Affichage : 16 - 30 sur 635 RÉSULTATS
adn
Articles

ADN de Maïwenn ou la quête identitaire

Présenté lors de la sélection officielle de Cannes 2020, le film ADN, écrit et réalisé par Maïwenn témoigne avec force d’une quête identitaire. Un retour aux sources filmé avec délicatesse.

Par : Audrey Acquaviva

ADN, sortie en 2020, a fait partie de la sélection officielle de Cannes. Il est de nouveau sur nos écrans après une longue période de fermeture des salles obscures. Un film de Maïwenn est un événement. On aime son cinéma ou on le rejette.

L’histoire est centrée sur Neige (interprétée par la réalisatrice), divorcée et mère de trois garçons. Elle est très attachée à son grand-père algérien. Dépendant, ce dernier vit dans une maison de retraite où elle lui rend visite très régulièrement.

Au début du film, le vieil homme qui ne semble plus vraiment être là, est entouré de ses filles, de ses petits-enfants et arrière-petits-enfants à l’occasion de la toute première lecture du livre sur sa vie. Tout un périple, dont Neige est l’instigatrice mais qui est écrit par une de ses amies. Cette séquence est une concentration du film à travers le mélange des registres et les différents thèmes abordés (famille, filiation, racines, affranchissement, quête de soi).

Un trombinoscope haut en couleurs

À leur manière, tous les membres de la famille semblent s’accrocher à l’aïeul dans un joyeux brouhaha, perlé de-ci de-là de disputes. Très vite, les contours de cette tribu se dessinent ; tout comme les liens entremêlés d’attachements sincères et de rancœur. La mort du vieil homme va non seulement rompre cet équilibre bancal mais va provoquer une crise familiale, voire identitaire.

maiwenn adn

En effet, ce trombinoscope haut en couleurs et fort en cris a comme point d’ancrage le désormais silencieux Emir. Il a été aussi le tuteur de résilience de Neige notamment. C’est lui qui l’a aidée à survivre à des parents toxiques. Sa mère, jouée par une surprenante et puissante Fanny Ardant, apparaît brutale. La colère qui gronde en elle, nourrie par une vie faite de durs combats âprement gagnés, fait briller son regard. Son père, lui, semble détaché de la société, de ses racines et même de la famille. Ce détachement le rend cruel. Quant à la fratrie, elle ne se comprend pas toujours. Maïwenn la saisit à un moment de bascule : le pilier qui les réunissait n’est plus. L’enfance qu’ils partagent a laissé place à l’âge adulte (c’est aussi un thème qu’explore le dernier roman de Yasmina Reza, Serge, paru aux éditions Flammarion).

Désormais chacun porte ses propres valeurs qui les éloignent les uns des autres. On les voit à l’écran, tiraillés. Le frère aîné Ali, le plus stable, le plus sage, a une raideur qui paraît comme une protection à la folie ambiante. La petite sœur Lilah (interprétée par Marine Vacth) veut jouer sa propre partition, quitte à décevoir.  Mais il est encore trop tôt, alors elle revient dans le sillage de la fratrie. Quant à Mattheo, le petit dernier, il semble sensible et se réfugie dans les mots caustiques. La rencontre des quatre est souvent pesante du fait de la colère et de la tristesse retenues ou pas.

En quête de ses origines

Et, soudain, contre toute attente, elle se mue en une complicité qui surgit à travers une vanne, un fou-rire, un câlin. De nouveau, la fratrie semble unie. En fait, c’est la vie que Maïwenn filme. Neige apparaît aussi rapidement comme étant une mère dévouée. Mais le sujet n’est pas là, car il faut aussi voir le film comme sa libération salvatrice sous la forme d’une pseudo-crise identitaire. En effet, la mort de son grand-père l’anéantit. La quête de ses origines à travers un test ADN lui donnera dans un premier temps, un but.

Son père ne lui facilite pas la tâche (ici, il apparaît comme un miroir inversé : il ne se préoccupe pas de ses origines asiatiques, il se sent Français et c’est tout). Mais le spectateur sait déjà que le cœur de Neige et une partie de ses racines appartiennent à l’Algérie, le pays de son grand-père. Le fait d’obtenir la nationalité algérienne semble être une nouvelle naissance. Mais avant cela, il lui a fallu rompre avec sa mère. La séquence est dure et bouleversante.

À lire aussi : Le pays des autres de Leïla Slimani

Dans cette famille nombreuse,  il y a aussi la tante qui offre au film deux scènes improbables (le choix du cercueil et la scène des funérailles). Et surtout le cousin Kévin, personnage bouleversant (interprété par Dylan Robert dont la caméra semble captive). L’ex de Neige, François (interprété par le très juste Louis Garrel) offre au film des perles d’humour, de tendresse et de grâce parfois. Il semble assez solide pour calmer le jeu de l’effervescence ambiante. 

Toutes les séquences mènent l’une après l’autre à la libération finale. Et ADN est porté par un souffle, une énergie qui passe tout d’abord par la force des mots. Ce souffle est aussi un tourbillon maîtrisé de tons à travers des séquences marquées qui permettent d’explorer toute une palette d’émotions, de zones d’ombres, de moments de rancœur, petits ou grands ; sans oublier de belles complicités, signes d’un amour profond et sincère.

Ainsi le film glisse-t-il du tragique (la mort) au pathétique (le déménagement de la chambre). Du registre burlesque (la chanson lors de la cérémonie funéraire) à la brutalité, et du fantastique au réalisme. Des instants d’humour saupoudrent l’ensemble et le rendent savoureux. De plus, la caméra suit au plus près les personnages avec ses nombreux gros plans, plans serrés ou travelling. Elle fait corps avec eux. Et parfois elle les dépasse avec des plans panoramiques (Neige au milieu de la foule algérienne, au milieu des siens).

ADN, film intimiste, mêle fiction et réalité à travers des thématiques qui hantent notre société et la réalisatrice :  la famille à travers la filiation et la fratrie ; l’identité à travers l’affirmation de soi et les racines ; le multiculturalisme.

Articles

Delphine Horvilleur : comment vivre avec nos morts

Dans son ouvrage Vivre avec nos morts, Delphine Horvilleur raconte comment son rôle de rabbin l’a confrontée à la mort ; et à la nécessité de transformer cette même mort en leçon de vie. Le texte de Delphine Horvilleur est une consolation offerte au lecteur afin de lui permettre de mieux appréhender la question de la finitude.

Par : Nadia Saadi

Vivre avec nos morts, de Delphine Horvilleur | Éditions Grasset

Il était une fois Delphine Horvilleur, une femme plurielle : écrivain , essayiste et philosophe, rabbin de l’organisation juive libérale “Judaïsme en mouvement”, rédactrice en chef de la revue Tenou’a ( mouvement en hébreu ) et dans son dernier livre , paru chez Grasset,Vivre avec nos morts : un autre métier qui s’approche le plus de celui de la fonction de rabbin écrit-elle à la page 16 : “c’est celui de conteur”. Delphine Horvilleur, émerveille par son habileté avec les mots, par sa douceur et sa finesse d’esprit .

Des récits universels

Elle offre humanité, sagesse dans des enseignements ô combien universels et des réflexions qui s’adressent à tous. Dans Vivre avec nos morts, elle raconte et conte des récits sur la mort, à travers des instants vécus en tant que rabbin, d’où elle extrait toujours la moindre trace, le moindre signe, le moindre mot qui vient tisser comme un hymne à la Vie.

Un traité de consolation

Le sous-titre du livre : Petit Traité de Consolation. Comment accompagner ceux qui partent ? Ceux-là même qui n’ont plus de pouvoir sur leur vie, ni même sur leur propre mort. Comment ne pas oublier d’ accompagner ceux qui restent ? Et c’est bien plus pour ces derniers qui eux vivent encore que la question prend sens et attend de multiples réponses. Delphine Horvilleur répond à ces questions en puisant intelligemment dans plusieurs domaines de connaissances. Delphine Horvilleur connaît la médecine. Elle aime la langue, les langues, et elle se plaît à faire des va-et-vient entre l’hébreu et le français.

Chercher du sens dans les textes et dans les mots

Parfois, elle cherche le sens, l’origine des mots, plus loin encore, dans une langue ancienne : l’araméen. Elle dissèque avec passion et précision ces références linguistiques pour offrir une ou plusieurs lectures possibles à ce qu’elle avance. Ce qui touche sa conception du temps, de l’espace, de la parole et de son usage face à la mort. Delphine Horvilleur fait évidemment référence aux textes religieux mais elle prévient : ne pas y voir là de la “bondieuserie “ parce que même dans ce contexte elle prend “ des gants “ pour rapporter les textes sacrés qu’elle ne fige pas à une lecture unique et hermétique. Elle les manipule avec tact, y voient des similitudes avec les contes, ceux que l’on raconte aux enfants. Quand elle en tire une morale, c’ est pour donner toujours le dernier mot à la Vie.

À lire aussi : La plus précieuse des marchandises de Jean-Claude Grumberg

Delphine Horvilleur propose donc une conception de la mort qui perd toujours face à la Vie. Delphine Horvilleur, en conteuse, en rabbin, use de la puissance du langage et des mots . Ces mots qui peuvent savoir dire le bien tout comme le mal, ou parfois être inutiles, impuissants ou déplacés. Des mots qui ont à la fois un large champ d’action et cependant des limites. Ce que nous dit Delphine Horvilleur dans Vivre avec nos Morts, c’ est que l’ on ne sait pas dire la Mort. Alors pourquoi ne pas oser dire cette incapacité des mots à dire la Mort ?

