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Napoléon III et la Corse : le temps des grandes mutations

Article -Comment Napoléon III s’impose en modernisateur de la Corse ? Le Musée National de la Maison Bonaparte avait consacré en 2012 une exposition aux liens entre Napoléon III et la Corse. Francis Beretti revient sur ce catalogue d’exposition publié aux éditions Albiana.

A première vue, quand on feuillette rapidement  par curiosité, le catalogue de cette exposition,  il est évident qu’on manipule un bel ouvrage : le papier est  glacé, la  mise en page est élégante, les illustrations sont variées et impeccables. Quant au contenu, il est à la hauteur des attentes suscitées par cette première approche. En effet, le sujet est rendu encore plus intéressant  par les regards croisés, de douze auteurs,  issus de formations diverses: non seulement des historiens universitaires spécialistes de la période  mais aussi des historiens indépendants, des  conservateurs de bibliothèques et de musée, des écrivains, des journalistes.

Les Corses durant le Second Empire : une influence relative

La gloire de Napoléon Bonaparte est incontestable, et son règne une source d’études inépuisable. Mais quand on s’intéresse plus précisément à la Corse, il est juste que l’on mette à l’honneur son neveu, le dernier monarque de France, car son règne “a été pour la Corse un moment de développement privilégié” (Amory Lefébure). Avec Napoléon III, “la Corse entre à sa façon dans l’ère industrielle” (Jean-Marc Olivesi).

Alors, a-t-il trop favorisé ses compatriotes en les plaçant aux meilleurs postes?  Eric Anceau conteste, chiffres à l’appui, l’assertion selon laquelle il y aurait eu une sur-représentation des Corses au sein du gouvernement impérial.  En fait, les Corses étaient “loin de monopoliser tous les portefeuilles”. Il n’y eut que quatre ministres insulaires sur les soixante-deux que le régime a comptés, soit seulement 6, 5% de l’ensemble. En ce qui concerne les sénateurs, les Corses représentent 3% de la population française, “sans que l’on puisse pour autant parler de favoritisme éhonté”. “Les Corses sont présents dans toutes les sphères du pouvoir. Cependant, ils ne sont dominants nulle part”. Sampiero Sanguinetti considère 1848 comme une date-charnière dans les mutations du clan.

L’émergence du clanisme

Jacques-Pierre Abbatucci, garde des Sceaux de Napoléon III, chargé des affaires de la Corse

Désormais, les représentants, du fait de leur élection au suffrage universel, allaient acquérir une véritable légitimité, mais “la force du clan ne s’additionne pas à celle du peuple, elle s’en distingue, et elle prime”. En 1848, Louis-Napoléon est élu avec plus de 70% des voix (en Corse: 95%). “Les dirigeants républicains ont favorisé l’émergence d’un clan radical face au clan bonapartiste.

Le clanisme est alors devenu un véritable système. Le Second Empire est donc au coeur des mutations qu’a connues la Corse au dix-neuvième siècle”. Raphaël Lahlou définit Jacques-Pierre Abbatucci comme “l’homme-clé de la politique de développement de la Corse”. Il est certain que “se dire originaire de Corse laisse espérer des avantages”. Le satiriste Léon Bienvenu fustige “l’invasion corse dans tous les services publics”. Xavier Mauduit rétablit les faits sur ce sujet en individualisant les Corses qui entourent l’empereur, notamment Félix Baciocchi “le meneur attitré des divertissements de la cour”. Etienne Conti, Tito Franceschini Pietri, que l’on connaît mieux maintenant, grâce aussi à Sampiero Sanguinetti.

Les artisans du développement de la Corse

Thierry Choffat nous retrace, entre autres, la carrière “du plus célèbre des préfets corses”, Denis Gavini (de Campile), qui a marqué profondément la vie politique insulaire, au point de laisser son nom à son parti, “u gavinismu”. Autre personnalité remarquable, un véritable bienfaiteur, le docteur Henri Conneau, à l’origine des premiers soins médicaux gratuits en Corse, modernisateur de l’agriculture, “initiateur économique” (Emmanuelle Papot-Chanteranne).

Dès 1864, le docteur Conneau préconise alors l’installation du chemin de fer dans l’île. Le portrait particulièrement expressif de Vincent Benedetti, “le sphinx des Tuileries”, un grand professionnel de la diplomatie est brossé par Yves Bruley. Félix Baciocchi était chargé de tâches plus agréables, comme celle de de repérer “les danseuses les plus jolies” (Catherine Granger). Mais il contribua aussi à créer des chantiers navals à Ajaccio, et marqua de son empreinte l’urbanisme de “la ville impériale”, en faisant édifier sur le cours Grandval quatre maisons, les fameux “cuttesci”, qui signaient le label “Ajaccio station d’hiver” pour touristes  de l’époque victorienne. 

A lire aussi : Corsica imperiale, l’exposition du musée de Bastia consacrée aux relations entre Napoléon III et la Corse.

Les réalisations du Second Empire

A ce sujet, Audrey Giuliani et Jean-Marc Olivesi exposent les progrès apportés par le nouveau régime, et l’empreinte visible qu’il a laissée à Bastia. Le 12 mai 1858, à l’inauguration du nouveau palais de justice, près de 4.000 mille personnes assistent à cet événement. D’autre part, l’aspect général de la ville change radicalement. “Le plan à damier est adopté… sur des axes larges et aérés, les familles de notables font édifier de majestueuses demeures à la modénature soignée.”  Des notables de familles établies depuis longtemps, mais aussi des négociants et des industriels prospèrent, mettant ainsi en scène leur réussite. L’un des avantages d’un ouvrage soigneusement illustré, est que les images parlent d’elles-mêmes.

Napoléon III introduit le train en Corse

Prenons deux exemples. On voit côte à côte deux plans de l’église de Saint Jean-Baptiste, dressés par Paul -Augustin Viale; un projet d’inspiration néo-classique, l’autre “ conservato il suo antico stile”. C’est ce dernier que va retenir  le conseil de fabrique. Il illustre l’attachement des bastiais à la tradition baroque italienne, “non pas une simple déclinaison du baroque génois, mais une forme artistique qui a su se renouveler”.

Deuxième exemple. Si l’on rapproche la photo du Palais Valery, qui faisait l’ornement de la ville, du dessin représentant  la villa Valery à Cenaia ( dans la province de Pise), on comprend immédiatement pourquoi le riche armateur, qui avait des attaches sur les deux rives de la Tyrrhénienne,  avait choisi ce style. Du point de vue de l’histoire culturelle, le Second Empire marque aussi un tournant. C’est le moment où l’imprégnation italienne commence à céder la place à la présence française. La grande figure de Salvatore Viale incarne cette transition (Eugène Gherardi).

Une économie modernisée

Marco Cini fait par la suite le point sur les réalisations de l’empire. On a constaté une notable croissance démographique. Le réseau routier a été amélioré. Des canaux ont drainé les plaines insalubres. Le secteur agricole a progressé. Les activités artisanales, commerciales et manufacturières ont été en expansion, ainsi que  les secteurs miniers et métallurgiques. La manifestation la plus spectaculaire de cette amorce d’expansion (relative) est la participation de délégations corses aux expositions universelles de Paris et de Londres. L’intention était “de briser le cliché établi d’un département économiquement arriéré”.

En savoir plus

Musée national de la Maison Bonaparte. Napoléon III et la Corse. Notables du Second Empire, Ajaccio, Albiana, 2017, 126 pages, plus de 70 illustrations, 29 €.

Ont contribué à la rédaction de cet ouvrage: Eric ANCEAU, Yves BRULEY, Thierry CHOFFAT, Marco CINI, Eugène F.X. GHERARDI, Audrey GIULIANI, Catherine GRANGER, Raphaël LAHLOU, Xavier MAUDUIT, Jean-Marc OLIVESI, Emmanuelle PAPOT-CHANTERANE, Sampiero SANGUINETTI.

Revue

Revue #24

REVUE – Du manga à la poésie en passant par le roman, ce vingt-quatrième numéro de la revue est très éclectique. Retrouvez l’interview inédite de Jean-Marie Rouart, l’académicien passionné. Mais aussi la recension du magnifique ouvrage de Luce Deramo, Le Détour, publié chez l’incontournable Tripode. Ou encore un poème inédit de Petru Canon, Ti faraghju alta… Julien de Casabianca nous fait l’amitié d’illustrer d’une de ses oeuvres cette édition.

Sommaire

ARTE – Présentation de la couverture : une oeuvre de Julien de Casabianca // L’Editorial de Marie-France Bereni-Canazzi – P.3 // MUSINATEPatricia Guidoni, Le monde d’après… et alors – P. 4 // CHRONIQUEFrancis Beretti, Gabriel Garcia Marquez, Le Triple Champion dévoile ses secrets – P.6 // CONCOURSFantine Billieux, Une longue nuit – P. 8 // Chronique – Lena Maria Perfettini, Zaï zaï zaï – P.11 // CHRONIQUE – Dominique Memmi, Cher Saul – P. 12 // PORTRAIT – Jean-Marie Rouart, l’académicien passionné – P.14 // CHRONIQUE – Marie-France Bereni-Canazzi, La Jeune Fille au chevreau – P.19 // CHRONIQUE – Alain Walter, Stefan Zweig, Marie-Antoinette – P.20 // DOSSIER – Sam Bozzino, Le Prix des découvreurs : une fenêtre ouverte sur la poésie vivante – P.22 // CHRONIQUE – Marie-Anne Perfettini, Luce Deramo, Le Détour – P. 26 // MANGA – Elina Marcelli-Bertrand, Bungo stray dogs – P. 28 // CRONICA – Marianne Laliman, Piuma albeghja – P. 30 // PUESIA – Petru Canon, Ti faraghju alta – P.31.

