Parallèlement au mouvement révolutionnaire de 1789, naît un autre libéralisme, porté par des aristocrates comme Montesquieu, Chateaubriand ou Tocqueville, et qui se construit en opposition au centralisme étatique. Un courant paradoxal, qui fait l’originalité du libéralisme politique français.

Par : Kevin Pétroni

Comment sortir du chaos dans lequel la France est plongée depuis la Révolution française ? Une pensée politique de Benjamin Constant définit au mieux la crainte qui agite les penseurs libéraux. Elle dit la chose suivante : “Qui restaure la monarchie ramène l’Ancien Régime détesté, mais qui ramène la République fait surgir l’ombre menaçante de la Terreur”.

De manière parodique, Constant se pose en ancêtre de Schopenhauer. La France serait un pendule qui oscille de droite à gauche, de la monarchie absolutiste à la tyrannie républicaine du comité de salut public. Point de salut, donc. Au fond, Constant craint que la politique ne se résume à une réaction antilibérale. La monarchie restaurerait le privilège, soit, une conception du droit fondée sur la particularité, l’inégalité et la contrainte. La république, une société du contrôle au nom de l’égalité et de la raison d’État, le célèbre “salut public” qui confisqua la parole du peuple afin de servir ses propres intérêts politiques.

Benjamin Constant

Absolutisme ou tyrannie, le problème est le même pour les libéraux : l’émergence d’un État autoritaire fondé sur le centralisme politique. En France, chose assez surprenante de prime abord, cette lutte est assumée par Montesquieu, Chateaubriand et Tocqueville. Trois aristocrates, trois auteurs qui devraient défendre le privilège. Il n’en est rien. C’est la grande singularité du libéralisme politique français.

Les fondements du libéralisme de droite

À côté du mouvement révolutionnaire de 1789, né du désir du Tiers État de s’extirper des tutelles politiques et religieuses, un autre libéralisme s’impose. Ce libéralisme ne naît pas du peuple. Il ne naît pas à gauche, mais à droite. Il s’agit du libéralisme aristocratique. Reste à définir ce libéralisme aristocratique. À mon sens, ce libéralisme souhaite contrôler les excès et les contraintes du centralisme étatique. Il n’est pas encore question des libertés individuelles. Les auteurs s’intéressent particulièrement à la mise en œuvre d’un régime politique opposé à la tyrannie. Ce libéralisme se propose comme une difficile adaptation aux principes de la démocratie représentative par ceux qui en étaient les plus ardents opposants. Il s’agit d’un long chemin, arpenté à contrecœur, face aux sempiternelles insurrections qui menacent un pouvoir royal incapable de rétablir son prestige depuis la Fronde.

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D’abord, aristocrates réactionnaires, en faveur du rétablissement du système féodal contre l’absolutisme (Montesquieu) ; puis, antirévolutionnaires, opposés à la tyrannie républicaine fondée sur l’égalité (Chateaubriand) ; enfin, rangés lucidement du côté de la démocratie contre une impossible restauration (Tocqueville), les aristocrates libéraux sont ceux qui posent les fondements du libéralisme de droite

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