Célébrer la vie

Delphine Horvilleur opte pour dire la Vie. L’auteure la raconte aussi avec humour. Elle rit beaucoup et aime faire rire. Elle prend plaisir à raconter des blagues. Même quand elle est confrontée à la Mort, elle l’affronte avec ceux qu’elle accompagne. Avec cet enchantement face à la Vie. Ses récits émouvants racontant des morts réelles de personnes inconnues ou plus célèbres (Simone Weil) permettent naturellement l’identification du lecteur. À travers cette mort qu’elle raconte avec beaucoup de poésie et qui n’arrive, on le sait, pas qu’aux autres, Delphine Horvilleur nous touche, nous émeut. Elle accompagne avec ce Petit Traité de Consolation “les croyants , les non croyants, les juifs et les non juifs “ et tant d’autres.

Ce qui est époustouflant chez elle, c’est qu’elle s’ applique à laisser toujours un espace vacant ; libre d’accueillir d’ autres susceptibles d’ être touchés par, peut-être , une sorte de grâce ; celle qui aurait le pouvoir de rassembler et unir chaque être humain. Chez Delphine Horvilleur, l’espace et le temps sont toujours en mouvement, changeant par essence, offrant des champs de métamorphoses possibles entièrement ouverts à ce qui peut mourir sans regret, sans pathos, pour donner place à ce qui vivra et devra vivre dans un temps futur. Dans ces récits anecdotiques, elle aborde le deuil collectif, le deuil à la suite de la perte d’un enfant et bien d’autres situations encore.

Le vide comme invitation à la recherche

Elle ouvre des portes symboliques entre ces deux mondes que sont la Vie et la Mort. Elle ne retient que ce qu’il y a de plus important. Ce qu’elle garde en mémoire et transmet , c’est surtout ce qu’a été la vie ; et ce qu’elle aurait pu être avant de dire ce qu’elle ne sera plus. Un livre qui traite de la Mort certes ; mais en offrant à la fois un espace et un temps de respiration, une bouffée d’oxygène, un véritable souffle de vie.

Une vision de la Mort qui de par l’espace vacant qu’elle laisse n’ attend que la Vie parce qu’il n’ y a qu’elle qui peut prendre cette place. Et lorsqu’elle propose une définition de la laïcité, c’est par ce même espace, fait de vide(s), qui n’attendent qu’à être remplis et partagés avec tous ceux qui viennent y respirer aux côtés de l’Autre. Un hymne à la Vie.

En savoir plus

Delphine Horvilleur, Vivre avec nos morts, Paris, Grasset, 2021.

Photo : Grasset

Articles

La voleuse de livres de Markus Zusak

Allemagne, Seconde Guerre mondiale. Une jeune fille nommée Liesel repousse en elle les ténèbres grâce à la lecture. Et parvient à éveiller l’intérêt de la Mort elle-même, qui nous raconte le destin de cette orpheline extraordinaire. Un best-seller international signé Markus Zusak.

Par : Agnès Ancel

Markus Zusak écrivain australien, nous offre ici un livre poignant, rempli d’émotions, dont le fil morbide se déroule en Allemagne, durant la Seconde Guerre mondiale. Mais l’originalité de ce roman réside surtout dans la narration. Pour raconter son histoire, sans faux-semblant, avec pudeur et délicatesse, Markus Zusak choisit La Mort. Ainsi, elle jalonne tout l’ouvrage de ses pensées macabres sur la guerre, sur Stalingrad et sur les camps et recueille les âmes égarées face à la folie meurtrière des hommes.

Mais « La voleuse de livres » c’est aussi l’histoire de Liesel et des mots.

Petite fille placée dans une famille nourricière, elle va grandir entourée de l’amour de ses parents adoptifs. Son père Hans, jouera, sur un air d’accordéon, un rôle essentiel dans son apprentissage de la lecture. Et les portes d’un nouveau monde s’ouvriront devant elle.

Mais en ces temps barbares, la famille de Liesel ne possède guère de livres. Aussi, Liesel profitera des opportunités offertes par la vie, pour les dérober. Accompagnée de son ami Rudy, elle en volera certains dans la bibliothèque de l’épouse du maire. Cette femme meurtrie par la perte de son fils, verra en elle une éclaircie au milieu de ses ténèbres.

La secoueuse de mots

Le chemin de Liesel croisera un autre personnage essentiel du livre, Max, juif en fuite caché dans le sous-sol familial. Un lien invisible se créera entre ces deux êtres fragiles. Et pour nourrir l’appétit de lecture de l’enfant, Max enduira les pages de « Mein Kampf » de peinture blanche et écrira sur son parchemin improvisé « La Secoueuse de mots ».

Car ce livre c’est surtout cela. Nous rappeler le pouvoir des mots. Il parle de ces mots insidieux qui véhiculent la haine, hostiles aux mots caressants, soigneurs de cauchemars.

Et malgré le drame qui se joue en filigrane sous un torrent de bombes et de larmes, on croit encore au miracle. Et on espère que l’auteur nous épargnera une fin tragique !

À lire aussi : La plus précieuse des marchandises de Jean-Claude Grumberg

Bien entendu je ne vais pas vous dévoiler comment se termine cet émouvant ouvrage. Sachez seulement que «La voleuse de livres», diffuse beaucoup d’amour et nous rappelle l’absurdité et la folie des guerres.

L’auteur nous sort de notre léthargie et nous invite à ouvrir nos consciences à l’écoute de beaux discours, pour ne plus voir le loup entrer dans la bergerie. Il lance un appel à la tolérance et cherche à éloigner la haine de nos cœurs. Il nous donne envie de croire en l’espèce humaine, avec l’espoir un peu fou qu’un jour les hommes déposeront les armes.
Pour finir, j’emprunterai à Liesel ces quelques mots :

« J’ai détesté les mots et je les ai aimés et j’espère en avoir fait bon usage. »
Douce lecture à vous !

Articles

U primu dizziunàriu temàticu d’ Antone Marielli

Opera d’un passiunatu è fruttu di un longu travagliu di racolta lessicale, u dizziunàriu temàticu di Antonu Marielli hè riccu di parolle è di sinonimi ; ma ancu di spressioni, di spiegazioni o di precisioni di u sensu o di l’origine.

Da : Donia Valenti

U prufessore di LCC, membru fundatore è autore pè u gruppu Diana di l’alba, hà cunghjucatu quì u so amore è a so cunniscenza di a lingua à parechji anni di ricerca è urganizatu a so racolta in cinque parte (a persona umana, a sessualità è l’amore, a salute, i cinque sensi, i sintimi). Dui altri tomi sò previsti, cunsacrati à altri temi.

Da leghje : Corse Aquarelles de Fabrice Moireau et Belinda Cannone

Un dizziunariu chì si pò cunsultà pè ricercà una parolla precisa o una manera di dì. Ma chì si pò puru leghje senza circà nunda di precisu, solu pè u piacè di scopre a ricchezza di u lessicu.

Présentation de l’ouvrage par les éditions Scudo

C’est le premier tome d’un dictionnaire thématique. Il en  comportera trois. Il traitera des différents éléments du corps  humain ; des maladies ; de l’amour et de la sexualité ; des cinq sens et des sentiments humains. 

Antone Marielli

Né en 1951 à Sartène, Antone Marielli est chanteur, musicien, auteur-compositeur-interprète. Il est le créateur en 1978 du groupe culturel « Diana di l’Alba », ayant produit à ce jour plusieurs opus. C’est aussi un professeur d’histoire et de langue corse. Mais aussi un passionné de nature et de marche en montagne. Antonu est écrivain avec aujourd’hui trois livres à son actif. Ils traitent de l’histoire de la Corse, de légendes. C’est un amoureux de mots et d’expressions corses,  souvent oubliés. Dorénavant, Il voudrait réaliser, en trois tomes, un dictionnaire thématique de langue corse. Il constate un terrible manque qu’il voudrait aujourd’hui combler. Il a initié ce travail minutieux et méticuleux, il y a trente-cinq ans.

En savoir plus

Antonu Marielli, Dizziunàriu temàticu, toma 1, Ajaccio, Scudo, 2021.

Articles

Corse Aquarelles de Fabrice Moireau et Belinda Cannone

Par : Janine Vittori

Fabrice Moireau a illustré de nombreux ouvrages pour la collection « Aquarelles » des Éditions du Pacifique. Il a arpenté des régions, la Bretagne, la Provence, la Sicile… Se laissant guider par le hasard, il a parcouru des villes, Paris, Florence, Rome, New-York…

À ses illustrations, qui rendent toujours hommage à la beauté des lieux, les Éditions du Pacifique associent la vision d’un auteur prestigieux. Yann Queffelec, Dominique Fernandez, Jérôme Charyn accompagnent la visite de la Bretagne, de Rome ou de New-York. Pour « Corse, aquarelles » c’est à Belinda Cannone que la maison d’édition a fait appel. Dans cet ouvrage, qui pourrait être un guide de voyage à travers la Corse, la romancière relate son apprentissage de l’île et la relation personnelle et charnelle qu’elle entretient avec elle.

Pour que son chemin la conduise jusqu’à la Corse, Belinda Cannone vagabonde sur les rives de la Méditerranée. De la Sicile à la Tunisie, de Gabès à Marseille, son histoire familiale est une invitation au voyage. L’auteur pose ses bagages en Corse pendant quelques années.

 Sa mère est revenue sur la terre de ses lointains aïeux ; elle s’est installée à Bastia puis dans un village près d’Aleria. « J’ai donc découvert la Corse tardivement » écrit Belinda Cannone. Déjà adulte, elle est nommée à l’Université de Corse en tant que professeur de littérature comparée.

