Le rabaissement,
Philippe Roth
Gallimard
Traduit par Marie-Claire Pasquier (122 pages)
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Celui-ci, j’ai longtemps hésité à le lire : le titre tout d’abord…Et le sentiment avant même de dépasser la première phrase d’en connaître la triste vérité. La lucidité peut certes fasciner mais elle peut aussi faire bien du mal. A quoi l’auteur nous invite t-il à réfléchir cette fois en trois tableaux ?
Un comédien qui a joué les plus grands rôles au théâtre se retrouve brisé, sans raison. Il vit une perte de l’enthousiasme, une perte du feu sacré et ne peut se résoudre à avoir été ; 65 ans ce n’est pas si vieux ! Il se retrouve quelques temps en maison de repos, fréquentant des êtres touchants aux failles différentes .Séjour salutaire, c’est l’occasion de se mettre un peu au clair avec soi-même, d’amadouer ce qui sera désormais son existence. Sa femme le quitte, ne supportant plus sa tristesse, son public commence à l’oublier. Il lui suffit d’admettre que tout a évolué, qu’il doit supporter sa solitude, son incapacité à briller sur scène. La maison, son refuge, lui semble désormais bien grande et vide.
La visite de la fille d’un couple d’anciens amis comédiens connus lors d’une tournée quelques quarante ans auparavant va tout chambouler : Peegeen, la quarantaine, veut en finir avec les déconvenues de sa vie privée et ses souffrances d’amante homosexuelle. Elle voudra bien apprendre avec lui à filer un amour des plus tranquilles, puisqu’à son âge, semble t’elle penser, on a de l’expérience et on est sage. On peut rendre une femme comme elle heureuse. Ils unissent leur solitude et il lui fait des cadeaux en échange de sa jeunesse et de son désir.
Il sait en s’engageant dans cette histoire d’amour qu’il prend un gros risque, que cette dernière passion le tuera si Peegeen le quitte et il sait que cela se passera. Mais il s’engage, voulant conjurer son déclin.
Ce livre court est terrible de justesse. Il est le récit d’une descente aux enfers, il dit la tragédie de la vie et les scènes de sexe parsemées sont juste un peu d’ironie tragique.

MF Bereni Canazzi

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