendre, au-delà de la page où il rappelle que son livre a été écrit en un temps de censure, tout ce que, de ses « souvenirs d’hôpital », il s’oblige à taire, à l’image du délire érotique d’un opéré « à rendre jalouse l’ombre de Boccace », délire sur lequel il place une « sourdine pudique66 », à l’image des visites au bordel qui occupent les premières sorties des blessés guéris : « Que le vertueux lecteur et la chaste lectrice se rassurent. Je ne me ferai pas leur guide en incursionnant dans les boîtes à plaisir67. » Vecchini tait, pour des motifs qui ne tiennent pas au respect de la bienséance, d’autres éléments de la vie des blessés qu’il entend décrire : des lettres de mères à leurs fils qu’il ne « cite pas […] parce que nulle parole ne peut rendre les trésors d’amour et de tendresse accumulés dans un cœur de mère68 » ou « de[s] lettres d’humbles, presque illettrés, bourrées de fautes d’orthographe » qu’il dit ne pas avoir « sous la main » mais dont il affirme qu’elles « sont les plus belles69 ». Ce faisant, il se donne les traits d’un singulier témoin qui ne cesse de mettre au jour les limites auxquelles se confronte sa prise de parole et signale que ce qu’il ne dit pas est plus significatif que ce qu’il dit. À ce titre, l’évidant, il produit un témoignage bridé, un récit qui évite de dire la bataille, puisqu’aucun fait d’armes n’y est rapporté, un récit au cours duquel il cède la parole à d’autres blessés que lui, à des visiteurs de blessés, à des lettres envoyées à des blessés, un récit qui met, dans une certaine polyphonie, en vis-à-vis diverses manières d’envisager la guerre. Blessure et belle humeur présente ainsi l’intérêt, passé inaperçu à l’heure où il paraît, de montrer que celle-ci ne peut se dire que dans l’incomplète juxtaposition de discours auxquels, nécessairement, elle échappe. S’il a semblé alors, « belle humeur » aidant, dédramatiser la guerre, Vecchini en dramatise surtout l’écriture.
Notes
Fernand Vanderem, Le Miroir des lettres. Deuxième série, Paris, Flammarion, 1921 (repris de « Les Lettres et la Vie »), Revue de Paris, 15 novembre 1919, p.414-427.↩︎
Le « Du même auteur » qui figure au seuil de Blessure et belle humeur fait état de deux publications antérieures : L’Étui (1912) et À Léon Dierx (1913). Ces deux ouvrages ont été publiés à Bastia (imprimerie de C. Piaggi).↩︎
Sur ce point, voir Dominique Vecchini, « Georges d’Esparbès », Le Petit Bastiais, 17 avril 1913 ; « La Société des Gens de Lettres. La Promotion dans la Légion d’honneur », ibid., 20 juillet 1913 ; « Notre trésor poétique et populaire. Éloge de Jehan Rictus, ibid., 16 septembre 1913 ; « Les Statues ébauchées. M. Édouard Estaunié », ibid., 23 septembre 1913 ; « Les Jeunes Gens d’aujourd’hui », ibid., 6 décembre 1913 ; « Un penseur ému » [Élie Faure], ibid., 21 mai 1914, « L’Amphisbène par Henri de Régnier », L’Aspic, 31 mars 1914. Vecchini a en outre publié un conte, « Les Crucifiés », dans la livraison du 18 janvier 1914 du Petit Bastiais et une suite d’aphorismes, « Pensées », dans L’Aspic du 15 avril 1914. Il a donné, à Bastia, des conférences sur Léon Dierx, sur Jehan Rictus, (« Les Forçats du beau. Les grands poètes français de Villon à Rictus » dont un résumé figure dans Le Petit Bastiais du 19 novembre 1913) et prononcé, en 1914, une intervention intitulée « Conseils aux ouvriers ». ↩︎