Elle ressent un émerveillement devant la mer, les montagnes et les animaux sauvages. Elle apprend aussi à connaître les gens et côtoie pendant neuf ans les étudiants à Corte.

Le temps passé en Corse par Fabrice Moireau ne se mesure pas en années mais en jours.

Un supplément d’âme

Mais quelles journées ! Commencées à l’aube elles s’achèvent quand la lumière disparaît.

Dans son périple à travers la Corse l’illustrateur a su capter toute la diversité des paysages.

Corse aquarelles

Il restitue bien sûr la magie des côtes tourmentées du Cap Corse, la beauté des rivages de Balagne aux couchers de soleil prodigieux et le charme des plages du Sud qui figurent sur les clichés de tous les touristes. Mais l’approche de Fabrice Moireau apporte à ses illustrations ce qu’il est convenu d’appeler un supplément d’âme. Il ne se contente pas de reproduire la variété des paysages naturels. L’artiste sillonne la Corse pour découvrir les architectures modestes ou somptueuses héritées des anciens. Il saisit la lumière qui embrase les villages. Lumiu, Saint-Florent, Erbalonga figurent parmi les lieux incontournables sur lesquels Moireau pose son regard. Il surprend par des étapes moins attendues. Il révèle ainsi l’harmonie un peu sévère de Riventosa ou de Morosaglia. Car l’aquarelliste aime peindre les maisons de pierre. Il sait traduire par le trait précis de son dessin et par la richesse de ses couleurs toutes les nuances des architectures insulaires.

À lire aussi : La langue de sa terre

Le peintre voyageur prend le temps de s’arrêter sur les places des villages et des villes. Il y rencontre les habitants : une femme avec sa « sporta » fait une pause sur un muret ; un homme rend visite à ses défunts dans un cimetière de Balagne ; à Bastia, dans le quartier du marché, un poissonnier, chaussé de bottes en caoutchouc, enveloppé dans un grand tablier bleu, s’engouffre dans le portail d’un immeuble aux couleurs dorées par les siècles.

Fabrice Moireau est un artiste généreux. S’il est fasciné par l’architecture naturelle il sait restituer, dans des décors grandioses, la présence des hommes et leur travail. Même si c’est avec une pointe d’humour qu’il représente des éleveurs du Niolu et leur 4X4…

 Le magnifique ouvrage « Corse, aquarelles » saura charmer tous les amoureux de la Corse. Il allie le sens de l’observation et la précision du détail de Fabrice Moireau à la spontanéité et la poésie de Belinda Cannone.

Articles

Kérozène d’Adeline Dieudonné

Dans Kérozène, Adeline Dieudonné conte les petits déboires et les grandes frustrations d’éclopés de la vie, dans une série de récits courts et mâtinés d’humour. Un second roman aussi profond que grinçant.

Par : Antoine Giudicelli

Voilà un livre qui fait du bien ! Des tranches de vies ordinaires et qui sont ou deviennent extraordinaires. Des moments de crise où tout évolue et met en danger celui qui les vit.

Les titres sont des prénoms, surtout de femmes. Avec un Loïc, un Olivier ou encore un Joseph. Et chaque fois, c’est ce personnage qui est le protagoniste. Sa vie ressemble pourtant par bien des aspects à la nôtre. Mais il y a toujours avec Adeline Dieudonné un détail vite amené qui fait qu’on désacralise ; et qu’on remet à distance, qu’on est déstabilisé et amusé, bien que désespéré.

Adeline Dieudonné

Prenons le cas d’un couple, on se dit quelle chance, ils ont l’air heureux. Trois lignes plus loin, on comprend que le ver est dans le fruit, et la focalisation choisie permet de suivre les acteurs et leur perturbation. Car ils ne sont pas présentés par hasard, jusqu’à une station-service isolée sur une autoroute. Un asile pour ceux qui bougent dans les Ardennes, ce soir-là après 23 heures. Et dont les trajectoires, la plupart de fuite, vont faire qu’ils se croiseront, là, dans cet espace de circulation bruyant et éclairé ; sans même qu’ils se connaissent ou se reconnaissent. Alors que le lecteur lui, les retrouve, connait le souci de tous.

À lire aussi : Les roches rouges d’Olivier Adam

Avatars et caricatures ambulantes

Des nigthhawks, comme dans le célèbre tableau de Hopper, qui blafards, apeurés ou soulagés ; avec pour la plupart, un cadavre dans le placard ou dans le coffre de la voiture, cherchant aventures ou l’aventure. Ils sont en mouvement, évoluent, ou fuient, par peur, par goût de libération, par obligation et en réalité pour bien d’autres motifs. Au fond, on a compris ce qui les a animés. Leur ras le bol ou leur infortune.

Car on est dans leur esprit, par la volonté de la conteuse moderne qu’est Adeline Dieudonné ; créatrice d’avatars et de caricatures ambulantes de la modernité. On les saisit par leurs pensées et par leurs actes. Et on ne peut que se dire qu’il y a certes outrance, mais qu’elle est dynamisante, vivante, amusante et instructive. Le sexe, très présent au fil des pages, est un puissant moteur et certaines scènes sont cocasses.

Les rapports de domination, les déséquilibres entre les êtres, l’utilisation des autres, au nom des grands principes. De même que la violence qui surgit, comme ça, de façon absurde. Le rôle de la sexualité, hygiénique, dégradante et réparatrice rarement, ou encore, le vieillissement et l’hygiénisme.

L’auteur révèle dans un style qui la caractérise, phrases courtes, vocabulaire courant, avec des formules frappantes ; les drames de vies banales, les traumatismes de l’enfance qui ne s’effacent pas, la cruauté des hommes et le danger permanent dans lequel vivent les plus faibles. D’autre part, un dauphin prédateur sexuel, un couple de beaux parents curieux d’une anatomie intime. Ou encore, le cheval Red Apple à la réaction salvatrice mais aussi désastreuse ; comme celle de la plupart des acteurs de ces courts récits. 

Le point d’orgue, c’est quand ils débarquent tous, éclopés de la vie, sous la lumière crue de cette aire de repos ; encombrant le parking de leur voiture, fauteuil roulant ou camion… et que nous nous étonnons et amusons de les voir quelquefois interagir.

Articles

Ces orages-là : comment réchapper à la prédation amoureuse ?

Ces orages-là de Sandrine Collette, publié aux Editions Jean-Claude Lattès, raconte comment Clémence parvient à s’extirper d’une relation toxique. Repliée sur elle-même, sans amitié, sans famille, sans travail, celle-ci cherche à se reconstruire.

Par : Marie Angeli

Ces orages-là débute de façon intense: nous nous retrouvons dans la tête de Clémence, dans ses pensées; on n’apprendra son prénom qu’à la page 24. Jusque là, on se demande quelle est l’identité de celle qui s’échappe. On se demande si elle est toujours vivante. On la découvre traquée, à bout de souffle, fuyant en pleine nuit, en pleine forêt,  courant dans la nuit noire. Il lui faut alors échapper à celui qu’elle désigne par le pronom « lui ».

Le récit d’une femme confrontée à un prédateur sexuel

Un prédateur à ses trousses l’obsède. Qui est-il ? Pourquoi se livre-t-il à une telle chasse à l’être humain ? D’emblée, Sandrine Collette sait captiver son lecteur. Les chapitres suivants sont plus calmes bien qu’angoissants. Une jeune femme apeurée et anorexique, une jeune boulangère, tente de se reconstruire, dans une petite maison discrète et biscornue, employée dans une boulangerie de quartier où ses collègues l’intègrent vite. Les malaises, crises d’angoisse, moments de déprime se succèdent. Les tentatives de parade face à la montée d’adrénaline ne servent pas à grand-chose. Qu’elle coure ou qu’elle soit immobile.

À lire aussi : Et toujours les forêts

Clémence est seule, rongée par la peur de voir réapparaitre le prédateur. Il s’agit de son ex conjoint. Cet amoureux tendre et dévoué s’était transformé en prédateur cruel, sans qu’elle puisse faire entendre son effroi, au point que le salut n’a tenu qu’à sa fuite, à l’effacement de ses traces, à un nouveau mode de vie, loin et dans un quasi anonymat.

Le désir de renaître

Le jardin, l’observation de son voisin, de petites occupations lui permettent de renaître peu à peu. Elle construit son havre de paix. Elle s’enhardit à sortir jusqu’à parfois se mettre en danger pour tester sa résistance à la peur et à l’horreur.  Le vieux monsieur qui  s’occupe de ses plantes, de l’autre côté de la haie, ne bouge pas beaucoup ; il ne la remarque pas. Quand elle fera sa connaissance, elle comprendra qu’il peut l’aider, qu’il devine bien des secrets et des détresses sans même qu’elle se confie. Il faudra bien pourtant affronter ce qui empêche de vivre ; car autrement, on ne vit pas davantage ; on suit ce parcours de vie en se demandant quand arriveront perturbation et résolution.

Ces orages-là : un roman sur la perversion et la manière d’en réchapper

Sandrine Collette signe là un roman sur l’emprise, sur la perversion, sur la maltraitance, sur le traumatisme. Il y a comme souvent chez cette romancière des éléments un peu irrationnels, des personnages qui réapparaissent, des forêts profondes et des passages un peu improbables, des heureux ou moins heureux hasards. Un bon moment de lecture, du bon Sandrine Collette qu’on apprécie aussi bien pour ses romans policiers que pour ses plongées dans l’analyse psychologique.

