Quatre êtres vivent reclus sous terre. Se protègent-ils ou sont-ils captifs ? Étreints par la peur, ils n’ont guère d’horizon que a menace, réelle ou supposée. Un texte de Misandra Fondacci, dont la lecture est dirigée par Sylvie-Bobette Lévesque. Ailleurs

Par : Sophie Demichel-Borghetti

« Ailleurs, là-bas, dehors », exercice d’écriture à l’ARIA, est bien une œuvre, même dans la beauté de l’ébauche. Une œuvre née ici, parlée en cette Forge pour sa première naissance.

Ainsi pourrait-on nommer tous ces « exercices », magnifiques livres ouverts sur papier vierge où tracer nos vies. Ils sont occasion unique de création, d’essayer de le dire et le montrer, ce monde en luttes, si souvent en pleurs.

Ces mots et ces images nous parleront de survivants. Ici, nous attendent les appels, les cris de quatre êtres reclus sous terre, enfermés.  Pour quoi, par qui ? Protégés d’un danger ou prisonniers ? Ils ont tout oublié, sauf qu’ils sont là, cernés ensemble. Un seul veut sortir, sortir, dans l’espoir qu’il est possible de vivre et respirer ailleurs.

Et nous nous trouvons cernés, otages de leur propre prison.

Que ce travail sur leurs paroles nous les offre en personnes ou en personnages, qu’importe ? Traversée épique, irruption imaginaire, « Ailleurs, là-bas, dehors » reste avant tout une dystopie. Mais une dystopie qui résiste, espère encore rester un mauvais rêve… celui d’enfants égarés.

Une œuvre chorale

Entrés dans ce texte, nous sommes portés autant par ceux-là qui parlent que par l’agencement qui leur permet ainsi de parler. Il faut à cette œuvre chorale un maître d’œuvre, et Sylvie-Bobette Lévesque fut cheffe d’orchestre pour ce texte en travail de Misandra Fondacci.

Désarroi et violence nous pénètrent parfois dans cette expérience où cette forge créatrice nous entraîne. Mais Sylvie-Bobette Lévesque sait les faire respirer en fumées, en images. Elle a su donner à ses comédiens/lecteurs les outils essentiels pour faire entendre les mots hésitants de ces âmes perdues. Peut-être en silence, elle est là, en narratrice fantôme, en cœur battant de ce ballet.

Si l’on ne sait rien, jamais, sinon que tourne le cœur de la tempête, la confusion des personnes, des comédiens et des personnages, ce trouble se révèle sans angoisse, sans gravité. Il est voulu, recherché, pour interroger cette Vérité absente, le danger permanent du monde, que, justement, ce travail tente de débusquer, d’interpeller.

Là se trouve le talent remarquable de Sylvie-Bobette Lévesque ; pour arracher la puissance et le devenir caché à des mots inachevés. Elle a mis en jeu le public. Là, au milieu, découvrant ces échos des tréfonds fondant sur lui. Elle a su jouer des interpellations vocales. Et des chuchotements au micro qui nous ouvrent à la  circularité des paroles, des voix de ces enfants, tenues par celle qui les dirige ; entre leurs rapidités et leurs pauses, en souffle et discrétion.

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Sylvie-Bobette Lévesque, en maître du jeu, aura su éclairer les brumes et laisser ouverte l’attente du devenir de ceux-là dont nous avons découvert l’appel, et leur donne la force d’aller plus loin, trouver les couloirs d’un labyrinthe dont il y a à sortir, malgré tout, et d’où, apaisés ou non, nous pourrons entrevoir l’horizon…


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