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Le cafard

ARTICLE – Francis Beretti présente un court roman anglais Le cafard, de Ian MCEwan, traduit par France Camus-Pichon, publié aux Editions Gallimard. Il a obtenu en 1993 le prix Fémina étranger avec L’enfant volé.

Le cafard, ici, n’est pas une variation romantique d’un quelconque  état pitoyable de mélancolie, mais bien l’insecte répugnant qui se vautre dans les immondices des caniveaux, des égouts et des arrière-cuisines. Un beau matin il investit le corps humain de  Jim Sams « intelligent mais sans génie », et voilà le Premier ministre de Sa Majesté britannique transformé en cafard ! A première vue, on est tenté de penser à l’insecte qui métamorphose le héros de Kafka ; mais le roman de Kafka, d’essence philosophique,  évoque l’étrangeté de la routine quotidienne, alors que celui de MacEwan a une portée politique.

Le cafard-premier ministre veut imposer un nouveau système économique foncièrement absurde qu’il a baptisé « Reversalisme », c’est-à-dire une inversion du sens de la circulation de l’argent. Ainsi, pour commencer par le bas de l’échelle sociale, une employée remettra toutes les semaines à la firme qui l’emploie la somme correspondant à ses heures de travail. Son argent sera placé à des taux d’intérêts négatifs. Elle aura donc la nécessité de trouver un emploi mieux rémunéré. Le gouvernement commandera des centrales nucléaires afin de pouvoir faire des cadeaux fiscaux aux travailleurs, etc. etc….

Dans son discours de clôture devant le Conseil des ministres pour marquer le triomphe du reversalisme,  le cafard, toutes ses  antennes frétillant  de bonheur de voir la Grande-Bretagne faire cavalier seul, affirme avec fierté son appartenance à l’espèce des  Blattodea, « des créatures qui évitent la lumière », et qui ont survécu aux épreuves de la construction des égouts, du l’attrait irrésistible pour l’eau potable, de la théorie funeste des bactéries porteuses de maladies, et des accords de paix entre les nations.

On est tenté de faire un rapprochement avec l’actuel premier ministre, mais MacEwan nous avertit que dans son oeuvre de fiction, « toute ressemblance avec des cafards, vivants ou morts, est une pure coïncidence. »

On ne croit pas, bien sûr, à cette affirmation car l’auteur lui-même, dans sa préface, nous donne des clés de lecture. Sa fable est une satire virulente du Brexit,, alimentée par  « la plus vaine et la plus masochiste des ambitions jamais imaginée dans l’histoire de Iles britanniques ». Le « reversalisme »   est en fait  « une longue marche arrière » vers un simulacre de ce qu’un grand pays a été, une stratégie alimentée par diverses causes :

« irrationalité débridée, hostilité envers les étrangers, résistance à l’effort d’analyse, chauvinisme exacerbé, emballement pour des solutions simplistes, aspiration à la « pureté » culturelle », pulsions exploitées par « une poignée de politiciens cyniques. »

MacEwan revendique ouvertement sa filiation littéraire : la satire politique dont le texte fondateur reste la Modeste proposition de Jonathan Swift. 

Fintan O’Toole, dans The Guardian, admire “le grand style” et le “panache comique” du romancier, et  définit cette parabole comme « une farce anti-Brexit sur pattes ».        

En savoir plus

Ian Mc Ewan, Le Cafard, Paris, Gallimard, Hors série Littérature, 2020.

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Témoigner

ARTICLEFrancis Beretti présente l’ouvrage autobiographique de Noëlle Vincensini, Le morceau de sucre et autres récits, publié aux éditions Albiana. Noëlle Vincensini a obtenu pour cet ouvrage le Prix de la Collectivité de Corse.


La page de couverture représente une jolie fille au sourire charmeur, au regard malicieux : l’image de la joie de vivre. Si l’on s’en tient à cette photo, on est loin de se douter que ce sujet a vécu l’enfer.

Une adolescence brisée


Lycéenne à Montpellier, Noëlle Vincensini a 17 ans quand elle s’engage dans le groupe des FTPF (Francs-tireurs et partisans français) de la Résistance. Mais la Gestapo, qui a infiltré le groupe, l’emprisonne. Dès lors commence pour elle une longue série de jours, de semaines, de mois, de tortures, d’humiliations de toutes sortes, d’esclavage, dans des conditions inhumaines.

Les années de déportation

Manque d’hygiène, manque de sommeil, privation de nourriture, travaux forcés au service de  Siemens, dans le « Kommando » de Neudrandenburg, administrativement rattaché à l’infâme camp de concentration  de Ravensbrück. Finalement, mue par l’énergie du désespoir,  elle s’échappe avec quelques camarades. Dans leur fuite, un soldat italien qui les a croisées, leur lance de son camion un paquet de sucres qui leur permet de tenir bon, alors qu’elles étaient à bout de forces.

Ecrire pour témoigner, témoigner pour écrire

C’est un témoignage rare, donc précieux, de la vie dans les camps de concentration. C’est déjà une qualité de ces récits. Mais il y a en plus, la façon de les raconter. Dès l’âge de 10 ans, nous confie Noëlle, elle avait la passion d’écrire, et de lire. 

On le voit dans le soin avec lequel elle nous met sous les yeux, comme prises sur le vif,  des images significatives qui sont restées gravées dans sa mémoire. Parmi les ruines d’un bâtiment, un piano à queue miraculeusement intact.

La surveillante du camp a appris qu’elle avait à faire à une musicienne virtuose. Elle l’installe de force sur le tabouret, et la pianiste se met à jouer la «Polonaise» de Chopin. Et là, autre miracle : les prisonnières stupéfaites voient des larmes couler sur le visage de la tortionnaire sadique. 

Autre moment poignant : des soldats russes en camouflage de combat croisent les rescapées hagardes, squelettiques : 

« Jamais je ne pourrai oublier la discrète raie blanche que des larmes ont tracées sur des faces noircies par la suie ».     

En savoir plus

Noëlle Vincensini, Le Morceau de sucre, Ajaccio, Albiana, 2018.

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Château de la Punta

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Cusuccie, un poème de Pierre Lieutaud

En cette période difficile, voici un poème de Pierre Lieutaud, Cusuccie, consacré aux pandémies et aux malades à travers le monde, traduit en corse par Francis Beretti.

Vi scrivu sta filastrocca
A voi chi tengu cari :
Se a vita ùn hè micca assai dolce
S’ella va cum’ella va
S’azzinga à i vostri surrisi
E vostre scacanate
I vostri dolci sguadri
E vostre lagrime à u bughju
A i mont di tenerezza
Più forti che l’addisperu
I bracci chi s’aprenu
E carezze chi appacianu
I longhi silenzii spartuti
Chi dicenu di più che e preghere
I discorsi e i ministeri,
Dicenu che voi campate
Ancu se vo site perduti, abbandunati,
Che ùn site micca soli
Di pettu à a malatia chi mughja,
E tutte ste cusuccie
Chi, qunadu a vita ùn hè micca dulurosa
Un so che cose da niente,
Tralasciate,
So in fatti per tutti i malati
U novu batticore di u mondu

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La valise

Une création de Francis Beretti

La grande valise marron de carton, aux coins renforcés, bosselée, est presque bouclée. Petru s’affaire. Son visage hâlé est tendu. Ses mains aux doigts carrés, crevassés par les éclats de granit et le frottement du métal, puissantes, tâtonnent maladroitement dans le fouillis de ses affaires. Zia Maria, sa mère, se tient auprès de lui, figée et muette, silhouette noire et attentive, masque brun buriné par les intempéries et les travaux, vieilli prématurément. Une ampoule nue et terne baigne la pièce enfumée d’une lueur jaune sale. Sur la cheminée noircie et fissurée, deux douilles d’obus gauchement peintes flanquent un cadre naïf où s’estompent, dans des teintes sépia, deux visages flous et sévères.

Zi Antonu, le père, accablé de la fatigue du jour et d’un chagrin dont il redoute la manifestation, s’est retiré. A la recherche d’une courroie, Petru descend dans la cave. Une bouffée de terre humide, de son, de salaisons et de vin. Son cœur se serre quand le faisceau de sa lampe se pose sur les masse à débiter, les coins, les massettes, les ciseaux et les broches, ses outils délaissés, dont le métal ébréché porte encore des marques poudreuses, et le bois lisse les taches grises de sa sueur.

La nuit est longue, agitée de visions incohérentes et pénibles. Des marteaux démesurés s’abattent sans relâche sur des blocs, des regards durs le prennent en faute, et de vastes espaces boisés, rocailleux et inhabités le retiennent par enchantement. Un réveil fébrile. La brume légère du matin s’est dissipée. Le village minéral impose sa présence massive. Dans le ciel limpide, les châtaigners étalent leur splendeur rousse.

Dans la banlieue de la grande ville, Petru a trouvé un emploi stable, la sécurité sociale et un mandat mensuel, qu’il pleuve ou qu’il neige. Un studio, une chambre biscornue avec un réduit minuscule en guise de cuisine. Une seule fenêtre étroite s’ouvre sur un pan de mur brunâtre, aveugle, vertigineux. Une rue de béton, de grisaille et de néon, dont le nom dérisoire évoque le printemps.

Il travaille sous terre, dans les boulons et les rouages, à scier et ajuster des barres métalliques, à marteler des tôles, dans un fracas sans fin. Les jours s’enchaînent. Il assiste parfois, sans passion, à un bal de quartier, il fait une belote. Ses amis sont rares. Jean-Batti, à la tignasse frisée de Harpo Marx, l’amuse et l’attendrit, par ses deux visages. Le titi gouailleur et bon enfant qui jongle avec l’argot des faubourgs, et le paysan du Sud qui parle sans accent la langue maternelle, pieusement entretenue par la communauté de ses frères. L’ambiance fervente et austère des réunions syndicales l’ennuie. Il se sent différent aussi de ses camarades immigrés au teint cuivré. Il leur ressemble pourtant, du moins aux yeux des policiers qui l’ont raflé au cours d’une ratonnade.

