ARTICLEFrancis Beretti présente l’ouvrage autobiographique de Noëlle Vincensini, Le morceau de sucre et autres récits, publié aux éditions Albiana. Noëlle Vincensini a obtenu pour cet ouvrage le Prix de la Collectivité de Corse.


La page de couverture représente une jolie fille au sourire charmeur, au regard malicieux : l’image de la joie de vivre. Si l’on s’en tient à cette photo, on est loin de se douter que ce sujet a vécu l’enfer.

Une adolescence brisée


Lycéenne à Montpellier, Noëlle Vincensini a 17 ans quand elle s’engage dans le groupe des FTPF (Francs-tireurs et partisans français) de la Résistance. Mais la Gestapo, qui a infiltré le groupe, l’emprisonne. Dès lors commence pour elle une longue série de jours, de semaines, de mois, de tortures, d’humiliations de toutes sortes, d’esclavage, dans des conditions inhumaines.

Les années de déportation

Manque d’hygiène, manque de sommeil, privation de nourriture, travaux forcés au service de  Siemens, dans le « Kommando » de Neudrandenburg, administrativement rattaché à l’infâme camp de concentration  de Ravensbrück. Finalement, mue par l’énergie du désespoir,  elle s’échappe avec quelques camarades. Dans leur fuite, un soldat italien qui les a croisées, leur lance de son camion un paquet de sucres qui leur permet de tenir bon, alors qu’elles étaient à bout de forces.

Ecrire pour témoigner, témoigner pour écrire

C’est un témoignage rare, donc précieux, de la vie dans les camps de concentration. C’est déjà une qualité de ces récits. Mais il y a en plus, la façon de les raconter. Dès l’âge de 10 ans, nous confie Noëlle, elle avait la passion d’écrire, et de lire. 

On le voit dans le soin avec lequel elle nous met sous les yeux, comme prises sur le vif,  des images significatives qui sont restées gravées dans sa mémoire. Parmi les ruines d’un bâtiment, un piano à queue miraculeusement intact.

La surveillante du camp a appris qu’elle avait à faire à une musicienne virtuose. Elle l’installe de force sur le tabouret, et la pianiste se met à jouer la «Polonaise» de Chopin. Et là, autre miracle : les prisonnières stupéfaites voient des larmes couler sur le visage de la tortionnaire sadique. 

Autre moment poignant : des soldats russes en camouflage de combat croisent les rescapées hagardes, squelettiques : 

« Jamais je ne pourrai oublier la discrète raie blanche que des larmes ont tracées sur des faces noircies par la suie ».     

En savoir plus

Noëlle Vincensini, Le Morceau de sucre, Ajaccio, Albiana, 2018.

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