Dans un Paris dystopique, Tatiana de Rosnay imagine une résidence d’artistes indiscrète et angoissante, un faux havre de paix pour une écrivaine en quête d’inspiration. Un roman plein de suspense, qui exploite nos craintes les plus intimes.

Par : Antoine Guidicelli

Le film Elle s’appelait Sarah, sorti en 2010, a permis de mieux connaître Tatiana De Rosnay, journaliste et romancière franco-britannique. Il s’agissait pour le réalisateur Gilles Paquet-Brenner de porter à l’écran un texte captivant. Une enquête de mémoire et d’actualité qui avait fait du roman un best seller.

Un appartement était déjà la clef de voûte de l’intrigue qui a permis d’évoquer de façon juste des moments très noirs de l’histoire. Le dernier roman de Tatiana de Rosnay est une plongée dans le futur. Ce à quoi elle ne nous a pas habitués. L’œuvre est réalisée par montage. Des intrigues différentes mêlent monologues, extraits de journaux, récits et dialogues.

Ce roman se lit comme un thriller. Il plaira à ce titre à des lecteurs d’univers bien différents.

L’intrigue se déroule dans le Paris du futur. Les robots sont présents et nous servent. Alors que certains bâtiments emblématiques demeurent dans ce Paris post-apocalyptique, tant d’autres ont disparu. La Tour Eiffel est parfois montrée en hologramme. Reflet de ce qu’elle a été. La vie d’avant n’est plus, les attentats et les dérèglements climatiques ont bien changé la forme de la capitale !

La capitale post-apocalyptique

Une écrivaine, Clarissa Katsef, soucieuse de retrouver un cadre propice à la sérénité, vient de quitter son époux. Elle a, de fait, postulé pour intégrer l’une des nouvelles habitations chics récemment construites. Celles dédiées aux artistes par des philanthropes de l’immobilier. En bref, l’acceptation de son dossier sonne comme une invitation à repartir d’un nouveau pied. À retrouver une paix relative, à défaut de bonheur. Elle est venue à l’écriture assez tard, happée par l’œuvre de Virginia Woolf ainsi que celle de Romain Gary. Tous deux présents par des échos et citations tout au long du roman.

Par ailleurs, le programme de location de CASA choisit les futurs habitants de ce lieu lumineux et sécurisé, où tout sert la création ; on peut par exemple, s’inventer un autre nom. Choisir celui de sa secrétaire, une entité née de l’intelligence artificielle, que Clarissa a décidé de nommer Ms Dalloway. Les lecteurs aguerris s’y retrouveront.

Dans son bel appartement moderne et connecté, cette jeune grand-mère reçoit peu ; sa fille et sa petite fille surtout. Elle les adore et n’a pas envie de leur expliquer pourquoi elle vient de se séparer de son mari, François. Elle voudrait écrire, finir son roman, reprendre confiance en elle.

Des machines dans le décor

A Casa, elle rencontre d’autres créatifs qui découvrent pour certains, comme elle, les bizarreries de leur habitat. Elle commence à se bâtir une vie sociale. Malgré sa méfiance, elle accepte tout de même de répondre à quelques questions de Mia. Cette étudiante qui la sollicite et l’admire pour son œuvre. Clarissa est heureuse de sa liberté retrouvée.

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Mais, à vrai dire, peu à peu l’ambiance change. Les machines intégrées au décor épient-elles les locataires ? Et pour le compte de qui ? Un étrange docteur, spécialiste de l’intelligence artificielle, semble tout contrôler de la vie des nouveaux locataires. Est-ce pour leur bilinguisme parfait que ces artistes ont été réunis, tels des rats de laboratoire ? Et tandis que Jim le beau trentenaire qui, certes, buvait un peu trop et s’offusquait d’être épié, a disparu ; le chat de Clarissa, Chablis, quant à lui, se cache souvent, apeuré, alors qu’il n’y a personne.

Plusieurs points mystérieux tiennent en haleine le lecteur. La séparation de Clarissa, ses motivations, les intrusions dans son intimité, ses rêves étranges, la disparition de Jim… On lit avec plaisir une histoire dont on se dit qu’elle résonne un peu comme une mise en garde.

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