En savoir plus

Sandrine Collette, Ces orages-là, Paris, JC Lattès, 2021

Articles

Portrait allégorique de Dante d’Agnolo Bronzino

Afin de célébrer les sept-cents ans de la mort du sommo poeta, Florence présente en ce moment le  « Portrait allégorique de Dante » dAgnolo Bronzino. L’exposition, Bronzino et le grand poète, est un moment fort des commémorations organisées par la ville natale de l’Alighieri.

Cette huile sur toile, datée de 1532-1533, a été commandée au peintre en même temps que les portraits des deux autres grands auteurs toscans, Boccace et Pétrarque. Ils devaient orner les lunettes du palais urbain d’un banquier florentin lettré, Bartolomeo Bettini. Des trois œuvres, seule celle représentant Dante est parvenue jusqu’à nous. Il existe de ce portrait une copie sur panneau à la National Gallery de Washington et une toile, considérée comme l’œuvre originale, conservée dans une collection privée. C’est cette dernière qui est exposée jusqu’au 31 mai 2021 au Palazzo Vecchio.

Par : Janine Vittori

En 1532, Agnolo Bronzino est un jeune artiste de vingt-neuf ans. Élève, puis disciple, de Pontormo il affirme déjà un style aristocratique et précieux. Pour représenter Dante, le peintre, qui est aussi poète et lecteur éclairé de la Divina Commedia, s’inscrit dans la lignée des artistes qui l’ont précédé. Peu de temps après la mort du poète banni, Florence a voulu le réhabiliter, l’associer aux « uomini famosi » de la cité et, pour le rendre immédiatement reconnaissable, fixer son image. Le profil anguleux, le vêtement rouge et la couronne de laurier appartiennent donc à la représentation mythique du sommo poeta, immortalisée dès le milieu du trecento par Giotto puis au quattrocento par Michelino et Botticelli.

Une impression d’étrangeté

 Le poète, tel un géant, est assis sur une roche. L’ample drapé de sa tunique évoque la perfection marmoréenne des statues. Dans un mouvement de torsion, son corps se dirige vers le spectateur alors que son visage s’en détache. 

Dante approche sa main droite du Dôme et des tours de Florence. La cité émerge, à gauche, dans la partie sombre de la toile. Le geste du poète est assez énigmatique. Désigne-t-il la ville plongée dans une atmosphère ténébreuse et menacée par le feu de l’Enfer?  Ou attire-t-il l’attention sur les flammes auxquelles font écho celles de la septième corniche du Purgatoire ? Cet anneau de feu vers lequel le poète tourne son regard est si puissant qu’il éclaire le Paradis et fait rougeoyer le ciel.

L’expression de Dante est impénétrable. Il se détourne de l’obscurité du monde et laisse ses yeux se perdre dans un lumineux lointain. La ligne limpide de son profil et la transparence de sa peau donnent à son visage une altière beauté.

Agnolo Bronzino, Portrait Allégorique de Dante, huile sur toile, 130 x 136 cm, vers 1532/1533

Avec ce portrait, Bronzino prouve qu’il excelle déjà dans la représentation de la dignité et de la majesté. Quelques années plus tard, artiste officiel des Médicis, il peindra des êtres hautains et presque déshumanisés. L’image du poète est cependant plus nuancée. Dante ne porte pas le masque de la noblesse des portraits maniéristes. Son visage austère reflète cette impression de méditation que les peintres prêtent aux Saints et aux Grands de l’Église. Comme les Saints, le poète s’est affranchi des contingences humaines. Lui seul a fait le voyage de l’Enfer jusqu’au Paradis.

«  L’acqua ch’io prendo già mai non si corse » écrit le poète au chant II du Paradiso. La « piccioletta barca » que place Agnolo dans le bras de mer glacé est la parfaite métaphore de ce périlleux voyage.

Le livre

« Ce que nous voyons, ce qui nous regarde », pour reprendre le titre célèbre de Georges Didi-Huberman, c’est le livre que tient le poète. La main fine et blanche de Dante est placée au centre parfait de la toile et c’est le seul élément du portrait clairement orienté vers le spectateur. Ses doigts allongés retiennent la Commedia ouverte à la page du Chant XXV.

Le choix de cette page n’est en rien dû au hasard. Dante y avoue, avec des paroles émouvantes, son espoir de revenir un jour dans la cité que ses cruels concitoyens l’ont forcé à quitter. Il espère que par le don de son « poema sacro » il reviendra dans le lieu qui l’a consacré chrétien. Bronzino lui a déjà ceint le front de rameaux et la teinte du laurier prend la même couleur d’espérance, le même éclat, que la couronne verte de l’Eden vers lequel le poète incline sa tête. Mais, dans le poème, Florence n’a pas encore orné sa tête d’« ‘l capello » qui le confirmerait dans la fonction de poète.

À lire aussi : Paolo et Francesca : La Divina Commedia

Le chant XXV est celui de l’Espérance. Dans ce poème qui résonne comme une « confession », un testament spirituel, ce mot prend une connotation mystique. Ce n’est pas seulement le retour au bercail, au « bello ovile » dont il rêve. C’est l’Espérance, une des trois vertus théologales, représentée dans ce chant par Jacques le Majeur. Dante, éclairé par la lumière de la Foi, est certain que sa « gloire future » résultera de « grâce divine et mérite conjoints » et non pas de la reconnaissance des « loups » qui peuplent sa ville natale.

Dans le Portrait allégorique de Dante, Agnolo Bronzino ne se livre pas à une simple vocation commémorative. Il offre au géant de la poésie le caractère éblouissant d’une apparition.

Articles

La critique libérale de Napoléon

Pourquoi l’héritage napoléonien est-il si encombrant pour la République ? La réponse est peut-être à chercher dans la critique formulée sur l’empereur par les penseurs libéraux au XIXe et au XXe siècle.

Par : Kévin Petroni

La critique de Napoléon se fonde sur une longue tradition libérale, opposée à la tyrannie égalitaire, héritée de la lutte contre l’absolutisme monarchique et la terreur révolutionnaire.

Il s’agit alors d’analyser les raisons qui conduisent la France à minimiser l’héritage napoléonien, alors que sans lui, sans ses institutions, sans sa volonté, sans sa culture, les valeurs et les principes révolutionnaires auraient été détruits par la Restauration.

Comprendre la période napoléonienne

Pour comprendre la période napoléonienne, il faut avoir en tête la situation terrible de la France post-révolutionnaire, accablée de dettes, soumise à la corruption, entourée de monarchies qui souhaitent diminuer le poids de la France en Europe. Napoléon tente de sauver l’héritage révolutionnaire, en désirant mettre un terme aux guerres révolutionnaires par les traités et les alliances. Il cherche à redonner au pays une stabilité politique et économique après la Terreur. C’est le régime politique assurant cette stabilité qui est l’objet de tant de controverses.

Napoléon : fondateur de l’administration républicaine

Si Napoléon est particulièrement attaqué de nos jours, c’est parce qu’il est le fondateur de notre république, reposant sur la concentration des pouvoirs, le centralisme administratif et la limitation des libertés publiques. Tout cela arrive à une époque, la nôtre, où ces éléments, constitutifs de la République, sont particulièrement critiqués au nom du péril qui pèse sur nos libertés individuelles.

Au fond, le problème est simple : comment célébrer le fondateur d’institutions que nous réprouvons de plus en plus ? Pour cela, il faut consulter les opposants de Napoléon : Chateaubriand, Tocqueville, Taine ; des historiens aussi, René Rémond ou Raymond Aron ; tous analysent le poids de l’administration napoléonienne et républicaine sur les libertés individuelles. 

Napoléon : fondateur du centralisme administratif

L’administration impériale : l’achèvement du projet administratif monarchique et révolutionnaire

Napoléon est le fondateur des institutions républicaines. Tocqueville l’avait très bien expliqué dans son ouvrage L’Ancien régime et la Révolution, la révolution française n’a fait qu’accomplir les projets de la monarchie : “L’ancien régime avait contenu, en effet, tout un ensemble d’institutions de date moderne, qui, n’étant point hostiles à l’égalité, pouvaient facilement prendre place dans la société nouvelle, et qui pourtant offraient au despotisme des facilités singulières”.

La révolution française partageait avec la monarchie le goût pour le centralisme d’État, ou la suppression de l’individu au nom des intérêts de l’État. C’est cela qui fait dire à Tocqueville que “toutes les fois qu’on a voulu depuis abattre le pouvoir absolu, on s’est borné à placer la tête de la Liberté sur un corps servile”. Nous avons eu l’occasion de changer à de nombreuses reprises de régime, et de monarques, mais rien n’est venu à bout de son administration. Bien au contraire, nous n’avons cessé de renforcer son influence. 

Le rationalisme administratif

L’un des fondements de l’administration révolutionnaire, annonciatrice du despotisme napoléonien, est le rationalisme. Simplifier, uniformiser, codifier pour rendre l’État efficace. “La simplification élimine les rivaux, écrit René Rémond, l’uniformisation facilite l’action des pouvoirs publics, renforce son autorité”.

C’est que l’administration monarchique, révolutionnaire ou impériale cherche à rompre avec la féodalité, et le pouvoir frondeur des aristocrates, afin de lui substituer le règne des fonctionnaires serviles, dévoués à l’autorité centrale. Napoléon n’achève donc pas l’œuvre révolutionnaire. Il ne confisque pas la Révolution, et ses principes ; il les établit de manière irréparable en France.

Le paradoxe napoléonien

Tout le paradoxe napoléonien est là : nous louons Napoléon pour les réformes qu’il a menées, le code civil, les préfets, les départements, l’école, les lycées, l’université, sans nous rendre compte que nous le détestons pour les mêmes raisons ; car, en fixant le cadastre, les départements, les préfets, le code civil, la hiérarchie scolaire, Napoléon fonde ce même pouvoir administratif, particulièrement centralisé, concentré dans ses mains, où la moindre force locale est étouffée, contrôlée, détruite.

