La Bibliothèque publique d’information (Bpi) du Centre Pompidou propose une rétrospective consacrée à Catherine Meurisse. Une invitation au voyage dans l’univers de cette dessinatrice multi-talents, au destin singulier. Laissez-vous guider !

Par : Lena-Maria Perfettini 

Humour, littérature, art, dessin de presse, nature… Bienvenue dans l’univers de Catherine Meurisse ! Difficile de résumer le travail de Catherine Meurisse. Depuis une dizaine d’années, elle s’invite dans les librairies et les kiosquiers, entre albums personnels et participations à des journaux et revues. La Bpi propose, en cette fin d’année 2020, une rétrospective de la dessinatrice. Je vous invite à la parcourir : suivez-moi !

Nous voici à la Bibliothèque publique d’information (ou « la Bpi » pour les intimes. Cette grande bibliothèque installée dans le Centre Pompidou) qui en 2020 poursuit sa programmation d’expositions sur les arts graphiques. Après Art Spiegelman, Claire Bretécher, Franquin et Riad Sattouf [ voir l’article de Lena-Maria Perfettini ], c’est au tour d’une autrice de bandes-dessinées qui a le vent en poupe depuis quelques années : Catherine Meurisse. Cette jeune dessinatrice – elle a eu 40 ans cette année – a déjà une longue carrière : dix ans à Charlie Hebdo et sept bandes-dessinées autographes. Mais également des participations à plusieurs dizaines de journaux, revues et projets littéraires… et en janvier 2020, un fauteuil à l’Académie des Beaux-Arts dans la section peinture. 

Un prix au festival d’Angoulême

L’exposition est une reprise de celle qui a été présentée au festival d’Angoulême en janvier et février 2020; mais le scénario et la scénographie ont été complètement retravaillés pour s’adapter aux espaces de la Bpi. On suit, salle après salle, la carrière de la dessinatrice, dans un découpage à la fois chronologique et thématique.

Pour commencer, nous découvrons les débuts de Catherine Meurisse avec quelques dessins d’enfance. Où l’on peut déjà noter une bonne maîtrise du trait et du récit. Mais aussi un réel sens de l’humour inspiré de l’art de Gotlib. Jetez aussi un coup d’œil aux deux planches qui lui ont valu de gagner le prix de la BD scolaire du festival d’Angoulême. Y’a pas à dire, même petite, elle était déjà douée !

Il est vrai qu’elle a des influences on ne peut plus brillantes : Sempé, Quentin Blake, Tomi Ungerer et Georges Beuville. Encouragée par ses professeurs et ses amis, elle s’est dirigée tout naturellement vers des études artistiques. Des planches de son premier livre édité en 2005 y sont d’ailleurs présentées : « Causerie sur Delacroix » ; son travail de fin d’études à l’École nationale supérieure des Arts décoratifs, à Paris. Elle y a recopié et illustré, à la plume, un texte qu’Alexandre Dumas a écrit sur son ami peintre Eugène Delacroix. C’est ce même album qui a été republié en 2019, enrichi de magnifiques planches colorées.

Le prix « Presse Citron »

Mais quelques années plus tôt, en 2001, Catherine s’était déjà fait remarquer par les plus grands. En effet, 2001 est l’année de sa victoire au prix « Presse Citron » du dessin de presse. Prix organisé par l’école Estienne pour les jeunes dessinateurs. Parmi le jury, rien de moins que ceux qui vont devenir ses futurs employeurs et collègues. Notamment Jul, Tignous et Honoré de Charlie Hebdo, ainsi que Dominique Bolle et Jean-Claude Morchoisne des Échos.

En bonne élève, elle a tout de même attendu la fin de ses études, en 2005, avant de se lancer réellement dans le dessin de presse. Et ce, sans avoir peur de faire le grand écart. Charlie / Les Échos, ce n’est pas vraiment la même ligne ! Mais quelle chance de pouvoir apprendre au contact des plus grands. D’ailleurs, dans l’exposition, ne passez pas à côté de la page, dessinée par la jeune Catherine et annotée dans la marge par Riss, celui-ci lui lui donne des conseils pour améliorer son dessin.

