Pour son premier roman « Elle a menti pour les ailes », la jeune romancière Francesca Serra, née à Ajaccio en 1983, a reçu le prestigieux prix littéraire du Monde, en 2020. Un roman couronné de succès sur l’adolescence ultra-connectée, sur cette génération dangereusement dépendante des réseaux sociaux, devenus les éléments centraux de leur quotidien.

Par : Emma Giannechini

Véritable fléau, la cyberviolence prend de l’ampleur avec l’usage constant des nouvelles technologies adoptées par les jeunes de plus en plus tôt.

Elle a menti pour les ailes est un roman qui nous entraîne dans l’univers de ces lycéens ultra-connectés. À l’âge où ils se questionnent sur leur identité et ressentent un besoin d’indépendance et de reconnaissance. Francesca Serra porte un regard plein d’acuité sur l’addiction et la nocivité de ces réseaux, mais aussi sur leurs retentissements psychologiques, sentimentaux, émotionnels, sexuels…

Le personnage de l’histoire, Garance, est une jeune fille de 15 ans à la recherche d’opportunités pour tisser des liens. Élève au lycée Cézanne, elle a acquis une certaine popularité depuis qu’elle a intégré un groupe très en vue dans ce lycée. D’une beauté sidérante elle prépare son concours de mannequin. C’est le plus beau jour de sa vie, elle est finaliste ! Et c’est la victoire !

Félicitations, mais aussi insultes fusent alors sur les réseaux sociaux, ponctuées d’incitation au suicide. Garance est à présent une victime, elle est persécutée, traquée et n’a plus aucun contrôle. Elle doit affronter quelque chose de puissant, et doit trouver une solution à l’impossible. Cette résonance émotionnelle sert l’intrigue. Le lecteur l’accompagne et ressent cet ébranlement comme s’il était le sien ; conscient que ces éléments peuvent devenir un terrain fertile au passage à l’acte, tant ils sont dramatiques et quelquefois insurmontables pour des jeunes victimes du cyberharcèlement.

Un désir de fuite ou de mort

Telle une horde de zombies, ses camarades deviennent une menace, mais aussi la source et l’essence même du drame. Francesca Serra nourrit ses scènes de l’opportunité que lui offre le jargon du réseau social. Mais quand les réseaux sociaux ont autant d’influence et font perdre tout contact avec la réalité, est-ce une fatalité ? Comment se raisonner mentalement quand le harcelé oscille entre son désir de fuite ou de mort ; se croyant, de fait, condamné à voir les réseaux prendre le contrôle de sa vie ?

Dans une volonté de rompre avec cette difficile réalité, l’adolescente fuit pour côtoyer un autre univers au cœur des montagnes, comme un ultime appel au secours.

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Une sorte de compte-à-rebours a commencé. L’étoile filante du moment, la beauté qui a fait l’unanimité du concours d’Elite Model Look a disparu. Poursuivie sans relâche par des paroles moqueuses et humiliantes, elle s’est volatilisée. Elle a découvert l’existence insoupçonnée d’un néant intérieur. Le point de non-retour. L’échappatoire qui rend irrévocable le cours des évènements et qui donne au lecteur déjà engagé émotionnellement, l’envie de tourner les pages.

Le sujet profond que porte ce livre est le mal-être des adolescents et l’utilisation intensive et abusive des réseaux sociaux. Ceux dont la réalité est sur leur portable. Ceux qui très tôt apprennent à interagir avec leurs followers, ou créer des fake-news, des polémiques à partir de petits rien et de tout ; avec une visibilité ou un pseudo anonymat … dans cette titanique base de données. 

En conclusion, il alerte sur le harcèlement scolaire qui est malheureusement une des conséquences du virtuel sur leur vie quotidienne et fait naître chez le lecteur beaucoup de compassion. Il nous amène à nous interroger sur cet outil qui a changé notre manière d’échanger ; puis sur cette dépendance qu’il crée chez les utilisateurs qui sont tombés dans cette spirale infernale de la connexion.

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