Sur ce point, voir notamment, « La Poitrinaire » [sonnet dédié à Henri de Régnier déjà donné dans L’Aspic du 14 septembre 1912] et « Rupture » dans La Lanterne des 9 septembre 1913 et 18 juillet 1914. ↩︎
Pour un portrait de Vecchini à la veille de la guerre puis à son retour du front, voir Eugène Grimaldi, « Souvenirs. Dominique Vecchini », Le Petit Bastiais, 19 et 23 avril 1918.↩︎
Georges Duhamel, Vie des martyrs : 1914-1916, Paris, Mercure de France, 1917, p.128. ↩︎
Sur la réception de Civilisation, voir Les Cahiers de l’abbaye de Créteil, n°37, « Le Prix Goncourt 1918 a cent ans », décembre 2018, p.17-53. ↩︎
Eugène Grimaldi, « Blessure et belle humeur par Dominique Vecchini », Le Petit Bastiais, 31 janvier 1919. ↩︎
Ce phénomène est relevé par Costa-Marini dans un article (« Littérature de guerre ») paru dans Le Petit Bastiais du 2 février 1919, au moment s’y poursuit la publication des « souvenirs d’hôpital » de Vecchini. ↩︎
Henri Lavedan, « Le Rire de guerre », L’Intransigeant, 31 octobre 1914 (repris dans Les Grandes heures. Première série (août 1914-juillet 1914), Paris, Perrin, 1919, p. 140-145). ↩︎
Journal officiel de la République française. Lois et décrets « Citations à l’ordre de l’armée », 8 décembre 1914, p.9045.↩︎
Ibid., 29 juillet 1915, « Médaille militaire », p.5204.↩︎
Ibid., 31 janvier 1916, « Légion d’honneur », p.878. ↩︎
Sur de telles œuvres, voir, Nicolas Bianchi, « Les Gaîtés » de la tranchée. Poétique historique du rire romanesque de la Grande Guerre (1914-1939), thèse de l’université Paul-Valéry Montpellier III, sous la dir. de Marie-Ève Thérenty et Pierre Schoentjes, 2021.↩︎
Eugène Grimaldi, « Français et Allemands », Le Petit Bastiais, 13 mars 1916.↩︎
Eugène Grimaldi, « Blessure et belle humeur par Dominique Vecchini »,Le Petit Bastiais, 7 février 1919.↩︎
Dominique Vecchini, Blessure et belle humeur, Paris, La Maison française d’art et d’édition, 1918, p. 61-62. ↩︎
Ibid., p. 42. Cette allusion au « Debout les morts » qu’aurait lancé le lieutenant Péricard à ses hommes est suivie d’une digression au terme de laquelle, se souvenant de l’étude qu’il a consacrée au poète, Vecchini lui en restitue la paternité : « Ce cri a […] été prononcé [p]ar […] Léon Dierx, dans les Paroles du vaincu » (ibid., p. 43). ↩︎
Fondée par Ernest Lavisse au début de la guerre, réunissant plusieurs des plus hautes autorités de la République (Léon Bourgeois, Louis Barthou, etc.), la Ligue française défend l’esprit d’Union sacrée. Le Petit-Bastiais invite dans sa livraison du 18 février 1917 les Corses à y adhérer et la présente ainsi que ses actions à diverses reprises, notamment dans sa livraison du 6 mars 1917. André Dardy, homme de loi de profession, en deviendra le représentant insulaire. ↩︎
Le Biffin, « Un livre faux », L’Action française, 30 mars 1917. Le 11 février 1919, peu avant que Dardy s’exprime dans Le Petit Bastiais, L’Action française reprend un article, d’abord publié dans le Frankfurter Zeitung (3 novembre 1917) que le quotidien avait déjà donné le 4 décembre 1917 : « Les Aimés de l’ennemi. Le Feu arme boche ». L’emploi du mot « cafard » dans le propos de Jehan Rictus que Vecchini fait figurer dans sa lettre à Barbusse renvoie à cet article. ↩︎
André Dardy, « Jérémie et Rabelais », Le Petit Bastiais, 15 février 1919. ↩︎
Ibid. Barbusse a fait figurer le texte des deux citations qu’il a reçues sur un feuillet volant qui a été joint à l’édition originale du Feu. Elles ont en outre été régulièrement données dans la presse. ↩︎