De jour, quand il a le loisir de penser, et de nuit, quand il lui reste assez de force pour rêver, Petru s’absente de la cité empuantie par les vapeurs d’essence, grondante et agressive. Il retrouve la source enfouie dans la mousse où scintillent des paillettes d’or, la pénétrante odeur des immortelles sur les coteaux où s’accrochent la bruyère, les longues courses dans les sentiers escarpés, sous les pins au bruissement ponctué par le toc-toc des piverts têtus, l’affût sous les chênes verts des crêtes, et la seconde de joie intense quand la palombe foudroyée par les plombs explose dans un soleil blanc.

Un dimanche après-midi, il va rencontrer des compatriotes dans une commune qui n’a de bois que le nom. Brocciu, prisuttu et figatelli arrosés de vin de la plaine orientale. Les disques chantent des amours impossibles, le farniente des plages dorées, la complainte des campanili vides, des moulins décrépits et des foyers éteints, le lamento de l’exilé aux cheveux blancs qui se recueille sur les tombes ancestrales. Un sexagénaire qui n’a pas eu le cœur de revoir l’île depuis trente ans, pleure sa jeunesse et sa médiocrité. Confiné dans cette pièce, avec pour seule échappée ne courette de ciment, des murs crasseux et un coin de ciel plombé, qui volent le crépuscule, Petru est mal à l’aise.

Dans sa chambre,  il s’est surpris à fixer la valise qui lui sert de garde-robe. Les pleurnichards d’amicales l’irritent. Il ne voit que deux moyens de guérir le mal du pays. S’intégrer, c’est-à-dire se fondre, se confondre, enfin, disparaître. Ou bien retourner, mais à temps. Il a trop souvent observé sur des quais déserts, des parents trop vieux attendant, tout espoir éteint, les caisses zinguées de ceux qu’un appel instinctif, une dernière volonté, a fait échouer à jamais sur le rivage natal. Il ne comprend pas le sens du vacarme des bombes, dont le bruit lui parvient, feutré. Sa nature profonde et la longue pratique de son premier métier, le seul auquel il tienne vraiment, le portant à construire.

Petru est rentré chez lui, pour un mois. Il n’est pas dupe de l’agitation qui règne, du rite éphémère des retrouvailles estivales. Les trois petits cafés qui, au fil des ans, ont fermé leurs portes, ne sont pas prêts d’être ranimés, il le sait. Il ne connaîtra plus le flamboiement des fours à pain, des bavardages sur les marches lisses de la fontaine découpée dans le talus rocheux à l’ombre maigre d’un houx, les chuchotements complices des promenades nocturnes sur la route. Mais il est sensible au changement. Des étrangers s’installent sur cette terre que ses propres fils désertaient. Les jeunes sont moins pressés de partir. Cà et là, de nouveaux chantiers s’ouvrent et les architectes dédaignent le parpaing. Le prix de la canna  dont on peut tirer une soixantaine de moellons, atteint ders sommes que Petru n’aurait même pas pu imaginer. Les artisans sont maintenant recherchés et pourtant son père, sur qui pèsent les années, est le dernier tailleur de pierres de la région. Bientôt, plus personnes ne sera là pour assurer la relève. 

La veille de son départ, Petru étonne et inquiète son entourage par son silence et son recueillement.

A la tombée du jour, en rentrant des champs, Zi Antonu, intrigué par un filet de fumée bleue qui s’étire près de la maison, s’approche et s’arrête, de stupeur. Sur l’aire de terre battue au pied d’un châtaigner, des pommes de pin et des brindilles sèches de bruyère crépitent gaiement. Une petite flamme se reflète dans les yeux de Petru.

 Assis sur le seuil, fasciné par le feu, il regarde brûler la valise.   

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Entre chien et loup, M Corrotti et P Peretti, Ed.Piazzola, 2019

par Francis Beretti


«  Le linge blanc humecté d’eau vinaigrée glisse sur la peau aussi tendue que celle d’un tambour. Il ascensionne le ventre montueux, dévale la pente vers la combe ombreuse entre les seins, caresse le cou de taureau, glace d’une mince pellicule les bras énormes, revient sur le bas-ventre et parcourt les cuisses en troncs d’arbres ». Telles sont les lignes d’ouverture du dernier roman de Michèle Corrotti et Philippe Peretti, publié par Alain Piazzola, et  intitulé Entre chien et loup. La narratrice décrit en ces termes la toilette d’une matrone gigantesque, Sofonisba,  d’autant plus repoussante qu’une énorme verrue déforme son visage. Sa taille et le regard glacé qui émane de ses « yeux d’un bleu étonnamment pur »  traduisent la domination qu’elle exerce sur son entourage. Mais elle est furieuse, car elle sent que l’emprise qu’elle a toujours fait peser sur  son fils Giudicello des Cortinchi di Gaggio est sur le point de disparaître.


L’action se situe en 1464, entre la tour de Pietralarata et Milan. Le héros est Giudicello. Un rude gaillard qui se livre avec ardeur à ses deux passions : les femmes et la politique. Il a un vaste champ de conquêtes, depuis Maria, la  belle sauvageonne qui cueille des fleurs dans le maquis, jusqu’à Giulia Sinibaldi, une dame du plus haut rang de l’aristocratie de la Cour de Milan, « qui s’offre, aussi nue qu’à son premier jour, aux assauts du seigneur lointain ». Sa  puissance, dans un autre registre,  s’exerce aussi avec intelligence et opportunisme auprès du suzerain de son temps, Francesco Sforza, le duc de Milan, à qui Gênes vient de céder la Corse. Giudicello est suivi et servi par « un grand flandrin efflanqué », Gobbetto, qui, comme son
nom l’indique, est légèrement difforme. Ce fidèle serviteur a la manie
étonnante, pour un homme, de broder.

Parfois la présentation d’un ouvrage, comme celle à laquelle nous avons assisté, dans une salle comble, facilite la tâche du lecteur. Dans une intervention à deux voix, où l’humour n’était pas absent,  les auteurs nous ont livré des clés de lecture utiles de ce roman historique soigneusement composé.
Gobbetto avec son passe-temps insolite, est l’image de l’une des Parques qui file le destin des hommes, et l’incarnation de la sagesse populaire, ce qui justifie la présence des proverbes qui rythment le récit. Le titre : Entre chien et loup peut être pris comme une allusion à une période incertaine, où le sort de la Corse est à peine esquissé, et où le destin même du personnage principal est aléatoire :
«  Quand on porte en soi, massacrés, le passé et ses douleurs fugaces, et l’espoir d’un avenir qui jamais n’adviendra… ».

Le chien fait partie des armoiries des Cortinchi ; et c’est un chien que le duc de Milan exige chaque année comme un gage de fidélité. Quant à l’illustration de la page de couverture, signée Edith Guidoni, et qui pouvait paraître, à première vue, comme une décoration incongrue, une pupille d’un bleu étonnamment pur … et glacial, c’est déjà un clin d’œil pour la suite, et qui laisse entrevoir la fin.

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Fratelli guerrieri La Grande Guerre, il y a 100 ans Pierre Lieutaud , traduit en corse par Francis Beretti

Pierre Lieutaud (auteur)
Francis Beretti (trad.)
 

Fratelli guerrieri

Avia principiatu di traversu,a guerra. Migliaia di giovani suldati vestiti di pantaloni rossi e di tuniche azzurre eranu stati falciati da e mitragliose a tempu ch’elli s’eranu slanciati a l’assaltu in terrenu apertu . U statu maggiore avia decisu d’interracci. Era a statina, aviamuspustatu a terra, sradicatu l’erbe e i fiori, scavatu gallerie, aggrotti cuperti di tronchi d’arburi, cun tappetti d’erbe secche. L’altri avianu fattu cume noi. Secondu u sensu di u ventu, sentiamu u rimore di e so zappe e e so parolle chi ùn ci capiamu un’acca…
Eccu u fronte : stu doppiu rangu di fossi. Fermi. Ancu noi, fermi, aspettendu l’ordine .per sorte all’apertu, accecati da u sole, per corre versu u nemicu, piglià e so trincee, tumbà quelli chi c’eranu, a fucilate, a pistulettate, a colpi di baiunette, e rimpiazzàlli. E guerre si vincenu un metru dopu l’altru, una trincea dopu l’altra, spiegavanu l’officiali.
Sta sera, si secca di freddu, hè piossu, mi so trascinatu nell’acqua, cume quelllu in faccia, quellu chi devu tumbà, almenu ch’ell ùn sii ellu à fallu. Hè bughju. Veghju. Ma chi diavule feremu qui, interrati cume talpe, luntanu di a vita umana, da l’imbrogliu di a nostr’esistenza, da a nostra famiglia, i nostri amori, mascherati in suldati in sta tragedia inutile ?
A so chi dopu sta guerra, i nemichi d’eri s’abbraccieranu, hannu da ricustruisce u mondu schjattatu, chi smenticherannu di i morti inutili, cume me, po esse.L’animali si cumbattenu, ma so scontri individuali, o di bande, per vive, per campà. L’omu, ellu cun a so intelligenza, a decisu di stragi senza fine, senza ragione,e senza limite.
Cume he ch’ ùn la femu a finita cun quessa ? Perchè a chjesa ùn s’alza micca per urdinà di fa piantà sti macelli di campagna induve cascanu l’omi, migliaia, decine di migliaia d’omi ? Per niente ! L’omi, ùn si manghjanu micca ! Allora, perchè ?
Stanu in faccia, cume mè, ubbligati di lascià e so case, e so famiglie, anch’elli ammaestrati per tumbà, senza sapè perchè, aspettanu. Se ne scontru unu, se ùn l’infilzu micca eiu, ellu m’infilzerà.

