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Au début on pense à une fiction critique de la société moderne, de l’hypocrisie, du commerce omniprésent, de la perte de franchise ! On est dans un train et on se laisse emporter avec un bonhomme pas très sympathique, qui s’amuse à montrer aux autres le fond de sa pensée par un regard analysé dont il joue et son manque d’empathie à leur égard. Le train poursuit sa course, vers où ? On quitte la ville, la civilisation. Pour longtemps dirait-on ; d’ailleurs le personnage a jeté ses boutons de manchettes par la fenêtre du wagon, ce qui semble être la délivrance du  dernier signe d’entrave sociale et de compromis.

Il a préparé sa sortie de la civilisation : il sait de quoi il va matériellement avoir besoin pour survivre seul en forêt, il est organisé , fait ses emplettes ! Au début on songe à un hommage à la nature maternelle, généreuse. Les lieux évoqués ressemblent à la montagne corse mais cela pourrait se passer ailleurs. Il y a quand même l’évocation du sanglier et le fait qu’il appelle son chien, trouvé blessé, Lione…Bien vite c’est la dureté de la vie naturelle  qui apparaît, avec par contraste les limites de la force du narrateur, de son endurance physique et psychologique , traduites par des passages en italiques, qu’on retient. Tout semble se corrompre un peu – ou beaucoup (ah l’horrible moment du lièvre !) – dans ce texte , que ce soit du fait des hommes en ville ou du temps, de la chaleur, de la maladie, du corps et de l’esprit : on tousse beaucoup, le fiel remonte en crachats, on a la fièvre, on s’épuise vite, on divague.

Le bonheur est-il simplement accessible ? Le personnage narrateur plonge en lui-même pour palier son inadaptation : il résiste, construit, ordonne sans relâche mais c’est l’homme du ressentiment et il est possédé. Ses démons l’habitent, le persécutent, davantage encore puisqu’il est seul. La force de la forêt est aussi sa faiblesse. Drôle de fuite !

Un roman à lire : moins de 200 pages, un rythme qui vous séduira, de très beaux passages, entre horreur et admiration. Ce n’est pas une lecture de tout repos. Dans sa tête rêve et réalité s’entrelacent et après la lecture, l’impression de mystère est forte. Qu’est-ce qu’un homme ?

Marie-France Bereni Canazzi

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