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Écoutez nos défaites, de Laurent Gaudé

Écoutez nos défaites, publié aux éditions Actes sud.

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Présentation du livre par l’auteur

« Écoutez nos défaites est un livre sur le temps. Celui des quatre époques qui s’entremêlent et construisent le récit : la guerre entre Hannibal et Rome, la guerre de Sécession, la deuxième guerre italo-éthiopienne et enfin l’époque contemporaine. Mais c’est aussi un livre qui essaie de saisir ce continuum qui nous traverse, nous lie aux époques précédentes, dans une sorte de mystérieuse verticalité. Un peu comme le font ces objets archéologiques qui traversent les siècles, surgissent parfois à nos yeux, au gré d’une fouille, nous regardent avec le silence profond des âges et disparaissent à nouveau, vendus, détruits ou engloutis pour quelques siècles encore.
Dans Écoutez nos défaites, chacun espère la victoire. Les généraux réfléchissent, construisent des stratégies, s’agitent, envoient leurs hommes à l’assaut, connaissent des revers, des débâcles, se reprennent et parviennent parfois à vaincre. Mais qu’est-ce que vaincre ? Battre son ennemi ou lui survivre ? Est-ce qu’au fond Hannibal n’a pas vaincu Scipion ? N’est-ce pas lui qui est devenu mythe ? Qu’est-ce que vaincre lorsque la partie ne se joue pas uniquement sur le champ de bataille ? Hannibal, Grant et Hailé Sélassié ne meurent pas au milieu de leurs troupes. Ils survivent à la guerre, traversent cette épreuve et vieillissent. Et avec le temps, l’écho lointain des batailles, si terrifiant au moment où ils les vécurent, devient peut-être le bruit de leur gloire passée ou en tout cas le souvenir d’instants où ils furent vivants comme jamais. Car ce qui vient après la bataille, que l’on ait gagné ou perdu, c’est l’abdication intime, cette défaite que nous connaissons tous, face au temps.
Et si, dès lors, la défaite n’avait rien à voir avec l’échec ? Et s’il ne s’agissait pas de réussir ou de rater sa vie mais d’apprendre à perdre, d’accepter cette fatalité ? Nous tomberons tous. Le pari n’est pas d’échapper à cette chute mais plutôt de la vivre pleinement, librement.
Les deux personnages principaux d’Écoutez nos défaites, Assem, l’agent des services français, et Mariam, l’archéologue irakienne, sont dans cette quête. Ils sont aux endroits où le monde se convulse. Et si la défaite ne peut être évitée, du moins son approche est-elle l’occasion pour eux de s’affranchir. Quitter l’obéissance et remettre des mots sur le monde. Assumer la liberté de vivre dans la sensualité et le combat. C’est cet affranchissement commun qui rend leur rencontre possible et va les unir dans cette traversée d’un monde en feu, où ils seront peut-être défaits mais sans jamais cesser d’être souverains.”

Laurent Gaudé.

L’avis de Louis Berardi

Ceux qui lisent régulièrement Laurent Gaudé seront conquis par son dernier roman « Ecoutez nos défaites » paru récemment chez Actes Sud. Nos, lesquelles ? Je suis lecteur, pas un guerrier : en quoi ai-je échoué ? En tant que chaînon de l’humanité car je suis moi aussi celui qui a tour à tour de par le monde et les siècles rêvé de gloire, vaincu, mordu la poussière ! Lire ce chant choral, c’est retrouver les thèmes de l’auteur, son écriture où se mêlent épopée, tragédie, Eros et Thanatos à l’œuvre. Un homme et une femme se rencontrent, personnages modernes et en même temps si vieux. C’est une histoire d’amour qui pousse sur la boue et la poudre, comme une fleur du Mal. Retour en arrière, passage à l’aujourd’hui, mausolée de taureau sacré, vent se levant pour les Grecs au prix fort et la barbarie d’une scie qui coupe des colonnes et des colosses en même temps que les chairs et le fil de la civilisation.
Un grand livre, peut-être la synthèse de tout ce que Laurent Gaudé nous a conté depuis si longtemps.

Informations utiles

Laurent Gaudé, Écoutez nos défaites, Arles, Actes sud, coll. « Domaine français », 2016, 288p., 20 euros. 

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Ariavulà, une critique de Jacques Fusina

Jacques Fusina a écouté l’album de Delfina, Ariavulà, disponible en libre écoute sur Deezer. Il nous livre dans cet article son avis sur le sujet. 

J’ai reçu récemment un CD de ce titre édité par les soins de l’association Cor di Rustinu et mis en musique par son animateur Richard Girolami dont on connaît déjà les précédentes productions notamment en langue corse. Certes l’édition de disques n’est pas une nouveauté quoique la vente de ce vecteur traditionnel soit nettement en baisse aujourd’hui au profit d’autres moyens informatisés d’écoute des chansons, mais il m’a semblé que celui-ci proposait une belle originalité qui méritait d’être soulignée au moment où des efforts sont consentis pour l’illustration de notre langue vernaculaire. En effet, l’interprétation est entièrement endossée par une voix de femme, Delfina, dont la pureté de prononciation et de diction, le naturel et la grâce dont elle habille ses phrases musicales forcent l’admiration.

On pourrait craindre l’uniformité à la première impression, puisque la musique est assurée entièrement par Richard Girolami, mais Patrice Bernardini et Jean Cuiconi ont apporté leur touche personnelle à  certains morceaux, les voix de chœur (C.Rini, G.Ferrari) viennent à l’appui de D. et R.Girolami, de même que les musiciens M.Dominici (batterie et percussions), J.Cuiconi (guitare et mandoline), GM.Gianelli (contrebasse, piano, harmonica), GB.Rongiconi (guitare), donnent à l’ensemble une unité sonore tout à fait perceptible également dans une orchestration soignée à laquelle ont prêté la main les musiciens  cités, alors que le studio l’Angelina de E Valle di Rustinu s’est chargé de l’enregistrement final.