Mi trovu di fronte à un ghjuvanottu, chi mi pare tuttu un zitellu, insaccatu in u so vestitu di macellaiu, a spiccà i salti sopra i tafoni di e bombe, a francà e spine di fil di ferru. Stamane, s’è rasatu, a so pelle è chjara, s’è sciaccatu u so caffè, cun dui zuccheri, forse, ha scrittu a a so fidanzata, ha appiccicatu u so inveloppu cun a so saliva, ha scherzatu, per caccià i so penseri, cun altri, cume ellu, intanati in i fossi.
Ha francatu a scarpata dopu chi l’anu fattu inghjiuttì l’acquavita, ha corsu, mughjendu di paura, per fammi paura. Ha saltatu in u mo fossu, e avà è sbalurditu. Avanzà, installàssi, tumbà.I so ochji azzurri scintillanu di spaventu. Ci truvemu faccia a faccia. Ellu, è l’Alemanu , u me fratellu di lochi strangeri, e eiu, so u Francese ch’ellu deve tumbà. In i so ochji passanu i nuli. Esita, cume mè.
Quale è chi ha da tumbà, chi averà u so nome gloriosu incisu sopra u monumentu ? Chi averà una citazione a l’ordine di a nazione ? Ma quale nazione, o fratellu spaventatu ? Ti ha pigliatu a paura di more, a paura di tumbàmmi. Si appena imbriacatu , ma di fronte a tè, hai a vita, u to alter ego chi ti guarda. Se tu u cacci di u numeri di i vivi, mai ùn guariscerai. T’ubbligheghjanu a esse un animale per difende ùn si sà cosa. Mai ch’ella sia, ùn tumberai.
Per un mumentu, sogni à un pranzu in campagna indu tu e eiu canteriamu a listessa canzona. Scuppanu l’ordini, i gridi, i mughji, u soffiu di e bombe, u rimore sordu di corpi chi cascanu. E ancu se tu devi more a a mo piazza, ùn mi tumberai micca. Si un omu, e micca un cane, un lupu, un animale. E eiu, in faccia,aghju vistu bè a so esitazione. Aghju vistu trimulà i so occhji azzuri, trimulà e so mane;ùn feraghu nulla, e po tantu peghju s’ellu mi tomba ellu; ùn mi tocca micca a mè à tumballu.
Unu di i me cumpagni l’ha abbattutu in e spalle. M’ha lampatu un sguardu gattivu e ha cuntinuatu u so travagliu più luntanu, in una trincea chi ùn finisce mai.
Quale hè chi a vintu, quale hè chi ha persu? Quanti morti, Alemani o Francesi, in stu fossu, sta guerra medievale ? A pusà in a terra chi si n’hè falata, aspettu un biasimu, una cundenna, un esecuzione . Mi n’e infuttu pocu ; preferiscu esse tombu per avè prutettu una vita.
In terra, ghjace u zitellu alemanu. Dorme per sempre.In pettu, in un pozzu di sangue , un pacchettu di lettere legate cun una funicella.

 
Frères en guerre
création de Pierre Lieutaud
La guerre avait mal commencé. Des milliers de jeunes soldats aux pantalons garance et aux tuniques bleues étaient tombés dans la mitraille en partant à l’assaut en terrain découvert…L’état major avait décidé de nous enterrer. C’était l’été, nous avons retourné la terre, déraciné l’herbe et les fleurs, creusé des boyaux à ciel ouvert, des alcôves recouvertes de troncs d’arbres, au sol tapissé d’herbes sèches. Les autres avaient fait pareil. Quand le vent portait, nos entendions le bruit de leurs pioches et les mots incompréhensibles qu’ils se disaient.
Cette double rangée de tranchée, c’est le front. Immobile. Immobiles nous aussi, dans l’attente d’un ordre pour sortir au grand jour, éblouis par le soleil, courir vers l’ennemi, s’emparer de ses tranchées, tuer ses occupants, au fusil, au pistolet, à la baïonnette et s’installer chez lui…Les guerres se gagnent, mètre par mètre, tranchée par tranchée, ont expliqué les chefs.
Ce soir, il fait froid, il a plu, je patauge dans l’eau, lui aussi, là bas, celui que je dois tuer, à moins que ce soit lui qui le fasse. Il fait nuit noire. Je veille. Que faisons-nous là, enterrés comme des taupes, loin de la vie humaine, de notre petit écheveau d’existence, de notre famille, nos amours, déguisés en soldats dans cette tragédie inutile ?
Je sais bien qu’après cette guerre les ennemis d’hier s’embrasseront, reconstruiront le monde déchiré, oublieront les morts inutiles dont je serai, probablement. Les animaux se combattent, mais ce sont des combats individuels, des affrontements de hordes, pour vivre, survivre. l’homme, lui, avec son intelligence, décide de massacres sans fin, sans raison, sans limite.
Pourquoi ne pas arrêter tout ça, poursuivre, une pareille chose ? Pourquoi les églises ne se lèvent-elles pas pour arrêter ces tueries, ordonner qu’on ferme ces abattoirs de campagne où tombent les hommes, les milliers, les dizaines de milliers d’hommes. Pour rien. On ne les mange pas, les hommes. Alors, pourquoi ?
En face, comme moi, obligés de quitter leur maisons, leurs familles, dressés eux aussi pour tuer, sans savoir pourquoi, ils attendent… Si j’en rencontre un, si je ne l’embroche pas, c’est lui qui le fera. Je me trouve face à face avec un jeune homme aux traits d’enfant, engoncé dans son habit de tueur de trachées, d’arpenteur de trous de bombes, de sauteur de barbelés, ce matin, il s’est rasé, sa peau est claire, il a bu son café, avec deux sucres, peut être, il a écrit à sa fiancée, il a collé l’enveloppe avec sa salive, il a plaisanté, pour ne plus penser, avec d’autres comme lui, entassés dans la tranchée,
il a escaladé le talus après avoir bu une rasade d’alcool, il a couru, en hurlant de peur, pour me faire peur, il a sauté dans ma tranchée, et maintenant il est perdu, Avancer, occuper, tuer. Ses yeux bleus scintillent de terreur, nous sommes face à face, lui, c’est l’allemand, mon frère de là bas, moi je suis le français qu’il doit tuer, dans ses yeux passent des nuages, il hésite, moi aussi.
Qui va tuer, qui aura son nom glorieux gravé sur le monument, qui aura une citation à l’ordre de la nation ? Quelle nation, mon frère affolé ? Tu as peur de mourir, tu as peur de tuer, l’alcool te grise un peu, mais devant toi, tu as la vie, ton double qui te regarde. Si tu l’effaces des vivants, tu ne t’en remettras jamais, on t’oblige à être un animal pour défendre tu ne sais quoi. Non et non, tu ne tueras pas.
Tu rêves un instant à un déjeuner sur l’herbe où toi et lui chanteriez la même chanson. Les ordres fusent, les cris, les hurlements, le souffle des bombes, le bruit sourd des corps qui tombent montent de toutes parts, même si tu vas mourir à sa place, tu ne le tueras pas, tu es un homme pas un chien un loup, un animal  Et moi en face, j’ai bien perçu l’hésitation, j’ai vu vaciller ses yeux bleus, trembler ses mains. Je ne ferai rien, je ne le tuerai pas, tant pis si je meurs de ses mains…Je n’ai pas eu à le tuer. L’un de nous l’a abattu dans le dos. Il m’a regardé méchamment et a poursuivi sa besogne, plus loin, le long de la tranchée qui n’en finit pas.
Qui a gagné, qui a perdu, combien sont morts, allemands ou français dans cette tranchée, cette guerre du moyen âge ? J’attends, assis sur la terre éboulée, un blâme, une condamnation, une exécution. Je m’en fous, je préfère être tué pour avoir protégé la vie. A mes pieds, l’enfant allemand dort pour toujours. Dans le sang de sa poitrine baigne un paquet de lettres ficelées.

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La robe perdue de la princesse Davia, U vistitu persu di a Principessa Davia

 

 

 

U vistitu persu di a Principessa Davia

La robe perdue de la princesse Davia

 

Proposition de P.Lieutaud et F. Beretti

Veniva Aprile, cun i so tempurali imprevisti, l’acquate tremende chi nascundavanu e campagne e e strade, annegandu i prati, purtendu via e foglie secche, e branche morte e e cartacce in a fiumara di e canalette, u runzulime di i cundotti , scuprendu a u sole rivenutu un mondu schjettu schjettu, imbutratu di culori e di lume.

Eiu caminavu longu mare ; l’aghi di i pini sempre umidi esalavanu un odore mischjatu di resina, di fracicume e di mele ; caminavu e i mo passi ùn facianu nisun rumore sopra stu tappettu zeppu chi u ventu di u mare avia cupertu strade e chjassi.

« O figliulella, ti ne vai, in a statina turnerai, a ritruvà a l’alba chjara u to vestitu di sete, u vestitu di pannu linu. O figliulella, ti ne vai… »

Ma quale sarà statu chi cantichjava sta canzona strana ? Ma sta voce, da induve veniva ?

Ad ogni passu, a canzona ribumbava. E frase si sgranavanu pianu pianu…

«  O figliulé ti ne vai, a figliulella trema da u fretu. A figliulella vole rivene ».