Les grandes réformes napoléoniennes tissent donc le maillage administratif du pays, et avec lui, place le contrôle entier et total de la nation dans les mains d’un seul homme. René Rémond, grand lecteur de Taine et de Chateaubriand le sait bien : “la refonte consulaire établit une administration parfaitement centralisée : tout part de Paris, décisions, nominations, tout y aboutit, rapports, informations, demandes”. Exit la première révolution libérale, Napoléon institue l’absolutisme césariste, synthèse de la monarchie absolutiste et de la révolution jacobine. 

L’écrasement de l’individu par l’appareil administratif

Il établit un pouvoir administratif fort, un pouvoir qu’aucun régime ne remettra vraiment en cause au grand dam d’Hippolyte Taine écrivant dans Les origines de la France contemporaine qu’ « à travers huit changements du régime politique, tout l’ordre social a subsisté, presque intact”. Napoléon a alors fondé un État qui étouffe toute initiative individuelle :

L’État empiète sur le domaine de la personne. Plus il étend ses empiètements, plus il ronge et réduit le cercle d’initiatives spontanées ou d’actions indépendantes qui est la vie propre de l’individu. Si, conformément au programme jacobin, il pousse à bout ses ingérences, il absorbe en soi toutes les vies individuelles : désormais il n’y a plus dans la communauté que des automates manœuvrés d’en haut, des résidus infiniment petits de l’homme, des âmes mutilées, passives et, pour ainsi dire, mortes. Institué pour préserver les personnes, l’État les a toutes anéanties 

Ou encore :

L’État travaille mal, grossièrement, avec plus de frais et moins de fruit que les corps spontanés, mais encore, par le monopole légal qu’il s’attribue ou par la concurrence accablante qu’il exerce, il tue ces corps naturels, ou il les paralyse, ou il les empêche de naître ; et voilà autant d’organes précieux qui, résorbés, atrophiés, ou avortés, manquent désormais au corps total

L’administration amenuise l’esprit de liberté

Ayant fondé une administration qui anéantit toute initiative personnelle, Napoléon détruit la moindre aspiration à la liberté. Taine rejoint ainsi la critique de Chateaubriand dans Les Mémoires d’outre tombe :

Le tort que la vraie philosophie ne pardonnera pas à Bonaparte, c’est d’avoir façonné la société à l’obéissance passive, repoussé l’humanité vers les temps de dégradation morale, et peut−être abâtardi les caractères de manière qu’il serait impossible de dire quand les coeurs commenceront à palpiter de sentiments généreux. […] Le despotisme que Bonaparte a laissé dans l’air descendra sur nous en forteresses. La mode est aujourd’hui d’accueillir la liberté d’un rire sardonique, de la regarder comme vieillerie tombée en désuétude avec l’honneur.

C’est à mes yeux la grande critique formulée par les antimodernes à Napoléon. L’administration napoléonienne a fait disparaître le goût de la liberté dans l’esprit français. 

La république face à l’encombrant héritage napoléonien

Le goût de la tyrannie. C’est assurément ce que l’exécutif désirait rejeter. Surtout, ne pas être comparé au despotisme napoléonien. Le gouvernement a sans doute craint l’analogie entre le pouvoir napoléonien et le régime républicain. Particulièrement dans ce contexte sanitaire. La limitation des libertés publiques. La concentration des pouvoirs dans les mains de l’exécutif. La brutalité de la mécanique administrative. Tout cela risquait d’y faire songer.

 

Faire oublier le centralisme d’État

À propos de la concentration des pouvoirs, Emmanuel Macron, s’étant décrit comme président “jupitérien”, profondément attaché à la hiérarchie républicaine, pouvait souffrir de la comparaison à l’égoïsme de Napoléon.

Le centralisme d’État est associé généralement, dans la critique du régime impérial, au centralisme politique. C’est parce que le monarque est autocentré qu’il ramène le pouvoir à lui-même. Chateaubriand critique Napoléon pour son exercice égocentré du pouvoir. Il commence par citer l’empereur :

“Voudrait−on rétablir la souveraineté du peuple ? Eh bien dans ce cas, je me fais peuple ; car je prétends être toujours là où réside la souveraineté.  » Jamais despote n’a expliqué plus énergiquement sa nature : c’est le mot retourné de Louis XIV :  » L’Etat, c’est moi. « 

Taine ajoute une définition sur la question : “l’instinct de se faire centre et de rapporter tout à soi, en d’autres termes l’égoïsme, et qualifie Napoléon “d’œuvre de l’égoïsme servi par le génie”. À l’heure où le pouvoir exécutif tente de faire oublier une gestion trop centralisée de la crise sanitaire par un déconfinement territorialisé, la mémoire de Napoléon, et de son centralisme d’État, était susceptible de remémorer l’idée d’un pouvoir autoritaire, une image que le président souhaitait écarter. 

Minimiser le poids de l’administration dans la vie des Français

L’exécutif souhaite également minimiser le poids de l’administration d’État dans la vie des français. Célébrer l’administration napoléonienne reviendrait de nouveau à honorer l’administration qui perturbe l’initiative individuelle au sein de la République. Louer une fonction publique qui, par son poids, son centralisme, son déracinement, nuit à la vie des français est purement inconcevable à l’heure actuelle. C’est pourtant une critique omniprésente dans la dénonciation du régime napoléonien.

L’administration napoléonienne : un miroir de notre administration

Taine écrit un texte d’une grande modernité sur l’administration d’État, un texte susceptible de nous tendre un terrible miroir :

Unique en son genre, ayant seul l’épée, agissant de haut et de loin, par autorité et contrainte, l’État opère à la fois sur le territoire entier, par des lois uniformes, par des règlements impératifs et circonstanciés, par une hiérarchie de fonctionnaires obéissants qu’il maintient sous des consignes strictes. C’est pourquoi il est impropre aux besognes qui, pour être bien faites, exigent des ressorts et des procédés d’une autre espèce. Son ressort, tout extérieur, est insuffisant et trop faible pour soutenir et pousser les œuvres qui ont besoin d’un moteur interne, comme l’intérêt privé, le patriotisme local, les affections de famille, la curiosité scientifique, l’instinct de charité, la foi religieuse.

Son procédé, tout mécanique, est trop rigide et trop borné pour faire marcher les entreprises qui demandent à l’entrepreneur le tact alerte et sûr, la souplesse de main, l’appréciation des circonstances, l’adaptation changeante des moyens au but, l’invention continue, l’initiative et l’indépendance. Partant l’État est mauvais chef de famille, mauvais industriel, agriculteur et commerçant, mauvais distributeur de travail et des subsistances, mauvais régulateur de la production, des échanges et de la consommation, médiocre administrateur de la province et de la commune, philanthrope sans discernement, directeur incompétent des beaux-arts, de la science, de l’enseignement et des cultes. En tous ces offices, son action est lente ou maladroite, routinière ou cassante, toujours dispendieuse, de petit effet et de faible rendement, toujours à côté et au delà des besoins réels qu’elle prétend satisfaire.” C’est une critique récurrente contre l’État : l’État est incapable de répondre efficacement aux besoins des corps qu’il remplace.

Une machine contre les individus

De nouveau, le centralisme administratif est considéré comme une machinerie qui accentue les problèmes qu’elle prétend régler. C’est pourquoi elle broie les initiatives spécifiques qui seraient capables de créer de la richesse et de la prospérité. De nouveau, Napoléon fait figure de personnalité gênante à un moment où le président de la République exprime le désir de refonder les institutions et les grands corps de l’État, la préfectorale par exemple, afin de répondre aux attentes populaires. 

Que faire du despotisme napoléonien ?

Enfin, il est toujours très compliqué de célébrer un despote éclairé dans une époque démocratique. Lors du Retour des Cendres, Hugo raconte dans Choses vues que l’on a célébré Napoléon avec retenue de peur que son aura n’incite à l’insurrection. Napoléon porte un héritage difficilement acceptable pour les générations actuelles : d’un côté, il est le fondateur d’une tyrannie ; de l’autre, il est le défenseur des valeurs révolutionnaires.

Un héritage complexe

Raymond Aron dresse la meilleure critique et la meilleure défense de l’héritage napoléonien : 

Napoléon poussa à son terme cette évolution. À l’intérieur, toutes les libertés politiques qui devaient compenser le renforcement de l’État (élection des représentants, droit d’opposition) disparurent. À l’extérieur, Napoléon découpait à son gré des pays nouveaux, dépouillait des dynasties traditionnelles, choisissait des rois parmi ses frères et ses généraux, détruisait ainsi peu à peu les fondements de l’ordre européen et livrait le continent entier à la peur qui provoque les abus de la force, aux abus de la force qui exaspèrent la peur. La guerre semblait destinée à ne jamais finir. 

Mais les armées napoléoniennes répandaient aussi à travers l’Europe, ce qui représente l’actif historique, la justification éternelle de la Révolution, à savoir l’esprit nouveau issu d’un siècle de réflexions philosophiques. Partout où elles pénétraient, elles ébranlaient les fondements de l’Ancien Régime, les privilèges des nobles, les prérogatives du clergé ; l’égalité devant la loi était proclamée, les paysans libérés accédaient à la propriété du sol, les juifs étaient émancipés, on proclamait la liberté religieuse. En ce sens, les armées napoléoniennes gardaient le droit de se réclamer de la devise “Liberté, égalité, fraternité”.