La thématique des textes est résolument historique et poétique puisqu’elle inspire particulièrement deux textes Diunisia et Stellatu, la première désignant la mère de Paoli, Diunisia Valentini, originaire de Pastureccia di Rustinu, et le second racontant la véritable histoire du Fiumurbacciu Stellatu apprenant que son fils participait à la bataille de Borgu en 1768 dans les troupes françaises. Or, la maison de Pastureccia se trouve être celle des concepteurs  du disque ; si l’on ajoute que la fontaine du Delfinu, place fontaine neuve, est celle du quartier de naissance de Richard, que Delfina est aussi le nom de la chanteuse, jeune et talentueuse professeur des écoles en classe bilingue, fille de Richard, on comprendra quelle touche personnelle marque de son empreinte le présent opus. Et lui confère d’emblée une certaine sympathie qui entre d’ailleurs en harmonie avec le ton, un peu nostalgique, voire philosophique par moments, des autres chansons : Ariavulà (néologisme qui donne son titre au CD), Isulanave (notre île bateau, adaptée d’un texte français de J.Cuiconi), A giuventù et Malatia d’amore (bâties sur des musiques originales de P.Bernardini), A fola di a stella (adaptée d’un poème de G.Moret), Addisperu (évocation d’une installation villageoise réelle), ensuite  Di chè, Un Bellu ballu, U ventu hà suffiatu, Eu sò dumane complètent un ensemble qui est en somme une réflexion tranquille sans faux-semblant ni postures ostensibles, sur  la vie de chacun, inexorable et précieuse à la fois par les souvenirs émus et par l’expérience toujours riche des années qui passent. 

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«Questions aux arbres d’ici», de Dominique Ottavi

Jeté dans mon carnet, et à la hâte, parcourant la très belle exposition du même nom d’Alexandre Hollan à Lodève, au cours d’«Urgence Poésie » en juillet 2016.

Pas les racines qui comptent, non, seulement les arbres.

Les arbres qui battent la campagne, tombent, se relèvent et s’empalent de leur victoire sur la mort et l’assassinat à gueule de hache et de scie. Demeure toujours la présence de l’arbre, même après sa disparition, et qui prononce le ciel. La sagesse profonde de l’arbre, son initiation, parfaite et complète, font mal à l’arbre, le blessent, mais du même coup le sauvent.

A perte d’arbre donc, l’arbre coupable, désappointé et frondeur silencieux. Palarbre, on mange son pain blanc, tous arbres confondus. Malabarbre, arbre désarbré, changé en lutteur de foire, justaucorps et moustaches tombantes, arbre de vie, jamais de mort.

L’intime certitude que l’arbre dans sa course finira par faire le résumé du ciel et de ses mondes. L’encens du soleil laisse des traînées bleues, jaunes et vertes dans la pénombre d’une canicule inventée. Je revois en filigrane les pierres enfiévrées où s’accroche une lumière engendrée, sans ostentation, par ces branches lourdes, jamais résignées. Je signe les sauf-conduits aux étoiles qui peut-être ne reviendront jamais. Nulle capitulation et nulle insolence. L’espérance jaillit du sol, immobile. Et puis dans l’or du soir d’été les formes se chargent d’étranges couleurs de viandes vives. Bigarrures. C’est un serment que de vivre, tenu avant même que d’être énoncé. Fatras, fouillis calculé, ordonné par la grâce d’une mystérieuse logique visible pourtant à l’oeil nu. Tu t’inclines devant l’élégance du rameau éclaboussé de lumière rentrée et qui te la restitue sur le champ, sans gêne ni remords. Et l’arbre s’exaspère de présence, d’innocence lourde de sens et d’expérience. Filigrane encore, bleu cette fois. Concupiscence blanche. J’égrène mon regard de la plus haute à la plus basse branche. L’arbre redit la lumière. La fait naître de ses entrailles, éclater en « implosante fixe ». Poètes à la dérive devant cette poésie qui se passe de mots. Puisque te voilà à présent incapable de faire la part de l’arbre et la part du monde. « Je suis sûr d’une présence ».

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Un'amicizia tra duie isule de Josiane Addis

Poésie écrite en Corse et traduite en Italien, Un’amicizia tra duie isule se présente comme l’expression d’une amitié entre deux îles soeurs. C’est en tout cas l’invitation que Josiane Addis, professeur d’Italien, a souhaité nous adresser.

Version corse

O Sardegna, mea surella,
Tu chì luci cume a stella,
In u celu spampillunante,
Tribulatu è amicante.

E to antiche tradizione,
Si aprenu tale emuzione,
Incise nantu e petre di e memorie,
Per cantà tutte e so glorie.
U to populu scanditu in lu tempu,
Fiurisce nantu à un campu
Chì lega u suveru di a speme,
Tra duie isule dileme.
In una cena sulene,
Tra braccie fratene,
Sazie di Corsica e Sardegna,
Nasce un’amicizia eterna.

Version italienne

O Sardegna, mia sorella,
Tu che luci come la stella,
In un cielo scintillante,
Tormentato e amichevole.


Le tue antiche tradizioni,
Si aprono tale un’emozione,
Incise sulle pietre delle memorie,
Per cantare le sue glorie.


Il tuo popolo scandito nel tempo,
Fiorisce sopra un campo
Che unisce il sughero della speme,
Tra isole dilemme.


In una cena solenne,
Tra braccia fraterne,
Sazie di Corsica e Sardegna,
Nasce un’amicizia eterna.