Quandu piantavu, a canzona smarriva. Aghju fighjulatu daretu i fusti di i pini, a mezu a i rami ; aghju scrutatu u frascume, scuzzulatu l’arburelli , i buschetti. Un ci era nimu. Solu u frombu di u ventu tra l’alte branche e, luntanu, u fiscu di i treni, u trostu di e strade. Aghju rintracciatu i mo passi, pianu pianu aghju calpistatu l’aghi di i pini, ed eccu chi a canzona è rivinuta. « O figliulé, ti tocc’a parte, a figliulella si vole veste, chi prestu l’invernu ha da vene ». Volta e gira, u mare e a piaghja si stendianu quant’ ellu si po stende a vista, e e lunghe pinete s’inchinavanu cun dulcezza sotta u vintulellu…

E poi venne l’invernu. I spazzini avianu nettatu e strade e i chjassi. Avà l’aghi di pini accatastati facianu tumuli bruni. Hannu zingatu u focu prima di a stagione di l’incendii. In u scuppittime di e fiamme, eccu chi a canzona era turnata :

« A zitelluccia sottu u ventu d’invernu cerca u so vestitu e s’addispera A zitelluccia chi vene a circà u so vestitu di trina, di tullu azuru, di sete nova »…

Cascavanu l’aghi, si sparghjevanu sottu i grandi pini, e eo, passa e vene per sta a sente a voce. Ma niente.

Passò l’invernu, venne u veranu, eppò a statina. Una sera, quandu u sole sculisciava lindu sopra u mare, una vela spuntò all’orizzonte. Una nave antica calò a so vela a la marina. L’equipagiu scalò a son’ di tamburinu e un lungu curteghju s’avanzò ver di a grande pineta, tramezu a i bagnadori chi ùn lu vedianu micca. A pusà in rondu sopra u tappettu di l’aghi rossi, i barbareschi gironu u capu versu u mare.

A principessa, all’aggrottu di un baldacchinu multicolore scese lentamente da a nave e si misse à pusà in mezu a u circulu. Lentamente, pisò u tappettu di aghi e scuprì u vestitu ch’ella avia persu tempi fà, quandu i barbareschi scalati da u mare l’avianu rapita per fàlla principessa.

Aghju guardatu parte u curteghju sinuosu tramezu i parasoli e e vitture; battìa u tamburu tramezu e rise di i zitelli e a musica chi t’acciuncava. A nave ha issutu a vela e a lentamente smarritu all’orizzonte di a serata d’estate.

Un pare mancu vera, sta storia. Avà, ùn sentu più a canzona, ancu quandu caminu per ghjorni e ghjorni in e pinete di a marina.

A principessa ha ritruvatu u so vestitu e a zitelluccia ùn è più infritulita.

traduction de Francis Beretti

 

La robe perdue de la princesse Davia

 

Avril venait et avec lui les orages imprévus, les averses aux rideaux de pluie effaçant les paysages et les routes, noyant les prés, emportant les feuilles sèches, les branches mortes et les vieux papiers dans des torrents de caniveaux, des gargouillis de plaques d’égout, laissant au soleil qui revenait un monde propre et net, gonflé de couleurs et de lumières.

Je marchais sur la plage, les aiguilles de pins encore humides exhalaient une senteur de résine et de pourriture à l’odeur de miel, je marchais et mes pas ne faisaient aucun bruit sur ce tapis épais dont le vent de la mer avait revêtu les routes et les sentiers.

«  Petite fille tu t’en vas, un jour d’été tu reviendras, retrouver au clair matin, robe de soie, robe de lin….Petite fille tu t’en vas….. ».

Qui fredonnait cette chanson inconnue ? D’ou venait cette voix ?

A chacun de mes pas revenait la chanson. Les phrases s’égrenaient lentement …

«  Petite fille tu t‘en vas, petite fille grelotte au froid … Petite fille veut revenir »

Je m’arrêtais, la chanson disparaissait. J’ai regardé derrière les troncs des pins, entre les branches, j’ai scruté les frondaisons, secoué les petits arbres, les bosquets. Personne. Rien que le bruit du vent dans les hautes branches et au loin le sifflement des trains, le grondement des routes. Je suis retourné sur mes pas, j’ai marché lentement sur les aiguilles de pin et la chanson est revenue.

« Petite fille, il faut partir, petite fille veut se vêtir, vite l’hiver s’en va venir »

Je me tournais dans tous les sens, la mer et le rivage s’étendaient à perte de vue et les longues pinèdes s’inclinaient doucement sous la brise…

Et puis vint l’hiver. Les services de la voirie avaient nettoyé les routes et les sentiers. Les épines de pins amassées faisaient maintenant des congères brunes. On y mit le feu avant la saison des incendies Dans le craquement des flammes, la chanson était revenue :

« Petite fille au vent d’hiver cherche sa robe et désespère…Petite fille qui va venir cherche sa robe de dentelle, de tulle bleu, de soie nouvelle »

Les aiguilles tombaient, s’étalaient sous les grands pins, j’allais et venais pour entendre la voix…Rien.

L’hiver passa, puis vint le printemps et puis l’été… Un soir, alors que le soleil glissait sans bruit sur la mer, une voile apparut sur l’horizon. La voile d’un navire ancien qui s’échoua sans bruit sur le rivage. L’équipage mit pied à terre au son des tambourins et un long cortège s’avança jusqu’au bois des grands pins au milieu des baigneurs qui ne le voyaient pas. Assis en rond sur le tapis d’épines rousses, les barbaresques tournèrent la tête vers la mer…

La petite princesse, abritée sous un dais multicolore, descendit lentement du navire et vint s’asseoir au milieu du cercle. Elle souleva lentement les épines et découvrit la robe qu’elle avait perdue le jour lointain où les barbaresques venus de la mer l’avaient enlevé pour en faire leur princesse.

J’ai regardé repartir le cortège, serpentant entre les parasols et les autos, battant du tambour dans les rires des enfants et les sonos assourdissantes. Le navire a hissé ses voiles et il a disparu lentement sur l’horizon du soir d’été…..

C’est une histoire invraisemblable. Maintenant, je n’entends plus la chanson, même quand je marche des jours entiers dans les allées de pin au bord de la mer. La princesse a retrouvé sa robe et la fillette n’a plus froid.

 

une création de Pierre Lieutaud

 

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CHÂTEAU DE LA PUNTA, par Francis Beretti

Le château de la Punta, situé à Alata, est un monument unique en son genre en Corse. Pour retracer l’historique de sa construction, il faut remonter au 16e siècle, à Paris, au moment où la reine Catherine de Médicis décide de construire le palais des Tuileries. A la veille de la Commune, et à cause des ajouts successifs ordonnés par les divers souverains, ce palais constitue un ensemble hétéroclite formé de plusieurs pavillons. En mai 1871, les insurgés en ayant fait le symbole de la tyrannie, il est incendié. La restauration n’aurait pas été impossible, mais en 1879, les Républicains gagnent les élections, et en 1882, la démolition des Tuileries est votée à l’Assemblée. Il est décidé de procéder à une vente aux enchères, sous la responsabilité de l’entrepreneur de démolition Achille Picart.

Au printemps de 1883, le comte Charles Pozzo di Borgo décide d’acquérir avec son père le duc Jérôme un gros lot de pierres, et il le persuade de s’en servir pour bâtir un château en Corse, à la Punta Pozzo di Borgo, à 585 m d’altitude.

Le chantier, sous la direction de l’architecte Albert-Franklin Vincent, va durer de 1888 à 1891. Les façades sont un mélange des pavillons Bullant, de l’Orme et Le Vau des Tuileries. A l’intérieur, chaque pièce représente une époque de l’art français, du Moyen Age au 19e siècle. Dans les années 1970, la duchesse Pozzo di Borgo organisa
des festivals de poésie et de musique.

Mais de nos jours le château, qui est la propriété de la Collectivité de Corse, est dans un état préoccupant. Un incendie l’a dévasté en 1978, et les pierres ont beaucoup souffert de l’érosion. Une association, avec l’aide de la mairie d’Alata, s’est donné pour mission de le sauver. C’est dans cet état d’esprit qu’elle a organisé en 2017 un colloque « autour de Pozzo di Borgo (1764-1842) » dont les actes viennent d’être publiés, chez Albiana. Ils contiennent dix interventions, dont celle de Zélia Darnault – Orsoni, qui nous a
fourni les informations ci-dessus.

 
 

CHATEAUPDB
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Commune d’Alata et Association des Amis du château de La Punta, Autour
de Pozzo di Borgo (1764-1842), cousin de Napoléon et ambassadeur de
Russie, actes du colloque tenu à Alata, son village natal, sur les
hauteurs d’Ajaccio les 26 et 27 mai 2017. Direction scientifique
Professeur Michel Vergé-Franceschi , Albiana, 2018.

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Docteur Bernard Benedetti, Les enfants de la guerre, préface du Docteur Bernard Kouchner, Colonna édition.

par Francis Beretti
 

Les enfants de la guerre est le dernier livre du docteur Bernard Benedetti. Le docteur est issu d’une lignée de soldats, et d’une « tribu », comme il le dit , dont les racines sont situées à Lugo di Nazza. Son grand-père Bernard, diplômé de Saint Cyr, avait été fauché dans le grand massacre de 1917. Son père Marc, orphelin à trois ans, pupille de la nation, était entré dans la même carrière.
A l’âge de six ans le petit Bernard est victime d’un grave accident qui a failli lui coûter la vie. C’est son père qui dans l’urgence, et dans un environnement très précaire, le sauve en lui transfusant son sang. Voilà le premier souvenir traumatisant, et en même temps chargé de symbolisme, de cet ouvrage : la force vitale des liens du sang.
La deuxième image prégnante est celle de l’atlas, que Bernard, dès sa petite enfance, emportait partout avec lui. Elle est comme la préfiguration des déplacements qu’il allait faire dans le monde entier : en Tunisie, en Equateur, en Afghanistan, dans le Kosovo, en Bosnie Herzégovine.
La troisième image significative est l’usage que le docteur Benedetti faisait d’une cartouchière. Les moudjahidins portaient autour du ventre des poches remplies de chargeurs de kalatchnikovs. Lui s’en servait pour les remplir de matériel médical. Image de la pugnacité et du courage que l’on associe aux guerriers, mais des qualités mises au service d’une plus noble cause.