Les deux faces de Napoléon

Napoléon est le fondateur d’un régime autoritaire. Il désire conserver les principes philosophiques des Lumières, dans un pays cerné par les menaces royalistes. Il le fait par la force, c’est-à-dire par la suppression des libertés publiques.

À lire aussi : Le mal insulaire de l’âme

À côté de cela, Napoléon fonde un régime politique moderne. La tolérance religieuse, l’accès à la propriété et aux hautes fonctions pour le peuple sont respectés. De surcroît dans une Europe dominée largement par l’arbitraire. Sacrifier la liberté pour assurer les mêmes droits à tous, c’est le cœur de l’héritage napoléonien. L’égalité devant la loi comme principe essentiel du régime républicain. La république est également confrontée à ce problème. Placer l’égalité au-dessus de la liberté, dans une époque où les aspirations libérales et individuelles sont plus prégnantes. Dès lors, la difficulté de la République tient dans le fait de célébrer un antidémocrate, alors qu’elle est elle-même critiquée pour sa difficulté à représenter les idées du peuple. Songeons aux gilets jaunes. Ou encore à maintenir les libertés publiques dans un contexte sécuritaire et sanitaire qui menacent l’unité de la nation. 

La liberté peut regarder la gloire en face

La République éprouve des difficultés à commémorer Napoléon en raison de sa fragilité. Le peuple accorde de moins en moins de légitimité aux institutions républicaines, institutions fondées sous la révolution et sous l’empire. Les gilets jaunes, la crise sécuritaire, les problèmes sanitaires… Ces événements creusent les défaillances et les faiblesses d’une administration trop lourde pour certains. Trop absente pour d’autres. Inégalitaire pour tous.

Chateaubriand, grand opposant politique de Napoléon, écrivait à son sujet : “la liberté peut regarder la gloire en face”. Il me semble que dans une société ouverte comme la nôtre, nous pouvons très bien regarder Napoléon en face. Être fier de son oeuvre, la discuter, la disputer, user de notre liberté sans la moindre crainte. Célébrer le grand homme qu’il fut. Ne rien céder de notre liberté critique face à son oeuvre. Aucun homme libre ne peut craindre la gloire.

Bibliographie
  • Raymond Aron, “De la violence à la loi », dans L’homme contre les tyrans. Penser la liberté, penser la démocratie. Paris, Gallimard, coll. Quarto, 2005
  • François René de Chateaubriand, Mémoires d’outre tombe, Tome 2, Paris, Livre de Poche, coll. Classiques, 2019.
  • Victor Hugo, Choses vues, Paris, Gallimard, coll. Quarto, 2002. 
  • René Rémond, Introduction à l’histoire de notre temps, Le XIXe siècle, Tome 2, Paris, Seuil, coll. Points Histoire, 2014.
  • Hyppolite Taine, “Le régime moderne”, dans Les Origines contemporaines de la France, Paris, Bouquins, 2020. 
  • Tocqueville, L’Ancien Régime et la Révolution, Paris, Gallimard, coll. Idées, 1975. 

Articles

Un ange en peignoir blanc de Carole Ottaviani Marmouset

Après les Poèmes du vendredi, la poétesse Carole Ottaviani Marmouset revient avec un nouveau recueil d’histoires courtes. Un trésor de sensibilité et de mélancolie.

Par : Caroline Vialle

De ce second recueil de poésie, Carole Ottaviani Marmouset nous livre des histoires courtes en vers. En partant à la recherche de destins singuliers et quelquefois tragiques, elle nous met sur les pas de notre propre destin.  Et, ainsi le dit-elle dans « le poète conteur  » ; elle reste fidèle à l’idée que la poésie est là pour exprimer ce que chacun perçoit au plus profond de soi sans pouvoir toujours l’exprimer.

Ainsi le dit Pierre Reverdy,

« Et le poète écrit. Il écrit d’abord pour se révéler à lui-même, savoir de quoi il est capable… En effet, pour si étrange que cela puisse paraître, ce sera la façon particulière de dire une chose très simple et très commune qui ira porter au plus secret, au plus caché, au plus intime d’un autre et produira le choc. Car le choc poétique n’est pas de même nature que celui des idées qui nous apprennent et nous apportent du dehors quelque chose que nous ignorions ; il est une révélation d’une chose que nous portions obscurément en nous et pour laquelle il ne nous manquait que la meilleure expression pour nous la dire à nous-mêmes »

Au fil des pages et des moments de vie, c’est la solitude, que Carole va chercher à travers ses personnages. Puis, qu’elle tente d’approcher de toutes les façons, dont cette dernière peut s’imposer à chacun d’entre nous. Choisie ou subie, quel sera l’homme ou la femme qui n’aura jamais fait l’expérience de se retrouver face à soi-même et à son histoire de vie ?

À lire aussi : Les micro-contes cruels de Sternberg

De ce vague à l’âme que crée la solitude au sein du couple à l’effondrement tragique qui suit la perte brutale de l’être aimé ; elle sillonne les chemins du cœur pour mieux apprivoiser chacun de ses lecteurs.

La vraie vie n’est jamais loin. Et l’autrice nous emmène avec elle dans ses réflexions qui prennent matrice dans sa façon d’être au monde. Que se soit à travers l’art, sa profession ou encore son rapport à l’amitié qu’elle cultive au quotidien.

L’amour, sujet éternel et fétiche

L amour forcé, l’amour volé, mais toujours malmené est au cœur de l’ouvrage. L’amour n’écrit-il pas son histoire depuis la nuit des temps, lui que bien peu d’entre nous auront été capables d’apprivoiser ?  Il reste le sujet éternel et fétiche. Il se lit en prose ou en vers sans jamais pour autant se laisser contourner.

Carole Ottaviani Marmouset

Mais c est aussi l’amour partage qui nous est conté tout en finesse. Ceci, lorsque Carole, originaire de l’ile de Beauté, s’attache à faire revivre les légendes qui courent dans les villages ; ou reprend l’histoire de cet esprit brillant et esseulé qui partagea son savoir avec la petite marocaine déracinée.

C est enfin l’amour impossible qui vient clore ce recueil. Et à cet égard, ramène à nouveau vers la grande solitude que suscite l’abandon. Mais en réalité, c’est sur une note d’humour et non d’amour que Carole Ottaviani Marmouset nous ramène et nous laisse à notre vie actuelle… 

Articles

Sylvain Prudhomme et les Orages

Dans Les orages, Sylvain Prudhomme explore des fragments de vie. Treize histoires, treize bouleversements intimes dans un recueil aussi intense que délicat.

Par : Audrey Acquaviva

 Les Orages de Sylvain Prudhomme aux éditions L’arbalète Gallimard rassemble treize histoires intimistes comme autant d’orages qui traversent les personnages ; à l’image des gens ordinaires qui se trouvent à un moment de bascule de leur parcours. Au moment où, précisément, leur faille soit s’ouvre, soit est trop lourde à porter. C’est bouleversant, et c’est une prouesse de l’auteur que d’aborder autant d’approches. Presque autant d’expériences qui saisissent, interrogent ou hantent le lecteur.

sylvain prud'homme

En effet, comme tous ces récits sont à échelle d’âme, ils atteignent l’universel (à travers des thèmes comme la vieillesse, la maladie, un couple, la paternité, envie de renaître) auquel le lecteur peut s’identifier. Être happé. Trouver des pistes de compréhension de ses propres failles. Ainsi ce père, d’un enfant hospitalisé entre la vie et la mort, qui se rend compte qu’il n’est pas toujours à la hauteur. Toutefois, il en sortira grandi car il finira par comprendre le sens de cette épreuve. Ou encore ce vieil homme qui fait face aux premiers signes de la dégénérescence cognitive. Que peut-il y faire ? 

À lire aussi : Histoire du fils de Marie-Hélène Lafon

Un instantané de vie

D’histoire en histoire, l’auteur nous plonge dans de nombreux univers. Où la question d’enfermement est parfois latente, tragique, ou parfois même, un rien burlesque. À l’image de ce personnage, qui par un détour au cimetière voit son nom gravé sur une tombe ainsi que l’année de sa mort. Il passera des décennies à vouloir saisir le temps qui lui est compté. Bien qu’inventif en la matière, le personnage n’échappera pas à son destin. D’autres situations sont plus légères (ce personnage qui a des voisins très bruyants durant leurs ébats), tristes mais pas tragiques.

L’auteur saisit aussi l’air du temps à travers les préoccupations de ces personnages, comme ce couple qui vit une crise. L’auteur propose toujours un instantané de vie en mêlant mélancolie et parfois humour. Mais toujours de la délicatesse.

Articles

Épuration de Gilles Zerlini : le roman d’une génération

Épuration, le deuxième roman de Gilles Zerlini, vient de paraître aux Éditions Maurice Nadeau. Louis a quitté son village corse pour combattre sur le front en 1914. Survivant à l’holocauste, il rencontre à son retour Félicité. Ils s’installent… Le roman raconte l’histoire d’une génération. Une génération marquée par les tragédies de l’histoire. Une génération de gens modestes auxquels le narrateur restitue leur grandeur.

Par Marianne Laliman

Le récit de la vie de Louis Germani, d’une guerre à la fin d’une autre, relate une trajectoire aux jalons assez communs pour cette génération. Né en Corse, il en part pour rejoindre les tranchées où il est blessé. Il y revient le temps d’épouser Félicité. Puis, il repart pour installer leur famille, qui deviendra nombreuse, à Toulon. Mais sa vie s’achèvera dans des circonstances aussi tragiques qu’absurdes.

Une histoire tragique


Un récit mené par une voix libre, parfois décalée, parfois au-dessus de ce qu’elle raconte, qui plonge aussi dans les personnages qu’elle anime, le tout dans une variation réussie des points de vue.