Philosophie magazine, Causette, Okapi…

Continuons avec les dix années, entre 2005 et 2015. Cette période durant laquelle Catherine Meurisse a fait partie de la rédaction de Charlie Hebdo. Ses contributions ont été nombreuses et variées, allant de la double-page sur Quentin Blake aux strips (quelques cases disposées en une bande verticale ou horizontale), en passant par des interviews dessinées, sans oublier les fameuses Unes et les échappés ou « Unes auxquelles vous avez échappé ». Les dix-huit Unes de Charlie qu’elle a signées sont toutes présentes dans l’exposition. Et, il est intéressant de voir, comment se construit la Une d’un journal étape par étape. Ceci, au travers de six versions d’un même dessin. Avec différentes idées de composition, la mise en place de l’arrière-plan, l’ajout de la couleur…

En plus de son travail à Charlie Hebdo, la jeune dessinatrice n’a pas chômé. Comme caricaturiste de presse, elle a régulièrement collaboré à une quinzaine de revues et journaux, sous la seule signature « Catherine ». Une vitrine expose d’ailleurs plusieurs de ces titres : Philosophie Magazine, Causette, Profession Avocat, Okapi, Astrapi… Comme dessinatrice, elle a illustré plusieurs livres jeunesse : penchez-vous sur les planches et esquisses pour « Ma tata Thérèse », « Elza » et « Franky et Raoul ».

Elle a publié trois albums autographes. Y transparaît son goût pour la littérature et les beaux-arts du XIXe siècle principalement. Dans « Mes hommes de lettres », paru en 2008, elle dresse avec humour une histoire de la littérature au travers de portraits de plusieurs de ses auteurs fétiches, dont Montaigne, La Fontaine ou Marcel Proust qu’elle surnomme son « auxiliaire de vie ».dans « Le pont des arts » sorti en 2012, elle illustre plusieurs histoires célèbres qui ont lié des écrivains et des peintres, aux XIXe et XXe siècles.

Ses travaux avec Charlie Hebdo

Enfin, dans « Moderne Olympia » (2014), elle imagine une comédie musicale à la Roméo et Juliette. Les impressionnistes y combattent les modernes au sein du musée d’Orsay. Des planches de chacun de ces trois albums sont à admirer dans l’exposition. S’ajoutent d’autres albums nés de travaux avec Charlie Hebdo – « Savoir vivre ou mourir » où elle mène une enquête sur l’Académie Nadine de Rothschild en Suisse, et « Scènes de la vie hormonale » qui compile des strips parus dans le journal, ou issus d’une collaboration avec la journaliste de France Culture Julie Birmant, – l’album « Drôles de femmes ». Album qui illustre des interviews de femmes humoristes.

Entrons maintenant dans la dernière salle de l’exposition. Nous y découvrons l’évolution du travail de Catherine Meurisse à la suite de l’attentat qui a touché la rédaction de Charlie Hebdo en janvier 2015. Grâce à une panne de réveil, elle a échappé de peu au drame. Mais le traumatisme qu’il a provoqué l’a empêchée de dessiner durant plusieurs mois et l’a conduite à mettre un terme à ses travaux de caricaturiste de presse.

Sa lente reconstruction s’est alors faite en se concentrant sur elle-même. Dans une vidéo projetée sur un mur, nous voyons la main fluette de la dessinatrice qui tourne les pages d’un petit carnet. Une sorte de journal intime dessiné, qu’elle a tenu durant les mois qui ont suivi l’attentat contre Charlie, à une époque où elle souffrait de pertes de mémoire et où elle vivait sous protection policière. Ces dessins, à peu de choses près, constituent les premières pages de « La Légèreté », sa délicate autobiographie sur l’après-Charlie.