On a l’impression que l’auteur, conscient de la gravité de l’état de sa santé, était pressé de livrer son témoignage. Comme le dit bien Bernard Kouchner, Benedetti a « une écriture directe, au plus près des sentiments, un livre vibrant d’humanité, sans apprêt, de la vérité-vraie, marquée d’un réalisme froid, presque anatomique, qui rend plus chaleureux les moments de détente ».

Les enfants de la guerre nous donne le portrait d’un homme porté jusqu’au bout par son idéal, un engagement qui a fait de lui « l’honneur de la médecine de terrain », jugement exprimé par Kouchner, qui l’a bien connu et apprécié. Un livre-testament, par la force des choses.

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Torrent d'Angelo Rinaldi, roman, Fayard , octobre 2016

 
par  Francis Beretti
 
9782213701745-001-T

Angelo Rinaldi a été reporter, chroniqueur, critique littéraire, et il est romancier. Ses oeuvres ont été récompensées par six prix . Il a été élu à l’Académie française en 2001. Ce palmarès qui respire la gloire, inspire l’humilité ; on ne trouvera donc ici que quelques passages, glanés de façon arbitraire, mais qui nous ont  paru assez significatifs. Torrent , publié en octobre 2016 par les éditions Fayard, est le dix-huitième roman de Rinaldi.
On le prendrait a priori pour un roman policier. On suit le personnage principal, François, qui revient dans son pays natal pour élucider un mystère, celui des circonstances réelles de la mort de son père, tué au cours d’une battue au sanglier.
S’agit-il vraiment d’un accident, ou d’un meurtre ? Et alors, qui est le coupable  ?
Il faut prendre le temps et la peine de se plonger dans les longues phrases ondoyantes du romancier, pour goûter tout l’éclat de son style. Rinaldi sait rendre l’atmosphère étouffante des petites villes “où dans chaque regard couve un jugement”, “Là où l’habitant d’une métropole mourrait dans l’indifférence de son voisin, de palier, la province , par une surveillance sans trêve du prochain, en remède à l’ennui, acquiert l’intuition de la différence, de l’anomalie, du changement, de la fêlure, s’enrage d’une supériorité, soit passagère, soit durable, dans un domaine quelconque, et s’irrite du bonheur” Il a le sens de la formule: “De quoi dépendait le cours d’une vie, quand on n’avait pas de vocation particulière, que l’on débarquait sans appuis dans une capitale? La ville où, si au départ on n’est pas déjà quelque chose, on risque de n’être jamais rien”. Son jugement du stylistique peut paraître cruel,mais à la réflexion, il est juste, quand il remarque “la part d’enflure inséparable de l’éloge funèbre, qui, de tous les genres, et où transparaît toujours la stupéfaction qu’un homme meure, est le plus faux”. La différence entre chat et chien? “Cette fixité du regard du chat qui, à l’inverse de celui du chien attentif au moindre détail, donne l’impression d’une pensée qui ne s’arrête à aucune contingence”.
Un exemple du rythme musical de la phrase: un de ses personnages “a la franchise de montrer une figure sans maquillage”, “ mais qui, somme toute, en supportait assez bien l’absence, comme si sous l’effet de l’émotion, fût réapparue la fraîcheur des premiers chagrins de la vie qui reviennent parfois dans les rêves”. On notera l’art de nous fairer partager l’angoisse du petit garçon qui entre en sixième, coupé de ses racines paysannes, jeté dans l’univers brutal de l’internat, et qui se réfugie dans la couette pour “pleurer en silence dans le gris et l’empois des draps de la lessive en bloc, pêle-mêle, mère, petite soeur, montagne, chants d’oiseaux, cabochons d’étoiles la nuit, le chevrette que l’on avait adoptée et que l’on ne mangerait pas, la maîtresse d’école qui apprenait à chanter “Les mimosas sont en or, l’hiver est fini”, et le chien de la maison qui avait couru jusqu’à son effondrement sur la chaussée, de la bave à la gueule, des hauteurs du village à l’embranchement de la route nationale, dans la plaine, derrière la voiture qui emmenait vers l’exil de l’internat préparant aux cruautés de la vie”. Rinaldi exerce son ironie sur le snob qui sirote la meilleure marque de whisky au salon de thé Babington’s “fragment du charme anglais au XIXe siècle”, Piazza di Spagna, à Rome; mais il fait aussi preuve de sensibilité en méditant sur le sort des animaux voués à un triste destin. Dans les maisons de granit construites à fleur de rocher, “les étables où soudain, meuglaient boeufs et vaches peut-être en proie à la détresse des bêtes qui pressentent l’abattoir au bruit du moteur d’un camion qui s’est rangé sur la route: et la montagne répercutait l’écho d’une douleur qui a commencé avec le monde”. Les croquis pittoresques foisonnent au fil du récit. Prenons-en un au hasard, qui fait penser à la sculpture du chien squelettique de Giacometti, quand les maraîchers se ménagaient une halte “sous l’arche du pont où le torrent aboutissait à une mare où des juments dont on en eût souvent compté les os, en s’y abreuvant, penchaient un col de cygne, les oreilles couchées en arrière”. Le bruit banal d’un moteur déclenche une association inattendue teintée d’un humour noir: “le grondement de camions dans le lointain, pareil au bourdon, à la fin d’un requiem,quand l’organiste, à tort ou à raison,croit apaiser encore le chagrin de l’assistance qui se disperse, et où au moins une personne cherche l’adresse d’un notaire” Justesse de l’observation, acuité du regard posé sur les êtres et les situations, lucidité de la réflexion, maîtrise de la langue, variété de ton, vivacité des souvenirs . Un aspect particulier, mais attachant, et qui, somme toute, pourrait être fondamental, du talent d’Angelo Rinaldi est le constat que dans son oeuvre, l’atmosphère de sa ville sa ville natale est perceptible, sans être jamais nommée. Bien sûr, l’histoire pourrait se dérouler dans dans un autre pays de la Méditerranée, mais certains détails paraissent caractéristiques. Les baignades dans les eaux du ”vieux quartier qui agglutinait ses maisons autour d’un fort à la Vauban” sont une allusion aux vieux port ou à l’anse de Figaghjola; Les séances animées des westerns, où le spectacle était aussi dans la salle, nous les avons connues dans les cinémas bastiais, le Régent, l’Eden, le Paris, quand les galopins croisant leurs copains qui avaient déjà vu le film, demandaient avec anxiété: “ more u giovanu ?”, c’est-à-dire, en termes plus académiques: “ à la fin de tant d’aventures dangereuses, le héros s’en tire-t-il ?”; on se souvient des jujubes vendus dans des cornets; du marchand de glaces en tricycle, qui pourrait être Gino Martinelli; le drame de l’accident d’avion, c’est celui du Renoso, qui a décimé l’équipe locale de basket. La question posée au départ de Torrent reste sans réponse, ce qui permet d’imaginer que cette trame policière n’est qu’un prétexte. Ne s’agirait-il pas au fond d’un questionnement existentiel, à l’image du tableau du peintre qui manie son pinceau “avec la lenteur du goupillon qui bénit un cercueil, et aussitôt formes ou personnages bien dessinés parfois basculaient dans l’atmosphère et l’arbitraire du rêve qui accorde parfois ce que la vie refuse, ou nous renvoie nos propres inquiétudes sous formes d’énigmes”? Une fois de plus Angelo Rinaldi nous démontre quelle riche source d’inspiration constitue le temps de l’enfance, revisité, et revivifié par la magie d’une écriture brillante. Déjà, en 1993, Claude-Michel Cluny, expert en la matière, puisqu’il était critique littéraire intransigeant, poète et ami de Rinaldi, avait eu l’intuition que le retour dans l’île par l’intercession de la littérature était la tentative réitérée de Rinaldi de régler son compte à son passé .

Vingt-quatre ans et neuf romans plus tard, il semble que Torrent confirme cette intuition. Et si la mort du père de François était une façon de “célébrer en silence la mort de l’enfance”, selon l’expression de Cluny ? Une indéfinissable sensation de mélancolie émane de ce superbe roman impressionniste, ce poignant “porte-à -porte au domicile des ombres”, ce ”récit envoûtant” , cet “univers de faits divers désordonnés mais captivants à condition d’y entrer”? Dans le pays d’où il vient, et dont l’évocation pourrait être, au moins en partie, celle de l’île, c’est sur un chemin escarpé, rocailleux, malaisé, que François met ses pas dans les pas du petit garçon qui le long de la berge, s’efforce de remonter à la source du torrent.

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Torrent, roman, Angelo Rinaldi 2016

par Francis Beretti
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Angelo Rinaldi a été reporter, chroniqueur, critique littéraire, et il est romancier. Ses oeuvres ont été récompensées par six prix . Il a été élu à l’Académie française en 2001.
Ce palmarès qui respire la gloire, inspire l’humilité ; on ne trouvera donc ici que quelques passages, glanés de façon arbitraire, mais qui nous ont paru assez significatifs.

Torrent
, publié en octobre 2016 par les éditions Fayard, est le dix-huitième roman de Rinaldi. On, le prendrait a priori pour un roman policier. On suit en effet le personnage principal, François, qui revient dans son pays natal pour élucider un mystère, celui des circonstances réelles de la mort de son père, tué au cours d’une battue au sanglier. S’agit-il vraiment d’un accident, ou d’un meurtre? Et alors, qui est le coupable?
Il faut prendre le temps et la peine de se plonger dans les longues phrases ondoyantes du romancier, pour goûter tout l’éclat de son style. Rinaldi sait rendre l’atmosphère étouffante des petites villes “où dans chaque regard couve un jugement”, “Là où l’habitant d’une métropole mourrait dans l’indifférence de son voisin, de palier, la province , par une surveillance sans trêve du prochain, en remède à l’ennui, acquiert l’intuition de la différence, de l’anomalie, du changement, de la fêlure, s’enrage d’une supériorité, soit passagère, soit durable, dans un domaine quelconque, et s’irrite du bonheur” Il a le sens de la formule: “De quoi dépendait le cours d’une vie, quand on n’avait pas de vocation particulière, que l’on débarquait sans appuis dans une capitale? La ville où, si au départ on n’est pas déjà quelque chose, on risque de n’être jamais rien”.
Son jugement du stylistique peut paraître cruel, mais à la réflexion, il est juste, quand il remarque “la part d’enflure inséparable de l’éloge funèbre, qui, de tous les genres, et où transparaît toujours la stupéfaction qu’un homme meure, est le plus faux”. La différence entre chat et chien? “Cette fixité du regard du chat qui, à l’inverse de celui du chien attentif au moindre détail, donne l’impression d’une pensée qui ne s’arrête à aucune contingence”.
Un exemple du rythme musical de la phrase: un de ses personnages “a la franchise de montrer une figure sans maquillage”, “ mais qui, somme toute, en supportait assez bien l’absence, comme si sous l’effet de l’émotion, fût réapparue la fraîcheur des premiers chagrins de la vie qui reviennent parfois dans les rêves”. On notera l’art de nous faire partager l’angoisse du petit garçon qui entre en sixième, coupé de ses racines paysannes, jeté dans l’univers brutal de l’internat, et qui se réfugie dans la couette pour “pleurer en silence dans le gris et l’empois des draps de la lessive en bloc, pêle-mêle, mère, petite soeur, montagne, chants d’oiseaux, cabochons d’étoiles la nuit, le chevrette que l’on avait adoptée et que l’on ne mangerait pas, la maîtresse d’école qui apprenait à chanter “Les mimosas sont en or, l’hiver est fini”, et le chien de la maison qui avait couru jusqu’à son effondrement sur la chaussée, de la bave à la gueule, des hauteurs du village à l’embranchement de la route nationale, dans la plaine, derrière la voiture qui emmenait vers l’exil de l’internat préparant aux cruautés de la vie”. Rinaldi exerce son ironie sur le snob qui sirote la meilleure marque de whisky au salon de thé Babington’s “fragment du charme anglais au XIXe siècle”, Piazza di Spagna, à Rome; mais il fait aussi preuve de sensibilité en méditant sur le sort des animaux voués à un triste destin. Dans les maisons de granit construites à fleur de rocher, “les étables où soudain, meuglaient boeufs et vaches peut-être en proie à la détresse des bêtes qui pressentent l’abattoir au bruit du moteur d’un camion qui s’est rangé sur la route: et la montagne répercutait l’écho d’une douleur qui a commencé avec le monde”.

Les croquis pittoresques foisonnent au fil du récit. Prenons-en un au hasard, qui fait penser à la sculpture du chien squelettique de Giacometti, quand les maraîchers se ménageaient une halte “sous l’arche du pont où le torrent aboutissait à une mare où des juments dont on en eût souvent compté les os, en s’y abreuvant, penchaient un col de cygne, les oreilles couchées en arrière”. Le bruit banal d’un moteur déclenche une association inattendue teintée d’un humour noir: “le grondement de camions dans le lointain, pareil au bourdon, à la fin d’un requiem,quand l’organiste, à tort ou à raison, croit apaiser encore le chagrin de l’assistance qui se disperse, et où au moins une personne cherche l’adresse d’un notaire” Justesse de l’observation, acuité du regard posé sur les êtres et les situations, lucidité de la réflexion, maîtrise de la langue, variété de ton, vivacité des souvenirs . Un aspect particulier, mais attachant, et qui, somme toute, pourrait être fondamental, du talent d’Angelo Rinaldi est le constat que dans son oeuvre, l’atmosphère de sa ville sa ville natale est perceptible, sans être jamais nommée. Bien sûr, l’histoire pourrait se dérouler dans dans un autre pays de la Méditerranée, mais certains détails paraissent caractéristiques. Les baignades dans les eaux du ”vieux quartier qui agglutinait ses maisons autour d’un fort à la Vauban” sont une allusion aux vieux port ou à l’anse de Figaghjola; Les séances animées des westerns, où le spectacle était aussi dans la salle, nous les avons connues dans les cinémas bastiais, le Régent, l’Eden, le Paris, quand les galopins croisant leurs copains qui avaient déjà vu le film, demandaient avec anxiété: “ more u giovanu ?”, c’est-à-dire, en termes plus académiques: “ à la fin de tant d’aventures dangereuses, le héros s’en tire-t-il ?”; on se souvient des jujubes vendus dans des cornets; du marchand de glaces en tricycle, qui pourrait être Gino Martinelli; le drame de l’accident d’avion, c’est celui du Renoso, qui a décimé l’équipe locale de basket. La question posée au départ de Torrent reste sans réponse, ce qui permet d’imaginer que cette trame policière n’est qu’un prétexte. Ne s’agirait-il pas au fond d’un questionnement existentiel, à l’image du tableau du peintre qui manie son pinceau “avec la lenteur du goupillon qui bénit un cercueil, et aussitôt formes ou personnages bien dessinés parfois basculaient dans l’atmosphère et l’arbitraire du rêve qui accorde parfois ce que la vie refuse, ou nous renvoie nos propres inquiétudes sous formes d’énigmes”?
Une fois de plus Angelo Rinaldi nous démontre quelle riche source d’inspiration constitue le temps de l’enfance, revisité, et revivifié par la magie d’une écriture brillante. Déjà, en 1993, Claude-Michel Cluny, expert en la matière, puisqu’il était critique littéraire intransigeant, poète et ami de Rinaldi, avait eu l’intuition que le retour dans l’île par l’intercession de la littérature était la tentative réitérée de Rinaldi de régler son compte à son passé .Vingt-quatre ans et neuf romans plus tard, il semble que Torrent confirme cette intuition. Et si la mort du père de François était une façon de “célébrer en silence la mort de l’enfance”, selon l’expression de Cluny? Une indéfinissable sensation de mélancolie émane de ce superbe roman impressionniste, ce poignant “porte-à -porte au domicile des ombres”, ce ”récit envoûtant” , cet “univers de faits divers désordonnés mais captivants à condition d’y entrer”? Dans le pays d’où il vient, et dont l’évocation pourrait être, au moins en partie, celle de l’île, c’est sur un chemin escarpé, rocailleux, malaisé, que François met ses pas dans les pas du petit garçon qui le long de la berge, s’efforce de remonter à la source du torrent.

Cafés littéraires

Visiteurs de la Villa Bella Canzona, à Ville de Pietrabugno Compte rendu d'une rencontre culturelle ( 25 juin 2017, mairie, Port Toga)

 

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A l’invitation de M. Michel Rossi, Maire de Ville de Petrabugno, de l’association Culture et animation, de l’association Musanostra, en présence de Mme Laura Dinelli, le public était invité à participer à la rencontre culturelle orchestrée par Monsieur Francis Beretti

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On  a évoqué la Villa Bella Canzona car M Beretti, chercheur, professeur, avait remarqué qu’à une certaine époque (mi 19 e siècle), elle avait accueilli des personnalités célèbres et variées.

Elle est toujours bien visible sur les hauteurs, au dessus de la villa Ker Maria
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Ancienne  villa   Sainte Marie, baptisée “ Bellacanzona” par Francesco Domenico Guerrazzi , le propriétaire actuel en est M. Comte. C’ est une maison dont l’histoire est reliée à tout un pan de l’activité agricole, commerciale et industrielle de la Corse, depuis l’exportation des cédrats jusqu’à l’exploitation des minerais.
vue sur bastia. tour des minelli au fond
Depuis la moitié du 19e siècle jusqu’à l’entre deux guerres, cette maison , qui a très probablement été construite vers 1840, a été un véritable foyer de culture, un lieu de rencontre de gens notables, non seulement dans le domaine politique, mais aussi et surtout dans le domaine des arts et des lettres.
Elle mérite donc qu’on s’intéresse au riche patrimoine qu’elle représente.
Il y avait près de cette maison une tour, aujourd’hui détruite.
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Son historique a été l’objet d’une rencontre organisée conjointement par Musanostra et la municipalité de Ville di Petrabugno, dans la salle très confortable de la mairie annexe, qui donne sur le port de Toga. Il y eut tout d’abord l’ accueil par M Michel Rossi, maire. A la tribune, mme Bereni Canazzi, présidente de l’association Musanostra, m. le professeur Francis Beretti, organisateur de cette manifestation, m.Kévin Petroni, traducteur et animateur,  Mme Laura Dinelli, conférencière. Devant une salle comble, trois intervenants ont pris tour à tour la parole, avant la séance de questions qui a suivi les exposés : Madame Laura Dinelli, Francis Beretti, Kevin Petroni.
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Laura Dinelli est “Responsable de la fonction des Biens culturels et du système des fortifications” de Livourne . Madame Dinelli est co-auteur d’un ouvrage sur Giovanni Fattori, qui faisait partie des Macchiaioli, artistes en rupture avec le néo-classicisme de leur époque, influencés par Proghon et Gustave Courbet, et considérés comme les initiateurs de la peinture moderne italienne.
Elle a aussi co-dirigé un recueil d’actes de colloques sur Francesco Domenico Guerrazzi.
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Madame Dinelli a fait une conférence bien documentée pour situer le contexte historique de la venue en Corse de Francesco Domenico Guerrazzi, un homme politique de premier plan., et sur le séjour à ville di Petrabugno d’Edith Southwell Colucci et de son mari Guido Colucci.
 


