Un univers graphique unique, une incursion réussie dans le monde du cinéma et une rétrospective au centre Pompidou. Décidément tout réussit à Riad Sattouf ! Voyage au cœur de son processus créatif.

Par : Lena-Maria Perfettini 

 Pour les adolescents, Riad Sattouf, c’est « Les Cahiers d’Esther» ; et pour les cinéphiles, c’est « Les Beaux Gosses ». Mais pour plus d’un million et demi de lecteurs de par le monde, c’est l’enfant blond de « L’Arabe du futur ».
La Bibliothèque publique d’information (Bpi), située dans le Centre Pompidou, proposait en 2018 la première rétrospective consacrée à Riad Sattouf. Entre croquis, planches originales et extraits de films ; nous y découvrions toute sa production graphique et cinématographique, plus ou moins connue du grand public. 

L’inspiration de Riad Sattouf vient souvent de l’observation du comportement de ses congénères. Particulièrement révélé par la première partie de l’exposition qui propose des planches de : « La Vie secrète des jeunes » ou de « Retour au collège ». À vrai dire, le dessinateur se plaît à décrire sans aucun commentaire, des scènes qu’il a vues et entendues. Avec comme sujets de prédilection, le passage de l’adolescence à l’âge adulte, mais aussi la découverte des premiers émois et de la sexualité.

Admirateur de Truffaut

Et par ailleurs, son admiration pour le cinéma de François Truffaut ; en particulier pour la série des cinq films autour du personnage d’Antoine Doinel, qui n’y est pas étrangère. À l’exemple de ses ouvrages, plus ou moins autobiographiques, que sont le « Manuel du puceau » et « Les Pauvres aventures de Jérémie».

L’acmé se trouve être un projet débuté en 2015. En effet, publié au rythme d’un album par an et dont les planches sont pré-publiées hebdomadairement dans L’Obs et tirées de : « Les Cahiers d’Esther ». Riad Sattouf y dessine la vie quotidienne, en famille et au collège, d’Esther : cette fille d’amis proches, entre ses 10 ans et, espérons-le, jusqu’à ses 18 ans. On se laisse facilement prendre par la relecture, à travers les yeux d’une adolescente. Sur les événements contemporains du monde politique ou économique. Et par ses réflexions sur la musique, l’école ou les relations hommes-femmes.

Des beaux-Arts à la comédie

On découvrait les dessins de jeunesse de Riad Sattouf, au gré des changements de styles et de techniques ; au programme de sa formation aux Arts Appliqués de Nantes et aux Beaux-Arts de Rennes. Puis, à l’École des Gobelins à Paris, où nous pouvons noter l’évolution du trait du dessinateur. De même que l’étendue de ses capacités, qui lui ont permis de se lancer dans le monde sélectif de la bande dessinée.

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Après avoir croisé Pascal Brutal, son héros tout en muscles, tout droit sorti de Fluide Glacial, nous (re)découvrions, grâce à plusieurs documents ; interviews et extraits, les deux films que Riad Sattouf a réalisés. « Les Beaux Gosses » en 2009, qui lui a valu le César du meilleur premier film, et «Jacky au royaume des filles» en 2014 ; une comédie décrivant la vie d’un jeune homme dans une gynocratie. S’en dégage de nouveau, son appétence à parler de la question de la virilité, plus ou moins exacerbée. 


Pour finir, nous plongions dans l’univers de « L’Arabe du futur ». La série de quatre tomes, qui en comptera six au final. Et qui raconte l’enfance et l’adolescence de Riad Sattouf ; au gré des déménagements de ses parents entre la Libye, la Syrie et la France. Son père est syrien, sa mère bretonne. Dans la crainte d’en dévoiler trop aux lecteurs qui ne seraient pas à jour dans la lecture des albums ; l’exposition se concentre sur certaines thématiques récurrentes de la série. Comme la violence, l’éducation, l’histoire vue à hauteur d’un enfant et la relation Orient/Occident. Ou sur des épisodes précis comme la circoncision du petit Riad.

Le dessin de Georges Pompidou

Mais, comment dessiner son autobiographie et reconstituer son passé ? À vrai dire, pour expliquer cela, Riad Sattouf a ouvert ses archives familiales dévoilant aux visiteurs divers documents personnels. Et par conséquent, des photographies mais également des livres de classe. De même qu’une chronologie des évènements marquants de la famille, rédigée par sa mère. L’exposition s’achève sur la naissance de sa vocation pour le dessin, avec un clin d’œil au lieu d’accueil. En effet, c’est avec un dessin supposément de Georges Pompidou, que le petit Riad aurait éveillé l’intérêt de son entourage pour son coup de crayon. 

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