Cette même voix ponctue la narration d’un parcours marqué par les événements de regards sur les faits, les personnages historiques ou les changements de la société. Des regards souvent « de travers », disons-le, car désabusés voire critiques, mais également des regards qui semblent plus attendris par une sorte de nostalgie, quelquefois.

À lire aussi : Florence Aubenas : enquête sur « l’inconnu de la poste »

Une vie modeste


L’histoire de Louis nous porte aussi à la rencontre d’une véritable galerie de personnages représentatifs de l’époque, de ses milieux modestes surtout. Certains aux contours à peine esquissés, d’autres bien plus présents, jusque dans leurs contradictions ou leurs hésitations. Tous ou presque illustrent un aspect du drame de la « petite » humanité, anonyme, sans grand destin mais aux prises avec les événements ou simplement avec la vie.
À travers eux et à travers ce regard qui se pose sur leurs existences se dessine une vision de l’histoire empreinte d’aspects humains et, de ce fait sans doute, teintée de nuances.

En savoir plus

Gilles Zerlini, Epuration, Paris, Editions Maurice Nadeau, 2021

Articles

L’Anomalie : roman sur le rôle de l’incompréhension dans nos vies

Véritable phénomène de librairie, prix Goncourt 2020, L’Anomalie d’Hervé Le Tellier, publié aux éditions Gallimard, traite de ces anomalies qui bouleversent nos vies bien réglées. L’Anomalie, roman sur le roman, grouille de personnages. Il croise le roman d’espionnage, le roman noir, le roman policier, le roman sentimental. Il réalise ainsi une véritable exception dans le paysage littéraire français.

Par : Caroline Vialle

Hasard du calendrier, j’ouvre L’Anomalie le 21 mars 2021, ce même  21 mars 2021 où, dès le premier chapitre,  Blake fait son footing à New-York. Blake est tueur à gages. Dans l’avion Paris/New-York qu’il prend pour honorer un contrat en ce début du mois de Mars, et où tous pensent mourir dans une zone de turbulences, se trouve Victor Miesel.

L’Anomalie d’un suicide

Ecrivain connu plus pour ses traductions que pour ses livres. Un mois après le vol transatlantique, Victor achève d’écrire son angoisse dans un ultime livre, L’Anomalie, puis se défenestre. Sa vie sentimentale aura aussi été un échec. Il n’a jamais retrouvé la seule femme qui l’ait fait vibrer, le temps d’une soirée durant laquelle il n’a pu balbutier que quelques mots.

À lire aussi : Leïla Slimani et le parfum des fleurs la nuit

Cette femme ressemble terriblement à Lucie, la monteuse préférée des grands cinéastes, qui se trouve avec son amant, architecte renommé, dans ce même avion. L’espace d’un vol, envahi par la terreur de s’écraser, Victor pense avoir retrouvé sa belle inconnue. Il ne se remettra ni du vol, ni de cette deuxième perte.

Une réflexion sur les ravages de l’amour fusionnel

Et déjà Lucie s’éloigne d’André, fou amoureux d’elle, prêt à tout pour ne pas la perdre. Elle étouffe dans cet amour. » L’amour c’est ne pas pouvoir empêcher le cœur de piétiner l’intelligence ». André n a pas pu s’empêcher de trop l’aimer, et le dernier cadeau qu’il lui fera sera L’Anomalie, dont l’auteur lui dit vaguement quelque chose et où tout, pour elle, sonne creux. Même ce cadeau est une erreur.

Une série de mystères non élucidés

Mais pourquoi au petit matin la police glisse-t-elle un mandat d’amener sous sa porte ? Y a-t-il un rapport avec ce chirurgien dont le frère mourant d’un cancer du pancréas se trouvait dans le même avion quelques semaines plus tôt, et se voit prélever un peu de salive dans sa chambre d’hôpital ? C’est dans le paragraphe de la lessiveuse, qui raconte le vol incroyablement turbulent du Paris-New-York vécu par les deux pilotes, que le livre d’un coup prend son envol en nous faisant battre le cœur, après une cinquantaine de pages aussi mystérieuses qu’intrigantes. Tour à tour ce sont les vies de Sophia, Slimboy, Joanna. André et Lucie qui basculent. Plusieurs fois. Plus ou moins gravement. Pour plusieurs raisons. 

Une enquête policière

L’une d entre elles reste ce voyage Paris/New-York où tous ont pensé mourir. Et qui semble lié à leur arrestation par le FBI en ce mois de juin 2021. Au fil des pages l’auteur fait alternativement irruption dans l’intimité de chacun de ses personnages pour mieux nous ramener au fil conducteur du récit. Ce vol transatlantique,  initialement perturbé par une météo irascible,  dans lequel le pilote, alors qu’il pense avoir sorti d’affaire son appareil, bascule à son insu dans une fiction-réalité où il est soupçonné de détournement, qu’il peine à prendre au sérieux tellement tout lui semble ahurissant. Reste Adrian. Et nous commençons à nous poser la question de l’Anomalie. 

L’anomalie : une histoire d’aviation

L’Anomalie n’est pas Adrian, ni Blake, ni le pilote Marckle, mais bien le Boeing 787 qui s’est posé 2 fois sur le sol américain à trois mois d’intervalle, en mars et juin, avec le même pilote, le même personnel de bord, les mêmes passagers. Après avoir essuyé la même tempête. Sauf que les passagers « March » ont continué leur vie, et que les « June » sont maintenant parqués dans un hangar en attendant que les cerveaux les plus brillants de la planète (y compris Adrian responsable 20 ans auparavant du protocole 42 de l’aviation permettant d’envisager l’inenvisageable), le FBI, la NSA les interrogent tour à tour en passant leur vie au crible.


La collecte des interviews va alors donner lieu aux plus étonnantes, déroutantes et performantes théories élaborées par cette équipe prestigieuse.

Un roman polyphonique

Ce sont  les regards successifs que l’auteur pose sur la situation  à travers chacun des protagonistes qui permet à  cette histoire de s enrichir follement au fil des pages. Pour aboutir à un concept si incroyable, qu’il ne peut manquer d’interpeller tout un chacun et de nous interroger sur le sens de la vie, l’e-sen(s)-tiel, notre rapport au monde et à l’autre. C’est intelligent, fin, surprenant, d’une actualité qui est à la fois la nôtre et qui nous semble malgré tout irréelle, c’est plein de vie et ca vient tout autant remettre en question cette même vie à laquelle on tient tant, par le biais d’équations physiques et de réflexions métaphysiques, mystiques et philosophiques. C’est ponctué d’humour, de dérision, de sensibilité.

Une réflexion sur nos existences


« La vie commence peut être quand on sait qu’on n’en a pas ». C’est avec Albert Camus qu’Hervé Letellier nous ramène à ce qui est resté notre actualité depuis mars 2020. Un Albert Camus terriblement lucide dans son actualité, et terriblement visionnaire, qui écrivait en Aout 1945, après l’explosion d’Hiroshima, avec son juste regard sur le monde et les hommes. :


« Voici qu’une angoisse nouvelle nous est proposée, qui a toutes les chances d’être définitive. On offre sans doute à l’Humanité sa dernière chance… ». 


Et c’est une théorie qui nous est proposée pour venir bouleverser notre façon d être seul(e) au monde. Chaque souffrance, chaque espoir secret, chaque joie intime peut enfin être partagée avec une seule personne en profonde capacité de nous comprendre. 

Une manière de comprendre la liberté humaine

Une chance incroyable de pouvoir réécrire l’histoire. Notre histoire. Non plus simplement grandir de nos erreurs mais bien pouvoir vivre différemment les trois derniers mois qui viennent de s’écouler. Trois mois de sursis où l’on donne à chacun la possibilité de connaître  le premier film de sa vie. La seconde chance. Une ultime possibilité de rencontrer l’être que nous sommes. De se réconcilier avec soi-même. De s’aimer. Ou se détester.


Le texte explore-t-il finalement la résilience de l’homme face à son destin personnel, ou bien plutôt son inconscience collective ? 

En savoir plus

Hervé Le Tellier, L’Anomalie, Paris, Gallimard, coll. Blanche, 2020, 20 euros

Articles

La plus précieuse des marchandises de Jean-Claude Grumberg

La plus précieuse des marchandises de Jean-Claude Grumberg, scénariste, écrivain et dramaturge, est paru aux Editions du Seuil, en janvier 2019. Il a obtenu le Prix spécial du jury du prix des Libraires. Avec ce conte, l’auteur propose un véritable message d’espoir et d’amour.

Par : Nadia Saadi

Par ce titre, le lecteur est interpellé dès le départ et peut tout imaginer. L’ouvrage en lui-même est un petit format très agréable de 11 cm x 18 cm.
Mais de quelle “ marchandise” est-il question ? 

D’emblée, la première phrase indique qu’il s’agit d’un conte :

“Il était une fois, dans un grand bois, une pauvre bûcheronne et un pauvre bûcheron.”

 Mais pas n’importe quel conte. Un conte qui raconte avec beaucoup d’émotions et de simplicité un sujet historique au combien dramatique : l’extermination des juifs en Europe.

Jean-Claude Grumberg


Il marque par son contenu et par sa forme, pour raconter la Shoah et plonger dans son horreur. 

La formule initiale des contes, « Il était une fois » résonne comme une phrase magique ; l’histoire commence comme tant d’autres agréables.
Et, non, non, non, Grumberg nous met en garde : il n’est pas question ici de l’histoire du Petit Poucet. Le choix du récit a certes des points communs avec ce genre d’histoire que l’on raconte aux enfants. Le sujet du conte fait écho avec d’autres contes bien connus de tous. L’enfant abandonné par ses parents trop pauvres, la misère, la dureté de la vie, le décor aussi est là dans « le grand bois », espace où le drame a lieu. 