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Guerrazzi
Francesco Domenico Guerrazzi
Guerrazzi fut l’un des principaux meneurs de la rebellion de Livourne contre la domination autrichienne. Républicain, ami de Giuseppe Mazzini, animateur de la Giovane Italia et des Veri Italiani, il n’hésita pas à payer de sa personne, au point de subir l’emprisonnement et l’exil. En 1849, la république est proclamée, le grand-duc Léopold s’enfuit de Florence et le gouvernement est confié à un triumvirat, dont fait partie Guerrazzi; mais en 1853, le grand-duc Léopold II remonte sur le trône, et Guerrazzi est condamné à l’exil.
Il choisit la Corse, où il va retrouver des amis corses comme les banquiers Gregori, Joseph Multedo, les négociants Valery, Le conseiller Salvatore Viale, les Vannucci et la famille de Francesco Maria Nicolao Santelli, consul de Modène et Reggio, et certains réfugiés italiens, comme les artistes Tutici, Maganini, et Giurovich. Il s’installe dans une maison qu’il baptise “Bellacanzona”, parce que le murmure de la mer lui apportait la voix de sa patrie. Parmi ses compatriotes de renom, le peintre et décorateur Carlo Tutici. L’un de ses frères, Luigi, devait retourner en Corse, se maria à Pietralba, et s’installa à Bastia, où il mourut en 1919. Il continua à exercer son métier de peintre dans les églises et les maisons privées de cette ville. Ferdinando Magagnini ébéniste, sculpteur et architecte, exécuta une commande d’Antoine Sébastien Lazarotti, maire de Bastia: la tribune de la cathédrale.
En octobre 1853, Guerrazzi s’installe dans son “ermitage”, très beau, et même divin, parce qu’il voit Monte Cristo, Giglio, Elbe et Capraia, et quand le temps est beau, ce qui est souvent le cas, les rives lointaines de ma bien aimée patrie, et la mer arrive sous la colline où se trouve la maison, de sorte que je peux pécher de mon lit”. La villa était alors la propriété de Jacques Damei. En mars 1854, il écrit: “ J’ai recueilli les rameaux éparpillés de ma petite famille, et de mon entourage, auxquels j’ajoute deux domestiques, deux chèvres et un chat, et une cinquantaine de poules et de pigeons. Je prends des allures du patriarche Noé, ou peu s’en faut”.
Le séjour de Guerrazzi à la villa “Bellacanzona” fut studieux. Le Livournais y composa “L’asino”, satire féroce du système judiciaire toscan, une oeuvre qui connut le succès.

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Après son départ qui eut lieu en octobre 1856, Guerrazzi écrivit à son ami Santelli: “Je n’ai pas oublié la Corse, et pour montrer ma reconnaissance, je confirme mon idée d’écrire quelque chose sur elle”. Il tint parole, et son séjour dans l’île lui inspira en effet quatre ouvrages: La torre di Nonza, la storia di un moscone, Pasquale Paoli ossia la rotta di Pontenuovo, et La vita di Sampiero d’Ornano.
 
 

Statut de Guerrazzi à Livourne

 
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Arthur Castell Southwell

Southwell né à Londres le 15 août 1857. Tout jeune, employé dans l’importante société londonienne de confiserie en tous genres dirigée par son père, la société anonyme Charles Southwell and C° Ltd. Cette firme importait des cédrats corses, pour la confection des plum puddings et des mince pies, friandises classiques des Noëls anglais.
Le marché mondial des cédrats était alors détenu par la Corse et par la Grèce, mais le fruit corse, notamment celui cultivé dans le Cap, considéré comme le meilleur des deux . Par l’intermédiaire d’un ami commun, un négociant de Livourne, le père d’Arthur fit la connaissance du docteur Antoine Piccioni , riche propriétaire terrien, maire de Bastia de 1865 à 1870.
En 1877, Arthur est envoyé en Corse, où il est reçu par Piccioni. Il a l’idée d’organiser des services directs entre Bastia et les ports du continent et de la Grande Bretagne. En 1882, il installe son bureau à Bastia, au nouveau port. Et c’est pendant l’hiver 1883-1884 qu’il s’installe aux Minelli, dans la villa “Secola”, du nom du propriétaire .
En 1884, il fut nommé vice-consul britannique.
L’agence maritime qu’il avait créée se développa , et Bastia fut reliée aux grands ports d’Europe, et même de Tunisie et New York. Les vapeurs chargeaient des cédrats, de l’acide gallique, des minéraux, du bois, du liège, des peaux, etc. et importaient du charbon fossile pour les chemins de fer et la compagnie du gaz, et des fûts pour transporter l’acide gallique. En1885, il est nommé agent de la célèbre compagnie d’assurances , la Lloyd. En 1890, il reprend la concession de la mine d’antimoine de Luri, il négocie l’exportation des minerais de cuivre vers l’Angleterre, et s’occupe d’exploiter la mine de Lozari.
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Passionné de mécanique, mais aussi de minéralogie, il considérait que “la Corse était un vrai musée géologique”. Il connaissait très bien l’île, qu’il avait parcourue en tous les sens, à pied, à cheval, en cabriolet, et en voiture automobile. Il avait une juste vision de l’avenir touristique de la Corse, et tous les gens qui avaient affaire à lui l’appréciaient beaucoup.
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Ses fonctions de vice-consul l’amenaient à entrer en contact avec toutes sortes de visiteurs, et c’est là l’un des intérêts de notre histoire: La villa “Bellacanzona” était un point de rencontre animé, où l’on côtoyait de nombreuses personnalités du monde politique, mondain et scientifique, des alpinistes, des botanistes, des naturalistes, des géologues, des paléontologues, des ornithologues, des archéologues et des écrivains. Des personnalités sympathiques, parfois des originaux.
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Edith Southwell

Le 26 décembre 1888, l’unique fille de Southwell, Edith Stelen, naît dans la villa des Minelli. Elle allait devenir ethnologue,et auteur de contes issus de traditions populaires corses. Dans sa préface au Racconti corsi, publiés à Livourne en 1928, Edith écrit: “ Tout ce que je transcris ici a été recueilli de la bouche des montagnards mêmes. Le paysan corse est un narrateur parfait, sa mémoire est riche de chants et de légendes transmis oralement de génération en génération , répétés à l’infini, soit dans les veillées autour du fucone, soit dans les longues journées d’été quand ont bavarde et qu’on chantonne à l’ombre”.
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Habituée dès sa plus tendre enfance à parcourir l’île dans tous les sens avec son père, elle accompagna le zoologue et paléontologue suisse Charles Immanuel Forsyth Major dans ses tournées de prospection.
L’un des souvenirs les plus vivaces de sa fille: les promenades qu’elle fit sur la petite “ Humber”, “the beloved” (la bien -aimée), la seconde automobile privée de l’île, après celle du commandant Nivelle.
 
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Guido COLUCCI

 

L’ami d’enfance d’Edith, à Bastia, était Guido Colucci, fils d’Enrico, ministre plénipotentiaire d’Italie. Edith et Guido se marièrent en 1914,; ils vécurent jusqu’en 1930 à Florence, puis ils s’installèrent à Rome, où ils moururent, Edith en 1936, et Guido en 1949

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Tous les ans, en été, ils séjournaient dans la villa Bellacanzona.

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La famille Colucci et des amis sur la plage de Toga en 1885
(On peut voir au loin la villa BellaCanzona derriere la tour de Toga en ruine)

 

Les époux Colucci y collectionnent les archives, des documents, des ouvrages sur la Corse, des textes anciens et modernes. Edith y écrivait pour d’importantes revues italiennes, pendant que Guido peignait et réalisait des oeuvres d’art décoratif. Guido était l’élève du Livournais Giovanni Fattori, le principal animateur du célèbre mouvement des Macchialioli toscan, et qui s’est imposé comme le plus importantgraveuritalien du siècle.

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Voyage du president de la république S Carnot en Corse 1890
La foule des grands jours devant la place St Nicolas

En 1924, la villa “Bellacanzona” voit un autre visiteur célèbre, Gino Bottiglioni, l’auteur du monumental Atlante linguistico etnografico italiano della Corsica, dont Colucci illustra les cinq premiers volumes, et qui allait remporter en 1940 le prix royal de philologie et de linguistique. Pour cet Atlante, Colucci réalisa trois tableaux hors texte, Alla Santa di Niolo, La veglia a u vugone, et Il Vòcero.

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Portraits de Guido Colucci
 
 
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Nous avons utilisé pour préparer cette évocation, divers travaux, articles, ou sites internet particulièrement remarquables. Sur le séjour de Guerrazzi, un article d’Ersilio Michele, un article d’Emile Pucci. Sur Arthur Castell Southwell, et les époux Colucci, les notices de Pierre-Jean Campocasso, de Pierre Giansily, le site de Lino Soddu, et sur Guido Colucci, les articles et le site de Silvia Giordani et Fausta Samaritani. Madame Laura Dinelli a fait la synthèse de ces sources, en y ajoutant le fruit de ses propres recherches.
 
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Madame Marie-Pierre Marchini a travaillé sur Southwell avec les
classes du collège Simon Vinciguerra ; nous avons pu apprécier
les livrets et images de cette démarche pédagogique de grande qualité.
 


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