Une passion pour les beaux arts et la littérature

S’en suivent, sur les murs adjacents, plusieurs planches qui narrent son séjour de quelques semaines à la villa Médicis, fin 2015, épisode qui compose la seconde partie de ce même album. Sur cette lancée, Catherine Meurisse a repris un projet qu’elle avait débuté en 2014, de parler de son enfance passée au grand air dans les Deux-Sèvres. En 2018, est ainsi né l’album « Les grands espaces » [ voir l’article de Lena-Maria Perfettini dans la revue Musanostra]. où elle déclare sa flamme à la nature, sauvage et peinte. Y raconte comment se sont éveillées ses passions pour les beaux-arts et la littérature.

L’exposition a ceci d’intéressant qu’elle permet de comparer les dessins au crayon de Catherine Meurisse – opération périlleuse quand on est gauchère, – et les planches mises en couleur par la coloriste Isabelle Merlet. De plus, ceux et celles qui ont lu l’album auront la joie de voir la fameuse représentation d’une chèvre allongée dans un hamac, réalisée par la jeune Catherine pour le concours Chabichou. et qui avait été retoquée par peur qu’elle ne soit considérée comme une caricature de Ségolène Royal !

En plus de ce « retour à soi », Catherine Meurisse a souhaité ralentir son rythme de création et s’essayer à de nouvelles formes artistiques. Elle a ainsi repris « Causerie sur Delacroix », l’album qu’elle avait publié à la sortie de ses études, et, sous le nom de « Delacroix », elle l’a revisité en y ajoutant de magnifiques réinterprétations, à l’encre colorée, des œuvres du peintre romantique. Plusieurs de ces œuvres sont d’ailleurs montrées dans cette l’exposition et on peut admirer les grands coups de pinceaux qu’elle donne, Art, si loin de ses précédents travaux, beaucoup plus timides.

Un intérêt pour l’art oriental

Par ailleurs, suite à un séjour au Japon en 2018, à la villa Kujoyama, la dessinatrice s’est intéressée à l’art oriental. Elle s’est alors lancée dans la réalisation de planches à la gouache ou à l’encre de couleur, se concentrant davantage sur la représentation de grands espaces naturels ou architecturés, peuplés de fines silhouettes. Des illustrations de ce type se retrouvent sur des doubles-pages publiées dans la revue trimestrielle Zadig depuis sa création en 2019. L’exposition montre malheureusement surtout des reproductions de ces œuvres, étant donné que les dessins que Catherine Meurisse réalise dorénavant, sont ensuite très retravaillés par ordinateur.

Avant de sortir, ne manquez pas les kakemonos sur lesquels sont imprimés trois grands dessins de Niobides. Ces statues se trouvent dans les jardins de la villa Médicis. Ces illustrations ont été au centre du spectacle « Vois-tu celle-là qui s’enfuit ». Un travail mêlant danse et dessin que Catherine Meurisse a réalisé entre 2017 et 2019 avec la chorégraphe DD Dorvillier. Ensemble, elles racontaient l’histoire des Niobides, cette famille mythologique qui a été exterminée par les dieux Apollon et Artémis, et les représentaient – ou réinterprétaient – via des dessins et de la danse.

En quittant l’exposition, nous n’avons qu’une envie : nous plonger dans les albums de Catherine Meurisse, pour les lire ou les relire. Ça tombe bien ! La Bpi les propose tous dans un petit salon de lecture, tandis que la boutique du Centre Pompidou en vend la plupart !

« Catherine Meurisse – La vie en dessin ». Bibliothèque publique d’information (Bpi, Centre Pompidou), jusqu’au 25 janvier 2021. Entrée gratuite.

Cette exposition rentre dans la programmation de l’année de la « BD 20 21 » organisée par le Ministère de la Culture. Catherine Meurisse est l’une des marraines.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *