Magma : littérature et musique par Frédéric Lecomte

Ces dernières années deux ouvrages essentiels ont paru ; ils décrivent la fantastique aventure d’un groupe hors norme, Magma, dont les paroles sont chantées en kobaïen par Klaus Blasquiz, chanteur originel et original du groupe créé par le batteur Christian Vander en 1969.
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Ces deux ouvrages sont :
Au cœur du Magma de Klaus Blasquiz, et un livre d’entretien entre Christian Vander et le journaliste Christophe Rossi au titre élégamment poétique : A vie, à mort, et après
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L’épopée Magma débute à la fin des années soixante et regroupe au fil de la saga plus de cent cinquante artistes. Christian Vander a pour ambition de réunir les meilleurs musiciens du monde pour nous embarquer dans une aventure céleste sous la férule du Dieu tutélaire que fut le saxophoniste John Coltrane. La musique Zeulh (littéralement « en delà » révèle un mode d’expression unique qui consiste, selon Vander, à « être agi par la musique ». La langue « Kobaïenne »  – aux consonances slaves et germaniques – nous emporte dans une galaxie céleste : un appel réunificateur à tous les Terriens.
Le livre de Klaus Blasquiz nous emmène du Pays Basque, d’où il est originaire et où il descendait en vacances dans la traction avant paternelle, et nous fait vivre toutes les péripéties de l’aventure  « Magmaïenne », (parfois burlesques !) des festivals pop des années soixante dix, à New York en passant par la fac de Vincennes, où Klaus donne également des cours de « figuration narrative » -à savoir bande dessinée.
Les Beatles sont pour lui une révélation, car ces « yéyés anglais », comme il les nomme, lui rappellent certaines musiques traditionnelles ibériques … Après les groupes Blues Convention et Stuff, il intègre l’équipe Vander et nous fait partager les premières auditions rue Championnet (où la batterie est prohibée pour cause de voisinage ). Une rencontre inopinée lors d’un bœuf au Rock n’Roll Circus permet au groupe d’enchainer les heures de répétition dans une demeure de la vallée de Chevreuse. C’est le début de la consécration, et de dix années passionnantes, du premier concert à la Gaité lyrique jusqu’aux dix ans de Magma à l’Olympia.
À partir de 1980, Klaus décide d’explorer de nouveaux horizon, avec Odeurs et en collaborant comme choriste pour Renaud. Il a fondé un fabuleux musée du son à Saint Denis, et se lance dans la photographie et le journalisme. Mais sa voix unique revient ponctuellement hanter certains concerts de Magma…l’aventure n’est jamais finie…
L’ouvrage de Christophe Rossi nous fait découvrir tous les dessous « techniques » de l’épopée Magma. Le fondateur Christian Vander nous raconte son enfance difficile et romanesque, avec un grand père faux monnayeur tué devant chez lui (si si !) et une mère héroïnomane et fan de jazz, amie de Chet Baker  – qui vole pour le jeune Christian sa première batterie, et qu’il va visiter à la prison de La Roquette, où elle est emprisonnée pour trafic de drogue. Cette enfance « nourrie au jazz » et la révélation Coltrane vont construire le style Magma, inféodé avec bonheur à celui que Vander nomme « l’Homme suprême » La mort de John Coltrane est un déchirement pour le jeune Christian qui fait une grave dépression nerveuse et qui n’aura de cesse d’explorer sa musique « multi directionnelle ».  Un jour, toute la petite équipe se retrouve au Rock n’Roll Circus, la  boîte à la mode, où de nombreux groupes viennent improviser. Ils demandent à jouer mais lorsqu’on leur demande leur nom, ils rétorquent fièrement qu’ils n’en ont pas.  Or pas de nom…pas le droit de passer sur scène. Il faut faire vite.
L’appellation Magma va être trouvée à la va-vite au fond d’un bar, juste avant de retourner jammer. C’est lors de cette fameuse soirée qu’un riche américain, ébloui par leur performance, décide de louer pour eux une grande demeure où le groupe va s‘enfermer de longues semaines pour des séances de répétitions intensives empruntes d’une discipline quasi « militaire ». La première pochette du disque tranche avec le contexte peace and love de l’époque. On y voit un aigle géant qui  enserre la Terre. La Musique doit faire voyager dans Les Mondes (dixit Klaus) Le surnom Kobaien de Vander signifie «  l’esprit qui tranche avec la matière ».
Nous suivons l’aventure Magma au fil de l’entretien, émaillé de rencontres (le musicien Jannick Top et sa cape violette, le régisseur « Loulou », l’homme le plus fort du Monde) . Georgio Gomelsky ( premier manager des Rolling Stones, puis des Yardbirds, qui ne laisse pas que des bons souvenirs ( il n’avait pas forcément les épaules pour un groupe de cette envergure, et sa stratégie consiste plutôt à diviser pour mieux régner. )
Et puis…il y a tout l’aspect technique. Passionnément, Vander nous fait rentrer dans l’univers intime qu’il entretient avec la batterie. Pour le profane, il faut comprendre le « lâcher » et le « peser » de la note, se familiariser avec la « jazzette » ( batterie de petite dimension », le Gretsch Sound et le Ptah (solo de batterie). Toujours cette quête de ne pas faire de la Musique, mais être « agi par elle ». Parallèlement à Magma, il y aura le groupe Aliens, les concerts magiques dans les clubs et la fondation de la production Seventh Records.
Le livre s’achève sur la recette du VanderTop : plat à base de riz concocté pour les musiciens en tournée. A dévorer sans modération avec des baguettes !
Bon appétit !!
                                                                                                                       Frédéric Lecomte 

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