Le Petit Bastiais fait état des activités des « Poilus rabelaisiens » et de leur Président dans ses livraisons des 21 février et 1er juillet 1919. La mention « Président des Poilus Rabelaisiens » figure sur les cartes de visite de Vecchini. ↩︎
J.-B. Olagnier, « Jérémie et Rabelais », Le Petit Bastiais, 4 mars 1919. ↩︎
Ibid., p. 86. Le 26 octobre 1918, Le Petit Bastiais a publié un poème (« Pour un héros ») de Vecchini écrit à la gloire de Clemenceau (« Prophète illuminé, ta voix, c’est la Patrie / C’est le vin capiteux qui grise le soldat / C’est l’hymne surhumain qui s’exalte et qui prie / C’est le clairon d’espoir au-dessus du combat »). ↩︎
[Anonyme], « Le Retour de l’Aiglon », Le Petit Bastiais, 5 juillet 1919. ↩︎
L’Aspic, 1er août 1919. Sur la même page du journal figurent des témoignages de soutien à la candidature du colonel Virgitti, avec qui Vecchini fera liste commune, l’un d’entre eux étant signé par Grimaldi. ↩︎
Sur ce point, voir, Le Journal des Poilus, n° 1, novembre 1919. Dans la dernière livraison (mars 1920) de ce périodique est reproduit, sans aucun commentaire, le dessin que Willette a réalisé pour Blessure et belle humeur. Nous remercions M. Kevin Petroni d’avoir aimablement porté ces derniers documents à notre connaissance. ↩︎
Dans le premier numéro du Journal des Poilus est donné le programme qu’il porte, lequel repose, pour les questions nationales, sur l’élection du « Chef de l’État par le Peuple », le retour au Concordat et la levée « des lois d’exil contre les familles ayant régné en France ». Cette même livraison du Journal des Poilus ne s’intéresse que peu à Vecchini et met l’accent sur la carrière militaire du colonel Virgitti, officier qui a repris du service pendant la guerre. ↩︎
Les articles que Grimaldi consacre au colonel Virgitti dans L’Aspic sont reproduits dans la première livraison du Journal des Poilus. Des années plus tard, Grimaldi et Vecchini prendront des engagements radicalement différents, le premier en collaborant avec les autorités d’occupation italiennes de la Corse, ce qui lui vaudra d’être condamné à mort (peine commuée) en 1946, le second en leur résistant, ce qui le conduira à un temps d’emprisonnement en Italie. ↩︎
Le livre de Vecchini fait l’objet d’une campagne publicitaire dans Paris-Corse entre décembre 1919 et mars 1920, celle-ci insiste sur ses seules qualités littéraires. Une version abrégée des articles de Grimaldi consacrés à Blessure et belle humeur paraît dans la livraison du 4 novembre 1920 du même périodique. Vecchini publiera par la suite divers ouvrages, relatifs à la Corse (Bastia, 1932 ; Les Baisers du maquis, 1951), qui lui vaudront une certaine réputation littéraire locale et l’obtention de différents prix nationaux. Il se verra décerner la Légion d’honneur en 1932 au titre de ses activités auprès et en faveur des anciens combattants corses. ↩︎
Comme Blessure et belle humeur, le récit de Freinet passe inaperçu au moment de sa publication, un signalement anonyme le présentant ainsi : « Notes d’un blessé de guerre d’une écriture facile qui ne nous apprennent pas grand-chose. Ça peut se lire toutefois avec intérêt. » (La Revue littéraire et artistique, 1er mai 1921, p. 24). Ce texte ne doit d’avoir été réédité (Atelier du Gué, 1996 et 2014) qu’aux travaux pédagogiques ultérieurs de son auteur. ↩︎
Dominique Vecchini, Blessure et belle humeur, op. cit., p. 31 et p. 32. ↩︎