Ce train qui nourrit son imagination

Jean-Claude Grumberg construit ce petit ouvrage en plusieurs temps :

D’un côté il décrit un couple « pauvre petit bûcheron et pauvre petite bûcheronne » qui vit la guerre, la misère, rongé par la faim et l’effort physique au quotidien pour ne récolter que de maigres résultats. C’est la Guerre Mondiale, leur vie est figée et condamnée à cette misère qu’ils supportent tous les deux ensemble nuit et jour. 

Apparaît dans leur paysage, une voie de chemin de fer puis un train qui va et qui vient … Que transporte-t-il ? 

D’un autre côté, il est question d’un autre couple parents, qui eux ont deux bébés jumeaux et qui sont passagers de ce train qui a pour destination les camps de déportation.
Mais, notre petite bûcheronne ne sait ni ce que transporte ce train ni sa destination ; il y a juste ce passage qui se répète sous ses yeux ébahis, des allers et des retours incessants. Elle rêve d’une vie meilleure en secret.

En parallèle de cette vie morose de deux bûcherons, le destin d’un autre couple dont on en sait que très peu, mis à part leur destinée tragique. Celle d’être nés juifs et à cette époque, et qui les poussera à commettre cet abandon d’un de leurs enfants pour le sauver de la mort qui l’attend s’il reste dans ce train.

Petite bûcheronne, faute de nourriture terrestre ; elle qui ne ramasse que quelques brindilles à longueur de journée s’extasie devant ce train qui nourrit son imagination…

Ce train, elle va le vénérer et l’attendre, jour après jour. Il va lui offrir à travers ses lucarnes « la plus précieuse des marchandises ».

À lire aussi : Le sang et la lumière de Frédéric Aversin lu par Gabrielle Giansili

Un conte ou une histoire vraie ?

Jean-Claude Grumberg ne s’arrête pas là. Après avoir parfaitement respecté la trame traditionnelle du conte (comme il en existe tant d’autres), il va en quelque sorte, le déconstruire.

Et c’est précisément en s’adressant directement à son lecteur qu’il fait ce travail. En l’interrogeant sur l’intérêt même de son travail d’écrivain. Il suppose les questions que le lecteur pourrait se poser ? Il confronte habilement le lecteur à la réalité, à sa conscience Est-ce un conte ? Est-ce une histoire vraie ? 

La réponse à tant de questions que pourrait se poser « les amateurs d’histoires en vrai » ; Grumberg la donne dans un épilogue, faisant de cette œuvre de mémoire, un seul grand et unique message. Celui de l’amour puissant, pur et infini. Seule véritable réponse face à la barbarie et à l’horreur dont l’Histoire témoin implacable ne peut nier l’existence. Et, le lecteur ne pourra que se souvenir ! 

Puis, l’auteur conclut par un appendice qui raconte, lui une histoire vraie : celle de son père déporté. Cette fois en très peu de lignes, il donne des détails historiques précis. En citant notamment une liste établie en 1978 par le grand défenseur de la cause des déportés juifs, Serge Klarsfeld. Un conte sur l’amour du prochain. 

Articles

La patience de l’immortelle de Michèle Pedinielli

Une journaliste assassinée, des terrains agricoles qui partent en fumée et des panoramas époustouflants, le tout avec un humour féministe caractéristique. Avec « La patience de l’immortelle », la détective niçoise Ghjulia Boccanera est de retour, mais en Corse cette fois-ci. Un polar aux effluves de maquis, signé Michèle Pedinielli.

Par : Jean-Michel Pedinielli

Diou est revenue au village…

À l’entendre, elle aurait perdu tout lien avec sa terre. Mais en la lisant, je n’y crois pas vraiment. Et même pas une seconde… Parce qu’elle en sait des choses, la petite. Elle y comprend. Elle le ressent bien ce pays, et en comprend même tous ses problèmes. Comme la louche connait le fond de la marmite, et ce qui s’y rattache. Et elle nous le dit toujours avec sa même manière, mais en marchant dans le maquis cette fois. Que ce soit le maquis, dans la nature, autour de la bergerie ou que cela soit celui des gens, et surtout de notre société actuelle.

Elle se retrouve de nouveau chez elle, au milieu de ceux qui étaient sa famille avant la séparation. Ce sont eux qui l’ont faite revenir. Et elle nous raconte la nasse dans laquelle elle est tombée, comme un retour obligé qu’il fallait faire, qu’il fallait donner…

Sur une terre de la Rocca Sartenaise

Il faudrait aussi demander à Jérôme, son voisin, qui lui aussi connait bien ces lieux, ce qu’il pense de ce cheminement. Puisque Fozzano n’est pas très loin, et dont elle parle aussi d’ailleurs. Si son ressenti n’est pas le même, comme son vécu… Cette Rocca et ses environs entremêlés qui nous amènent vers cette vie arrimée à un passé qui ne veut pas mourir. Et dans cet abandon mortifère qui nous taraude et nous rend fous.

« Preti Andria » et « U Tango di Rosetta » – écrit par un certain Jean-Paul – n’en sont pas loin non plus. Mais peut-être ont-ils déjà disparus, car le temps passe vite sur cette terre retirée de la Rocca sartenaise. Et même si ces moments paraissent toujours vivants, puisque nous les croisons encore de temps en temps.

Les pas de Diou sont là, même si elle ne pensait pas les trouver ainsi. Elle les retrouve tout de suite. Et surtout, tous ceux qui y sont restés, la retrouvent elle ; même si cela la surprend. Vous l’avez bien compris, dans « La patience de l’immortelle« , il y a aussi ce lien avec la terre ; ce qu’elle nous porte, ou ce qu’elle fait de nous. Souviens-toi o Diou que « les lieux d’ici te ressemblent », et que tu ne dois donc pas être surprise. Et elle s’en rend compte peu à peu, pas après pas, et avec les moments se succédant.

D’habitude Diou est plutôt une citadine attachée au Vieux Nice, à qui ne plaisent pas trop la campagne et la nature. Même si elle venait souvent sur la terre de ses ancêtres quand elle était jeune. Ainsi que l’ont fait beaucoup de corses de plusieurs générations, jusqu’à il y a peu.

La jeune femme assassinée

Diou fait donc un voyage autant dans l’espace qu’à travers le temps, passant d’hier à aujourd’hui. Et ces allers et retours si présents, ne se font pas sans nostalgie, doutes ni troubles.

L’histoire racontée débute avec la mort de sa nièce. Enfin pour dire la vérité, la mort de la nièce de son ancien fiancé ; de qui elle est séparée depuis plusieurs années maintenant. Mais elle avait tenu ce bébé dans ses bras quand elle est née et elle était donc restée sa tante…

Cette histoire lui tombe dessus, puisque la jeune femme a été assassinée, mais ce qu’elle découvre est pourtant bien actuel. Avec d’ailleurs, la difficulté de trouver sa route à travers ce maquis de faits incompréhensibles. Le chemin de Diou est fait maintenant de tourments, et la petite les rencontre presque tous… Il parait, comme le dit une autre écrivaine* des environs, que « ce qui est écrit dans le ciel, se produit alors sur terre ». J’en profite aussi pour le mentionner parce que, si nous cherchions au départ un autre destin, aujourd’hui nous sommes finalement tombés dans ce piège.

À lire aussi : Florence Aubenas : enquête sur « l’inconnu de la poste »

La folle fuite en avant

Ce que trouve Diou, nous le savons tous, si nous voulons le voir. Elle nous montre avec des paroles simples, comment le mal, dans tous les sens du mot, peut devenir (presque) une normalité, même chez nous.

Comment en sortir ? quelle est la règle finalement ? Où est le devoir ? Où est la route de ce qui est juste ? Toutes ces questions seraient…vaines ? Et comment faire, puisque ce sont les nôtres aujourd’hui…qui sont impliqués dans cette folle fuite en avant.

Le personnage de l’homme qui tient les cartes avec sa main morte, pour les distribuer avec sa main valide, n’est-il pas une métaphore de ce qu’il nous reste pour avancer ?

Ce personnage ressemble-t-il à ces menhirs sculptés « gardiens pétrifiés perpétuant la trace de l’Humanité des hommes » ? Eux qui gardent ces lieux qui disparaissent. Eux qui sont en même temps tout ce qui reste de ce qui était cette culture. Une culture capable d’aller vers l’avenir avec régénérescence.

Nous serions arrivés aujourd’hui à ce….Disacquistu° (« Désacquisition ») ? En vendant tout, pensant ainsi rester vivants ? Pour attendre quoi ?

C’est autant de questions que « La patience de l’immortelle » amène peu à peu. Incompréhension de ce qui n’est possible, et même incroyable ; même si c’est ce que nous voyons tous les jours.

Alors peut-être que la réponse apportée par Diou se trouve dans le titre du livre «La patience de l’immortelle»… Mais cela suffira-t-il ? Et la croyance, la foi, dans ce qui est juste et dans l’être de cette terre suffiront-ils (à la sauver) ? c’est à vous de lire maintenant…


Les « » : sont des références à des chansons connues de Jean-Paul Poletti et de Canta u Populu Corsu (de Cecce Lanfranchi et Natale Luciani)

*Francesca Weber-Zucconi de Serra di Scopamene

°le Riacquistu (réappropriation) est le mouvement culturel large des années 70, accompagnant – et pendant sociétal de – la revendication politique corse