Publiée en 1956 par Isaac Asimov, la nouvelle La Cane aux œufs d’or raconte l’histoire d’un fermier possédant une cane qui pond des œufs en or. Face à ce mystère, des experts scientifiques sont dépêchés pour en donner les causes et les raisons. À travers ce récit humoristique, l’auteur pastiche le discours scientifique. Il cherche à s’amuser de la rationalisation à l’œuvre dans les sociétés industrielles.

Par : Philippe André

Voici une chose insolite. Un œuf de Cane pesant 1kg d’or. Cela devient une aventure scientifique où toutes les descriptions analytiques qui incombent aux experts se succédant participent à la formation d’un suspens inédit, mêlant science, mystère et humour.

Isaac Asimov détaille les procédés menant aux réflexions érudites malmenant ses protagonistes. L’humour se joint à la complexité de l’affaire. Durant tout le récit, l’auteur frustre son lecteur. La frustration règne durant tout le récit. Le projet aura pour nom : « Projet Pâté de foie gras ».

Renouer avec la fable

À vrai dire, dans « cette fête foraine scientifique », l’humour maintient le lecteur dans une drôle de fascination hypnotique. Le comique de situation, généré par le contraste, entre le cadre rural de la scène et la description scientifique des experts, établit un suspens d’un genre inconnu.

Comment caractériser cet œuf ? Face à ce dilemme, celui de la caractérisation d’un phénomène illogique. Impossible de le dire. L’auteur joue avec nos nerfs. Il joue également avec nos références en nous incitant à renouer avec la fable pour résoudre le mystère. Fable dénonçant la cupidité humaine, racontée par Ésope, reprise par La Fontaine. Elle raconte comment un fermier tue sa cane ayant pondu un œuf en or en croyant en trouver dans ses entrailles. Il ne tombe alors que sur la chair de l’animal agonisant. 

Avec la reprise de cette morale face à l’inconnu, la formulation d’une réponse qui s’oppose à la méthode scientifique, Isaac Asimov ridiculise ses protagonistes. Ici pas de morale. Juste de la moquerie, sous couvert d’intellectualiser ce qui ne l’est pas.

Pondre un ovni burlesque

L’environnement d’une ferme se transforme en un « quadrillage militaire d‘expertises minutieuses ». Le lecteur se creuse l’esprit à vouloir comprendre ces prononciations médicinales, ces mots alambiqués, à saisir les termes et réactions devant les essais sur l’animal matérialisé en cobaye. Quoique ne pouvant être disséqué pour des raisons de rareté.

Pour ma part la jubilation s’active du fait que tout ce monde soit dépassé par les évènements. Le lecteur semble se trouver lui aussi dans la mélasse, par la complexité des propositions techniques des chercheurs. Et dans l’impasse du « tout ça pour ça ». Comme si la facilité d’exécution de l’auteur à « pondre » un ovni burlesque pouvait, par sa chute conduire à une fin attendue.

L’érudition est certainement là, dans la complexité des éléments. Mais cette érudition est tournée en dérision par le récit, malin, aventureux, distrayant. Très distrayant en réalité, et qui conduit à opposer le discours théorique à la simplicité du réel.

Une renommée sans faille

Focus : Issac Asimov (1929-1992) pourrait être la marque déposée de la littérature en langue anglaise associée au genre de la science-fiction le plus connu au monde. Il est d’ailleurs l’un de ses plus prestigieux représentants. En somme, il fut un auteur prolifique. Et sa « démocratisation » de la science dans ses œuvres pleines d’imagination et d’aventures lui valut une renommée sans faille. Son cycle Fondation, classique emblématique ancré dans les mémoires, son autre cycle consacré aux Robots sont des chefs d’œuvre intemporels.

BIFROST N°105 / Ma vie de Cane aux œufs d’or …

N’étant pas biochimiste ou professeur émérite, je me suis retrouvé devant le dilemme de vouloir discuter de la Nouvelle d’Asimov sans avoir l’argumentation scientifique adéquate. Donc je me suis recroquevillé sur moi-même avant de tomber sur ce numéro de la revue des mondes imaginaires (BIFROST n°105).

Là, dans ces pages, deux intervieweurs de renoms (Roland Lehoucq & Fabrice Chemla) spécialisés dans les études poussées de la décortication des sciences de la Physique et de la Biochimie, ont pris en charge le dossier pour faire intervenir le principal intéressé ; l’oiseau en question. Je n’ai pas hésité à lire leur papier.

Un honorifique Houra

À défaut d’avoir un discours à contre-courant sur l’étude des œufs d’or de la Cane, je me suis laissé distraire par un ton journalistique hilarant dont je ne connaissais pas le côté rafraîchissant. 

La Cane a une autre qualité. Celle de pouvoir discuter de la pluie et du beau temps sur ses parties aurifiées et autres pensées philosophiques.

Je me suis confronté sans demi-mesure à un comique de situation aussi irrésistible que le texte de base.

La Cane fut interrogée en revenant sur son trajet de vie ; depuis la Ferme où elle logeait jusqu’à sa captation par le gouvernement. De 1956 à 2022 (de la parution de la Nouvelle d’Isaac Asimov à aujourd’hui) le mystère reposa sur une alchimie mutagène créant, au-delà de la fine pellicule d’or, l’immortalité à une Cane pleine de verves et de souvenirs.

Encore plus étrange avec le sens d’une rhétorique sans failles. Les deux compères s’amusent et nous amusent à nous garantir une avalanche de positions « kamasutriques scientifiques » des plus décalées.

L’intelligence n’a pas de prix, elle se lit dans l’approbation de faire de ce récit un honorifique « Houra ! » destiné à nous confondre de joie dans la personnification d’un immense romancier de la Science-Fiction : Isaac Asimov.

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La revue BIFROST

Focus : la revue BIFROST existe depuis 1996. Édité par la maison d’édition Le Bélial elle se consacre à parler de l’actualité de la littérature de science-fiction, de ses dérivés et sous-genres. Ses pages sont consacrées à leurs auteurs et n’oublient jamais de conceptualiser leur numéro autour d’un grand nom.

Roland Lehoucq est astrophysicien, auteur, conférencier et vulgarisateur très connu dans le milieu de la SF.

Fabrice Chemla est professeur de Chimie à Sorbonne Université. Il participe et intègre plusieurs thèmes liés à la science-fiction. De Dune à la franchise Alien il explore par le métier dont il fait autorité toutes les ressources qu’il explore dans les des livres et débats où il est souvent invité.

Pour finir : La Cane aux œufs d’or est à lire dans le recueil de Nouvelles « Aventures Mystérieuses » ; sorti chez folio SF Pocket.


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