Écrit par Alessandro Baricco et publié pour la première fois en 1996, Soie raconte les expéditions au Japon entreprises à la fin du XIXe siècle par un homme qui voulait sauver ses élevages de vers à soie. Un roman de voyage et une histoire d’amour impossible, mais aussi une magnifique fable sur le sens de la vie.

Par : Agnès Ancel

Alessandro Baricco est un écrivain italien passionné de musique, qui écrit ses livres comme une partition, pour nous offrir la plus belle des symphonies. Rythmé par des refrains, l’auteur déroule Soie tel un poème qui rappelle l’Illiade et l’Odyssée d’Homère. Donc, l’histoire commence en 1861… Cette année-là, Baudelaire publie la seconde édition des fleurs du mal et Émile Zola demande la nationalité française. Quant à Hervé Joncour, il quitte sa Pénélope, Hélène pour Alessandro Baricco ; et part pour le Japon acheter des vers à soie. De son voyage, l’auteur n’en écrira que quelques lignes, comme un refrain qui rythmera chacun de ses départs.

Seules de légères modifications imperceptibles troubleront ce leitmotiv et interpelleront le lecteur. Mais il s’attardera longuement sur Hara Kei ; le vendeur de vers à soie et son exotique compagne, dont les « yeux n’avaient pas une forme orientale ». Ainsi Hervé Joncour laisse sa femme seule durant de longs mois. De sa vie en l’absence de son mari, Alessandro Baricco ne nous contera rien. On laissera notre imagination vagabonder lorsqu’une phrase anodine sèmera le doute dans nos esprits embrumés par la délicatesse d’une caresse. C’est cela aussi ce doux roman, remettre en cause nos certitudes. En attendant notre héros voyage. Il découvrira un monde de raffinement et de sensualité et reviendra pour mieux repartir, jusqu’à ce que la guerre signe son dernier périple.

Ivresse des sens

Ce livre poétique, sublime l’âme. L’auteur sème des indices tout au long du parcours, par quelques mots égrenés ici ou là, où chacun y verra ce qu’il souhaite entendre. Pour ma part, je pressens que l’histoire principale est non écrite et se déroule au village durant les absences d’Hervé Joncour. Baldabiou, autre personnage énigmatique du livre qui décide en filigrane de la vie de notre héros, contribue à la naissance de ce sentiment. Baldabiou c’est l’ombre cachée du roman. Fil rouge de l’histoire, il irradie une aura magique illuminée de mystère. Magicien de l’âme ou Lucifer, il ne nous laisse pas indifférent.

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Ce conte philosophique est certainement un secret. Alessandro Baricco nous invite à chercher notre vérité intérieure ; à en décoder les symboles et à partir à la conquête de notre « soi », terme cher au psychanalyste Carl Gustav Jung. Remplie de poésie, l’auteur sublimera son œuvre par une lettre sensuelle qui rappellera les romans érotiques japonais interdits des années vingt de Kafû et Akutagawa. Soie c’est tout cela. Une ivresse des sens, de la douceur et de l’amour. Alors surtout ne passez pas à côté de ce joyau qui se découvre comme un trésor interdit, envoûtant et aussi léger qu’un voile de soie.

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